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Définition du doute : ses espèces, ses causes

A. — Le doute est cet (Hat où l'esprit, sans ignorer totalement la vérité, ne la voit pas assez claireiueut, et reste par cousé- ([uent indécis entre l'affirmation et la négation. Dans cet état, ou bien on a des raisons pour et contre, égales de part et d'autre, ou bien on n'en a ni pour ni contre. Dans le premier cas, c'est le douie positif ; il est négatif duns le second.

B. — Ouant an.r autres espèces de doute, qu'il est bon de noter pour la solution de beaucoup de questions en Critique, nous les avons déjà signalées (n. 171). Le doute peut être : ["sceptique ou méthodique ; 2° le doute sceptique ii^i particulier ou universel ; 3o le doute méthodique est simultané ou successif selon qu'on rejette tous les moyens de certitude à la fois ou quelques-uns seulement; 4'' il est encore fictif on réel: le premier conserve, le second rejette toute adhésion à telle ou telle vérité jusqu'à nouvelle démonstration (n. 203).

C. — L'esprit se trouve d'ordinaire jeté dans le doute ])articulier ou même universel, soit par les variations des sciences, qui tiennent pour vraies des choses dont le progrès des temps fait reconnaître la fausseté ; soit par tes controverses des savants qui, sur bien des points, ont des opinions divergentes ; soit par les contradictions apparentes de nos facultés, qui semblent affirmer des choses contraires les unes aux autres.

183. Définition de l'opinion : ses espèces. — A. — L'opinion est un état d'esprit dans lequel on porte un jugement, mais avec quelque; crainte de se tromper, ou plus brièvement : l'adhésion, de l'esprit à une chose avec crainte du contraire.

C'est Y adhésion à une chose, c'est-à-dire à une pi-oposition l'ondée en raison et qui, partant, peut être soutenue comme ])robable ; avec crainte du contraire, c'est-à-dire d'une pi-oposition opposée, fondée, elle aussi, en raison, et partani probable elle-même. — l*ar conséquent une opinion jirobable est celle où la connexion entre le prédicat et le sujet repose sur un motif tel que la possibilité du contraire n'est pas exclue.

B. — Une opinion probable peut être considérée à un dou- J)le point de vue :

lo En elle-même, elle est intrinsèquement ou extrinsèquenient probable, selon qu'elle s'appuie sur des arguments de raison ou sur des arguments d'autorité. — Dans l'un et l'au-

PUII.0:*01>111E. — T0.ME 1 8

tre cas, la probabilité est Holide ou faible, selon que son motif est capable ou non de persuader un homme grave, prudent, habitué à agir sans aiîection désordonnée.

2° Considérée par rapport à une autre, une opinion est ou aussi probable, ou plus probable, ou très probable. Les motifs des deux côtés sont égaux dans le premier cas : plus forts d'un côté, dans le second ; enfin de beaucoup plus forts et plus décisifs dans le troisième cas.

Aussi est-il bien évident que l'existence comme la nature des opinions dépend tout entière de la valeur des motifs. De là sur une même question il peut y avoir : — 1 . plusieurs opinions probables opposées, — '1. qui peuvent être également probables, — 3. dont l'une sera, plus probable, et l'autre moins probable, sans cesser pourtant d'être probable, — 4. dont l'une enfin peut être destinée à apparaître fausse, et l'autre certaine. Voilà ce qui explique comment sur un même point, il y a parfois opinion et certitude, soit successivement dans un même esprit, soit en même temps dans plusieurs individus.

ARTICLE IIL

Be la Certitude '.

184. Définition de la certitude. — Bans un sens large, la certitude est l'adhésion ferme de l'esprit à une proposition regardée comme vraie. C'est en ce sens que théologiens et moralistes ont coutume de parler de la conscience certaine, quoique invinciblement erronée.

Mais, au sens strict, on la définit : L'adhésion ferme à une vérité, par un motif qui exclut toute crainte prudente d'erreur.

1° C'est une adhésion ferme de l esprit ; elle diffère donc et du doute qui ne prend aucun parti, %\de l'opinion à laquelle (»n peut adhérer parce qu'elle paraît plus probable, plus sûre ou plus prudente, sans être toutefois certaine.

2" C'est l'adhésion à la vérité. Ces mots indiquent l'objet matériel de la certitude et la distinguent de l'erreur. Dans la certitude, en effet, l'objet existe tel qu'il est connu ; dans Terreur, au contraire, il n'y a pas conformité entre le jugement et l'objet proposé.

