Fiirges, La vie, p
THOISIÈME PAllTIK, LA VI K 487
en jttdssdiice seulement {n. 57-63) et ils attachenl ;i cette distinction une importance considérable.
A. — Mais cette fnrmulo célùbro n reçu des intcM-prétations inexactes. |o Des scolasti([ues ont prétendu que IVime, (|uoi(pie simple, était divisible en même temps que la matière qu'elle informe '. — Mais simplicité et divisibilité sont deux termes contradictoires. Comment concevoir un être simple susceptible d'une division même accidentelle ? « Ce qui est simple, dit S. Thomas, n'est divisible ni en acte ni en puissance -. »
2° D'autres ont dit que l'âme est simple dans son essence, sans l'être dans son entité ; comme une pierre ou un lingot d'or, cette Ame peut donc se diviser en parties, sans que pourtant son essence soit divisée ; — mais ce n'est là qu'une négation à peine déguisée de la simplicité des formes, et de leur raison d'être dans la théorie scolastique.
H. — D'après nous, le vrai sens delà formule est celui-ci : l'àme n'est pas divisible, mais multiple en puissance, et voici comment l'être vivant, quoiqu'il n'ait qu'une seule forme substantielle en acte, peut en avoir plusieurs autres à l'état latent, en puissance active et virtuelle.
C'est un fait constaté en embryogénie, que parmi les cellules nées de la cellule primitive (n. Sti) les unes reçoivent toutes les facultés nécessaires à une vie complète ; elles sont donc une multiplication véritable de cette même cellule (n. 109). D'autres ne reçoivent, au contraire, que certaines facultés vitales, et diffèrent entre elles comme les organes variés d'une môme vie. Or les unes et les autres, séparées de la cellulemère, sont capables d'une certaine vie propre, avec cette différence que les premières, ayant reçu un principe de vie complète, aspirent à vivre indépendamment de la cellule-mère, et, dès qu'on les sépare, engendrent un nouvel individu, tandis que les autres n'cayant que des facultés incomplètes ne peuvent vivre longtemps privées de l'inHuence et de l'information de la cellule-mère. La vie totale de l'individu est donc une en acte et multiple eu puissance, et les faits également certains de multiplicité et d'unité de vie sont ainsi facilement conciliés.
Ainsi s'explique — 1° que chez des animaux inférieurs et très peu différenciés, comme les polypes, les vers, chaque partie du corps ayant reçu un principe vital suffisant, puisse, après division, devenir un animal complet et indépendant. — 2° Que chez tous les vivants, après la mort de l'individu, les membres puissent continuer à vivre séparément d'une vie plus ou moins incomplète et ne mourir que successivement ; — ou que greffés sur un autre individu, ils puissent continuer à vivre plus longtemps sans pouvoir néanmoins reproduire l'organisme entier. — 3» Qu'une branche d'arbre fruitier greffée sur un autre arbre, puisse se nourrir de la sève de celui-ci et produire des fruits et des graines s.
1. FargBS, Lo vie, p. 88-106; 2S0-39i. — 2. Swm. TheoL, p. I, q. X. a. i. — 3. Farges, La vie, c)\. IIIulVIIT.
ARTICLE III
Origine du principe vital.
109. D'où vient le principe de la vie organique. — Il est certain que les premières âmes ont été créées par Dieu, soit en acte, soit en puissance dans la matière. Mais comment les nouveaux individus vivants sont-ils reproduits ; est-ce par génération ou par création ? Wolf, Tongiorgi, Palmieri, Balmès, prétendent que l'âme des bêtes est créée directement, parce qu'elle est simple et indivisible, et que, comme l'àme humaine, elle est complète au point de vue de sa nature. Tel n'est pas notre avis.
Thkse
Ce nestpas par création, mais par génération, qu est produit le principe de la vie organique.
I. — Ce n'est pas par création. Créer, c'est produire du néant une substance qui n'existait aucunement. Or l'àme des plantes et celle des bètes n'est pas tirée du néant, mais de la puissance de la matière (n. 6.3, 64), dont elle dépend dans son être, dans son devenir, comme dans ses opérations. Ce n'est donc pas par création qu'est produit le principe de la vie organique '.
II. — C'est par génération. \]\\ mode d'origine, qui se présente si naturellement à l'esprit en présence d'un être nouveau, doit être tenu pour vrai, si, conforme d'ailleurs à l'expérience, il ne répugne pas à la raison ; or c'est le cas pour la génération d'un être vivant.
