‹ Cours de philosophie positive (volume 5)Chapitre 27 sur 43 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

établie; en un mot, l’induction, ott la déduction. Or, l’une et l’autre voie seraient certainement insuffisantes , même à l’égard des plus simples phénomènes , aux yeux de quiconque a bien compris les difficultés essentielles de l’étude approfondie de la nature, si l’on ne commençait souvent par anticiper sur les résultats, en faisant une supposition provisoire, d’abord essentiellement conjecturale, quant à quelques-unes des notions mêmes qui constituent l’objet final de la recherche. De là, l’introduction, strictement indispensable ,

des hypothèses en philosophie naturelle. Sâns cet heureux détour, dont les méthodes d’approximation des géomètres ont primitivement suggéré Vidée générale, la découverte effective des lois naturelles serait évidemment impossible, pour peu que le cas présentât de complication; et, toujours , lp progrès réel serait , au moins , extrêmement ralenti. Mais, l’emploi de ce puissant artifice doit être constamment assujetti à une condition fondamentale, à défaut de laquelle il tendrait nécessairemdht, au contraire, à entraver le développement de nos vraies connaissances. Cette condition, jusqu’ici vaguement analysée, consiste à ne jamais imaginer que des hypothèses susceptibles, par leur nature, d’une vérification positive', plus ou moins éloignée, mais toujours

clairement inévitable, et dont le degré de précision soit exactement en harmonie avec celui que comporte l’étude des phénomènes correspondans. En d’autres termes, les hypothèses vraiment philosophiques doivent constamment présenter le caractère de simples anticipations sur ce que l’expérience et le raisonnement auraient pu dévoiler immédiatement, si les circonstances du problème eussent été plus favorables. Pourvu que cette seule règle nécessaire soit toujours et scrupuleusement observée, les hypothèses peuvent évidemment être introduites sans aucun danger, toutes les fois qu’on en éprouve le besoin , ou même simplement le désir raisonné. Car, on se borne ainsi à substituer une exploration indirecte à l’exploration directe , quand celle-ci serait ou impossible ou trop difficile. Mais, si l’une et l’autre n’avaient point, au contraire , le. même sujet général, si l’on prétendait atteindre par l’hypothèse ce qui , en soi-même, est radicalement inaccessible à l’observation et au raisonnement, la condition fondamentale serait méconnue, et l’hypothèse, sortant aussitôt du vrai domaine scientifique , deviendrait nécessairement nuisible. Or, tous les bons esprits reconnaissent aujourd’hui que nos études réelles sont strictement circonscrites à l’analyse des phénomènes pour découvrir leurs lois effectives,

c’est-à-dire, leurs relations constantes de succession ou de similitude, et ne peuvent nullement concerner leur nature intime, ni leur cause , ou première ou finale , ni leur mode es-' sentiel de production. Comment des suppositions arbitraires auraient-elles réellement plus de por- * tée? Ainsi, toute hypothèse qui franchit les limites de cette sphère positive, ne peut aboutir qu’à engendrer des discussions interminables, en prétendant prononcer sur des questions nécessairement insolubles pour notre intelligence.

A l’époque actuelle , aucun physicien , sans doute, ne contestera directement la règle précédente. Mais, il faut que ce principe soit encore très imparfaitement compris, puisqu’il est, en réalité, continuellement violé dans l’application et sous les rapports fondamentaux, de manière à altérer radicalement , à mes yeux, le vrai caractère de la physique. En thèse générale , le domaine de la conjecture est bien conçu comme destiné à combler provisoirement les intervalles que laisse inévitablement çà et là le domaine de la réalité : examinez ensuite ce qui se pratique, et les deux domaines paraîtront, au contraire, entièrement séparés, le réel étant même encore, presque toujours , plus Ou moins subordonné à l’imaginaire.

