‹ Cours de philosophie positiveChapitre 2 sur 38 · VJ · texte numérisé non relu

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PRÉFA( E.

opération philosophique, sans que l’esprit ni le plan en éprouvassent d’ailleurs la moindre alte'ration quelconc|ue. Ceux de mes lecteurs qui n’auront pas oublie l’annonce initiale pourront maintenant se convaincre , soit d’après l’accroissement du nombre des volumes, soit en vertu de leur ampleur supc'rieure, que l’étendue effective de ce Traité est réellement plus que double de ce qui avait été originairement promis. Mais , quelle qu’ait dû être ‘ l’influence évidente de ces deux motifs de retard , elle n’eût véritablement abouti qu’à prolonger jusqu’en i83G un travail que j’avais d’abord espéré terminer en i833.

Si donc, au lieu de ces six années, mon œuvre en a finalement exigé douze, il faut surtout l’attribuer aux graves obstacles iuhérens à ma situation personnelle. Or, je n’en puis faire suffisamment apprécier la portée essentielle, soit passée, soit future, qu’en appelant ici une attention directe , quoique sommaire , sur une existence privée où je m’efforcerai, d’ailleurs, de caractériser, autant que possible, son intime connexité avec l’état général de la raison humaine au dix- neuvième siècle. Du reste, il a toujours paru convenable que le fondateur d’une nouvelle philosophie fit directement connaître au public l’ensemble de sa marche spéculative et même aussi de sa position individuelle.

Issu, au midi de notre France, d’une famille éminemment catholique et monarchique, elevé d’ailleurs dans l’un de ces lycées où Bonaparte s’efforçait vainement de restaurer, à grands frais, l’antique prépondérance mentale du régime théologico-métaphysique, j’avais à peine atteint ma quatorzième année que , parcourant spontanément tous les degrés essentiels de l’esprit révolution-

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naire, j'éprouvais déjà le besoin fondamental d’une régénération universelle, à la fois politique et philosophique, sous l'active impulsion de la crise salutaire dont la principale phase avait précédé ma naissance, et dont l'irrésistible ascendant était sur moi d'autant plus assuré, que, pleinement conforme à ma propre nature, il se trouvait alors partout comprimé autour de moi. La lumineuse influence d'une familière initiation mathématique, heureusement développée à l'École Polytechnique, me fit bientôt pressentir instinctivement la seule voie intellectuelle qui pût réellement conduire à cette grande rénovation. Ayant promptement compris l’insuffisance radicale d'une instruction scientifique bornée à la première phase de la positivité rationnelle, étendue seulement jusqu’à l’ensemble des études inorganiques , j’éprouvai ensuite , avant même d’avoir quitté ce noble établissement révolutionnaire , le besoin d’appliquer aux spéculations vitales et sociales la nouvelle manière de philosopher que j’y avais apprise envers les plus simples sujets. Pendant que, à cet effet, je complétais spontanément , surtout en biologie et eii histoire , à travers beaucoup d’obstacles matériels , mon indispensable préparation, le sentiment graduel de la vraie hiérarchie encyclopédique commençait à se développer chez moi , ainsi que l’instinct croissant d’une harmonie finale entre mes tendances intellectuelles et mes tendances politiques , d’abord essentiellement indépendantes , quoique toujours égale-:, ment impérieuses (i). Cet équilibre décisif résulta enfin,

(i) A cette époqnc, et quand j'étuÎ!. parrenn à sentir h In fuit lu portée et l'inenlfisancc de la grande tentative de Condorcet, mon

ViH

PRÉFACE

eu p822, de la découverte fondameutalc qui me conduisit, des l’àge (le vingt-quatre ans, à une véritable unité mentale et même sociale ^ ensuite de plus en plus dévcicppée et consolidée sous l’inspiration continue de ma grande loi relative à l’ensemble de l’évolution humaine, individuelle ou collective : elle fut directement appliquée, en i8a5