Preuve de la mineure. — Dans toute génération, il y a trois choses : communication de matière, éduction d'une .\me, union mutuelle de cette âme avec cette matière. Or rien de. tout cela ne dépasse les forces de la nature.
«) La communication de matière est un fait quotidien. Chaque jour l'être vivant, par la nutrition change en matièri' organique de la matière minérale ; il la rend apte à la vie : il peut donc sans périr retrancher de sa substance et communiquer quelques parcelles de matière.
b) fj éduction de l'âme n'a rien d'impossible . Elle n'est pas tirée du néant, mais de la puissance ; l'engendrer, n'est
1, .Si/)n. rfteol , p. I. q. 118, a. 2, ad3um.
lHUISlEMh: PAiniK, LA VIK
pas créer ; faire passer à racte ce qui préexiste en puissance ne dépasse pas les forces de la nature (n. 03, 04).
c) Enlin la formation d'une noucelle substance par l'union des deux n'est plus qu'une consécpience toute naturelle. Far le fait que l'ànie est produite dans la matière, elle doit lui être unie connue la forme à la matière.
Xote. — Il y a un mode de génération imparfait de certaines plantes et animaux inférieurs qui se propagent par leur division. Ce fait suppose la vie précédemment communiquée à chacune des parties de l'organisme, au moins à l'état de puissance (n. 80, 108) ; et cela est aussi une génération.
110. Peut-on admettre la génération équivoque ' ? — On demande si loul être vivant naît d'un être vivant semblable, selon la loi de Y homogénie, ou si, comme certains le croient, il faut admettre, dans certains cas, une génération d'espèce différente, ou l'bétérogénie.
ïuksE La (jênération équivoque, quelque forme qu'on lui donne, est inadmissible.
Preuve générale. — 1° Tout elîet est nécessairement proportionné à sa cause ; or l'effet ne serait pas proportionné à la cause, si l'être générateur produisait spontanément un organisme de nature différente.
2° Il est aujourd'hui démontré par les expériences de Pasteur, ïvndall, etc., qu'il ne se produit jamais de génération équivoque, qu'en apparence. Sur ce point nous pouvons conclure avec Flourens : « Les e.xpériences de Pasteur sont décisives et sans réplique ; il n'y a pas à revenir sur les travaux de Pasteur. »
111. Nous avons dit que la généralion équivoque est inadmissible, quelque forme qu'on lui donne, car la généralion spontanée, Chémi-orgatiisme, la nécrogenèse et la xénogénèse répugnent également -.
\. -•- La génération spontanée. — D'après ses partisans, la vie est née d'une substance inorganique, et est apparue pour ainsi dire spontanément sur la terre. Une telle origine ne pouvant plus être soutenue pour les scorpions, les grenouilles et autres animaux faciles à observer,
1. Farges, La vie, p. 144-175. — Guibert, Les Origines, p. 23-il. — 2, Farges, La vie, ch. V.
on a tlù la restreindre aux infusoires, bactéries et microbes invisibles à l'œil nu 1. Ainsi restreinte, la génération spontanée n'en répugne pas moins à la raison et contredit l'expérience. Elle répugne ii la raison, car d'après le principe de causalité il ne peut exister un efTet supérieur à sa cause ; or l'être vivant est assurément bien supérieur à l'être sans vie. Elle contredit aussi les expériences scientifiques les plus récentes, qui permettaient à M. de Quatrefages de conclure : « Nous regardons comme définitivement condamnée la doctrine des générations spontanées 2. »
Nous avons parlé de génération spontanée au sens des modernes, et nullement au sens d'Aristote, de S. Thomas et des anciens scolastiques, qui donnaient ce nom à réclusion d'un principe vital préexistant en puissance dans la matière, que l'on supposait ensemencée de germes vitaux par l'acte créateur. Il est clair que cette opinion n'a rien d'absolument impossible.
II, — Uhémi-organisme . — D'autres ont prétendu que si la vie ne peut iinitre d'une matière inorganique, elle pourrait venir d'une matière organique ou semi-organique. C'est contre eux que Pasteur a démontré que ni le lait, ni le sang, ni les matières analogues ne suffisaient à engendrer la vie ^.
