Y a-t-il vérité logique dans la simple appréhension
A. — Là où il y a une connaissance conforme à son objet, il y a vérité logique ; en ce sens, la vérité ne fait jamais défaut à la simple appréhension de l'idée ; il n'y a point, en effet, d'idées lausses, comme nous l'avons dit en parlant des idées (n. 25 bis).
B. — On ne saurait cependant dire qu'il y a vérité parfaite, là où l'esprit, conforme à son objet, n'a pas connaissance de cette conformité : or on n'acquiert cette connaissance que dans le jugement; la simple appréhension ne donne donc pas à l'esprit la vérité parfaite.
G. — Elle la lui donne cependant d'une manière imparfaite. Une phrase imparfaite: Dieu... est le commencement d'une phrase parfaite: Dieu est. De même la simple appréhension de la bonté de Dieu est le commencement d'une vérité parfaite : « Dieu est bon ».
Corol. — La vérité se rencontre, mais bien plus imparfaitement encore dans la perception des sens : on y trouve, en effet, une espèce de connaissance.
178. Pourquoi la vérité n'existe parfaitement que dans le jugement. — « Quand l'esprit unit ou sépare (c'est-à-dire juge), alors seulement il y a vérité ou erreur à propretiient parler ; et non quand il perçoit simplement. » Telle est l'assertion du docteur xVngéllque et la raison en est manifeste.
Preuve. — C'est dans le jugement seulement qu'il y a équation parfaite entre l'intellect et l'objet ; ce n'est donc que dans le jugement qu'il y a vérité proprement dite. Voici la preuve de l'antécédent tirée du sujet et de l'objet de la connaissance.
l'' Au point de vue du titijeL L'équation parfaite exige de l'esprit une connaissance claire de cette équation; or cette connaissance ne se rencontre que dans le jugement.
2" Au point de vue de /'objet. De même qu'un portrait, par ex., celui de César, n'est vrai que par comparaison à l'original, et s'il reproduit réellement l'image de César ; ainsi l'idée de blancheur, perçue dans cette feuille de papier, ne sera reconnue pour vraie que si, en l'attribuant au papier» on peut dire : ce papier est blanc. Or cela se fait à proprement parler par le jugement, puisque c'est dans le jugement que l'esprit établit l'équation entre l'objet et l'idée.
Aussi est-ce seulement dans l'expression du jugement que
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se n'iiciiiiUu prupreiiieiit la véritt^ ou l'erreur. Ces m<»ls : Dieu, homme, ne sont ni vrais ni faux ; seules les propositions comme les suivantes sez'ont l'une vraie vX l'autre fausse : Dieu est bon ; l'homme n'est pas raisonnable.
179. En quel sens la vérité formelle est-elle le but de la logique ? — J-a vérité lM^i([ue est dite t'ormelle. parce qu'elle iiilorme l'intellect, en l'informant le perfectionne, en le perfectionnant le mène au repos, qui consiste dans l'équation parfaite entre l'objet et l'esprit. Or le propre de la Logique est précisément de donner à l'esprit une formation, qui lui enseigne l'art d'arriver au vrai. I^a vérité formelle est donc le but de la Logique.
La Logique atteint «-e but de deux manières : en guidant l'esprit vers la vérité, et en le préservant de l'erreur. Le but de la Logique est donc en premier lieu de mener l'esprit à la connaissance certaine ; en second lieu, de le préserver de l'erreur « en lui apprenant soit à reconnaître son ignorance, soit à douter ou à opiner sagement ». Il y a, en effet, divers états de l'esprit en face de la vérité, dont il nous faut traiter plus au long.
AHTICLE IL
Divers Etats de l'esprit en face de la vérité.
180. Nombre de ces états. ^ L'esprit peut se trouver (1(1 IIS (jiiiatre états différents en face de la vérité. Il n'a encore aucune connaissance de l'objet à connaître ; ou bien il en a quelque idée, mais ne se prononce encore dans aucun sens ; ou bien il émet un jugement probable en craignant de se tromper ; ou bien enfin il adhère à la vérité fermement, sans au-^ cune crainte de se tromper. Dans le premier cas, il ignore j dans le second cas, il doute ; dans le troisième, il n'a qu'une opinion ; dans le quatrième, il possède la certitude. Il y a donc quatre états d'esprit en face de la vérité : l'iijiwrauce, le doute, l'opinion et ht certitude.
Certains auteurs ajoutent l'erreur et le soupçon, mais c'est à tort. — 1 . L'erreur, en e/Tet, cdnlme nous le dirons plus loin, est plutôt un ik'faut de vérité qu'une étape dans le chemin delà vérité. — 2. Quant au soupçon, c'est, pour les uns, une inclination à juger ; pour d'autres, c'est un jugement imp&rfaif ou basé sur des motifs peu solides. Dans
le premier sens, il diffère a peine du doute ; dans le second il se rapproche de l'opinion.
181. Nature et causes de l'ignorance. — A. — L'ignorance est un état d'esprit dans lequel on n'a aucune idée de l'objet à connaître, et l'on ne peut émettre aucun jugement. Si elle porte sur une vérité que l'on devrait connaître, c'est l'ignorance 7?/wa//ye ; si c'est sur une vérité qu'on n'est pas tenu de savoir, c'est l'ignorance simplement négative.
B. — 11 y a autant de causes d'ignorance que d'obstacles à la simple appréhension. Or ces obstacles sont au nombre de trois. De même, en effet, qu'il se peut renconti-er trois causes d'impuissance dans un travail matériel, par ex,, quand on l'end du bois, l'une dans la disposition de la hache, l'autre dans la faiblesse des mains de l'ouvrier, une troisième dans la nature des matériaux travaillés ; ainsi l'ignorance peut provenir soit d'un défaut de l'esprit, soit de la défaillance de la volonté, soit enfin de la difficulté de l'objet étudié.
Elle provient tout d'abord de l'esprit. Les défauts de l'esprit, qui causent l'ignorance, sont : la timidité, le manque de pénétration, les préoccupations elles distractions.
Etonné de la hauteur ou de la profondeur de la vérité, le timide n'ose hasarder aucun jugement, ni même se renseigner. Le manque de pénétration est le défaut opposé à l'acuité : il ne permet pas à l'esprit de pénétrer à fond son sujet. L'esprit préoccupé d'opinions différentes, distrait par des idées diverses, ne donne pas son attention à l'objet en question ; aussi, divisé, perd-il sa force, selon cette maxime: pluribus intentas minor est ad singula sensus .
L'ignorance vient en second lieu de la volonté. C'est d'elle, en effet, que dépend surtout l'application de l'esprit. La volonté dépourvue d'amour pour la vérité, ou agitée par les passions, par la concupiscence ou la colère, engourdie par la paresse et la peur de la difficulté, retient l'intellect dans l'ignorance, et l'empêche de s'élever au-dessus des choses sensildrs jusqu'à la vérité intelligible.
L'ignorance vient enfin de la nature même des études auxquelles l'esprit se livre. Les uns veulent acquérir toutes les sciences à la fois et sans ordre, au lieu d'aller progressivement ; ou bien se livrent aux plus difficiles recherches sans avoir une puissance d'esprit suffisante : rien d'étonnant, s'ils n'arrivent pas à la vérité.
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