«ivolution epontanée fut profondément iroiibléc pendant quelques années, sans cependa^tétre jamais déviée ni auspendoe, par une liaison funeste avec nn écrivain fort ingénieux, mais très-superficiel, d(»t la nature propre, beaucoup plus activeqnc spéculative, élajt assurément peu philosophique, et ne comportait réellement d’antre mobile essentiel qu'nne immense ambition personnelle (le célébré M. de üaint-Simon). Il avait , de son c6tc, déjli senti , à sa manière , le besoin d’nne régénération sociale (ondée sur une rénovation mentale, quelque vague et incohérente notion qil’il se formèt d’ailleurs de l’une et de l’antre, d’après la profonde irrationnalité de son éducation générale. Cette coïncidence devint pour lui, & mon égard, l.i base d'une désastreuse iiilliience, qui détourna longtemps nne partie notable do mon activité philosophique vers de vaines tentatives d’action poliliqne directe; quoique, dn reste, il en soit résulté chez moi, outre nne plus vive excitation è une pùblktiçé immédiate et peut-être même prématurée , nne attention plus décisive h l’efficacité sociale do développement indnstrieljsur laquelle toutefois j’avais été auparavant éveillé par les doctrines économiqiirs, premier fondement réel de la direction qui caractérisait snrtoul M.'de Saint-Simon. Une telle conformité apparente, quoique très-incomplète en effet , constitua aussi , après uotre rupture, le motif ou le prétexte des envieuses insinuations dirigées contre l’originalité de mes premiers travaux en philosophie politique, en attribuant une importance factice è une vicieuse qnalifiéaiion que m’avait inspirée , en i8a4- une générosité fort mal entendue, ainsi étrangement récompensée, et que ne portait point, deux ans auparayant, la première édition de l’écrit correspondant. L’ensemble do mon essor ultérieur a depuis longtemps écarté spontanément ces vaines récrimin.itions contre un philosophe qui a souvent, j’ose le dire, accordé, è cbscml de scs divers prédécesseurs, foit au-delà de ce qu’il en avait

PRÉFACE

et i8a6, à la réorganisation politique , dans les essais déjà cités souvent en ce Traité, et que je retirerai ultérieurement du recueil hétérogène où ils restent encore égarés. Une telle harmonie philosophique ne put être tdutefois pleinement constituée que d’après la première exécution, commencée en 1826, et réalisée en 1829, de

Téritablemeat tiré, <{*apriss la dôable tendance qui m'entraîne, aoit A éviter dea détails indiBëéent an public en rapportant la valenr totale de chaque conception h celui qni en a manifesté le premier germe distinct , lors meme qne la saine appréciation et la réalisation principale m'en sont essentiellement dnes, soit b montrer, autant que possible, les racines antérieures qui peuvent donner pins de force b mes propres pensées. i '

Quoique oe célèbre personnage ait, à mon égard, indignement abusé du facile ascendant individuel que devait loi precorer mon extrême jeunesse sur une nature profondément disposée b l’enthousiasme politique et philosophique, je dois cependant profiter d'une telle occasion pour venger ici ta mémoire des graves imputations que doivent inspirer, b tous les hommes sensés et b toutes les âmes pures, les honteuses aberrations éphémères qu’on a osé introduire sous son nom après sa mort. S’il eût vécu quelques années de plus, son absence totale de vraies convictions et ton entrainement presque irrétUtible vers les bruyant succès immédiats eussent peut-être égaré sa vieillesse fort lU-delb des homes qu'il avait toujours spéculativement respectées. Mais, quoi qu’il en soit d’une telle conjecture, je puis directement assurer qne, pendant six années environ d’une intime liaison, je ne lui ai pas entendu proclamer une seule fois aucune de ces maximes profondément subversives de tonte sociabilité élémentaire qui lui furent ensuite inpudcmuienc attribuées par des jongleurs qu’il n'avait jamais connus. J’ai pu seulement observer en lui, après l'alFaiblissement résulté d’une fatale impression physique, cette tendance banale vers une vague religiosité, qui dérive aujourd’hui si fréquemment du sentiluent secret de l'impuissance philosophique, chez ceux qui entreprennent la réorganisation sociale sans y être cuuvcnalrleiucnl préparés pur leur propre rénovation mentale. . - .

PREFACE

l’claboration orale qui a suscité l’élaboration écrite i|ue je termine maintenant pour la systématisation finale de la philosophie positive, graduellement préparée par mes divers prédécesseurs depuis Descartes et Bacon (i).

