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PRKMIF.RE PARTIE, LE MONDE

viendrait de Dieu, de la créature ou de la création elle-même ; or aucune de ces trois suppositions n'est soutenable ; donc la création ab xterno n'est pas impossible. — Toute impossibilité disparaît du côté du créateur,' quand on songe que Dieu, cause infinie et éternelle, a toujours eu la puissance de créer. — Il n'y a pas non plus de difficulté du coté des créatures : inutile, en efl'et, d'exiger de la cause une priorité de temps sur son effet, dès lors qu'elle possède une priorité de nature. — Enfin aucune objection ne saurait se formuler au nom de l'acte créateur, puisqu'il s'opère instantanément et sans nulle succession dans le temps.

H. — Tout cela est vrai, pourvu que la création n'implique pas l'existence du nombre infini. Voici, en eiïet, l'arpuraentalion opposée des adversaires. Tout nombre aL-tuellement infini implique contradiction : or la création ah œterno suppose l'existence du nombre infini dans la durée d'une telle créature ; donc la création ab œterno répugne.

Les Thomistes s'efîorcent d'échapper à l'objection de deux manières :

1» Plusieurs nient la mineure, car un nombre, susceptible d'être chaque jour accru, n'est pas infini, mais seulement indéfini.

2" D'autres distinguent cette même mineure. Ils admettent que la création suppose le nombre infini pour la période écoulée entre l'origine des choses et l'instant présent ; mais ils ne le reconnaissent pas pour le temps postérieur à ce moment présent. « Or, dit S. Thomas, rien ne s'oppose il l'accroissement de l'infini, si cet accroissement s'opère dans le sens où l'infinité n'existe pas. »

X dire vrai, ces deux réponses nous semblent plus subtiles que concluantes. La difficulté demeure toujours, car le nombre des moments écoulés depuis le principe jusqu'à l'époque actuelle doit être indéfini, infini ou fini. Or le nombre indéfini est un idéal irréalisable, que l'on ne peut supposer réalisé dans le passé ; le nombre infini, qui est en soi chose contradictoire, le devient doublement, si on le suppose susceptible d'augmentation, dans l'avenir ; enfin un nombre fini de jours, d'heures et de minutes, suppose un commencement, ce qui est incompatible avec la création ab œterno.

Qiae s'il s'agissait d'une créature soustraite au mouvement, à la succession, et parlant au nombre de jours, d'heures et de minutes, la contradiction inhérente au nombre infini disparaîtrait, et aucun argument invincible ne s'élèverait plus contre la possibilité d'une telle création. Voilà peut-être la raison pour laquelle .S. Thomas semble parfois restreindre la possibilité de la création ab seterno, à certaines créatures spirituelles ou incorruptibles.

ARTICLE II

La Formation du monde.

26. Cosmogonie et géogonie modernes. — Le mot cosmogonie (du grec xôo-f/oc et -/ôvoî, '/tyvoaat, naître, devenir), désigne le mode suivant lequel les corps tant célestes que terrestres ont été créés et agencés par Dieu. De même on entend par géogonie (du grec jo et yôvoî, formation de la terre) le mode suivant lequel Dieu a façonné notre planète.

Les traditions populaires et les explications philosophiques relalivos à l'origine du monde et à celle de la terre ont varié avec les époques. Sans insister sur les cosmogonios antiques, on dira quelques mots de la théorie moderne, proposée à l'attention des savants modernes par Copernic, Kepler, Galilée, Descartes, Newton, BufTon, Kant, surtout Laplace, et plus ou moins modifiée par M. Faye \

A. — D'après la science : — a) au commencement du monde, il n'y aurait eu qu'une immense nébuleuse animée d'un mouvement rotatoire ; — b) les éléments gazeux soumis aux lois de l'attraction se seraient condensés sous forme de liquide embrasé, en un centre vers lequel ils convergeaient peu à peu ; — c) entraînés par la force centrifuge, des anneaux se seraient détachés de la masse centrale, pour se diviser et former ensuite des globes animés d'un mouvement de rotation et de translation ; — d) puis les mêmes phénomènes se seraient renouvelés pour chacune des sphères ainsi formées ; — e) enfin, sous l'influence du refroidissement, les globes ignés auraient subi une solidification progressive, et se seraient recouverts d'une croûte.

B. — C'est là ce qui explique : — a) comment notre planète est un des globes solidifiés, dont il vient d'être parlé ; — b) comment cette solidification de la croûte terrestre a traversé beaucoup de phases aussi longues que tourmentées. En premier lieu, se produisit la cristallisation de la couche siliceuse ; — puis les stratifications se superposèrent au fond des océans ; — enfin les montagnes se soulevèrent et les continents se dessinèrent ainsi que les îles. — c) La vie fit ensuite son apparition dans les eaux comme sur la terre ferme, d'a-

"1. V. Guiberl, Les Origines. — Eiig, Turpin, La formation des moitde/t, Paris, 1893.

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