11 est donc maintenant indispensable , après ces

généralités préliminaires, de préciser directement le véritable état actuel de la question relativement à la philosophie de la physique»

Les diverses hypothèses employées aujourd’hui par les physiciens doivent être soigneusement distinguées en deux classes : les unes, jusqu’ici peu multipliées, sont simplement relatives aux lois des phénomènes ; les autres , dont le rôle actuel est beaucoup plus étendu, concernent la détermination des agens généraux auxquels on rapporte les différens genres d’effets naturels. Or, d’après la règle fondamentale posée ci-dessus, les premières sont. seules admissibles; les secondes, essentiellement chimériques, ont un caractère anti-scientifique, et ne peuvent désormais qu’entraver radicalement le progrès réel de la physique,bien loin de le favoriser : telle est la maxime philosophique que je dois maintenant établir.

En astronomie, le premier ordre d’hypothèses est exclusivement usité, depuis que la science céleste est complètement parvenue à l’état positif, sous les deux aspects généraux, géométrique et mécanique* qu’elle nous présente. Tel fait est encore peu connu, ou telle loi est ignorée : on forme alors à cet égard une hypothèse, le plus possible en harmonie avec l’ensemble des données déjà acquises; et la science, pouvant ainsi se dé-

velopper librement, finit toujours par conduire » de nouvelles conséquences observables, susceptibles de confirmer ou d’infirmer, sans aucune équivoque , la supposition primitive. Nous en avons remarqué, dans la première partie de ce volume , de fréquens et heureux exemples , relatifs à la découverte des priucipales vérités astronomiques. Mais , depuis l’établissement de la loi fondamentale de la gravitation , les géomètres et les astronome»ont définitivement renoncé à créer des fluides chimériques pour expliquer le mode général de production des mouvemens célestes; ou ,< du moins, ce qui revient au même , ceux qui l’ont entrepris, comme Euler entre autres, se livraient simplement à un goût personnel, en quelque sorte analogue à celui qui inspira jadis à K.épler sou fameux songe astronomique, et sans prétendre exercer ainsi aucune influence réelle $ur le marche effective de la science.

Pourquoi, dans une étude où l’erreur est bie» plus difficile à éviter, et qui exigerait, par sa na-s tare, beaucoup plus de précautions, les physiciens n’imiteraient-ils point cette admirable circonspection ? Pourquoi , comme les astronomes > ne borneraient-ils pas les hypothèses à porter uui-t quement sur les circonstances encore inconnues des phénomènes ou sur leurs lois ignor ées , et jà-

mais sur leur mode de production , nécessairement inaccessible à notre intelligence? Quelle peut être l’utilité scientifique de ces conceptions fantastiques,qui jouent encore un si grand rôle, sur les fluides et les éthers imaginaires auxquels on rapporte les phénomènes de la chaleur , de la lumière , de l’électricité et du magnétisme? Ce mélange intime de réalités et de chimères ne doit-il pas, de toute nécessité , fausser profondément les notions essentielles de la physique, engendrer des débats sans issue, et inspirera beaucoup de hoi)6 esprits une répugnance, naturelle quoique funeste, pour une élude qui offre un tel caractère d’arbitraire ?

La seule définition habituelle de ces agens inintelligibles devrait suffire, ce nje semble, pour les exclure immédiatement de toute science réelle; car, par sou énoncé même, il est évident que la question n’est point jugeable, l’existence de ces prétendus fluides n’étant pas plus susceptible de négation que d’affirmation, puisque, d’après la constitution qui leur est soigneusement attribuée , ils échappent nécessairement à tout contrôle positif. Quelle argumentation sérieuse pourrait-on instituer pour ou contre des corps ou des milieux dont le caractère fondamental est de n’en, avoir aucun? Ils sont expressément imaginés comme