Dès l’origine de mon essor philosophique, dénué de toute fortune personnelle , même future , j’ai eu le bonheur de comprendre que mon existence matérielle devait directement reposer sur des occupations professionnelles indépendantes de mes travaux spéculatifs, dont le succès

(i) L’essor initial de cette ope'ration oraic fut douloureusement interrompu, au printemps de iSaS, par une crise cérébrale, re'sultée du fatal concours de grandes peines morales avec de violens excès de travail. Sagement livrée h son conrs spontané, cette crise eût sans doute bientôt rétabli l’état normal, comme la suite le montra clairement. Mais une sollicitude trop timide et trop irréilécbic, d’ailleurs si naturelle en de tels cas, détermina malheureusement la désastreuse intervention d’une médication empirique, dans l’établissement paiw licnlier du fameux Esquicol, où le plus absurde traitement me conduisit rapidement h une aliénation très-caractériséc. Après que la médecine m’eut enlin heureusement déclaré incurable, la puissance intrinsèque de mon organisation, assistée d’affectueux soins domestiques, triompha naturellement, en quelques semaines, an commencement de l’hiver suivant, de la maladie, et sortont des remèdes. Ce succès essentiellement spontané se trouvait, dix-huit mois après, tellement consolidé qne, en août i8a8, appréciant, dans un journal, le célèbre ouvrage de Broussais sur l’iiritation et la folie, j’utilisais dejè philosophiquement les lumières personnelles que cette triste ex péiience venait de me procurer si chèrement envers ce grand sujet. Le lecteur sait assez d’ailleurs comment je constatai irrécnsablcment , l’année suivante, que ce terrible épisode n’avait nullement altéré la parfaite continuité de mon essor mental, en accomplissant jusqu’au bout l’élaboration orale ainsi interrompue trois ans auparavant, et qui a ensuite fait naître le Traité que j’achève aujourd’hui.

Je crois être maintenant assez connu pouc qu’on n’impute point è

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serait, par leur nature, trop lointain cl trop incoinpict ]iour jamais suffire à consolider ma position privée. Afin toutefois que cette nécessité continue tendit, autant que possible, à développer ma vocation principale, sans jamais pouvoir l’altérer, je choisis spontanément, à cet effet, en 1816, l'enseignement mathématique , envers lequel mon aptitude spéciale avait été, j’ose le dire, déjà remarquée, pendant que j’étudiais à l’École Polytechnique, aussi bien par mes chefs que par mes camarades.

(îe vaines preoccupatiODf peisonnclles la confidence hardie qnc je viens d'adresser & tous ceux qui sauront l'upprëtder. En un temps où l'aiiarchie morale comporte, chez des natures inferieures, ie recours aux plus indignes moyens, sous l'excitation passagère ou permanente des muipathies individnclles ou collectives, j'ai cru devoir me garantir d'arance, par cette franche exposition , contrôles insinuation infâmes que pourraient ainsi secrètement susciter les animosités diverses que soulèvera de plus en plus l'essor de ma nouvelle philosophie, et auxqneiles ce dernier volume doit surtout imprimer spontanément une dangereuse impulsion. Cette juste prévision repose dejh sur le honteux emploi de semblables macliinations, auxquelles recourut vainement , en i838, pour Satisfaire envers moi d'ignobles resseiiiimcns privés, un puissaut personnage scientifique, dont te nom doit ici figurer enfin, eu digne punition unique d'nne telle conduite, lu fameux géomètre poisson. On n'a pas d'ailleurs oublie que, quelques années auparavant, un moyen analogue avait aussi été employé en vain, dans le inonde savant , quoique avec une intention beaucoup moins haineuse, afin de ruiner le crédit inrellcctuel de l'illustre navigateur qu'une récente catastrophe vient d'enlever à la France. Pur ces deux exemples incontestables du déplorable égarement pratique où peut conduire le jeu naturel de nos passions, même scientifiques, le lecteur comprendra, j'espère, le motif et la portée d'une explication où l'on aurait pu, s^ns cela, soupçonner l'infinence d'inquiétudes exagérées , que la malveillance eût même tenté peut être d'ériger eu symptômes indirects d'une certaine persistance actuelle de l'accident qui en est l'objet.