1. Balmès, Philos, fondam., L. I, c. m. — Fénelon, Lettres. — Gratry, Log.,\. I, chap. II. — Aliberi, Log., p. 14-16. — Ollé-Laprime, La Certitude morale; La Philosophie et le temps présent, ch. xii, xiv, — Chart-aux, De la méthode morale -, De l'es^ prit et de lesprit philosophique.

3° dette nflhi'xinn est, fondée sur un motif qui exclut toute crainte prudente d'erreur. Les sens externes, en effet, la mémoire, la conscience, la raison, le témoignage, etc., peuvent présenter à l'esprit un oi)jet avec assez d'évidence, pour que l'esprit y adhère sans aucune crainte de se tromper, ou du moins sans une crainte sérieuse de nature à arrêter un homnu^ prudent, (-ette dernière partie de la définition indique donc l'objet formel de la certitude ; c'{>st par là qu'elle se distingue de l'instinct aveugle et d'une simple conviction, môme sincère, mais sans fondement suffisant.

Aussi la corlitiide diffère-t-elle des aulics états de l'esprit, parce qu'elle est une pleine possession de la vérité. « La certitude, dit le P. Gratry, est un état de lànie qui en exclut le doute. Cet état suppose la possession de la vérité. Il ne peut y avoir certitude de ce qui n'est pas vrai. <>

185. Espèces de certitude.— 1° Considérée comme acte de l'esprit adhérant fernu'ment au vrai, la certitude est subjective. — Mais, remontant de l'effet à la cause, on dit aussi que l'objet est certain, dès qu'il est capable d'emporter cet assentiment: et cette uplitude de l'objet à arracher l'assentiment ferme de l'esprit, s'appelle ceYi'dxxàe nbjectim. — La certitude complète ou formelle est donc à la fois subjective et objective ; elle est dans le sujet, mais elle vient de l'évidence de l'objet perçu.

2° Considérée dans son fondement, c'est-à-dire dans le motif sur lequel s'appuie l'assentiment de l'esprit, la certitude peut être métaphijsique, plnjsique nu morale. La certitude métaphysique s'appuie sui- l'essence môme des choses, sur la coitnexion intrinsèque des idées, ex. : Une même chose ne peut à la fois être et n'être pas. La certitude plnjsique est celle qui s'appuie sur la constance des lois de la nature : Les morts ne ressuscitent pas ; et la certitude morale, sur la constance des mœurs humaines : Les hommes aiment la vérité (n. 47).

Les modernes appellent souvent du nom de certitude morale celle qui a pour objet des vérités morales, v. g. : le devoir. Dieu, la Religion révélée, et qui, pour briller à l'esprit, exige certaines dispositions morales, telles que l'amour de la vérité, la rectitude de la volonté, la pureté du cœur, l'élévation des sentiments, etc. C'est alors que s'applique surtout la belle parole de Platon : il faut aller au vrai avec son âme tout entière, ffiiv o):ri Tvj -^y/ji. De même que la mauvaise volonté et les pas"

18fi

sions troublent l'esprit, la bonne volonté et la vertu le soutiennent et leclairenl dans la recherche du vrai : il y a des vérités religieuses qu'une âme basse ne comprendra jamais, selon le mot de Pascal : « le cœur a des raisons que la raison seule ne connaît pas. » En ce sens, cette certitude peut être méritoire et libre, mais lorsqu'elle a fini par briller à l'esprit, l'esprit est bien forcé de la reconnaître (Anthrop., n. 95).

3° Si l'on considère la tnanière dont elle est produite dans l'ànie, la certitude peut se diviser en certitude médiate et immédiate. Quand l'évidence emporte l'assentiment de l'esprit sans aucun raisonnement, on a la certitude immédiate; ex. : le soleil brille... Si la vérité ne peut être connue qu'après raisonnement, ex. : Dieu existe, la certitude est médiate.

4° Au point de vue de la lumière qui éclaire l'objet, la certitude est surnaturelle ou naturelle, selon que l'objet est connu à la lumière de la foi ou de la raison.

")0 Knfin, si l'on examine \?x perfection dans la connaissance des motifs, la certitude est vulfjaire ou philosophique. \a\ certitude ouUjaire, dite aussi implicite, spontanée, est une adhésion ferme de l'esprit avec une connaissance simplement implicite des motifs ; ainsi l'enfant, Tignoraiit ne doute pas de sa propre existence; il en ignore pourtant explicitement les motifs. La certitude philosophique, scientifique, réflexe, suppose une connaissance explicite des motifs qui nous poussent à adhérer fermement à l'objet perçu. C'est celle du philosophe qui soumet à l'examen toutes ses connaissances. 186. La certitude vulgaire est-elle une vraie certitude ? Beaucoup de modernes, avec les positivistes et les sophistes, confondent la certitude vulgaire et la crédulité aveugle. Le vulgaire, disent-ils, croit toujours sans motif raisonnable aux vérités de la foi, de la philosophie, des sciences. Etablissons la thèse contraire.

