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Cours de philosophie

'Sall« d» l'nam«n du deuii^e lirre da VEttal «ur Petilgndtmenl Iwnitàn. D* ridés de caâie.— Origine diDi la wneaiion. ItéfuUtion. — OrigioE d*Q< la réS«tian et le untlr ment de la volonté. Dlitlactiao de l'idée de cauu etdn principe de causalité. Que le priocipe de cauiallié et( inexplicable par le «enl aeatitDeDl de la roloDIé. — De la vraie formallan du principe de cauMlUé.

Le premier lort de Locke lar les idées d'espace, A« temps , d'infini , d'identité personnelle ei de sobsUoce, est an tort de méthode. Au lien de rechercher et de reconnaître d'abord par une obserration impartiale les easaxMxt» que ces idées oot acluellement dans l'eatendement hamaio, Locke débute par la quettiM l^eine d'obscurités et de périls de l'origine de ces idées. Ensuiie , cette qoestii») de rwi^ne des idées de l'espace , du temps , de l'infini , de l'ideatité personnelle et de It tobslance , Locke la résout par son vjtHàaat^ général sm: l'origiiie des idées , qui eonuste

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1 aiBTOIBE DE LÀ PfllLOSOratE.

à n'admettre aacnae idée qui ne «oit entrée dans Veo lendemeot humain ou par la réOexion ou par la senntion. Or les idéet de l'espace , du temps , de l'infini, de l'identité penonnelle et de la subetaoce avec le» caractères dont elles sont aujoard'hui incontestablement marquées , sont inexplicables par ta srasation et la réflexion , et par conséquent incompatibles arec le rrttème de Locke. Il ne restait donc à Locke qu'une ressource, savoir, de mutiler ces idées avec leurs caractères, de manière à les réduire aux dimensions d'autres idées, lesquelles ealrent en effet dans l'entendement linmain par la réflexion ou la sensation, par exemple, les idées de corps, de succession, de nombre, celle des phénomènes directs de la conscience et de la mémoire , et celle des qualités des objets extérieurs et de nos propres qualités. Mais nous croyons avoir démontré que ces dernières idées , <^ui sont bien assurément la condition de l'acquisition des premières, ne Bonl pas elles , qu'eHes en sont l'antécédent chronologique , mais non pas la raison logique , qu'elles les précèdent , mais qu'elles ne les engendrent ni ne les expliquent. Ainsi les faits défigurés et confondus sauvent le système de Locke ; rétablis et éclaircis , ils le renversent.

Ces observations sont également et particulièrement applicables à la théorie d'une des idées les plus importantes qui soient dans l'entendement humain , de l'Idée qui joue le plus grand rAle dans la vie humaine et dans tes livretdes philosophes : je veux parlu d«

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MS-ntmifclIE LEÇON. s

ridée de cuue. Locke eAt wgement fut de commencer par 11 recraiiultre et la décrire exaetemeiit , telle qu'elle eu aujourd'hui et se manifette par uob actiont et par nos diiconn. Loin de là , Locke débnlo par rechercher l'origine de l'idée de canse , et il U rapporte sans héùler à la «ensalioa. Vinci le pauage de Liocke.

Livre n , chap. XXVI , g 1°'. — Delà eawte et â» l'effet. Voù noM viennent Ut idéet de émue et i effet.

< Ed contidérant par le moyen des lens b con-

< Btanle vidstilude des choses, nous ne pouvons noos « en^técher d'observer que plnsiemrs chose* particu- 4 liëres , soit qualités ou lubstaoce , commencent ( d'exister, et qu'elles reçoivent leur existence de la

< juste application ou opération de quelque autre

* être. Or, c'est par cette observation que nous ac-

* quéroDs les idéei de cause et d'effet. Nous déû^ ( gnons ce qui produit quelque idée simple ou com-

* pleie par le terme gèoéral de cause , et ce qui est

* produit par celui d'effet. Ainù , après avoir va qne^ « dans la substance que nous appelons cire, la fluidité, « qui est une idée simple , qui n'y était pas aupara-

< vaut, ; est constamment produite par l'application « d'an certain degré de chaleur, nous donnons i i l'idée simple de chaleur le nom de cause , par rap-

< port à la fluidité qui est dans ta cire , et cehû d'effet c k ceUe fluidité. De même , éprouvant que la sub- I itance que nous appelons bois , qui est une certaiiM

< collectim) d'idées ùmples à laquelle oo donne ce

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• HISTOIU DE Là PULOnraiE.

< nom . eat rédaite par le mojea du fett «n um antre t gnbslaoce qu'on nomme cendre (autre idée cOm?- I plese qni conûtte dans une coUeetion d'idées sïdI' t pies, entièrement différente de cette idée complexe ( i|ue noi» appelons bois), ncoBcootidérons le feu par ( rapport aos cendres comme une cause , et les een- ( dres comme un effet... > § 9. < Après avoir ainsi ( acquis les notions de cause et d'effet par le moyen 1 de ce que nos sens sont capables de découvrir 4 daus les opérations des corps les nos à l'égard des « autres... i

Ceci est positif; l'idée de canse a son origine dans la sensaUon. Telle est bien la théorie de LocVe ; H s'agit de l'examiner. Et d'abord , pnisqu'il s'agit de saToir u la sensatioo nous donne l'idée de cause, il faut avoir soin de ne pas supposer ce qui est en question; il faut dépouiller la sensation de tout élément étranger et l'interroger toute seule , afin de reconnalire ce qu'elle peut rendre relativement k l'idée de cause.

