NOTIONS PRÉLIAIINAIRES SUR LES CAUSES EN GENERAL
On traitera successivement : 1" de la Nature des causes ; 2" de leur Division. De là deux paragraphes.
§ I. — Aature de la causalité.
Considérée en général, la cause possède une étroite affinité avec le principe et la raison suffisante qu'il nous faut tout d'abord expliquer.
155. Nature du principe : ses espèces. — A. — Le mot principe dérive de princeps (premier) et désigne, au sens large, Vanlérioritéi quelle qu'elle soit. Tantôt celte antériorité est d'ordre idéal, telle est celle du point par rapport à la ligne ; tantôt elle est synonyme de préséance, ainsi le prince est le premier de son peuple ; parfois l'antériorité se manifeste par une influence, c'est le cas de la cause, principe de son effet ; ailleurs elle se montre dans la succession chronologique, voilà comment on donne à l'aurore le nom de principe du jour ; enfin rantériorité peut n'être aussi que purement Idgique, c'est celle du principe sur sa conclusion.
En soi, et au sens strict, « le principe est ce dont quelque chose procède... de quelque manière que cette procession s'opère ». Ce qui découle d'un principe se nomme dérivé. Or il V a trois différences entre le dérivé et son principe : 1° une distinction réelle, ou au moins de raison, comme cela a lieu en Logique ; 2° un ordre de dépendance, car la simple succession ne suffirait pas pour valoir à l'antécédent le nom de principe ; 3° uiie différence de priorité, au moins d'origine ; ainsi, dans le mystère de la Sainte-Trinité, le Père est le principe du Fils et possède sur lui une priorité, non de temps, mais d'origine.
B. — Le principe est logique ou ontologique, suivant qu'il engendre une connaissance (immédiate ou médiate), ou une réalité (essence ou existence). Il y a donc quatre espèces de principes : lo les principes de connaissance, comme l'évidence ; 2° les principes de démonstration ou de science, tels que les axiomes, les définitions, la division, l'argumentation ; 3° les principes à' être ou de constitution, par ex., la matière et la forme ; 4° enfin les principes du devenir ou de la pj'oduction, comme la causé efficiente et la cause finale. Telle est la doctrine d'Aristote, qui appelle principe ce par quoi un objet est, devient, ou se ronnalt{ou se démontre).
156. Nature de la raison d'être : ses espèces. — A. — Le inot i'aison (de reor) semble avoir signifié successivement : — la pensée ; ainsi les idées de Dieu sont appelées raisons des choses ; — la faculté de penser, car l'intelligence, c'est la raison ; — enfin l'objet de la pensée, car les essences sont les raisons d'être des choses.
En soi, et dans ce dernier sens, une raison est proprement Un principe de connaissance. Ce principe n'est pas subjectif ; ce n'est pas la simple puissance de penser ; il est objectif et joue le rôle d'élément constitutif dans un objet, en sorte que sa connaissance rend cet objet intelligible.
B. — Comme on trouve dans l'être deux éléments constitutifs, l'essence et l'existence, l'être est donc intelligible, tant par le mode de son essence {qu'est-ce que c'est?) que par le mode de son existence {d'çii vient-il P oit va-t-ilP).
Cette triple question élucidée, l'être est pleinement compris. Si, au contraire, le mode de l'essence ou celui de l'existence reste caché, et s'il est impossible de prononcer, sur sa nature,
QL-ATRli;.ME PARTIE, LES CAUSES DE l'P.TRE 'M)"j
son urigine ou sa fin, l'ùtre demeure inconnu, et, pour ainsi dire, vide pour notre esprit.
Dire que l'on connaît la raison d'une chose revient donc à dire qu'on connaît son mode d'essence et son mode d'existence. Dépourvu de ces dcments constitutifs, l'être cesserait d'être un être et partant il perdrait son intelligibilité.
On qualifie en outn» la nxhon de suffisante ou (V insuffisante, suivant qu'elle exprime d'une façon complète ou incomplète le mode d'essence ou d'existence d'un être. L'une procure une intelligence adéquate do l'objet, et Tautrc n'en donne qu'une connaissance partielle.
157. Nature de la cause. — A, — La cause d'une chose est le principe qui concourt à la production de cette chose.
1. C'est nn principe : bien que tout principe ne soit pas une cause, toute cause cependant est une sorte de principe.
2. Ce principe est, d'une façon ou d'une autre, réellement producteur. Ce par quoi une cause exerce sa propre influence dans la production d'un effet, reçoit le nom de causalité : et celle-ci est de nature aussi diverse cjue les causes elles-mêmes.