PRÉFACE

Cet enseignement a sans cesse constitué , depuis cette époque , dans ses divers degrés , et sous tous scs modes , mon unique moyen d’existence. Mais quoique, pendant ces viiigt-siz années, mon élaboration philosophique n’ait jamais troublé , en aucune maniçre , ces devoirs spéciaux , toujours aussi scrupuleusement accomplis que si je m’en fusse exclusivement occupé, elle a essentiellement empêche, d’après ma discordance involontaire avec le milieu où j’étais forcé de vivre , que ces longs et constans services m’aient procuré jusqu’ici la juste récompense personnelle qui en fût naturellement résultée pour tout autre professeur uniquement livré, même avec moins de zèle et de succès, à de telles opérations. Les travaux transcendans , qui semblaient devoir rehausser le mérite de mes occupations professionnelles, ont constitué, au contraire, la principale cause des graves injustices que j’ai subies dans cette carrière, soit en vertu de la répugnance qu’ils inspiraient aux diverses influences dominantes, soit surtout par suite dé la basse envie que je suscitais secrètement autour de moi , en remplissant , avec une supériorité généralement reconnue , des fonctions qui, de ma part, étaient ainsi évidemment accessoires. Quoique' je sois juSqu’tci le .seul philosophe qui ii’àit fait, ni dans ses écrits, ni dans sa conduite , aucune concession contraire à ses convictions,, l’état présent de laraison publique coinmeqee déjà réellement h permettre, du moins en France, une telle plénitude de la dignité spéculative ; mais elle n'est pas encore suffisamment exempte de dangers personnels. Toujours résolu à maintenir entièrement intacte, à tout prix , mon indépendance philosophique, j’ai été sans cesse rigoureusement

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écarté des diverses branches de notre instruction publique, par les velléités rétrogrades et l’esprit ti-acassier do déplorable gouvernement dont l’heureuse secousse de i83o nous a délivrés à jamais. Ainsi réduit exclusivement aux pénibles ressources de l’enseignement privé , il a longtemps été pour moi encore plus précaire et moins efficace qu’envers tout autre, soit à raison d’une vie essentiellement solitaire qui me tenait éloigné des relations utiles , soit d’après le peu de sympathie que je trouvais chez les divers personnages qui pouvaient le plus appuyer une telle situation. Jusqu’à une époque très-rapprochée , mon existence a toujours reposé sur un enseignement quotidien prolongé ordinairement pendant six ou huit heures. C’est au milieu de ces entraves qu’a été exécutée la première moitié de ce Traité; le lecteur doit maintenaAt s’en expliquer la lenteur spéciale de publication. Tl y a seulement dix ans que je fus introduit enfin à l’École Polytechnique , dans le jprade le plus subalterne , sous les généreux auspices spontanés d’un géomètre fort recommandable (feu M.Navier) , dont la rare élévation morale honorait notre inonde scientifique , et dont l’esprit , quoique trop exclusivement mathématique, avait pourtant su discerner, à un certain degré , ma valeur caractéristique. Dès lors directement devenue mieux appréciable, mon aptitude à l’enseignement fut ensuite solennellement constatée, sur ce grand théâtre , d’après l’épreuve décisive qui résulta , en i836 , de l’obligation naturelle où je me trouvai d’y occuper, par intérim, la principale chaire mathématique. Mais , malgré cette irrécusable démonstration , que la noble sollicitude de mes élèves et de mon chef essentiel

PKEFACE.

(l’illustre Duloiig) a fait, j’ose le dire, soit alors , soit depuis , retentir avec éclat dans le monde savant , les antipathies scientifiques, spontanément développées à mesure que je perçais davantage, se sont jusqu’ici activement opposées à la juste rémunération de mes services spéciaux. Ou a cru jusqu’à présent, et ou croira sans doute longtemps encore , m’avoir suffisamment récompensé en ajoutant, depuis cinq ans, à mon office précaire et subalterne dans l’enseignement polytechnique, des fonctions plus importantes, mais également temporaires, relatives au jugement initial des candidats. Cette double attribution est d’ailleurs , suivant la coutume française , tellement peu rétribuée, que je suis obligé, pour suffire aux nécessités de ma position , d’y joindre au dehors un actif enseignement quotidien , dans l’un des principaux établissemens spécialement destinés à la préparation polytechnique. Il résulte de ces triples fonctions mathématiques un tel enchaînement d’obligations journalières que, depuis six ans, je n’ai pu trouver vingt jours consécutifs de suspension totale, susceptibles d’être pleinement consacrés ou à un véritable repos ou à l’exclusive poursuite de mes travaux philosophiques. Cette nouvelle phase de ma position personnelle ne m’a donc réellement procuré d’autre amélioration essentielle que de m’avoir laissé un peu plus de temps pour ma grande élaboration, en me dispensant désormais de tout enseignement individuel. Aussi ai-je pu exécuter la seconde nroitié de ce Traité , malgré sa difficulté et son extension supérieures, beaucoup plus rapidement que la première, en composant, depuis cette heureuse modihcalion, un volume environ chaque année. Mais les pénibles entraves qu’un