III, — La nécrogénése. — a) BufTon, à la suite de Leibnitz, distingue deux espèces de monades ou molécules : les unes sans vie et les autres de nature vitale. Pour eux, une génération nouvelle n'est qu'un groupement nouveau de monades vivantes. — b) Les animaux, les vers, ]iar ex., qui apparaissent dans les cadavres, ne seraient donc que de nouveaux agrégats des mêmes molécules. — c) Ces agrégats se moulent et se différencient selon une forme interne du corps générateur qu'ils nomment le moule intérieur.
Or ces trois hypothèses sont fausses : — 1° 11 n'existe pas deux espèces de molécules irréductibles l'une à l'autre. La science démontre que c'est la même matière qui devient organique d'inorganique qu'elle était. Ainsi la chair vivante contient de l'hydrogène, de l'oxygène, du carbone et de l'azote. — 2" Les vers et autres animalcules qu'on voit naître dans de la putréfaction d'un organisme ne sont nullement les molécules de cet organisme, car on a constaté qu'ils ont une structure toute différente. — 3» Quant à l'hypothèse du moule intérieur, elle ne jouit plus d'aucun crédit parmi les savants ; du reste, elle serait impuissunio à expliquer les différences qui distinguent les enfants de leurs parents.
IV, — La xénogénèse . — D'aucuns prétendent enfin que les animaux parasites non seulement vivent dans des organismes spécifiquement distincts, mais qu'ils sont produits par ces organismes.
On peut donner deux réfutations de leur système. L'une mélaphy-
■1. Meedan, Pouchet, Musset, Joly. — 2. Retue des Deux-Mondes, 186!. — 3. Farges, ouvr. cilé, p. 450-152.
UUlSIEMli PAUTIK, LA VIK
siV/«e : ce nVst pas la vie en gén('ral, mais telle uu telle vie qui se tiaiistnet dans une intime espèce en vertu de ce principe : l'action de l'agent est conforme à la nature de cet agent. L'autre scientifique: les parasites, comme la science le constate, ont des organes génitaux ; l'espèce se propage donc en vertu des lois ordinaires de la génération. Si l'on a mis lungl('nii)s pour découvrir ce fait, c'est que l'expérience était déconcertée par les iiiclaniorphoses surprenantes de ces êtres etleurs fréfjuentes migrations d'un coriis dans un autre.
En résumé, la génération équivoque, quelque forme qu'on lui donne, est une opinion inacceptable. Aussi conclurons-nous avec Flourens : « La vie ne naît que de la vie i tout être vivant vient d'un parent; les individus périssent, mais la vie ne périt pas; avant de périr ils l'ont transmise *. »
112. Le mystère de la transmission de la vie est-il explicable et comment - ? — A. — Les uns suppriment la question sans la résoudre : ce sont les partisans du système de l'emboîtement des germes. ClHuiue organisme primitif, selon eux, aurait contenu les germes microscopiques de tous les êtres qui devaient naître de lui.
Mais cette opinion a trop d'inconvénients. — 1. C'est détruire la génération ; le père n'engendre plus son fils ; il le porte en lui tout engendré jusqu'au moment où celui-ci est mis au jour. — 2. C'est contredire les expériences microfjraphiques. L'expérience, en effet, ne montre dans l'œuf aucune trace de létre (jui en doit sortir ; et les premières formes de l'embryon elles-mêmes ne laissent pas prévoir sa forme définitive. — 3. Enfin il est physiquement impossible que le premier ancêtre ait \>n contenir soit le volume des germes, de toutes les générations futures, soit le nombre infini de tous les types, races, variétés et hybrides qui en peuvent sortir.
H. — .\ ce système s'oppose celui de VEpigénése, défendu par tous les modernes, après Arislote et S. Thomas. Hésumons-le en deux mots.
L'acte générateur donne naissance ;ï un principe vital ; c'est-à-dire ((u'il le fait passer de la puissance ii l'acte dans la matière. Grâce à sa vertu plastique, ce principe fait peu à peu de l'œuf un corps organisé, en contruisant de toutes pièces et progressivement les organes de l'être nouveau, (jui, après diverses métamorphoses, se trouve définitivement constitué dans son espèce.
1. De la longévité humaine. Ontologie naturelle. — Pasteur, Hilérogénie. — LeiLnitz, Aftologie da christianitine . — Longel, Traité complet de Physiologie. — Ehrenbert, de Hmuboldt, Janet. — 9. Farges, La vie, rli. VI, p. 475.
ARTICLE IV
Mort du principe vital.