‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 138 sur 291 · Caractère transcendental de la notion d'unité · texte numérisé non relu

Caractère transcendental de la notion d'unité

TniibE Tout être est un.

Preuve. — «Tout être, dit S. Thomas, est simple ou coin-

posé : s'il est simple, il n'est ni divisé ni divisible (il est donc un). D'autre part, s'il est composé, il n'existe pas encore tant que les parties demeurent séparées ; l'existence individuelle ne commence qu'avec l'agrégation des parties constitutives en un seul tout. Il est donc manifeste que l'être d'un objet consiste dans l'indivision (c'est-à-dire dans l'unité) : de là vient que toute chose, pour conserver son être, doit c<jnserver son unité. » C'est aussi la raison de l'axiome vulgaire : « L'être et l'unité sont une même chose. »

Bien plus, toute collection, v. g., une armée, quoique composée d'éléments multiples, doit avoir cependant une certaine unité. En effet, « la multitude elle-même ne constituerait pas une notion unique (et par conséquent ne pourrait êti-e conçue comme un tout), si elle n'était pas une en quelque manière ». Donc, ce qui. de soi, est multiple, peut se réduire pourtant à quelque unité ou idéale ou réelle.

49. Espèces d'unités transcendentales. — Il y a autant d'espèces d'unités que de degrés dans l'indivision.

1° Il faut distinguer, en premier lieu, l'unité de simplicité et l'unité de composition, que les modernes appellent métaphysique QÏ physique. L'être qui est un par unité de simplicité ou d'indivisibilité, n'est pas seulement indivis en fait, mais il ne peut être divisé ; telles sont les substances spirituelles. Au contraire, l'être un par unité de composition, est toujours susceptible de division, alors même que de fait il n'est point divisé ; telle est la substance de l'homme composée d'un corps et d'une âme.

2° L'unité de composition peut être nûtureUe ou artificielle. L'unité naturelle est celle des êtres dont les parties, soit substantielles, soit accidentelles, demeurent unies en vertu de la constitution même de l'être ; cela a lieu, par ex., dans un arbre. L'unité artiflcielle résulte d'une juxtaposition de parties produite par l'art ; c'est en ce sens qu'une maison constitue une unité.

3° L'unité est substantielle ou accidentelle. La première est l'indivision de l'essence, constituée par plusieurs principes Intrinsèquement unis ; telle est l'essence humaine formée d'un corps et d'une âme. — La seconde est l'indivision accidentelle de deux ou plusieurs substances distinctes, mais unies par Un lien accidentel, telle que la figure. -^ Cette distinction est

SECONDE PARTIE, PROPRIÉTÉS DE l'ctRE 275

i m porta II te dans la critique de l'atomisnie et du dynamisme'.

ARTICLE II

L'IdenliU'..

50. Nature de l'identité : ses espèces. — A. — De la eonii.iissance de lunité. un sélève à celle de Videatité. En elTet, (le ce (|ue lèlre est un en soi, on conçoit qu'il demeure idenli(|ue à lui-même ; or l'identité proprement dite (e«f/e//i e//i/V<^w, même entité) consiste en ce que l'être reste le même, et se délinit : la convenance dune chose avec elle-même.

Un voit que, |iour allribuer l'idcnlilé iï une chose, il est nécessaire de la considérer à divers moments de son existence, ou de la comparer avec elle-même, en la dédoublant mentalement pour s'en former simullaiiément une double représentation.

li. — L'identité se montre à trois degrés différents, suivant (|ue l'èli'e demeure identifjue à lui-même en tout ce qu'il est, ou uniquement en sou essence, ou seulement en ses accidents. C'est pour(|uoi l'on distingue l'identité métaphysique, l'identité phtisique et l'identité momie. La première est celle de l'être réfractaire aux moindi'es changements ; elle n'appartient qu'à Dieu seul. La seconde se reconnaît dans l'être dont l'essence physujue seule ne varie jamais, par ex. : l'àme, l'ange. La troisième convient à l'être qui, tout en étant sujet à des modifications réelles et successives, reste cependant le même extérieurement, et est jugé tel par tous les hommes : par ex. : un lleuve, une communauté, le corps humain, qui, au bout d'un certain laps de temps, sont entièrement renouvelés ; mais ce renouvellement ne s'opère que d'une fagon progressive, et ainsi ne rompt point l'identité morale.

Page 1