invisibles, intangibles, impondérables même, et d’ailleurs inséparables des substances qu’ils animent : noire raison ne saurait donc avoir sur eux la moindre prise. Sans la toute-puissance de l’habitude, ceux qui croient fermement aujourd’hui à l’existence du calorique, de l’éther lumineux, ou des fluides électriques, oseraient-ils prendre en pitié les esprits élémentaires de Paracelse, dont la notion n’est pas certainement plus étrange? ÜN’est-ce point, même par une véritable inconséquence qu’ils refusent d’admettre les anges et les génies? Pour me borner à un exemple plus analogue , on a vu de tels physiciens repousser dédaigneusement, comme indigne d’examen scientifique, l’idée du fluide sonore, proposée par un naturaliste du preiyier ordre, l’illustre Lamarck : et, cependant, le seul tort de cette hypothèse, tort irréparable, à la vérité, c’est d’être venue beaucoup trop tard , long-temps après que l’acoustique était pleinement constituée; créé dès la naissance de la science, comme les hypothèses sur la chaleur, la lumière et l’électricité, ce fluide eût fait, probablement, la même fortune que les autres.

La nature de cet ouvrage ne me permet nullement d’indiquer tous les détails spéciaux que comporterait un tel sujet. Le lecteur instruit y

Digitiz

suppléera facilement quand il aura bien saisi mon idée principale. Je signalerai seulement encore, comme un symptôme remarquable, la singulière facilité avec laquelle ces diverses hypothèses se renversent mutuellement, au grand scandale des esprits superficiels, qui qualifient dès lors la science d’arbitraire, parce que, à leurs yeux, elle consiste surtout en ces vaines discussions. Dans les différentes controverses de ce genre , qui ont eu lieu successivement depuis environ un demi-siècle, chaque secte a trouvé aisément de puissans motifs contre l’opinion de son antagoniste : la difficulté a toujours été d’en produire de décisifs pour sa propre hypothèse. 11 eût même été ordinairement possible d’imaginer une troisième fiction , susceptible de soutenir, avec avantage, la concurrence avec les deux autres.

A la vérité, les physiciens se défendent vivement aujourd’hui d’attacher aucune réalité intrinsèque à ces hypothèses, qu’ils préconisent seulement comme des moyens indispensables pour faciliter la conception et la combinaison des phénomènes. Mais, n’est-ce point là l’illusion d’une positivité incomplète, qui sent la profonde inanité de tels systèmes, et pourtant n’ose point encore s’en passer? Est-il vraiment possible , apres avoir adopté une notion qui ne comporte

44a PHII.OSOPHIE POSITIVE,

aucune vérilication , d’en faire un usage continuel, de la mêler intimement à toutes les idées réelles, sans être jamais involontairement entraîné à lui attribuer une existence effective, qui, d’ailleurs, ne saurait être plus complète? Même en admettant cette sécurité, sur quels motifs rationnels pourrait-on philosophiquement fonder la nécessité d’une marche aussi étrange? L’astronomie se passe entièrement d’un tel secours, et cependant on y conçoit très nettement tous les phénomènes, et on les y combine d’une manière admirable. La véritable raison n’en serait-elle pas, au fond', comme je l’établirai tout à l’heure, que l’astronomie, étant à la fois plus simple et plus ancienne que la physique, a dû atteindre avant elle à l’entier développement de son vrai caractère scientifique?

En examinant directement la prétendue destination scientifique de ces hypothèses, il serait difficile de comprendre, par exemple, comment la dilatation des corps par la chaleur serait au- • cunement expliquée , c’est-à-dire éclaircie, par cette seule idée qu’un fluide imaginaire interposé dans les intervalles moléculaires, tend constamment à les augmenter, puisqu’il resterait à concevoir d’où vient ii ce fluide celle élasticité spontanée, qui, certes, est encore moins intelligible que le l’ait primitif. De même, on 11e conçoit

