Notions générales de l'Ontologie : ses différents noms
A. — L'Ontologie se d(''fiiiit : La science qui a pour objet têtre réel, commun à tous les êtres, « ainsi que les réalités dont il est le prijicipe » .
1*^ C'est une science : elle est, en effet, nous le verrons, un ensemble de connaissances fondées sur des principes certains, méthodiquement liées entre elles par des lions logiques et concourant toutes à une môme fin (Log., n. 238).
2° Elle traite de Vêtre réel, c'est-à-dire de l'être en tant qu'il a un fondement dans la nature. Par là elle ressemble aux autres parties de la Métaphysique, et se distingue, au contraire, de la Logique et de la Morale.
3° L'Ontologie envisage l'être e/i tant que commun à tout ce qui existe, c'est-à-dire indépendamment de tout être pai*ticulier ; et ainsi elle diffère de la Cosmologie, de la Psychologie et de la Théodicée, qui s'occupent exclusivement du monde, de l'àme humaine et de Dieu.
4° L'Ontologie étudie l'être ainsi que les réalités dont il est le principe. Il ne s' ag'd donc pas seulement de la nature de l'être, mais encore de sQi, propriétés les plus communes, de ses catégories, de ses causes, toutes choses qui se trouvent comprises dans la notion de l'être ou s'y rattachent très étroitement. Il faut donc regarder l'Ontologie comme une vaste synthèse, où l'on contem pie l'être à ses points de vue les plus élevés et les plus généraux.
U. —a) C'est donc avec raison que Wolf a emprunté aux mots grecs ô'v et /oyo; le terme d'Ontologie pour désigner la science de Têtre.
6) Elle reçut d'Aristote le nom de Philosophie première, soit parce que nous connaissons d'abord les vérités les plus générales, soit plutôt parce qu'elle traite des causes et des premiers principes de toutes choses.
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c) Le nom de Mélaiihysique, nous l'avons déjà dit (n. 1), lui a été donné par les disciples d'Arislote.
d) Les modernes la nonunenl avec plus de précision encore Mélaphijsiijue générale. L'Ontologie, en eiïet, est une partie de la Métaphysique et non la Métaphysi(iue tout entière, comme le prétend à tort Littré : « Ontologie, dit-il. théorie do l'être ; c'est en général le synonyme de métaphysique. »
e) Enfin, de Tracy a recours an terme d'Idéologie, et Gioi)erti à celui do Protologie.
3. Conclusion relative à l'importance de l'Ontologie. — Sou ndlifê est grande, cl cela pour un quadruple inolif : A. — En premier lieu, la culture de cette scienc(> a pour efîet d'aifjiiiser l'esprit. Cet avantage, en vérité, ne saurait être con testé à une science qui examine les notions les plus transcendantes et agite les questions les plus délicates. Or tel est bien le mérite; de l'Ontologie, qui discute les problèmes si élevés de l'être et de l'existence ; du vrai et du bien ; l'éduit toutes choses à un petit nombre de catégories suprêmes, et les rattache à leurs causes les plus éloignées.
R. — L'utilité de la Métaphysique générale consiste, en second lieu, à prévenir les erreurs. L'expérience l'atteste : si les philosophes ont fréquemment erré d'une manière grave, surtout lorsqu'ils ont parlé de Dieu et de l'àme, cela est venu Iroj) souvent de méprises ou d'obscurités dans leur manière de concevoir l'essence, la substance, la cause, la personne, l'accident et autres éléments semblables dont l'étude, approfondie autant que sagace, appartient en propre à l'Ontologie.
C'est en particulier contre le nuitêrialisme qu'elle fournit un remède efficace. Pour beaucoup de philosophes, en effet, <('tle erreur est le résultat d'une application trop exclusive au monde physique. L'Ontologie jT'ayant, au ccnitraire, d'autre objet que rimmatériel, pourrait corriger leur tendance.
C. — Elle est donc utile à loules les autres sciences. Celles-ci traitent des êtres considérés en particulier ; l'Ontologie étudie l'être en général. Toutes les sciences ont recours aux notions d'essence, de vrai, de bien, de substance, d'accident: seule l'Ontologie définit ces notions. Toutes enfin s'appuient sur les principes de contradiction, de causalité ou de finalité: c'est encore l'Ontologie qui en découvre les fondements. En un
Philosophie. — Tome 1 U
UNTULOGIE
mot, objet, définitions, principes communs aux diverses sciences, tout est éclairé par l'Ontologie, qui est véritablement la lumière des sciences.