PRÉFACE

tel assujettissement continu doit encore apporter directement à mon essor ulte'rieur sont surtout aggravées par le caractère profondément précaire qui , d’après d’absurdes réglemens, distingue aujourd’hui cette laborieuse existence (i). La double réélection annuelle à laquelle je suis ainsi soumis ne constituerait peut-être, envers tout autre, qu’une simple formalité , d’ailleurs choquante. Quant à moi, elle peut , à tout instant , devenir beaucoup plus grave, en fournissant un point d’appui

(i) Noire École Polyteclinique eit essentiellement regie, en tout ce qui concerne l’enseignement, par un conseil forme principalement de tous les professeurs quelconques, y compris lis maîtres de dessin , de français et d'allemand , en exceptant seulement ceux qui dirigent les exercices non obligatoires, comme l’escrime, la danse et la musique. Depuis dix ou douze ans, cette corporation a gradnellemcnl acquis une grande prepondér.ince, en se faisant attribuer, !i titre de compétence, la nomination exclnsire ou la présentation dc'cisive aux divers offices polytechniques, par suite delà confiance irréfléchie que sa composition caractéristique a dû inspirer de plus en plus b un pouvoir trop dispose' .’i sacrifier , en ge'néral , sa juste suprématie effective aux imperienses exigences des préjugés actuels. Ce nouvel ascendant a aussi tendu sans cesse à rendre essentiellement amovibles , en les assujettissant h nne réélection annuelle, tous les emplois quelconques autres que ceux occupés ou convoités par les membres du conseil dirigeant, et sans même excepter les fonctions qui , de leur nature, réclament le plus évidemment nne pleine indépendance légale , afin de résister suffisamment ii l’antagonisme continu d’une foule de passions spontanément convergentes contre lent plus légitime exercice , comme sont surtout mes difficiles devoirs d’examinateur préalable. Envers l’office didactique accessoire rempli par ce qu’on appelle improprement les répétiteurs, les ombrageuses prétentions d’nne telle domination ont été poussées au point que, depuis l'ordonnance de i83a, chacun d’eux peut être directement repoussé au seul gré personnel du piol'isseur correspondant : en sorte que la prévoyance législative de nos savans

PRÉFACE

léj'al aux injustes animosités que j’ai involontairemeul soulevées , et que le cours naturel de mes travaux doit directement augmenter , surtout d’après l’action nécessaire du volume actuel. Kn tant que répétiteur, mon sort est subordonné , chaque année , iion-seuleuient aux diverses impulsions d’une corporation mal disposée à mou égard , mais aussi à la délicatesse ou à la circonspection d’un ennemi reconnu, dont la conduite antérieure est fort loin de garantir, en ce qui me concerne , son équité ultérieure. Comme examinateur, je suis pareillement ex-

n’a pa s’clever jnsqa’.’t comprendre la dangerense antocité qu’ils accor- ^ datent ainsi aux pins iiijnstes animosités qne pnnrrait susciter une rivalitc individuelle alors trop naturelle pour ne devoir pas être freqnente, on plulût presque habituelle.

