Fargcs, L'objectivité, 3* partie
Les anciens avec quelques physiciens modernes l'affirment ; mais, après Descartes et Locke, les savants modernes le nient. D'après eux, ces qualités ne sont pas autre chose que des mouvements mécaniques de l'air ou de l'éther, qui paraissent être la couleur pour l'œil, le son pour l'oreille, etc. Voici contre eux notre opinion.
ÏUKSE
Les qualités sensibles sont des propriétés objectioes des choses.
Preuve. — C'est là une thèse solidement prouvée par le sens commun, la science et la raison.
|o P(f), /g ggjig commun. — A qui pourra-t-on persuader que la couleur rouge, la saveur amère, le son de la cloche, sont quelque chose de purement subjectif et non des propriétés réelles des objets ? Tous les hommes croient pratiquement à l'évidence de cette perception, et, par ex., à l'objectivité des couleurs, même ceux qui en doutent théoriquement. C'est la voix de la nature.
2° Par fa science. — Elle a montré sans doute comment le son, la couleur, etc., sont produits par des mouvements mécaniques de l'air ou de l'éther, auxquels ils sont proportionnés, mais elle n'a jamais prouvé qu'ils sont constitués seulement par ces mouvements ^. Au contraire, M. Ribot lui-même en a fait l'aveu : « En n'admettant, dit-il, que de simples différences de degrés dans l'action vibratoire des divers rayons lumineux sur la rétine, on n'explique pas la diversité (spécifique) des sensations lumineuses. Au lieu de couleurs diverses, nous devrions simplement sentir de la lumière à divers degrés (comme pour la chaleur), il faut donc qu'il y ait d'autres différences 2. » L'hypothèse mécaniste est donc incomplète.
•3° Par la raison, avec qui la vraie science ne saurait être en désaccord. Voici deux conclusions de la raison :
a) A tout effet il faut assigner une cause proportionnée ; or aux mouvements colorés, sapides, on ne donne de cause proportionnée qu'en admettant, outre des mouvements mécaniques, l'existence dans les objets des qualités formelles de couleur, de saveur... Donc dans les objets les couleurs, les saveurs sont des qualités formelles et objectives.
\. Farires, L'objectivité, p. 181. — 2. Ribot, La psychologie allemande, p. 228.
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b) Et si l'on accorde que l'évidence des sens, quand ils s'exercent naturellement et dans les conditions normales sur li'iu' objet propre, est illusoire et vaine, vaine sera l'évidence des propriétés tactiles, vaine aussi l'évidence de toutes les autres facultés cognitives; on ouvre ainsi la voie au scepticisme. De quel droit, en effet, se fier à une évidence et rejeter l'autre ? Si les objets extérieurs ne sont en eux-mêmes ni chauds, ni savoureux, ni odoriférants, ni sonores, ni colorés, ni lumineux, nous sommes le jouet d'une illusion absolue.
Remarque. — Les qualil«''s sensibles ne sont pas seulement dans les objets extérieurs, comme cela apparaît dans la perception externe, mais aussi dans les organes des sens, comme le prouvent les phénomènes de la perception interne et celui des images consécutives, et c'est ce qui a fait confondre deux fonctionnements, si différents, du même organe, qui tantôt reçoit et tantôt projette ses propres images • (Anthrop., n. oi).