pas mieux , en réalité , la propriété lumineuse des corps, après l’avoir attribuée à leur’ faculté incompréhensible de lancer un fluide fictif ou de faire vibrer un éther imaginaire; pareillement , à l’égard des phénomènes électriques ou magnétiques. Toutes ces prétendues explications ne sont pas, au fond, guère plus scientifiques que l’explication métaphysique des phénomènes humains, par l’action mystérieuse de l’àme sur le corps; dans l’un et l’autre cas, en effet, loin d’aplanir réellement aucune difficulté , on en fait naître artificiellement un grand nombre de nouvelles. Une tentative quelconque, même* purement fictive , pour concevoir le mode de production des phénomènes, est nécessairement illusoire et directement opposée au véritable esprit scientifique. La faculté de se représenter les phénomènes euxmêmes ne saurait résulter que de leur observation attentive; et, quant à la facilité de les combiner, elle ne peut être fondée que sur la connaissance familière de leurs relations positives. Ces hypothèses ne pourraient aujourd’hui y contribuer réellement tout au plus que comme de simples moyens mnémoniques, qui ont même, sous ce rapport, le grave inconvénient de détourner notre attention du véritable objet defiios recherches. Les motifs ordinairement allégués en faveur

de ces artifices anti-scientifiques sont donc évidemment dépourvus de toute réalité. Il ne reste d’autre considération valable que celle relative à l’empire d’unp habitude quelconque profondément contractée; d’où il résulterait probablement, en effet, que les physiciens de la génération actuelle combineraient plus difficilement leurs idées s’ils voulaient les dégager tout à coup de cet alliage,intime quoique hétérogène. Pour opérer complètement cette importante réforme, le langage scientifique aura lui-même besoin d’être convenablement épuré, puisqu’il s’est formé jusqu’ici sous l’influence prépondérante de cette fausse manière de philosopher. Toutefois , je pense qu’on s’exagère beaucoup, d’ordinaire , les difficultés qui proviennent de cette circonstance. 11 suffit, pour s’en convaincre, de considérer que, depuis un demi-siècle, le fréquent passage de l’un de ces systèmes physiques au système antagoniste n’a pas rencontré ^beaucoup d’obstacles dans le langage primitivement adopté. On n’en éprouverait sans doute guère davantage , sous ce rapport , à écarter indifféremment toutes ces vaines hypothèses. En optique, par exemple, le mot rajron, si bien construit pourjThypothèse de l’émission, coutinue aujourd’hui^ être employé par les partisans des ondulations : il ne serait pas plus diffi-

cile de lui attacher un sens indépendant d’aucune hypothèse, et simplement relatif au phénomène. De telles variations facilitent même singulièrement cette transition définitive , en habituant peu à peu à dégager, dans les termes scientifiques, la signification réelle et fixe de l’interprétation imaginaire et variable.

Quelque vicieuse que soit évidemment une telle manière de philosopher, la discussion précédente serait essentiellement incomplète, si je ne donnais point une explication satisfaisante de l’introduction naturelle de cette méthode, qui, à l’origine, a dû sans doute être un vrai progrès. Mais, ma théorie fondamentale sut les lois nécessaires et effectives du développement général de l’esprit humain, exposée sommairement au début de cet ouvrage, me permet de démontrer aisément que cet usage anti-sci<jptifique n’a tenu réellement et ne tient aujourd’hui qu’à une dernière et inévitable influence indirecte de la philosophie métaphysique, dont le joug prolongé pèse encore sur nous à tant d’égards. Quoique cette démonstration appartienne naturellement, sous le point de vue historique, au quatrième volume, je crois indispensable, au moins, de l’indiquer ici comme un complémentd’explication, éminemment propre à éclaircir la question actuelle.

La filiation métaphysique de cette fausse manière de procéder doit d’abord être facilement présumée par tout esprit impartial qui considérera les fluides comme ayant pris la place des entités-, dont la transformation a simplement consisté ainsi à se matérialiser. Qu’est-ce, au fond, de quelque façon qu’on l’interprète, que la chaleur, conçue comme existant à part du corps chaud; la lumière, indépendante du corps lumineux; l’électricité, séparée du corps électrique?