D’aussi absurdes institutions sont sans doute très-propres h vérifier s|>eciaiemeiit ce que j’ai tant de fois établi , en principe, surtout dans ce dernier volume , sur la profonde incapacité qui caractérise les savans actuels en matière quelconque de gouvernement, même scientifique. L’administrateur le plus étranger aux études spéculatives n’eût certainement jamais adopté spontanément des règles si radicalement contraires li cette connaissance usuelle de l’homme et de la société qui distingue naturellement la classe administrative, et qui, même è l’état empirique , constitue toujours, an fond , dans la vie réelle, notre plus précieuse acquisition. Vainement donc nos savans voudraient-ils aujourd’hui renvoyer è l'administration la responsabilité exclusive de mesures aussi choquantes pour tous les hommes sensés ; il est clair qne le pouvoir n’a eu , h ce sujet, d'autre tort essentiel que de céder, avec trop de condescendance , & l’aveugle impulsion des préjugés et des ambitions scientifiques. Toute persoune bien informée sait même maintenant que les dispositions irrationnelles et oppressives adoptées depuis dix ans è l’École Polytechnique émanent surtout de la désastreuse influence exercée par M. Arago, fidèle organe spontané des passions et des aberrations propres & la classe qu’il domine si déplorablcment aujourd’hui.

PREFACK.

posé à la réaction annuelle, soit des différentes passions que doit spontanément susciter le juste exercice de mon autorité, soit même des vaines utopies spéciales que peut suggérer à chacun de mes seigneurs officiels le mode d’accomplissement d’un tel office : des récriminations pédantesques qui, quoique collectives, n’cn étaient pas moins inconvenantes et même ridicules , m’ont déjà formellement averti de l’imminente gravité que pourrait, envers moi , acquérir inopinément un tel joug. A ce double titre, mes amis et mes ennemis savent également aujourd’hui que , parvenue à sa quarante-cinquième année , ma laborieuse existence personnelle peut encore être brusquement bouleversée , malgré le scrupuleux accomplissement continu de tous mes devoirs professionnels^ d’après une suffisante coalition moinentanée des diverses antipathies qui s’opposent à mon légitime essor. C’est afin de sortir, autant qu’il est en mon pouvoir, de cette intolérable situation, que j’ai cru devoir, par cette préface, provoquer, à mon égard , une crise décisive, dont le péril , quelque réel qu’il puisse être , est , à mon sens, moins funeste que la perspective continue d’une imminente oppre.ssion.

Pour mieux caractériser, surtout quant à l’avenir, une telle appréciation personnelle , il me reste maintenant à la rattacher convenablement à la position nécess.sirc où me place directement l’ensemble de mon élaboration philosophique envers chacune des trois influences générales, théologique, métaphysique et scientifique , qui se disputent ou se partagent encore l’empire intellectuel.

11 serait certes superflu d’indiquer ici expres.séinent

TOU F. VI. b

PREFACE-

que je ne devrai jamais attendre que d’actives persécutions, d’ailleurs patentes ou secrètes, de la part du |iarti iheologiqiie , avec lequel , quelque complète justice que j’aie sincèrement rendue à son antique pre'pondérance , »

ma philosophie ne comporte re'ellement aucune conciliation essentielle, à moins d’une entière transformation sacerdotale , sur laquelle il ne faut pas compter. Dès mon adolescence, j’ai péniblement senti le poids personnel de cet inévitable antagonisme, première source générale des difficultés actuelles de ma situation. C’est, en effet, sous les inspirations rétrogrades de l’école théologique que fut surtout accompli, pendant la célèbre réaction de i8i6, le funeste licenciement qui brisa ou troubla tant d’existences à l’École Polytechnique, et sans lequel j’eusse naturellement obtenu seize ans plus tôt, suivant les heureuses coutumes de cet établissement, la modeste position que j’ai commencé seulement à y occuper en i83a; ce qui eût assurément changé tout le cours ultérieur de ma vie matérielle. Une exception formelle, émanée delà même origine, vint ensuite me soustraire personnellement à la réparation partielle qui compensa, quelque temps après , pour mes camarades , cette proscription générale. Le lecteur sait déjà que le prolongement continu de cette oppressive influence m’interdit surtout l’instruction publique , et me réduisit à la pénible ressource de l’enseignement privé. A mesure que mon essor mental s’est définitivement caractérisé par l’apparition succe.ssive des divers volumes de ce Traité, une inévitable déchéance officielle n’a pas empêché envers moi les malveillantes manifestations de ce parti incorrigible , qui , depuis cinq siècles, se sentant de plus en plus incapable de soutenir

PKEl'ACE.