Thèse.

La certitude vulgaire, qui a pour objet les vérités élémentaires,

n'est pas une crédulité aveugle, mais une vraie certitude.

Preuve directe. — La certitude vulgaire des vérités élémentaii'es a les mêmes qualités essentielles que la certitude philosophique ; elle n'est donc pas une crédulité aveugle.

L'expérience prouve Yantécédent. Il y a dans la certitude

SKCONDR pAitTiK, f.iu l'iom-; i;{7

viilj;airo une vi'-rité poicuc avec ôvidiMicc, iiiio fonno adlir sion (le l'esprit qui exrlut toute erainte d'(!rivur, et une perception claire : caractt'res essentiels de toute eertitude.

« Interrogez l'enfant, dit IJalmès, comme l'homme milr, tomme le vieillard, sur la certitude (pi'ils ont de leur propre existence, de leurs actes internes et externes, sur l'existence de leurs parents, de leurs amis, (lu lieu 0(1 ils résident, vous ne verrez point une ombre d'hésitation : enfants, vieillards, hommes faits, tous vous répondront de même ; et leur regard étonné vous dira leur pensée : un homme sérieux s'entjuérir de choses si claires ! »

Preuve indirecte. — La nature ne peut faillir dans l(!s choses nécessaires ; autrement l'auteur de la nature ne serait plus un sage ordonnateur. Or la nature faillirait en matière n(«cessaire, si le vulgaire ne pouvait parvenir à connaître avec certitude les vérités absolument nécessaires à la vie physique ou morale, comme sont l'existence du monde, l'existence de Dieu, la vie future, la diiïérence entre le bien et le mal. Donc la certitude du vulgaire est une vraie certitude.

Obj. — Le vulgaire ne peut démontrer la vérité ni répondre aux objections ; il n'a donc pas la certitude, mais une simple crédulité.

Rép. — Je dist. i'ant. Le vulgaire ne peut exposer d'une manière ex- Illicite les raisons, les arguments, qui démontrent la vérité, je le conc. ; il ne comprend pas implicitement la force des motifs qui le font adhérer à ces vérités, je le nie. « Les plus sublimes philosophes eux-mêmes, remarque justement Fénelon, sont invinciblement persuadés d'un grand nombre de vérités, quoi(|ii'ils ne puissent les développer clairement, ni réfuter les objections (jui les embrouillent. »

Pareillement, le vulgaire peut connaître les vérités révélées, l'exist(mce des myst('!res, la divinité de la religion chrétienne : en cela il n'est le jouet ni dune crédulité aveugle, ni du fanatisme, lorsqu'il s'appuie sur le témoignage et sur les signes de la révélation divine, (|(ii simt à la portée de to((tes les intelligem-es.

187. Y a-t-il des degrés dans la certitude? — Les uns prétendent qu'il existe des degrés de certitude ; les autres le nient. Ainsi les Cartésiens soutiennent que la certitude existe ou n'existe pas ; pour eux, le caractère de la certitude est YinflivisibiUtê. D'autres distinguent: il n'y a, disent-ils, aucun degré dans la certitude en tant qu'elle est Ve.rch/sio)} du doute ; mais en tant qu'elle est une adhésion, de l'esprit, elle peut être plus ou moins grande. En ce sens établissons la thèse suivante :

Thèse

// existe des decp-ès dans la certitude, en tant

qn' adhésion de l'esprit.

Preuve. — Les principes soit subjectifs, soit objectifs de la certitude sont susceptibles de degrés, partant l'adhésion qu'ils engendrent est aussi susceptible de degrés. Quels sont, en effet, les principes générateurs de la certitude ?

Xj^'à premiers sont les intuitions directes des sens et de l'intellect et le raisonnement discursif; or, parmi les facultés intuitives, les unes sont plus claires et partant plus certaines que les autres. Ainsi la vision est plus claire que l'ouïe, et l'intellect est en soi plus clair que les sens, bien que, chez l'homme, la perception sensible soit plus accommodée aux conditions de notre nature, et partant subjectivement plus certaine. Parmi les raisonnements, les uns donnent plus de lumière que les autres ; ainsi la géométrie est plus claire que l'histoire.