Comme le Logicien, le Métaphysicien a donc le droit de dire : « En traçant des règles à toutes les sciences à la fois, je ne ferai pas comme ceux qui, voulant connaître un temple, se promènent une lampe à la main, de chapelle en chapelle, et, en éclairant une partie du temple, laissent son immensité dans les ténèbres. Je la suspendrai au milieu de la voûte, et tout le temple sera éclairé » (Bacon).
B. — Remarquons enfin la nécessité spéciale de l'Ontologie pour ceux qui se livrent à l'étude de la Théologie sacrée. Suarez n'interrompit-il pas la composition de ses commentaires sur la Théologie, pour étudier les fondements de la Métaphysique ? « Chaque jour, dit-il, je vovais plus clairement combien celle divine et surnaturelle Théologie réclamait l'appui de la Théologie humaine et naturelle. » Et de fait, il est impossible, sans les notions d'essence, de nature, de personne, de relation et autres semblables, de comprendre les traités de la Sainte Trinité, de l'Incarnation et de la Grâce.
4. Histoire de l'Ontologie. — A. — L'Ontologie a été en honneur auprès des anciens et surtout dans les académies du moyen âge. Aristote, en elfet, que l'on regarde à bon droit comme le père de cette science, avait dans les quatorze livres de sa Métaphysique parcouru toutes les questions qui en dépendent, et transmis à ses successeurs la célèbre division cfes êtres en dix catégories. — Les œuvres de ce philosophe furent enrichies de commentaires par les scolastiques et particulièrement par Albert le Grand, S. Thomas, Scot et Suarez, qui discutèrent longuement ces questions profondes et difficiles, dont l'étude fortifia les intelligences, et, en faisant avancer la philosophie, assigna une base solide à la morale.
B. — Durant ces derniers siècles, une triple influence a fait tomber l'Ontologie dans le discrédit. — Descartes, entraînant à sa suite Malebranche et plus tard Beid et l'école écossaise, se livra surtout à l'étude de la Psychologie ; pour eux il n'y avait guère de philosophie en dehors de l'étude du sujet pensant. Beaucoup d'autres; à l'exemple de Bacon, adonnés d'une manière trop exclusive aux sciences expérimentales, négligèrent la contemplation des vérités abstraites, et tombèrent bientôt dans un sensualisme qui a engendré le matérialisme contemporain. — Kant, de son côté, sous prétexte de ressusciter la Métaphysique et de corriger Aristote, nia le caractère objectif de nos concepts, et du même coup consomma la ruine de POntologie. — C'est pourquoi l'usage s'est
NOTIONS PRKLIMINAIRES
élaltli dans nos cnllè/ïcs mnriernes île passer sous silence, ou du moins (l'i ndiquer d'une façon trop sommaire, les notions métaphysiques qui ne semblent plus former qu'une introduction à la Théodicée.
G. — Par contre, dans les Séminaires et les Instituts catholiques, on >"applique à l'étude de Ifintologie, avec tout le soin que mérite une science aussi importanfe. Sdurco et fondement de toute la Métaphysique.
5. Division de l'Ontologie. — H y « quatre ])oinls de vuo à considérer dans l'être, objet de l'Ontologie, savoir : ■^î^ nature, si^i> propri('tés, ses espèces et ses causes. Quatre questions se posent en effet : 1" qu'est-ce que l'être? 2° quelles sont les propriétés communes h tous les êtres? 3° comment les êtres peuvent-ils se répartir en catégories générales? 4" quelles sont enfin les causes de l'être ? C'est donc avec raison que nous diviserons l'Ontologie en ([uatre livres.
l^e premier sera spécialement dirigé contre les idéalistes et l'école de Locke; le second aura pour objet la réfutation des lansses théories modernes concernant le vrai, le bien et le beau ; le troisième s'a(laf|nera d'une manière particulière aux pbénoménisteset aux cartésiens; le quatrième enfin fera la critique du j)ositivisme et combattra les adversaires delà causalité.