Principaux sophismes contemporains. — Il y en a
PREMFKRE PARTIE, DIALECTIUIIE II'*
surfmit ([ualro : le suphisme de riiypotlihc le passatje (l'un i/run' à un autre, ^(''nuntêrdtion iinjiarfuili-, l'induclinu rie/ruse.
1° Il tj a sojj/iisnie d'lii/po//u''Se, f/ztand d'un sijslhne Injjiothéti<iue on lire des conclusions contraires à la raison . Le transformisme, par ex., admet cette hypothèse : la vie par suite (le diverses évolutions s'est élevée des êtres infinies jusqu'à l'homme : donc, conclut-il, la matière est éternelle ; donc le mouvement est éternel ; donc u l'homme s'est détaché du sein de la nature »... Ces conclusions absurdes devraient suffire à réfuter l'hypothèse, ou à en modifier le sens. Il faut en dire autant de hicTi d'autres hypothèses sur l'existence des atonies ou des nnniades, de la oision des universau.r en Dieu, etc.
2° Il !j a passuf/e d'un rjenre à un autre, quanà on passe sans raison d'un ordre de choses à un autre ordre tout différent. Lorsque, par ex., on conclut à l'impossibilité du miracle, après avoir démontré seulement qu'il est contraire aux forces de la nature. De même, nier l'àme parce que le scalpel ne peut l'atteindre ; identifier les faits historiques aux axiomes mathématiques ; ou bien encore argumenter ainsi : il y a des hommes qui se sont trompés sur la nature de Dieu, donc ils ne s'accordent pas sur l'existence de Dieu ; c'est tomber dans le même sophisme.
3" Il y a ênuniération imparfaite, quand on affirme du tout ce qui n'est vrai que de certaines parties. Exemples :
Quelques piètres scandalisent ; donc aucun prêtre n'est vertueux ; ab uno disce omnes. Tel ou tel membre de cette société religieuse a enseigné l'erreur, donc toute la société a enseigné l'erreur. — Ce fut le sophisme de Pascal dans ses Lettres provinciales, dont Voltaire disait fort justement : « Tout le livre portait sur un fondement faux : on attribuait adroitement à toute la société (de Jésus) des opinions extravagantes de plusieurs jésuites espagnols et flamands ; on les aurait déterrés aussi bien chez les casuistes dominicains et franciscains, mais c'était aux seuls Jésuites qu'on en voulait. »
4° Sous le nom à: induction vicieuse, enfin, on entend toutes les opérations incomplètes de l'induction, ou celles qui sont opposées aux règles. Ex. : l'espace ne peut se mesurer ; donc il est infini, etc.
166, Scolie. Division logique des sophismes de pensée. —
Nous venons d'énumorer les sophismes de pensée. Les modernes ont essayé d'en donner une clnssiflcnlion nouvelle, et ils les ramènent d'ordinaire aux sophismes A'induciion et aux sophismes de déduction.
Les sophismes de déduction seraient au nombre de six : la pétition de principe et le cercle vicieux, qui tirent une conclusion absolument semblable aux prémisses ; — l'ignorance du sujet et la fausse conséquence, qui déduisent une conclusion (jui n'est pas la conclusion légitime ; — enfin le sophisme de l'hypothèse et le passage d'un genre à un autre, dans lesquels on ne peut légitimement tirer aucune conclusion. Les autres seraient des sophismes d'induction.
Cette division est-elle logique, et pourrait-on en donner une autre ? C'est une question que nous laissons à la sagacité du lecteur le plaisir de discuter, pour passer immédiatement à la Critique.