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Propriétés respectives de la matière et de la forme

A. — ■ La forme a quatre propriétés principales :

1° En tant que spécificative et active, elle donne à l'être son essence, son espèce, son action : elle est en lui la source de tonte son activité, et le principe de ses puissances et de ses opérations. Voilà pourquoi les phénomènes d'affinité, d'élasticité, de lumière et de chaleur «, etc., varient en nature et en degré avec des corps différents d'espèce.

2° Elle est simple dans son essence et dans son entité ; dans son essence : elle ne peut être divisée en parties différentes de nature, comme, par ex., l'eau se décompose en hydrogène et oxygène ; — et dans son entité elle est simple aussi et indivisible, par ex., dans les individus vivants, dans les atomes des minéraux, dont elle est le principe d'indivisibilité.

8° Elle est une en acte dans chaque individu, mais souvent multiple en puissance. Elle est une en acte, puisqu'un même individu ne peut avoir en acte qu'un seul être substantiel et spécifique. Mais elle est multiple en puissance, tout au moins dans les minéraux sujets à changements de nature (combinaisons chimiques , isomérie , etc.) , ainsi que dans les plantes, et quelques animaux imparfaits, par ex,, les polypes, les vers, qui peuv^ent produire autant d'êtres, qu'il y a de parties, comme nous l'expliquerons plus loin (n. 108).

4'' Enfin les formes sont subordonnées les unes aux autres, on raison de leur perfection et de leur énergie ; de telle sorte qu'une forme d'un ordre supérieur a toutes les perfections des formes inférieures, et de plus une perfection plus grande qui lui est propre, comme dans la hiérarchie des nombres 2. Aussi n'est-il pas impossible que cette forme supérieure manifeste successivement les degrés inférieurs qu'elle contient, comme cela arrive dans l'évolution de l'embryon et les séries as(;endantes des combinés chimiques.

B. — On compte aussi quatre propriétés de la matière :

1° Elle ne peut être ni engendrée, ni détruite, en sorte que naturellement « rien ne peut venir de rien, et rien ne peut être anéanti », ce qui revient au même que l'axiome scientifique des modernes : « Rien ne se perd, rien ne se crée. »

\. Faryes, ouvr. cilé. p. 149-159, — 2. Fiiri,'es. ouvr . cité, p. 12().134.

2" Elle est simple dans son essence, mais non dans son entité, puisqn'elle est le principe de la quantité, et qu'elle a des parties divisibles au moins en puissance.

3" De même, elle est identique dans tous les corps, pourvu ([u'on fasse en esprit abstraction de la forme spécificative, qui seule est principe de variété spécifique.

4° Enfin elle est le principe de la passivité et de l'inertie, et aussi la cause de la quantité et de l'extension '.

C. — En outre, une propriété conunune à la forme et à la matière, c'est d'avoir une tendance naturelle l'une vers l'autre. La forme appelle la matières ; la matière appelle la forme, « et sous quelque forme qu'elle soit, dit S. Thomas, elle reste encore en puissance relativement à une autre forme-. »

58. L'union de la matière et de la forme '. — Ue même que la puissance et l'acte réunis ne font qu'un, ainsi l'union de la matière et de la forme ne fait qu'une substance.

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La matière et la forme s'unissent intimement pour former une substance complète.

Preuve. — Cette thèse découle de ce qui précède, et peut en outre se démontrer par la raison et l'expérience.

1° Raison. — Doivent être unies, deux substances incomplètes, faites l'une pour l'autre, comme la puissance et l'acte, pour quun composé unique résulte de leur union : mais, nous l'avons vu, il en est ainsi de la matière et de la forme. — En outre, cette union doit être substantielle et intrinsèque, parce que la formation d'un composé substantiel requiert plus qu'une action mutuelle, ou qu'une simple coexistence, ou qu'une juxtaposition, mais une mutuelle et intime union de substances incomplètes (Ontol., n. 170).

2" Expérience. — Il y a union substantielle entre deux principes, qui forment un corps un et indivisible, stable par lui-même ou subsistant, principe unique et complet d'action et de passion ; or telle est l'union de la matière et de la forme, soit dans un corps simple, soit dans une combinaison chimi-

i. Faiges, 0"vr. cité, p. 143-H8, — 2. Farges, ibid., p. 165-168. — 3. Farges, OMÎT, cité, p. 194-195.

que d'où résulte un corps nouveau, d'une homogénéité parfaite, comme une molécule d'eau, par ex., issue de l'hydrogène et de l'oxygène.

59. Les effets de l'union entre la matière et la forme. — Quand deux substances incomplètes communiquent l'une à l'autre immédiatement leur entité propre, il est nécessaire que l'une apporte quelque chose à l'autre, et que les deux apportent quelque chose au composé.

A. — De fait la matière et la forme se complètent mutuellement. En effet :

1° La forme devient individuelle grâce à la matière. Par elle-même, en effet, elle est faite pour exister dans plusieurs individus ; elle est indifférente à telle ou telle matière ; ce qui lui donne sa détermination individuelle, c'est la matière quantitative qu'elle informe. De là vient que la matière est appelée principe d'individuation (Ontol., n. 109).

2" La matière devient spécifique gri\ce à la forme. La matière, qui est en puissance par rapport à des espèces différentes en nombre indéfini, tire de la forme la raison de son caractère inorganique ou organique, végétatif, animal ou humain. D'où l'appellation scolastique donnée à la forme de principe spécificateur, délimitant et déterminant la matière,

B. — Cette double communication une fois accomplie, un double effet en résulte dans le composé.

l" L'unité de la forme subslantielle. — Aucune matière ne peut appartenir à la fois à deux espèces différentes, comme l'air et l'eau ; or la matière, par le fait qu'elle a revêtu une forme luiique, est fixée à une seule espèce : elle ne peut donc appartenir en même temps à une autre espèce par une autre forme.

2° La stabilité des espèces. — La forme substantielle reste identique à elle-même, tant qu'elle existe, alors même qu'elle ne se manifesterait que progressivement et par degrés, comme dans l'évolution de l'embryon. Ce qui peut se perfectionner et changer, ce sont les propriétés accidentelles, telles que la quantité, la qualité, la figure et d'autres semblables, mais le caractère spécifique ne peut changer, tant que la même matière est possédée et informée par la même forme.

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