aucune véritable discussion, aspire toujours , même dans l’impuissance, à exterminer ou à avilir ses divers adversaires philosophiques. Malgré sa circonspection accoutumée, la cour de Rome a récemment fulminé, contre un ouvrage qui n’était pas achevé , une de ces ridicules censures qui ont désormais perdu jusqu’à l’éirange pouvoir, subsistant encore au siècle dernier , d’exciter à lire les ouvrages qui en sont l’objet, et envers lesquels le public actuel ne daigne pas même s’informer d’une telle proscription. Au début de la présente année, à l’occasion de la réouverture habituelle du cours populaire d’astronomie que je professe gratuitement depuis douze ans, les plus ignobles organes de cette école , dans le vain espoir d’un prochain triomphe, ont osé demander hautement, à un pouvoir qui ne leur est plus dévoué , la destruction directe de tous mes moyens actuels d'existence , pour avoir systématiquement proclamé la nécessité et la possibilité de rendre enfin la morale pleinement indépendante de toute croyance religieuse, d’après l’universel , ascendant de l’esprit positif, enfin directement érigé en unique base solide de toutes les notions humaines

Envers le parti métaphysique , soit gouvernant , soit aspirant, ma position nécessaire, quoique relative à une collision moins prononcée, est, au fond, encore plus dangereuse pour moi , à cause de la grande prépondérance qu’il exerce aujourd’hui , à tous égards, en France. Plus éclairé et plus souple que le précédent, ce parti équivoque sent confusément que , depuis De.scartes et Bacon, l’essor graduel de la philosophie positive a été surtout dirigé spontanément contre .sa domination transitoire , non moins intéressée aujourd’hui que les prétentions

PRÉFACE

purement théologiques à empêcher, à tout prix, l’installation sociale de la vraie philosophie moderne. En considérant d’abord la portion de cette école qui règne maintenant , je puis aisément signaler , chez son plus éminent organe , un exemple très-caractéristique de sa disposition instinctive à me tenir, autant que possible, non sans doute dans l’oppression sacerdotale, mais dans une profonde obscurité personnelle , à la fois mentale et sociale. Ayant été, dès mon premier essor philosophique, individuellement apprécié, à certains égards, en 1824 et 1825, par M. Guizot, je lui ait fait l’honneur, il y a dix ans, lors de son principal avènement politique, de m’écarter une seule fois envers lui de la règle constante que je me suis prescrite de jamais rien demander aux divers pouvoirs actuels en dehors de ce qui m’est strictenient dû d’après les usages établis. Quelques ouvertures de sa part me conduisirent alors à lui proposer de créer, au Collège de France, une chaire directement consacrée à l’histoire générale des sciences positives , que seul encore je pourrais remplir de nos jours , et à laquelle j’eusse spontanément donné un caractère convenablement relatif à l’ascendant scienlitique et logique de la nouvelle philosophie. Or, après diverses tergiversations, M. Guizot , qui a fondé, là et ailleurs , pour ses adhérens ou ses flatteurs, tant de chaires inutiles ou même nuisibles, fut bientôt entraîné , par ses rancunes métaphysiques , à écarter définitivement une innovation qui pouvait honorer sa mémoire, et dont il avait d’abord semblé comprendre la valeur naturelle. Je fus même ensuite obligé de publier, dans deux journaux , en octobre i833 , avec quelques commentaires spéciaux, la note philoso|diique

