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II. Preuve par t observation des faits scientifiques

1° Par les combinaisons clnniiques. — D'après le principe v*' énoncé plus haut (n. 46), il est établi que dans la combinaison chimique proprement dite, il se produit un corps entièrement nouveau, spécifiquement différent de ses composants, par ex., l'eau qui vient de l'hydrogène et de l'oxygène. Or, la science prouve que dans le c(jmposé les éléments demeurent néanmoins tout à fait identiques en poids et en quantité, par ex., le poids de l'eau égale la somme des poids d'oxygène et d'hydrogène. Donc, dans une substance composée il faut un double élément : un élément dynamique et actif, impondérable et variable, qui donne naissance aux propriétés nouvelles et spécifiques ; un élément inerte et passif, pondérable et inaltérable : ce sont précisément la matière et la forme des scolastiques -.

2o Par les affinités cliimiques. — D'après le iv« principe (n. 45), les corps simples diffèrent spécifiquement entre eux : de fait les chimistes contemporains tiennent pour un principe incontestable que l'affinité est vraiment élective, autrement dit, qu'un corps quelconque n'est pas apte à se combiner avec n'importe quel auti-e, ni dans des proportions et des conditions quelconques. Or cette affinité élective, c'est-à-dire cette activité spéciale propre à chacun ou spécifique, suppose clairement dans la substance corporelle, outre le principe inerte et matériel, un autre principe constitutif, actif et spécifique, comme dans les êtres vivants. Donc, encore une fois, la substance corporelle se compose de deux principes constitutifs, l'un matériel, l'autre spécifique, qui sont la matière et la forme ^

3° l*ar les phénomènes de cristallisation *. — La cristallo^

2. Rapports à VAcadémie des sciences, i813, 4813, d87i. — 2. Farjjes. ouvr. cité, 26-31. — 3. Forges, ouvr. cité, 31-.'?i. — 4. Farges, ouvr. cité, 3i-39.

SKCONDK PARTIE, LKS CORPS 43o

graphie nous enseigne avec certitude que des corps inorganiques, toutes les fois que, sans trouble extérieur, ils passent de l'état liquide à l'état solide, revêtent des figures régulières et lixes, et même réparent tomme des êtres vivants les dommages causés par une force extérieure. Or, à ces phénomènes on ne saurait assigner d'autre cause suflisante qu'un principe, non vital assurément, comme le veulent quelques chimistes, mais actif, directif et constitutif. Donc dans la substance corporelle, outre le principe inerte qu'est la matière, il y a un autre principe spécifique qui est la forme des scolastiques.

Ainsi se trouve établi le dualisme physique, auquel la logique accule, malgré eux, les atomistes qui admettent l'union à la matière de forces dynamiques, spécifiques ou essentielles.

^^ II. — Théorie de la matière et de la forme. Nous avons établi l'existence de la matière et de la forme ; il nous reste à expliquer ce qu'elles sont, en développant les conséquences de cette théorie sur la nature, Y union etVorigine de la matière et de la forme.

54. Natvu:>e de la matière première et de la forme substantielle. — Voici, d'après ce que nous avons déjà dit, la nature de ces deux éléments.

TUKSE

La forme substantielle et la matière première sont deux substances, mais deux substances incomplètes.

I. Ce sont deux substances. — En effet, les substances sont les pr(!miera principes des forces et des opérations dans un être, et les premiers sujets de toutes ses propriétés ; mais telle est la matière, telle est la forme. Donc toutes deux sont bien des substances. Prouvons les deux parties de la mineure :

1° Pour la matière : la quantité et l'extension ne subsistent pas en soi, mais dans un sujet étendu et quantitatif (n. .3S)i La matière première est donc comme le premier sujet de la quantité et de l'extension de toute la substance.

2° Pour la forme : les forces physiques, qui se trouvent certainement dans le corps, doivent subsister ou en soi, ou dans la matière inerte, ou dans un autre principe substan-

tiel. Or les deux premières hypothèses ne sont pas soutenahles : — la première ne l'est pas (n. 35), car ces forces seraient, d'après Hirn, des substances séparées des corps, ni corporelles, ni spirituelles, et partant inintelligibles, et l'on n'expliquerait pas pourquoi elles découlent, comme l'expérience le montre, de l'essence de chaque corps. — La deuxième ne l'est pas non plus ; autrement on admettrait un état de choses contradictoire, à savoir des qualités actives, comme attributs d'une matière inerte. Reste donc la troisième hypothèse, c'està-dire que le principe des forces physiques est une substance autre que la matière inerte.

