PRÉFACE DES ÉDITEURS IX
A dater de i845, Comte essaya de donner à ses conceptions un caractère plus directement pratique. Le Traité de politique positive, qui porte pour épigraphe « l'amour pour principe, l'ordre pour base, le progrès pour but » et qui prétend instituer la religion de l'Humanité, est la manifestation capitale de cette nouvelle période. Il s'institue grand-prêtre de l'Humanité et met en pratique, avec quelques disciples, la nouvelle religion. Littré et Stuart Mill, qui jusque-là avaient contesté les conséquences politiques que Comte tirait de sa doctrine, se séparèrent de lui, estimant que la nouvelle religion constituait une déviation du positivisme et expliquèrent ce retour au mysticisme par la passion que venait de lui inspirer Mme Clotide de Vaux. Le coup d'État de i85i reçut son adhésion.
Ses dernières années furent consacrées, outre des travaux de moindre importance, comme le Catéchisme positiviste et V Appel aux Conservateurs, à la rédaction d'un traité de Synthèse subjective. Le premier volume seul a été écrit ; le second devait contenir un traité de morale positiviste, mais Comte mourut d'un cancer à l'estomac, laissant un testament volumineux par lequel il instituait treize exécuteurs testamentaires et les chargeait de conserver son appartement de la rue Monsieur-le-Prince comme premier siège du culte de l'Humanité. Quinze ans plus tard, ce testament devait donner lieu à un procès célèbre.
Les doctrines de Comte ont eu un retentissement considérable et ont encore de très nombreux partisans. Le Cours de philosophie positive que nous publions aujourd'hui est l'œuvre essentielle de ce grand philosophe. C'est cet ouvrage génial qui organisa la philosophie des sciences, exposa la loi des trois états, théologique, métaphysique et positif, par lesquels, selon l'auteur, passe l'humanité, et établit, ce que l'on avait à peu près négligé jusqu'alors, une classification des sciences.
Chacun des tomes qui le composent fut écrit presque d'un