PRÉFACE

que j’avais dû composer A ce sujet , afin d’empêcher au moins que cette proposition , qui , en effet , est ainsi restée ultérieurement intacte , ne se trouvât hnalemeut gaspillée au profit de quelque courtisan. Quant à la partie de l’école métaphysique qui constitue aujourd’hui ce qu’on appelle vulgairement l’opposition , et dont la principale influence réside dans la presse périodique , scs dispositions envers moi sont , sans doute , assez caractérisées par l’étrange silence que ses divers organes, quotidiens ou mensuels, ont unanimement gardé , pendant douze ans , pour la première fois peut-être , envers ma publication philosophique. C’est jusqu’ici seulement en Angleterre , du moins a ma connaissance , que ce Traité a donné lieu à un sérieux examen , par la con- ' sciencieuse appréciation dont un illustre physicien (sir David Brewster) honora, en i838, dans la célèbre revue d’Édimbourg , mes deux premiers volumes, quoiqu’il eût d'ailleurs assez peu compris l’ensemble de mon opération philosophique , malgré l'admission formelle de ma loi fondamentale, pour regarder un tel préambule comme constituant mon principal objet. Sauf cette unique discussion, ainsi plutôt scientifique que vraiment philosophique , ce long travail n’a jamais été même annoncé dans aucun journal de quelque importance, sans que l’on puisse assurément attribuer une telle réserve au sentiment personnel d’une insuffisance d’instruction préalable qui n’empêche pas l’essor habituel des jugemens les plus tranchés. Quoique quelques organes avancés aient dû , à ce sujet, attendre naturellement la fin d’une élaboration qui n’est, en effet, pleinement jugeable que dans son ensemble total, on ne peut dou

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PREFACE

ter que ce silence exceptionnel ne soit surtout dû à la répugnance involontaire avec laquelle les métaphysiciens, qui dominent partout la presse périodique , voient aujourd’hui surgir une philosophie supérieure à leur influence , et qui tend directement à faire cesser leur prépondérance actuelle, sous l’inflexible prescription continue de rigoureuses conditions mentales, à la fois logiques et scientifiques , qu’ils se sentent incapables de remplir suffisamment.

Considérons enfin la troisième classe spéculative , celle qui seule constitue aujourd’hui le germe très-imparfait mais direct de la vraie spiritualité moderne. Là se trouvent ceux à qui j’ai fait l’honneur de demander à gagner honnêtement mon pain, parce qu’ils sont de ma famille intellectuelle : tandis que je n’ai jamais rien dû attendre des deux autres catégories, comme m’étant essentiellement étrangères et même involontairement hostiles, sauf l'unique exception personnelle dont j’avais si mal à propos honoré M. Guizot. Afin d’apprécier convenablement à leur égard ma situation naturelle, il y faut distinguer avec soin les deux écoles, spontanément antagonistes, qui s’y partagent, quoique très-inégalement jusqu’ici, l’empire général de la positivité rationnelle : l’école mathématique proprement dite, dominant encore, sans contestation sérieuse, l’ensemble des études inorganiques, et l’école biologique , luttant faiblement aujourd’hui pour maintenir, contre l’irrationnel ascendant de la première, l’indépendance et la dignité des études organiques. En tant que celle-ci me comprend, elle m’est, au fond, plus favorable qu’hostile, parce qu’elle sent confusément que mon action philosophique tend directement à la dégager

PIlÉfACE.

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de l’oppression des geoiuèlies. J’y ai trouvé non-seulement mon plus complet appréciateur scientifique, dan& la personne de mon éminent ami M. de Blainville, mais aussi de nombreux et honorables adbérens, dont le concours constate mieux une telle sympathie collective. Malheureusement ce n’est pas de cette classe, comme on sait, que dépend mon existence personnelle. Or, quant aux géomètres, sous la domination desquels je suis naturellement forcé de vivre , les indications précédentes ont assez fait pressentir ce que je dois attendre d’une classe scientifique dont l’ensemble de mou opération philosophique, soit mentale, soit sociale, détruit nécessairement la suprématie provisoire, graduellement développée peudaiitle cours de la lougue élaboration préliminaire propre aux deux derniers siècles , comme l’expliquent spécialement les trois chapitres extrêmes de ce volume final.

Pour mieux caractériser cette inévitable opposition instinctive , il me suffit ici de signaler convenablement l’expérience pleinement décisive qui s’accomplit, à mon détriment , en 1840 , lors d’une nouvelle vacance de la principale chaire mathématique de l’École Polytechnique, que j’avais occupée, par intérim, quatre ans auparavant, avec une supériorité généralement recoDouc , même de mes ennemis, et que je ne cesserai jamais, h ce titre, de regarder comme ma propriété légitime, quoiqu’une violente iniquité m’en ait dépouillé jusqu’ici avec l’appareil des formalités légales. L’illustre Dulong , en sa qualité de directeur des études de cet établissement, y avait personnellement suivi ces mémorables leçons qui m’avaient hautement conquis sa consciencieuse estime , malgré sa disposition antérieure à partager involontairement eii-

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