LES ACCIDENTS
De l'étude de la substance, on s'élève logiquement à celle des Accidents. Il sera question : 1° des Accidents en général ; 2° des Accidents en particulier.
ARTICLE I
Les Accidents en général.
Quatre problèmes se posent à propos des accidents cii géné-
1. Nolions de Philosophie, p. 429. —2. Fraymenl phil., préface. — 3. Ef:sai vur L'enlendement humain, liv. II, c. 27, o. 9.
lùgisiKAit: l'Aïaiii, les catéguuiks de LiaitE '.\2'ô
rul : qu est-ce que l'accideiit ? combien y eu a-t-il de sortes? cuinment se distiiujue-t-il de la substance ? en est-il séparable ?
§ I. — Xatuve des accidents.
113. Leur définition nominale et réelle. — A. — Le mot accident (du verbe accidere] ilésigne ce qui dérive de la substance ou ce qui sy ajoute comme fortuitement. — Ce terme « accident » est pris en deu.\ sens par les piiilosophes : dans le premier sens, il est opposé à la substance et il désigne tout ce qui s'y ajoute, fût-ce d'une manière essentielle : par ex., la raison cbez l'homme. — Dans le second, c'est l'un des cinq universaux de Porphyre (Log. 31), qui n'indique que des éléments non essentiels, alleclant la substance d'une manière quasi fortuite et accessoire. La notion d'accident a donc plus d'extension au premier sens, ou sens ontologique, qu'elle n'en a au second, ou sens logique.
B. — En soi, raccident ontologique est une rcalité qui n'a d'aptitude à exister qu'en un être diffèrent d elle-tnènie *.
lo C'est une réalité., et non pas simplement un être de raison.
2o C'est une réalité (jui a aptitude à exister. De même, en eilet, que la substance ne jouit pas nécessairement d'une existence actuelle ; ainsi l'essence de l'accident n'inipli([ue pas inhérence nécessaire à la substance, mais seulement aptitude à modifier un sujet.
3o L'accident ne peut exister qu'e/i un être différent de luimême. C'est là ce qui le distingue de la substance.
De là cette conséquence : « Bien que Dieu puisse séparei' un accident de son sujet, comme cela a lieil dans l'hostie con- !>acrée (n. 121), il demcuire cependant impossible que cet accident perde loute aptitude à ail'ecter son sujet. »
114. Propriétés des accidents. — 1° L'accident n'est pas un être proprement dit ; c'est plutôt l'être d'un être, « ens entis », c'est-à-dire un être dérivé. Il diffère donc de la substance en ce que celle-ci est véritçiblement un être, tandis que lui n'a qu'un être d'emprunt : la substance, c'est ce qui est l'accident est ce par quoi une chose est telle ou telle ; la subs^ tance est en elle-même, l'accident n'est que dans un autre.
2" L'accident ne peut ét/tiyrer d'un sujet dans un autre Sujet. C'est, en effet, de son sujet d'inhérence que l'accident tient son être et son indivldualion {n. 99) : « il y aurait donc
1. Kleu^eu, La philosophie scolaslique, t. lit, p, 412 et l'J4-iOO.
PiuLosoi'mE. — Tome I l'J
loiitradJction à ce qu'il demeurât nuiiiériqiieineiit le luèiiic, tout en se transportant tantôt dans un sujet, tantôt dans un autre. »
3° La mode d'être ou l'accident est z<ne s//«/t' f/e /'e^/'e, c.-à-d., qu'il participe à la nature de la substance : si donc l'accident est immatériel, c'est d'une substance immatérielle qu'il doit provenir, et en elle seulement qu'il peut être reçu (n. 99).
§ IL — Division des accidents.