* Ne sont-ce pas évidemment de pures entités, tout aussi bien telles que la pensée, envisagée comme un être indépendant du corps pensant; ou la digestion, isolée du corps digérant? La seule dif- ► férence qui les distingue des anciennes entités scolastiques, c’est d’avoir substitué, à des êtres essentiellement abstraits, des fluides imaginaires, dont la corporéité es% fort équivoque, puisqu’on leur ôte expressément, par leur définition fondamentale, toutes les qualités susceptibles de caractériser une matière quelconque ; en sorte que nous n’avons pas même réellement la ressource de les envisager comme la limite* idéale d’un gaz de plus en plus raréfié. Quelle filiation d’idées pourrait être admise, si celle-là est méconnue? • Le caractère fondamental des conceptions métaphysiques est d’envisager les phénomènes indé-

pendamment des corps qui nous les manifestent, S’attribuer aux propriétés de chaque substance une existence distincte de la sienne. Qu'importe ensuite que, de ces abstractions personnifiées, on fasse des âmes ou des fluides ? L’origine est toujours la même, et se rattache constamment à cette enquête de la Nature intime des choses, qui caractérise, en tout genre, l’enfance de l’esprit humain , et qui inspira primitivement la conception des dieux, devenu^ ensuite des âmes, et finalement transformés en fluides imaginaires.

Cette considération rationnelle et directe se trouve exactement en harmonie avec l’analyse historique. A l’origine de toute soience positive , notre intelligence a toujours passé par cette phase de développement nécessaire , quoique transitoire. Un tel état constitue, à mon avis, un intermédiaire inévitable et même indispensable entre l’état franchement métaphysique et l’état purement positif, que la mathématique et ensuite l’astronomie ont seules atteint jusqu’ici d’une manière corn-* plète et définitive; L’esprit métaphysique et l'esprit positif sont trop radicalement opposés pouf que notre faible raison puisse passer brusquement de l’un à l’autre. Quoique la métaphysique ne constitue elle-même, comme je l’ai établi, qu’une grande transition générale* de la théologie à la

science réelle: une transition secondaire, et, par là , beaucoup plus rapide , devient ensuite nécessaire entre les conceptions métaphysiques et les conceptions vraiment positives. Les physicieus, les chimistes, les physiologistes et les publicistes, se trouvent aujourd’hui dans cette dernière période transitoire j les premiers tout près d’en sortir définitivement à la suite des géomètres et des astronomes, tous les autres encore engagés pour un temps plus on moins long, à raison de la plus ou moins grande complication de leurs études respectives , comme je le constaterai spécialement plus tard en examinant chacune d’elles. Sans ce positivisme bâtard, l’esprit humain n’aurait jamais pu renoncer aux théories métaphysiques, qui lui permettaient, en apparence, la connaissance intime des êtres et du mode de production de leurs phénomènes. 11 fallait bien que la science naissante satisfît d’abord à cette exigence profondément habituelle, et donnât le change à notre esprit en lui proposant , à la place des entités scolastiques, de nouvelles entités plus saisissables , destinées au même but, et susceptibles, par conséquent , d’être préférées; en même temps que leur nature devait graduellement conduire à la considération de plus en plus exclusive des phénomènes et dedeurs lois. Telle a donc été

l’importante destination temporaire de ce système général d’hypotlièses : permettre à l’intelligence humaine le passage des habitudes métaphysiques aux habitudes positives.

L’astronomie n’a pas réellement plus échappé que la physique, ou que toute autre branche de la philosophie naturelle, à celte obligation fondamentale : seulement , .à son égard. , cette phase nécessaire de développement est depuis longtemps pleinement accomplie; en sorte que personne n’y fait plus attention, l’histoire des sciences étant aujourd’hui fort négligée, d’ordinaire, par les savans, si ce n’est, tout au plus, comme l’objet d’une curiosité superficielle et stérile. Mais, en étudiant la marche de l’esprit humain au dixseptième siècle , on reconnaît aussitôt combien , à cette époque, les géomètres et les astronomes étaient généralement préoccupés d’hypothèses parfaitement analogues à celles que nous jugeons ici. Tel est éminemment le caractère de la vaste conception de Descartes sur l’explication des mouvemens célestes par l’influence d’un système de tourbillons imaginaires. L’histoire rationnelle de cette grande hypothèse est ce qu’on peut trouver de plus propre à éclaircir l’ensemble de la question actuelle : car, ici, l’analyse peut porter nettement sur une opération philosophique complé-

Page 1