CHAPITRE PREMIER
LA. NATURE Dl' MONDE.
Le monde se distingue de l'Etre parfait de trois façons, qui fourniront matière à autant d'articles. Nous y donnerons des notions: \. sur V Imperfection essentielle an monde ; IL sur sa Perfection relative ; IIL sur son imparfaite Unité.
ARTICLE I
L'Imperfection essentielle du monde.
7. Les caractères de cette imperfection. — L'imperfection essentielle du monde revêt quatre caractères principaux (Ontol.. n. 90) ; ce sont la composition, la mutabilité, la contingence et la limitation, en vertu desquelles le monde est nécessairement dépendant d'un être supérieur.
h92 cosmologie
Thèse //g monde est composé, changeant, contingent et fini. Arg. gén. — La nature du tout doit être la même que celle des parties ; mais d'une part, le monde n'est qu'un agrégat d'éléments matériels ; d'autre part, chacun de ces éléments est composé, sujet au changement, contingent et fini ; donc le monde, dans son ensemhle, participe aux mêmes caractères. Développons cette preuve.
8. Le monde est composé. — Les corps peuvent être considérés dans leur essence, leur existence, leurs parties ou leurs accidents. Or, à ces divers points de vue, ils méritent la qualification de composés. — 1° Dans leur essence : l'être simple ]i'est pas sujet à la corruption ; tandis que les substances corporelles se corrompent ou se transforment, comme, par ex., le bois qui devient cendre et fumée ; donc les corps ne sont pas simples dans leur essence. — 2° Dans leur existence ; les corps ne jouissent pas d'une existence essentielle ; en eux, l'existence diffère donc de l'essence (OntoL, n. 36). — .3" Dans leurs /;fl/'/ies : les corps sont étendus, et par conséquent, constitués par des éléments multiples; les pieds, par ex., ne sont pas les bras ; en outre, le globe terrestre est lui-même formé d'objets matériels numériquement distincts ; ainsi la pierre n'est pas l'arbz'e. — 4" Dans leurs accidents : les corps ont des propriétés diverses, comme l'extension, la pesanteur, l'activité. Il est donc incontestable que le monde est composé.
Ces remarques visent certaines théories panthéistiques, dont les auteurs raisonnent comme si le monde était une substance simple.
9. Le monde est sujet au changement. — Les objets matériels donnent, en effet, l'exemple de changements incessants ; l'expérience montre qu'ils n'ont aucune fixité de lieu, de qualité, de quantité, voire même à.'existence. Certaines choses arrivent à l'existence ; d'autres se transforment dans leur être ; d'autres enfin disparaissent. Le monde est donc sujet au changement.
Ces considérations permettent de répondre à Parménide, aux Eléates, aux disciples d'Herbart, qui tous nient la réalité du changement.
10. Le monde est contingent. — L'être contingent est celui qui ne possède pas essentiellement l'existence, en sorte