Les seconds sont au nombre de trois : l'objet, le motif et l'évidence ; or tous les objets n'ont pas le même degré d'intelligibilité, tant en eux-mêmes que par rapport à nous. Les mystères de la foi, par ex., sont moins intelligibles pour nous que les autres vérités, parce qu'ils dépassent notre intellect. Les motifs particuliers sur lesquels s'appuie la certitude sont plus ou moins parfaits tant en nombre qu'en qualité, h'évidence, enfin, comme la lumière du soleil, est susceptible de divers degz'és de splendeur. La certitude par conséquent est, elle aussi, susceptilîle de degrés.

\j expérience confirme cette thèse : tous n'ont pas la même conviction ; la certitude que la terre tourne est plus grande chez le savant que chez les enfants et les paysans ; et la foi est plus grande chez le martyr que dans le commun des fidèles.

Corol. — On en peut conclure quelles sont les choses les plus certaines, c'est-à-dire celles qui donnent ou du moins devraient donner la plus g-rande persuasion.

1° En soi, ce qui est révélé de Dieu est plus sûr que n'importe quelle conclusion scientifique : nous le croyons, en effet, d'après l'autorité divine, et il n'y a pas de critère supérieur à celui-là. — Parmi les certitudes naturelles, la certitude métaphysique est plus parfaite que la certitude morale.

2° Par rapport à nous, les vérités les plus certaines en elles-mêmes,

SECONDE PARTIE, CRITIQrE 139

ne sont pas toujours celles qui nous frappent le plus, soit à cause do nos dispositions morales, soit à cause du trouble de notre esprit, (jui en présence des plus évidentes vérités « se trouve parfois, selon le mot d'Arislote, dans la même situation que l'œil du hibou en présence de In lumière du soleil ».

ARTICLE IV

Di' VErrejiv'^.

188. Nature et origine de l'erreur. — A. — L'onvui- so définit : le manque de conformité entre le jugement et l'objet juf/é ; telle est cette proposition : l'homme est éternel. Elle s'oppose à la vérité logique, qui doit informer toute proposition, aussi l'appelle- t-on erreur logique. En face de l'erreur, comme eu face de la vérité logique, il y a aussi différents états de l'esprit. Telles sont l'opinion fausse et la conviction sincère d'une chose fausse.

L'erreur n'est donc pas une vérité incomplète, comme l'a prétendu Cousin, mais plutôt l'absence de vérité. Ex. : l'homme est un être raisonnable : voilà une vérité incomplète, car elle n'embrasse pas la connaissance complète de l'homme. L'homme n'est pas raisonnable : voilà une erreur, qui n'a aucun degré de participation avec la vérité.

B. — L'erreur vient d'une défaillance de Vesprit et de la rolonté humaine.

Quand la vérité ne peut être obtenue sans une attention soutenue de l'esprit, un travail opiniâtre, le concours de l'observation par les sens internes ou externes, il arrive souvent que nous prononçons un jugement avant d'être parvenu aune perception claire ; de là des jugements erronés.

L'erreur ne va pas cependant sans un mouvement déréqlè (le la volonté. L'esprit, en effet, adhère à l'erreur, ou de luiinème, c'est-à-dire par une sorte de nécessité intrinsèque, ou bien par un mouvement de la volonté. Or le premier cas est impossible, autrement l'esprit n'aurait aucun critérium, aucune sauvegarde contre Terreur ; l'esprit serait dupe de sa nature. Reste donc la seconde cause : la volonté plus ou moins

1. Bacon, iVot). Organ., L. I, 39 et saiv. — Balniès, Art d'arriver au vrai. — Rallier, Log., ch. xvin. — 6. de Sainl-Projet, Apologie, p. 41. — Newman, Histoire de mes opinions, p. 89.

libre provoque rassentimeiit de l'esprit, avant cfiie celui-ci ail. examiné la question sous toutes ses faces, et acquis une pei'ception claire de la vérité.

189. Les sources d'erreur. — Ce n'est pas sans raison que Bacon ramène à quatre sources les jugements faux, qu'il appelle du nom métaphorique à'idoles ou fausses apparences.

