Farges, Im vie, p. Cl
cela répugne : une conscience habituelle peut toujours être rendue réflexe par un acte d'attention ; et puis, comment admettre que c'est par calcul et raisonnement qu'un grain de blé ou que l'embryon animal accomplit ses métamorphoses et ses admirables opérations vitales ?
Stahl insiste par une distinction entre deux espèces d'intellects : le lo-p:; et le loyifraoç. Le premier dirigerait sans réflexion les opérations vitales, le second aurait seul le privilège de la conscience. — Mais cette distinction, si elle n'est une vaine subtilité , contient précisément l'aveu de l'existence de forces autres que les forces intelligentes et conscientes, pour exercer les fonctions de la vie végétative.
II. — Ni rame sensilive des bêtes : ceci a été prouvé plus haut (n. 97). — Dans l'homme, il est vrai, c'est une même Ame intelligente qui est principe de sa vie intellectuelle et végétative. i\Iais remarquons-le bien, cette ;\me exerce ses fonctions par des puissances complètement distinctes des facultés intellectuelles.
104. L'âme végétative ou sensitive subsiste-t-elle par ellemême ? — Subsister par soi-même, cela veut dire être indépendant de la matière dans son existence et son opération. C'est la condition de l'esprit pur, qui existe sans informer la matière ; et de l'àme humaine, qui peut se séparer du corps, exister sans lui, et accomplir sans lui au moins les opérations de la vie intellectuelle (Ont., n. 104). Ceci posé, établissons contre le vitalisme et le dynamisme la thèse suivante :
Thkse
.\7 l'âme végétative des plantes, ni l'âme sensitive des animaux
ne subsiste par elle-même.
Preuve. — « Telle opération, tel agent. » Or les opérations de la plante et de l'animal dépendent de la matière ; leur principe ou leur àme en dépend donc aussi.
La majeure est évidente. I^'effet seul manifeste la cause et en manifeste la nature, surtout quand cette cause exerce son activité normale et essentielle. Suivant que cette cause se montrera dans son opération dépendante ou indépendante de la matière, elle en dépendra ou en sera vraiment indépendante dans son être . — Prouvons la mineure.
TKOISIKMK
1^ C'est aist' pour la y^/an^e : elle n'a d'autres opérations que la nutrition, la croissance, la repronuctioii ; or de telles opérations sont. dépendantes des organes matériels.
2° Pareillement, nous l'avons déjà prouvé, t animal n'a que des facultés sensibles : or des facultés sensibles dépendent aussi des organes. Pour s'en convaincre il suffirait d'examiner chacun des organes des sens externes : oreilles, yeux, langue, etc., ou des sens Internes, tel que le cerveau, pour conclure que toutes les facultés de l'animal dépendent entièrement des organes, et sont impossibles sans eux.
Deux conclusions s'imposent. : 1» C'est tout, à fait n tort que les vitalistes regardent comme subsisianl en lui-même le principe vital ; puisque les uns lui refu.'^ent la connaissance intellectuelle et que les autres ne lui en accordent qu'une incomplète '.
2" C'est avec raison qu'on appelle parfois forme matérielle l'Ame des
plantes et des animaux ; ce n'est pas à dire que la matière entre
comme partie dans sa composition, mais seulement que cette forme ne
peut ni agrir ni exister sans être unie à la matière (Ont., n. 105).
105. Existe-t-il. en outre de la forme vitale, une forme de « corporéité »? — Au moyen âge, il y eut entre les thomistes et les scotislos une querelle célèbre à ce sujet : elle n'est même pas tout à fait éteinte de nos jours. Il s'agissait de savoir si le principe formel est un ou multiple. Pour S. Thomas et ses disciples, l'être vivant n'a qu'unprincipe vital, une seule forme substantielle, qui le fait à la fois corps et corps vivant ; c'est pourquoi l'àme s'appelle parfois simplement l'acte du corps. — D'après Scot, au contraire, il y a chez l'animal une forme spéciale distincte de l'âme, la forme de « corporéité » ; et c'est en vertu de l'àme qu'il est vivant.
Tni.:SE V
// Ji'i/ a pas dans l'être vivant une forme de corporéité, distincte de la forme vivante.
Preuve. — Il ne faut pas, dit un adage, multiplier les êtres sans nécessité ; à plus forte raison quand cette multiplication serait nuisible. Or il en est ainsi pour la forme de corporéité ajoutée à la forme vivante.
I. — La forme de corporéité n'est point nécessaire, car une forme supérieure a, par son excellence, toutes les puissances
t. Farg(>s, La vîp, p. 7l-'3.
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des formes inférieures ; à peu près comme le plus grand nombre contient virtuellement le plus petit. Il est donc inutile de lui ajouter des formes inférieures.
« Il faut maintenir, dit S. Thomas, qu'il n'y a dans l'homme d'autre forme substantielle que l'âme intelligente. Cette âme, contenant en elle toutes les puissances des âmes sensitive et nutritive, et de toutes les autres formes inférieures, fait elle-même tout ce dont sont capables ces formes inférieures dans les autres êtres. Il faut en dire autant de la forme sensitive chez l'animal, nutritive dans la plante, et de toutes les formes en général, par rapport aux formes inférieures '. »
B. — La forme de corporéité nuirait même à l'unité de l'être vivant. En effet, si dans l'être inorganique il n'y a qu'un seul principe formel ou spécifique, à plus forte raison dans le végétal n'y a-t-il qu'un seul principe de ce genre : autrement, il y aurait plusieurs substances et plusieurs individus dans un même sujet, puisqu'il y a autant de substances que de formes substantielles.
La forme de corporéité, disent les scotistes, est une forme incomplète et subordonnée à la forme substantielle. — Mais c'est impossible :
10 Une forme quelconque est accidentelle ou substantielle. Si elle est substantielle, elle donne à l'objet son être spécifique et complet ; si elle est accidentelle, elle se surajoute i\ l'être déjà constitué, bien loin de le constituer ; entre les deux hypothèses point de milieu.
2° Cette subordination à une forme supérieure ne sauve nullement l'unité substantielle de l'être. L'ordre des parties ne produit qu'une unité accidentelle, qui est la dernière dans la hiérarchie des unités.
106. N'y a-t-il dans l'être vivant qu'un seul principe vital ^ ?
Nous avons prouvé que c'est le même principe qui constitue l'être corporel et l'être vivant ; mais n'y a-t-il dans l'individu qu'un seul principe vital ? Les Platoniciens et beaucoup de modernes le nient; pour eux, chaque cellule a son principe vital.
Thèse Uêtre vivant na qu'un seul principe de vie végétative. A. — Preuve directe tirée de l unité de l'organisme et des opérations vitales. Un effet vital unique ne peut procéder que d'un principe vital unique. Or, dans l'être vivant, l'organisme forme bien un tout unique et les opérations vitales tendent bien à une même fin. Donc le principe est un.
\. Sum. Theol., p. 1, q. "76, a. 4. —2. Farges, La vie, ch. Ill.p. 7Ô106.