3. Ce principe engendre une réalité. Or ce qui, sous l'action d'une cause, passe de la puissance à l'acte, reçoit le nom d'effet.
R. — Ce qui précède montre qu'il existe une différence» entre la cause et le principe, non moins qu'entre la cause et la raison d'être. — Et d'abord, la cause se distingue du principe : car — a) la cause et l'effet diffèrent toujours numériquement ; tandis que le principe et sa conséquence ne diffèrent que logiquement. — b) I/effet est dépendant à l'égard de sa cause: on n'en saurait dire toujours autant du dérivé par rapport à son principe, comme on le voit, par ex., dans les personnes de la Sainte Trinité. — c) La cause est antérieure à son effet, d'une priorité non seulement d'origine, mais toujours de nature et souvent de temps, contrairement à ce qui a lieu pour le principe : ainsi l'ùme est le principe de ses facultés, sans pourtant les précéder dans l'existence. — Secondement, la cause se distingue aussi de la raison suffisante ; caria notion de raison s'applique non seulement à la cause par rapport à l'effet, mais aussi au principe par rapport au dérivé.
§ II. — Division des causes.
158. Légitimité de la division scolastique. — LesScolastiques, à la suite d'Aristote, groupent toutes les causes en quatre espèces portant les noms de cause efficiente, cause matérielle, cause formelle et cause finale.
Thèse La division des causes en quatre espèces est légitime.
Preuve. — En effet, elle est irréductible et adéquate.
I. Elle est irréductible. — L'être peut se considérer dans son origine, sa constitution et sa fin ; en tout objet créé, en effet, on distingue le commencement, le milieu et la fin. Or étudier un être dans son origine, c'est rechercher l'agent dont il tient l'existence (cause efficiente). L'examiner au point de vue de sa fin, c'est se demander le terme où tend son activité, car toute opération suppose un but (cause finale). Enfin considérer un être dans sa constitution, c'est chercher sa forme spécifique (cause formelle) ; et, s'il s'agit d'une chose physique, c'est aussi rechercher la nature de la matière informée (cause matérielle). Il y a donc quatre sortes de causes. L'artiste, par ex., est cause efficiente de la statue ; le marbre joue le rôle de cause matérielle ; sa cause formelle, c'est sa forme même ; quant à sa cause finale, ce peut être le gain, la gloire, etc.
IL Elle est adéquate. — Il est, en effet, facile de ramener à cette division les diverses espèces de causes inventées par les moderiies, et entre autres les causes occasionnelles, déterminantes, instrumentales et exemplaires.
1° L'occasion est tout ce dont la présence provoque l'opération de l'agent : ainsi, la présence du riche excite le voleur à préparer un larcin. — Mais sa causalité peut s'exercer de bien des manières : ou bien elle produit dans l'agent une excitation, ou bien elle lui procure la matière, ou bien elle lui propose une fin. La cause occasionnelle se ramènf donc à la cause efficiente, à la cause matérielle ou à la cause finale suivant les cas.
2° Le motif (movere), c'est, au sens étymologique, tout ce qui joue k rôle de moteur à l'égard de l'agent : ce motif est déterminant, s'il suffit à faire entrer en acte la cause efficiente. — Comme on le voit, le motif se ramène à la cause finale dont l'essence consiste à mouvoir la cause efficiente vers un but.
3° L'instruinent &est tout ce qui, sous l'impulsion d'une cause principale
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et stipt-n'eiire, concourt par son activité propre à la production d'un effet commun. L'instrument réalise donc un double effet : Tun est communiqué à l'instrument, et l'outre lui est propre. Ainsi, « une hache coupe en vertu de ses propriétés tranchantes ; et de plus, en vertu de l'artiste, qui s'en sert pour la confection d'un meuble ». — Comme on le voit, la cause instrumentale se réduit à une cause efficiente partielle : bien que subordonnée, son action concourt d'une manière réelle à la production du môme cITel que la cause principale.
4" Le modèle ou l'exemplaire, c'est tidéal que l'esprit conçoit pour en faire reproduire les traits par le travail de l'agent. Aussi — 1. la cause exemplaire est-elle quelquefois ramenée à la cause formelle: car les modèles sont les formes extrinsèques des choses. — 2. Elle peut aussi se ramener à la cause e/ficienlc : l'idéal n'cntre-t-il pas en ([uelque manière dans la cause efficiente, ((imme élément dirigeant et déterminant de l'œuvre à accomplir? — 'i. Knfin elle ne manque pas de ressemblance avec la cause finale, puisque le but que l'agent so propose, c'est très souvent la reproduction de son idéal.