TOME VI
PIULOSOPHIE POSITIVE.
de dignes coopérateurs ; soit pour en seconder la rdalisation graduelle par l’universelle propagation d’une sage instruction positive, à la fois scientifique et esthétique; soit , enfin , pour en régulariser peu à peu l’application pratique par un judicieux enseignement journalier, tant oral qu’écrit , et même par une convenable intervention philosophique au milieu des divers conflits politiques naturellement résultés de l’influence prolongée des anciens moteurs sociaux.
Malgré l’inévitable longueur de ce chapitre final, les principales conclusions sociales déduites de l’appréciation fondamentale de l’ensemble du passé humain n’y ont pu être que sommairement indiquées, sous la réserve des développemens ultérieurs propres au Traite spécial que j’ai promis. J’espère néanmoins y avoir assex caractérisé la nouvelle philosophie politique, immédiatement destinée à conduire enfin vers son but nécessaire l’immense révolution où nous sommes directement plongés depuis un demi-siècle, et qui doit, à tous égards, constituer la crise la plus décisive de l’évolution humaine. Par une telle détermination , j’ai finalement accompli la grande élaboration philosophique , commencée avec le tome quatrième , pour l’entière rénovation des spéculations sociales, et dans laquelleje crois avoir ainsi dépassé non-.seulement l’engagement initial pris au début de ce Traité , mais même les promesses plus rigoureuses que contenait la première partie de mon opération sociologique. En un temps où toutes les convictions morales et politiques sont essentiellement flottantes , faute d’une base mentale suffisante, j’ai directement posé les fonde -
mens ralionuels de nouvelles convictions vraiment stables, susceptibles d’efficacité contre les passions discordantes , soit privées , soit publiques. Quand les considérations pratiques ont partout usurpé une exorbitante prépondérance , j’ai relevé la dignité philosophique et constitué la réalité sociale des saines spéculations théoriques, en établissant, entre les unes et les autres , une subordination systématique sans laquelle il est impossible désormais de s’élever , en politique , à rien de grand ni destable. Â l’époque où l’intelligence humaine, sous le régime empirique d’une spécialité dispersive, menace de se consumer en travaux de détail de plus en plus misérables et de plus en plus éloignés de toute haute destination sociale , j’ai osé proclamer et même ébaucher le règne prochain de l’esprit d’ensemble, seul propre à faire universellement prévaloir le vrai sentiment du devoir. Ce triple but a été atteint par la fondation d’une science nouvelle, la dernière et la plus importante de toutes , sans laquelle le système de la véritable philosophie moderne ne saurait avoir ni unité ni consistance, et qui, je ne crains pas de l’assurer, quoique ne pouvant encore trouver sa place dans la constitution routinière et arriérée de nos académies scientifiques, n’en a pas moins, dès son origine actuelle, autant de positivité et plus de rationnalité qu’aucune des sciences antérieures déjà jugées par ce Traité. Quelle que doive être l’importance des progrès ultérieurs réservés à la sociologie , ils offriront nécessairement beaucoup moins de difficultés que celte création fondamentale : non-seulement parce que la méthode y est ainsi assez caractérisée pour apprendre désormais à retirer, d’une étude plus détaillée
du passé , des indications plus précises de l’avenir ; mais aussi parce que les conclusions générales ici obtenues , outre qu’elles sont, par la nature du sujet, les plus essentielles, serviront de guide universel aux appréciations plus spéciales.
Une telle fondation scientifique complétant enfin le système élémentaire de la philosophie 'naturelle préparée par Aristote , annoncée par les scolastiques du moyen âge, et directement conçue, quant à son esprit général , par Bacon et Descartes, il ne me reste plus maintenant, pour avoir atteint, autant que possible, le but principal de ce Traité, qu’à y caractériser sommairement la coordination finale de cette philosophie positive dont tous les éléinens essentiels , soit logiques , soit scientifiques, ont été successivement l’objet propre des sis parties de notre élaboration hiérarchique, depuis les plus simples conceptions mathématiques jusqu’aux’ plus éminentes spéculations sociales. Telle sera la destination des trois chapitres complémentaires qui vont ici être consacrés , d’abord à la méthode , ensuite à la doctrine, et enfin à la future harmonie générale de la philosophie positive,' suivant l’annonce contenue au tableau synoptique initial, publié, il a douze ans, avec le premier volume de ce Traité. ’