Le temps n'est pas purement idéal. — Cette thèse est
vraie, pour les mêmes motifs allégués plus haut à propos de l'espace.
A. — Contre Kant : 1° Le sens commun attribue aux êtres vivants ou
inanimés une durée réelle et successive, Composée de jours, de mois et
d'années réelles et non idéales.
2° Certaines sciences, telles que l'asti'onomie et la mécanique céleste; ont pour rôle de mesurer le temps par l'étude du cours des astres ; d'autres, comme la géologie^ font des recherches chronologiques pour
fixer les étapes de la formation du monde. Si donc le temps est und illusion, ces sciences perdent entièrement leur raison d'être.
3" La raison proclame elle-même la fausseté des principes invoqués par Kant. Ce philosophe prétend qu'il est impossible de percevoir aucune succession, sans que la notion de temps se trouve a priori infuse dans l'âme. Or c'est tout le contraire qu'il faut affirmer, car la perception des divers phénomènes de succession est le fondement même de notre conception du temps. Celui-ci, loin d'être une fantaisie de l'imagination, mérite donc essentiellement la qualification d'objectif.
B. — Contre Leibnitz : La raison démontre que le temps n'est pas simiilement un ordre de succession. En effet, cet ordre qui règne entre les divers instants, est constitué par la continuité du temps qui les unit entre eux, ou bien sans cette continuité. Dans la première hypothèse, la définition de Leibnitz présuppose l'existence du temps et n'explique en rien sa nature. Dans la seconde, la continuité des moments successifs est détruite, et c'est la négation du temps aussi bien que de la durée et de l'identité des choses qui en ressort logiquement.
151. Le temps n'est pas purement réel. — A. — D'après Gassendi, le temps serait, comme l'espace, incorporel et incréé. Il était avant la création du monde, il est actuellement, et il ne cesserait point d'être alors même que le monde n'existerait plus. Or une telle conception du temps est tout à fait fantaisiste. D'une part, le temps est inconcevable sans mouvement ni succession, et, d'autre part, le mouvement et la succession sont impossibles sans des objets qui se meuvent et se succèdent. L'opinion de Gassendi est donc entachée de contradiction.
B. — Newton, Clarke et plusieurs autres enseignent que le temps se confond avec l'éternité de Dieu, comme l'espace avec son immensité. Mais toute succession est incompatible avec l'éternité ; le temps, au Contraire, est une succession continuelle.. L'identification du temps et de l'éternité est donc Inadmissible.
152. Thèse scolastique sur la nature du tempS. — Dans la question du temps, comme dans celle dé l'espace, l'Ecole adopte une opinion moyenne entre l'idéalisme et le réalisme outré. Cette opinion a pour base la distinction du temps réel et du temps idéal.
1° Le temps réel et concret est la durée successive et continue de tous les objets créés, tant dans l'ordre matériel que dans l'ordre spirituel. Cette durée se compose d'un triple élément : du passé, qui a joui de sa téalité, de Yinstant présent qui est réel, et du futur qui le deviendra. Ces trois éléments se conçoivent unis par une continuité réelle, et cependant cette union ne saurait être per(.-ue par l'esprit sans l'intervention du jugement. Le moment présent et indivisible est seul perçu par la conscience; le passé fait l'objet de la mémoire; le futur n'est entrevu
tkûisiLme partie, lks catégukies de l'être 361
que |iar prévision II faut donc un jugement et une conception spéciale de l'inlellig-ence pour réunir entre eux ces trois éléments, saisis séparément. Voilà pourquoi S. Thomas a pu répéter, en l'approuvant, cette parole d'Arislote : « Sans l'intelligence, il n'y aurait point de temps. »
Qu'on ne dise pas que la perception de l'instant présent, sans souvenir du passé, suffirait pour donner à la conscience la notion de durée et de temps, car l'instant présent est indivisible. Loin d'avoir une durée, il en est le commencement on le terme, comme le point est le commencement ou la fin d'une lii;ne, et son ôlre tout relatif se rapproche du néant autant qu'il est possible. C'est la moindre de toutes les entités, et à peine peut-on la saisir.
2» Le temps idéal n'est qu'un être de raison avec un fondement réel. Qu'il ne soit pas purement idéal, on le conclut avec évidence des réponses adressées plus haut à Kant et à Leibnitz. D'autre part, ce n'est point un être réel, comme cela résulte des jugements portés sur les doctrines de Gassendi et de Newton ; il reste donc que le temps soit un être dé raison fondé sur la réalité. Et de fait, cette notion étant tirée par abstraction des objets contingents, comme le sont les autres idées universelles, il est insoutenable qu'elle puisse manquer de fondement objectif.
On voit par là : 1» Pourquoi cette mesure, absolument uniforme et constante du mouvement, étant de nature idéale, demeure introuvable dans les réalités physiques, voire même dans ces merveilleux mouvements des astres, dont l'uniformité n'est qu'apparente.
2» Pourquoi le temps, comme l'espace, n^a pu être créé avant les choses temporelles, et pourquoi il cesserait d'être, si elles étaient anéanties. Séparé des réalités existantes, le temps, comme l'espace, n'est plus qu'une pure possibilité.
^ VII. — La Situalion et C Habit '.
153. Nature de la situation : ses espèces. — A. — La situation est t accident qui résulte de t ordonnance des parties d'un corps en un lieu. « La position est l'ordre ou l'ordoynanee des parties eu un lieu », dit S. Thomas. Telle est, par ex., la position verticale.
Ce^t l'ordonnance des parties, et surtout des parties intégrantes du corps. C'est aussi l'ordonnance de ces parties dans un lieu : et en cela la position diffère de la localisation, qui indique le logement circonscriptif des corps dans un lieu. Aussi la position peut-elle changer dans un même lieu.
B. — La situation est absolue ou relative. La première