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Nature de la cause efficiente : sa causalité propre

A. — La cause officiento est un principe (jui, par son action, produit un effet distinct de lui-même. Par ex. : Dieu est cause efficiente du monde, et le père de son fils.

1° Elle est un principe producteur, c.-à-d,, lepoint de départ de l'effet. En cela, elle se distingue de la fin, qui est le but vers lequel tend l'effet, et en vue duquel il se trouve réalisé.

2° Ce principe est producteur par son action. (]'est en son action que consiste l'intluence ou la causalité de la cause efficiente : on le remarque, par ex., dans les actes de création, de génération, de caléfaction : ainsi la cause efficiente se distingue de la cause finale, qui se borne à diriger d'une manière idéale l'action de la. cause efiiciente.

3" Enfin, ce principe produit un effet distinct de lui-même, et ainsi il se distingue des causes matérielle et formelle, qui sont intrinsèques à leurs effets, et n'en diffèrent que comme les parties du tout, sans en être adéquatement distinctes.

B. — La 6'fl?/5ff7/7é/îro/>/-e de la cause efficiente consiste donc à agir. « L'influence delà cause efficiente, dit S. Thomas, c'est son action. » En agissant, cette cause passe à l'acte second, exerce son activité causale, et produit son effet en le forçant à passer de la puissance à l'acte. Il n'y a donc pas seulement un rapport de succession entre la cause et l'effet, comme le voudraient les positivistes ; ces deux termes sont entre eux dans une relation de dépendance, car, sans l'action qui unit la cause à l'effet, celui-ci ne serait jamais engendré par sa cause.

160. Espèces de causes efficientes. — 1" Au point de vue de la dépendance, on appelle première la cause qui, comme Dieu, ne tient d'aucune autre ni sa puissance, ni l'usage de celle-ci ; au contraire, la cause qui dépend d'une autre, n'est que cause seconde. Notons, avec le Saint Docteur, que la cause première a sur l'cfTet de la cause seconde une influence « plus immédiate et plus efflcace » que la cause seconde elle-même.

2° Au point de vue de Yaptitude et la production de l'effet, on distingue la cause principale et la cause instrumentale . La première produit par elle-même <i un effet avec lequel elle est en proportion ». La seconde, au contraire, est impuissante à produire un effet toute seule ; il lui faut l'impulsion d'un moteur qui l'élève au-dessus de ses propres forces. Ainsi, dans la fabrication d'un lit, l'outil joue le rôle d'instrument, mais l'ouvrier est la cause principale (n. 158, 3').

3° .\u point de vue de la réalisation plus ou moins immédiate de l'effet, la cause est dite prochaine, si elle n'est séparée de l'effet par aucun intermédiaire ; elle est éloignée, lorsqu'elle ne concourt à la production de l'effet que d'une manière médiate : la volonté, par ex., est la cause éloignée de la science, l'intelligence en est la cause prochaine.

4" Au point de vue de sa suffisance, la cause se nomme totale, si ell(^ suffit à procurer la réalisation de la fin poursuivie : elle n'est que partielle dans le cas contraire, .\insi, deux chevaux qui traînent un char sont chacun cause partielle de la traction.

rjû Au point de vue de la pn poursuivie, la cause est dite naturelle (causa per se) lorsqu'elle produit un effet à la réalisation duquel elle tend, soit par sa nature, soit par la direction d'une volonté libre. Ainsi le feu brûle naturellement ; et l'homme, doué de conscience et de liberté, est cause volontaire de l'homicide qu'il commet. La cause, au

QUATRIKME PARTIE, LES CAUSES DE l'ÊTRE 369

contraire, est accidentelle (causa per accidens) toutes les fois qu'elle produit un efTet qui ne lui est point naturel ou qui n'a été ni prévu ni voulu : c'est le cas de la tuile qui, dans sa chute, cause la mort tl'un homme, ou du chasseur qui, visant un animal, atteint son ami, 0» Enfin, au point de vue de la simililude de la cause et de l'effet, on distingue les causes efficientes univoques, équivoques et analogues. La cause univoque donne naissance à un effet de même espèce qu'ellemême : le père, par ox,, est cause univoque de son (ils. Si l'effet est de nature entièrement difforento de celle de la cause, celle ci est dite rqiiivoque, ou simplement excitatrice : c'est le cas du soleil qui produit la végétation. La cause est analogue, lorsqu'elle engendre un effet qui ne participe que d'une manière faible et éloignée à sa propre nature : telle est la relation de Dieu avec ses créatures. — La cause univoque contient son effet d'une façon formelle; la cause équivoque le renferme rirluelteinenl, et In muse analogue éminemment i .

ARTICLE II

Kxisleuce de la couaalité.

161. L'occasionalisme -.— Ce mot, occasionalisme, insinno que la production d'une chose a lieu par occasion, c.-à-d., par suite de la présence d'un autre objet. Le système qui porte ce nom, a pour trait caractéristique de refuser, sinon à toutea les créatures, du moins à wi certain nombre d'entre elles, la puissance causale ; et il enseigne que Dieu accomplit leurs opérations, les unes à foccasioîi des autres.

Lorsque Deseartes eût affirmé que le corps et Vàme étaient des substances absolument indépendantes, les philosophes s'ingénièrent à découvrir des théories propres à expliquer la dépendance réciproque do certains actes de l'àme et du corps. Mais ils tombèrent dans l'occasionalisme de trois façons différentes :

l" La première forme de cette erreur ne porte que sur T homme : suivant La Forge et surtout Geulincx, il n'y a aucune influence réciproque du corps et de TAme. Leur soi-disant action mutuelle procède chez l'un et l'autre d'une volonté supérieure à l'âme humaine.

2» Leibnitz alla plus loin : il nia l'action transitive pour n'admettre que l'action immanente. Aussi, d'après lui, l'influence mutuelle des substances est purement apparente et son explication n'est possible que par l'harmonie préétablie.

Pour Malebranche, l'occasionalisme est absolu, et s'étend à toutes les

i. Farges, Théorie fond., p. 72. — 2. Gonzalès, Hist. de laphilo'^., trad. p.nr R. P. de Pascal, tome III, p. 237 et 250.

des créatures. « Il n'y a, dit-il, nul rapport de causalité d'un corps à un esprit. Que dis-je ? il n'y en a aucun d'un esprit à un corps. Je dis plus : il n'y en a aucun d'un corps à un corps, ni d'un esprit à un esprit 1. » Dieu seul agit en toutes choses.

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