‹ Cours de philosophie positive (volume 5)Chapitre 9 sur 43 · VINGT-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Considérations générales sur le mouvement de la terre.

Pour faciliter l’examen général de cette grande' question fondamentale, il convient d’envisager séparément, comme à l’égard des autres astres, les deux mouvemens dont notre planète est animée, en commençant aussi par la rotation, bien plus simple à reconnaître directement que la translation. Cette décomposition est ici d’autant plus naturelle que, dans l’accomplissement total de la profonde révolution intellectuelle qui a dû résulter du passage de l’idée de repos à celle de mouvement, l’esprit humain a formé en effet une hypothèse intermédiaire, peu connue aujourd’hui, celle de Longomontanus , qui admettait la rotation de la terre en continuant à méconnaître sa translation , et qui , quelque absurde qu’elle soit sans doute, astronomiquement, n’a pas été inutile, sous le point de vue philosophique, comme moyen transitoire. Il est

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d’ailleurs évident que, suivant le principe général de la liaison de ces deux mouvemens dans un corps quelconque, les preuves directes de chacun deviennent ici, de même qu’envers toutes les planètes, autant de preuves indirectes de l’autre. Mais, de plus, cette relation présente, dans le cas actuel, un caractère tout spécial , qui ne saurait avoir lieu à l’égard d’aucun autre corps céleste : c’est l’impossibilité évidente que le mouvement annuel de la terre existe sans son mouvement diurne, quoique l’inverse ait pu logiquement être supposé.

La rotation de la terre ne pouvant point , par sa nature, être exactement commune au même degré à tous les points de sa surface , doit laisser, parmi les phénomènes purement terrestre quelques indices sensibles de son existence f comme je l’ai noté d’avance dans le premier volume, ce qui ne saurait être pour la translation. U faut donc distinguer les preuves célestes et les preuves terrestres de notre mouvement diurne, tandis que notre mouvement annuel n’en comporte que du premier genre, qui sont, il est vrai, plus variées.

Les astronomes commencent avec raison, par écarter entièrement la considération des apparences immédiates, qui ne sauraient devenir.

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ASTRONOMIE

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en aucun sens, un motif réel de décision, puisqu’elles s’accordent également bien avec les deux hypothèses opposées. 11 est clair, en effet, que l’observateur, ne pouvant avoir nullement la conscience de la rotation de sa planète, doit apercevoir, en vertu de cette rotation, le même spectacle céleste que si le ciel tournait journellement, comme un système solide, autour de l’axe de la terre, et en sens contraire du vrai mouvement; ainsi qu'on l’observe habituellement dans une foule de cas analogues.

Dans l’enfance de l’esprit humain, l’opinion, d’ailleurs spontanée, de l’immobilité de la terre, et du mouvement quotidien de la sphère céleste autour d’elle, n’avait point, à beaucoup près, le degré d’absurdité qu’elle présente de nos jours chez le petit nombre d’intelligences mal organisées qui s’obstinent quelquefois à la maintenir : elle était, au contraire, ce me semble, aussi logique que naturelle. Car elle se trouvait être exactement en harmonie avec les idées profondément erronées que l’on se formait nécessairement des distances et des dimensions des astres avant la naissance de la géométrie céleste. Les1 astres étaient regardés comme très voisins, et par suite supposés très peu supérieurs à leurs grandeurs apparentes, en même temps qu’on devait na-

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turellemeut s’exugérer beaucoup les dimensions de la terre, lorsqu’on eut commencé à lui reconnaître des limites. Avec de tels renseigne^ mens, il eût été, évidemment , impossible de ne pas admettre l’immobilité d’une masse aussi immense, et le mouvement journalier d’un univers dont les élémens et les intervalles étaient, comparativement, aussi petits. Une conception tel — , lement enracinée, et appuyée sur des motifs directs d’une telle force, indépendamment de la confiance énergique que lui prêtait l’ensemble des sentimens humains, ne pouvait donc ûtre ébranlée que par nne approximation , au moins grossière, mais, pourtant géométrique, des distances et des dimensions célestes , comparées à la grandeur de la terre. Or, malgré que ces déterminations statiques, objet essentiel.de la leçon dernière, doivent certainement précéder aujourd’hui l’étude des mouvemeus dans une exposition rationnelle de la géométrie céleste, il n’a pu en être entièreipent ainsi dans le dé-r veloppement historique de là science. L’astronomie grecque avait ébauché la théorie vraiment géométrique des mouvemens célestes , en n’envisageant essentiellement que les directions, sans s’être nullement oocupée de mesurer les proportions de l’pnivers; ce qui a dû maintenir

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beaucoup plus long-temps l’opinion primitive sur le système du monde.