II. Ce sont (les subslances incomplètes. — Sont incomplètes les substances qui, toutes seules, n'expliquent pas toutes les propriétés d'un corps composé, et ne peuvent pas exercer toutes les actions qui sont habituelles à ce composé ; or il en est ainsi de la matière et de la forme, prises chacune séparément ; la matière inerte toute seule n'explique pas les propriétés qualitatives, la forme toute seule ne rend pas compte des propriétés quantitatives, comme nous l'avons établi plus haut en maint endroit. Donc ni la matière, ni la forme prises séparément ne sont des substances complètes.

Obj. — D'après les scolastiques, la matière est une pure puissance, t'est presque le néant ; or une pure puissance n'est pas une réaliti-, mais une pure possibilité d'existence. Donc la matière n'est pas même un être réel, bien loin d'être une substance.

Rép. Dist. la maj. La matière est une pure puissance réelle, oui, une pure puissance logique, d'après Platon, oui, d'après les scolastiques, non. De fait cet élément ne saurait être idéal, mais réel, qui joue un rôle instrumental dans la production des formes, s'unit à elles, comme partie d'un même tout substantiel, et demeure identique, tandis que les formes changent. Or telle est bien la matière d'après tous les scolastiques.

55. Définition de la matière première *. — La matière (■]/•/;) est le premier sujet qui reste identique sous des formes diverses et dont tous les corps sont composés.

1° Nous l'appelons sujet, parce qu'elle est le principe passif dans lequel la forme est reçue. C'est le premier sujet, ou matière première, parce qu'elle ne suppose point d'autre

1. Sum Theol., p. I, q. ii, a. 2. — Arist., / Phys., c. IX. — VII Melaph., lect. 7.

priiK'ipf auquel elle se rattache : par là elle diffère de la matière seconde, qui est le corps complet résultant de l'union de In matière première avec la forme.

'l"" Elle reste identique : en effet, elle n'est pas un accident, mais quelque chose d'essentiel, qui demeure au plus intime des corps, et entre dans leur composition substantielle. Quand la forme des objets matériels disparaît, la matière revêt une autre forme ; mais elle-même ne change pas.

3" La matière première est cause matérielle dans la production des choses composées de matière et de forme. Elle joue aussi le rôle de cause insfrumpntale, dans laquelle (in qua) la forme existe, comme la figure existe dans la cire ; ou bien relativement à l'agent, elle est l'objet autour duquel [cirra quod) s'exerce son action.

4" Enfin tous les corps en sont composés, parce qu'il n'y a pas de substance corporelle, qui ne soit faite de matière ; il n'y en a pas qui ne reçoive delà matière les propriétés qui la distinguent spécifiquement des substances spirituelles, comme sont l'étendue, la divisibilité, l'inertie, la |)assivité '.

56. Définition de la forme substantielle- — La forme qu'Aristote appelle i-j-zHyiiy., parce qu'elle est le principe des forces et de l'activité dans un être, se définit justement : « l'acte premier de la matière ».

1° On l'appelle acte ou perfection (Ontol., n. 28), car c'est le principe actif et formel qui parfait et détermine une chose ; elle se distingue ainsi de la matière, qui est une puissance, autrement dit un principe passif qui reçoit d'elle sa détermination et sa perfection.

2" C'est l'acte premier, ou la perfection première, essentielle, par laquelle la matière est spécifiée c.-à-d., devient matière de l'air, de l'eau, ou de toute autre chose. La forme substantielle se distingue ainsi des formes accidentelles, c'est-à-dire de la figure, et des autres qualités du même genre, surajoutées à la matière déjà constituée dans son être spécifique.

3° Nous l'appelons enfin l'acte premier de la matière, parce (|u'elle se distingue des formes séparées, qui n'informent aucune matière, comme sont les purs esprits.

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