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Farges, ouvr. cité, p. SlOelsiiiv

ARTICLE I

Les Phénomènes Vitaux en général.

82, La vie en général : cfr qu'elle est et ce qu'elle n'est pas.

A. — Examinés dans la réalité concrète de la nature, ces êtres-là sont vivants, au sens propre du mot, qui se meuvent eux-mêmes d'une certaine espèce de mouvement *.

1° D'une certaine espère de mouvement., disons-nous ; le mouvement local, en effet, n'est pas nécessaire, il suffit d'un mouvement quelconque, c'est-à-dire de n'importe quel passage de la puissance à l'acte : tel qu'un acte de nutrition, de sensation, d'intelligence, d'amour.

2'* Se meuvent eux-mêmes, c.-à-d., sont principe de leur mouvement : « nous nous accordons à dire que l'animal vit, dit S. Thomas, quand il commence à avoir par lui-même le mouvement ; au contraire, dès qu'il cesse de se mouvoir lui-même, nous disons qu'il est mort, que la vie s'est retirée. » Cela est si vrai que, par analogie, nous appelons « eau vive, flamme vive », l'eau, la flamme qui semblent avoir par elles-mêmes le mouvement. D'où cet adage : la vie est dans le mouvement : vita in motu ^.

B. — De tout ceci on tire aisément une définition abstraite de la vie : c'est t activité en vertu de laquelle une substance se meut ou peut se mouvoir d'elle-même.

\^ C'est une activité, et en cela elle ne diffère pas des forces physiques, dont jouissent les êtres inorganiques.

2° C'est une activité en vertu de laquelle un être se m,eut, et par là la vie se distingue essentiellement de ces mêmes forces physiques : grâce à celles-ci, les minéraux se meuvent les uns les autres, mais ils sont inertes et ne se meuvent pas eux-mêmes.

3" En vertu de cette activité une substance se meut ou 'peut se mouvoir, car la vie peut être à l'état latent. Dans son acte premier, la vie est donc une capacité ou puissance de vivre ; dans son acte second, c'est une opération ou une série d'actes découlant de ce pouvoir intrinsèque, qui permet à la substance de se mouvoir elle-même.

1. Sum. Theol., p. I, q. 18, a. 1. —2. Mercier, Psychol., Notion vulgaire de la vie, P. 15-n.

TROISlk.MI-: PARTIE, LA VIR 403

C. — La vie n'est donc pas simplement un assemblage de fonctions et de phénomènes ; ce n'est pas non plus un simple accident, résultat de telle ou telle disposition des molécules, comme voudrait le matérialisme ; c'est uno propriété essentielle : « La (lualilé d'être vivant n'est pas un prédicat accidentel, mais substantiel », dit S. Thomas ».

Les définitions suivantes données par quelques auteurs sont donc inexactes 2 : « La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort » (Bichatj. « La vie est l'ensemble des fonctions de l'être organisé » (Guthlin). « La vie est l'état d'activité de la substance organisée » (Liltré). — L'ensemble des phénomènes qui se succèdent dans l'être organique sont bien l'effet de la vie, mais non pas la vie elle-même.

83. Caractère essentiel de la vie. — D'après ce qui précède, on voit ([u'il exisU> dnu.r caractères essentiels à la vie : la spontaiiéitè et rimmaiicnce.

A. — Spontanéité. — Le corps b tory unique \Gmi\s\^Vi. d'une certaine activité ; il a un principe intrinsèque de mouvement, qui lui permet d'exercer son action sur d'autres corps : le feu brûle, la vapeur, l'électricité, dans certaines conditions, produisent des efl'ets surprenants. Mais une activité de ce genre doit être déterminée par une impulsion venue du dehors, et lui est proportionnée suivant des lois mathématiques ; le corps Inorganique enfin ne saurait changer son état de repos ou de mouvement ; c'est pourquoi on l'appelle inerte et sans vie.

Le corps vivant, au contraire, a en lui-même le principe qui lui permet de se mouvoir ; c'est ce principe qui, utie fois mis en branle, passe lui-même à un second, troisième et centième acte, et suffît, par exemple, à faire évoluer l'organe, à faire dlgéi'er et marcher l'anlmaL Bien plus, il peut changer et transformer le mouvement reçu du dehors, en des mouvements tout nouveaux, qui sont sans proportion avec l'impulsion reçue. Ainsi, par le mouvement nutritif, les aliments subissent une telle transformation que l'être vivant, simple cellule à l'origine, devient tout un organisme composé des pai'tles les plus variées.

B. — Immanence. — La vie, dans son acte essentiel, est un acte Immanent, c'est-à-dire qu'il ne sort pas de l'agent qui le produit. Ainsi se nourrir, se développer, se mouvoir, sentir, sont des actes immanents ^. On ne peut en dire autant des

1. Farges, La vie, p. li-SS. — 2. Liberalore, Comp. hum., 72-75, 61-80.— 3. Sum. conlra Gentil. , L. I, cli. 97, n. i.

êtres inorganiques. Chez eux, jamais d'action intérieure purement immanente, au sens propre du mot ; toute leur activité se résout en actions d'atomes les uns sur les autres.

De ces deux qualités de la vie, quelle est la première ? Sur ce point les auteurs ne sont pas d'accord. Les uns, tels que Liberatore 2, tiennent pour l'immanence ; les autres, et c'est le plus grand nombre, sont pour la spontanéité. Pour nous, il nous semble que seule, l'action vraiment spontanée peut être immanente, et que l'immanence suppose la spontanéité.

84. Les degrés de la vie. — La définition précédente permet de conclure qu'il y a trois degrés dans la vie, que nous la considérions dans sa diversité ou dans sa perfection.

A. — Dans sa diversité. — Puisque la vie consiste dans le mouvement spontané, il y aura autant de degrés dans la vie que de modes divers de spontanéité. Or on en compte trois principaux : végétatif, sensitif et intellectuel.

B. — Dans sa perfection. — La perfection delà vie vient de son indépendance de la matière et de la grandeur de son objet.

1° De son indépendance de la matière. La vie, en effet, est supérieure à la matière brute. Or cette perfection a trois degrés : — fl) Il y a d'abord une opération qui confine, pour ainsi parler, aux derniers degrés de la matérialité : elle consiste dans l'assimilation des éléments matériels par le vivant. — b) Une seconde opération est plus abstraite de la matière : elle consiste dans les sensations, qui sont immatérielles en quelque manière, mais toujours dépendantes de la matière. — 6') Enfin l'opération intellectuelle, qui est propre à l'esprit, est indépendante, intrinsèquement du moins, de la matière. Donc, considérée dans son indépendance de la matière, la vie a trois degrés.

2° Au point de vue de son objet, la vie a encore trois degrés. La vie végétative est resserrée dans les limites de l'être vivant ; la vie sensitive a, par la sensation, des rapports avec tous les objets accessibles aux sens, c'est la vie de relation ; la vie intellectuelle atteint les êtres immatériels et spirituels, et partant elle a quelque chose de linfini.

Remarque. — La vie intellectuelle a elle-même trois degrés : elle est humaine, angélique et divine. Si la plante est au dernier degré dans

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