Mais, depuis que ces proportions ont commencé à être géométriquement appréciées, Ten-» semble des notions sur lesquelles reposait une telle opinion a pris un caractère absolument inverse, qui a dû provoquer de plus en plus la Formation delà conception copernicienne. Quand il a été une fois bien constaté que la terre n’est qu’un point au milieu des intervalles célestes, et que ses dimensions sont extrêmement petites comparativement à celles du soleil et même de plusieurs autres astres de notre monde , il est devenu absurde d’en faire le centre de divers mouvemens, et surtout l’immense rotation journalière du ciel a aussitôt impliqué une contradiction choquante. A la vérité, les astres extérieurs à notre système seront réputés a4ooo fois moins lointains, d’après la leçon précédente, en n’admettant point la circulation annuelle de la terre : mais leurs distances n’en cesseraient pas d’être immenses, et beaucoup plus grandes que celle du soleil; ce qui doit, en outre, leur foire attribuer certainement des volumes au moins analogues. Dès lors, la prodigieuse vitesse que devraient avoir tous ces grands corps pour décrire en un jour, autour de la terre, des cercles d’une

telle immensité, devient évidemment inadmissible, surtout quand on reconnaît que, pour l’éviter, il suffit en laissant tout ce système immobile, d’attribuer à la terre un très petit mouvement , qui n’excède point , même à l’équateur , le mouvement initial d’un boulet de a4- Cette

considération est puissamment fortifiée eu pensant, sous le point de vue mécanique, à l’énormité de la force centrifuge qui résulterait de mouvemens aussi étendus et aussi rapides, et qui exigerait continuellement, de la part de la terre, imperceptible comparativement à l’univers, un effort évidemment impossible, pour empêcher ces masses immenses de poursuivre à chaque instant leur route suivant la tangente , tandis, que la rotation de la terre détermine seulement une force centrifuge presque insensible, aisément surmontée par la pesanteur, dont elle n’est, même à l’équateur, que la deux cent quatrevingt-neuvième partie.

Une seconde preuve fondamentale, indépendante de la connaissance des intervalles et des dimensions, se tire de l’existence des mouvemens propres. 11 a suffi de voir les astres passer les uns devant les autres pour être assuré qu’ils sont inégalement éloignés ; ensuite, l’observation des mouvemens particuliers aux différentes pla-

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nètes, en sens contraire du mouvement général du ciel, et selon des directions et des périodes font distinctes, a constaté que tous les astres ne tenaient point ensemble. Or, il était évidemment impossible de concilier cette indépendance avec la liaison si étroite qu’exigeait l’harmonie fondamentale du mouvement diurne, où l’on voyait le ciel tourner tout d’une pièce. Aristote et Ptolémée avaient été inévitablement conduits, pour établir cette conciliation, à construire l’hypothese si compliquée, quoique ingénieuse, d’un système de cieux solides et transparens, qui présente d’ailleurs tant d’absurdités physiques. Mais la simple connaissance de certains astres, comme les comètes, qui passent successivement dans toutes les régions célestes, aurait suffi seule à détruire tout ce pénible échafaudage, qui, suivant l’ingénieuse expression de Fontenelle, exposait ainsi l’univers à être cassé. Il est singulier que ce soit Tycho-Brahé, le plus illustre antagoniste de la découverte de Copernic, qui ait ainsi fourni un des argumens les plus sensibles contre sa propre opinion , en ébauchant , le premier, la vraie théorie géométrique des comètes.

Quel que doive être l’empire des opinions établies , surtout quand elles sont aussi profondément enracinées, l’ensemble des considérations

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