1» Il y a d'abord des idoles de la tribu, « idola tribus ». (le s()>nt les inclinations naturelles de l'homme qui les font naître ; elles sont donc aussi nombreuses que ces inclinations elles-mêmes. Ainsi l'homme est porté à juger d'c/>rès ses sens ; partant à nier ce qu'il ne voit pas ; — il juge selon les affections de son cœur ; partant il repousse ce qui s'y oppose ; — il juge selon ses dispositions intellectuelles, telles que le bes(»in d'unité, d'abstraction ; partant il est porté à identifier pour mieux unifier, ou à donner une réalité aux êtres de raison.

2" Il y a les idoles de la caverne, « idola specus ». Ces ei"reurs proviennent des défauts et du tempérament des individus. Tel est dupe de son amour de la nouveauté, tel autre de son excès de vénération pour l'antiquité. Celui-ci voulant embrasser l'étude universelle des sciences ne pourra rien appro fondir ; celui-là, confiné dans les limites étroites d'une science particulière, fera fi de tout le reste. L'un n'emploiera dans les sciences que la méthode déductive, l'autre cjue la méthode inductive. Les passions troublent aussi fort souvent l'esprit : « Les jouissances sensibles, dit le docteur Angélique, empêchent l'usage de la raison de trois manières : elles la distraient, elles l'obscurcissent et la paralysent. »

On voit que ces deux sources d'erreur nous sont intérieures, et que la première est commune à tous les individus et la seconde spéciale à quelques-uns. Les deux suivantes seront au contraire des causes extérieures.

3" Il V a les idoles du forum, « idola fori ». Ce sont des préjugés sociaux, issus du commerce de la vie, et cela de deux manières. C'est tout d'abord parla tromperie des mots ; les uns en effet n'ont aucune signification réelle, comme le hasard, la fortune ; d'autres peuvent prendre un sens détestable, comme les mots : fraternité, égalité, laïcisation. C'est, en second lieu, par la contagion des opinions ou préjugés répandus dans tels pays, à telle époque, et acceptés comme vrais : de même que

fJEi.ONDK PARTIK, CRITIQUl

l'aiit(»iitr (le l'exemple est reine dp la mode, ainsi ranlorité de l'opinion est reine des idt'-es.

4" \m dernière classe d'erreurs eonipi-eiid h^s if/oles du llii'âtre, « idola theatri ». KMes naissent de lii fausse science, ("est-i'i-dire des dogmes sans preuves audaeieusement prùnés |)ar des charlatans de la science, de la critique, de la philosophie, des religions. On enseigne même puhlic[uement des opinions absolument fausses, comme des vérités incontestahles, ainsi l'on mène les peuples au fanatisme, comme cela s'est vu chez les païens, les juifs, les mahométans.

Nous pourrions ajouter une source d'erreurs particulières aux philosopties modernes, c'est l'ignorance et le mépris de la Philosophie, surtout de la Logique et de l'Ontologie. On consacre à peine quelques heures dans les classes à l'étude de la Logique, et l'on n'apprend plus à argumenter. .Aussi est-ce d'ordinaire dans un langage très académique qu'on disserte ou qu'on répond aux objections, et les charmes littéraires servent à couvrir et à laisser passer les plus grossiers sophismes. Ue plus, c'est l'ignorance des notions d'Ontologie qui engendre, de notre temps, les plus funestes erreurs sur le vrai, le beau, In substance, la cause et autres notions fondamentales.

190. Remèdes contre l'erreur. — l'rincipiis obsta : puisque toute erreur procède dune inclination intérieure ou d'une provocation extérieure, il faut apporter à chaque cause en particulier le remède qui lui convient le mieux. Mais avant tout, l'étude de la Logique et de l'Ontologie fournit un excellent préservatif contre l'erreur. Quand un esprit, en effet, s'est appuyé sur les solides fondements de la Logique et de l'Ontologie, il peut sans danger braver les sophismes, et s'élever par le raisonnement aux plus hautes vérités.

Parmi les remèdes généraux, citons-en quatre : l'amour du vrai, un doute sage et modéré, la pureté du cœur, l'élévation de l'esprit vers Dieu. Quand on aime le vrai, on ne cède pas aux préjugés ; — quand on fait usage d'un doute sage et modéré, on ne porte pas de jugement sans avoir une perception claire et évidente de la vérité ; — quand on a le cœur pur, on ne craint pas la vérité, surtout les vérités morales ; sans cette pureté, c'est chose presque impossible ; — enfin quand par une prière humble on a demandé l'aide de Dieu, on est armé contre les séductions des affections déréglées ; et l'on arrive plus sûrement et plus facilement à la connaissance du vrai. C'est à la lumière divine que nous verrons briller la vérilé, suivant la parole du Psalmi<tp : /// lumine tuo videbimus lumen .

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