Je me suppose donc borné exclusivement & la sensation. Cela lait , je prends l'exemple de Locke , celiri d'un morceau de cire qni se fond , qui entre dans un état de fluidité par le contact do feu. Or, qu'; a-tnl là pour les sens auxquels je snis rédait t II y a d'abord deox phéoomënes , la cire et le feu , lesquels sont en contact )'un avec l'autre. Voilà ce que tes sens m'at^ testent ; ils m'attestent encore dans la cire une modification qui n'y étût point auparavant. Tout i l'heure

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DIX-NEUVIÈIIE tEÇOM. i

(1> me monlraieDt la cire dans us état , maiotenant ils me la montrent dans un autre , et cet autre état ils me le montrent en même temps qu''ils me montrent, on immédiatement après m'aroir montré la présence de l'antre phénomène , savoir, le feit ; c'est-à'dire que les sms me montrent la snï^ccssion d'un phénomène k un autre phénomène. Les sens me montrent-ils quelque chose de plus 1 Je ne le vois pas , et Locke ne le prétend point; car, selon lui, les sens nous donnent l'idée de cause dans l'observation de la constante vicissitude des choses. Or la vicissitude des choses , c'est bien la soccession des phénomènes entre eui ; que cette succession reparaisse souvent, plusieurs fois, constamment même , vous aurez une succession constante ; mais que cette succession soit constante au point même d'être perpétuelle , ou qu'elle soit bornée à UD trëfr-pctit nombre de cas, le plus Du moins grand nombre de cas n'inHue en rien sur la nature de la succession : la succession n'est jamais qu'elle-même. Ainsi la constante vicissitude des choses se réduit att fond à leur vicissitude , laquelle n'est que leur succession. J'accorde à Locke que les sens me donnent cette succession , et Locke ne prétend pas qu'ils donnent rien de plus. La seule question entre nous est donc de savoir si la succession , rare ou constante , de deux phénomènes , explique , épuise l'idée que nous avons de la cause. Si oui , il est clair que les sens noua donnent l'idée de cause ; sinon, non. Telle est la vraie, la seule question.

» HISTOIRE DE LA PHILOSOPniE.

Je le demande , meuieurs, par c^ qu'on [4iéDomèoe anccÈde à un autre et y Hccèée comtemnent, fin e«tU la caïUÊ ? Est-ce là tonte l'idée que veut tom formez de la caute? Quand «ou* ditei, quand tmm pentez que le fea e«t la cause de l'état de fioidité de la cire , je vous demande si vous entendez BeulenBQt que le phénomène de la fluidité succède au phénomène de l'approche du feu ; je tous demande si tous ne croyez pas , si le genre humain tout entier ne croit pas qu'il y a dans le feu je ne sais quoi , une propriété ioconnue qu'il ne s'agit pas ici de déterminer, à laquelle TOUS rapportez la production du phénomène de la fluidité de la cire. Je demande ai autre chose n'est pas la conception d'un phénomène qui parait 9près un autre phénomène , et autre chose la conception dans un phénomène d'une certaine propriété qui produit la motUficatlon que les sens nous attestent dans le phénomène qui suit. Je me servirai d'un exemple souvent em[doyé, et qui exprime parfaitenteot bien la différence du rapport de successiou et du rapport de la cause à l'efiiet. Je suppose qu'à l'heure qu'il est je veuille entendre une harmonie, une suite de sons , et qu'à peine ma voUtion est accomplie, cette suite de sons se fasse entendre d'un appartement voiûn et frappe mon oreille ; il n'y a là évidemment qu'un rapport de succession. Hais je suppose que je veux produire des sons, et que je les produise moi-même , estrce que je ne mets ici entre ma volltion et les tons entendus, que le rapport de succession que tout à

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IHI-irEUTIfelie LEQOH. 1

l'henre je Bettais entre ma première volilîon et les •ons advenlicM qui ae soht fait entendre ? Est-ce que JQ n« meta pas ici entre ma volonté de produire des aoM et les sons entendus , oslre le rapport éridenl de snceesnon , un autre rapport encore , et on rapport loni différent ? N'est-il pas évident que dans le dernier cas je «rois que non-seulement le premier phénomène, savoir, la volonté, précède le second, savoir, les sons, maÏB encore que le premier phénomène produit le second , qa'enfin ma volonté est la cause et les sons Teffet ? Cela est incontestable ; il est incontestahie qne dus certains cas nous n'apercevons entre denx phémMnènes que le rapport de succession , et qne dans certains antres nous mêlions entre eux le rapport de la cause ik l'effet , et que ces deux rapports ne sont point identiques l'un â l'autre. La conviction de chacun et l'aniverselle croyance du genre humain ne laissent ancnn doute â cet égard. Nos actes ne sont pas senlement des phénomènes qui paraissent à la suite de l'opération delà volition ; ils sont jngés par nous et reconnus par les antres comme les effets directs de nos volitions. De U l'imputation morale, l'imputation juridique, et les trois quarts de la vie et de la conduite humaine. S'il n'y a qu'un rapport de succession entre l'action du meurtrier et la mort de ta victime , c'en est fait de la croyance universelle et de la vie civile tout entière. Tnnte l'action civile est fondée sur cette hypothèse , universellement admise , que l'homme est one cause ; coiMae la science de la nature est fondée «or l'hypo-

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Utèae q«e les corps extérieurs sont des causes, c'esi-ïdire ont des propriétés qui peuvent produire et produisent des effeis. AÎDsi de ce que les sens dimnent la auceessioQ des pbéDomènes , leur vicissitude plus ou mains congtaute , il ne suit pas qu'ils expliquent cette liaison des phénomènes entre eux, tont autrement intime et profonde , qB'on appelle la liaison de la cause h l'effet : ils n'expliquent donc pas t'origine de ridée de cause. Au reste , à cet égard , je renvoie à Hume, qui a parfaitement distingué la vicissitude, c'est^nlire la sueee»«on , de la causation , et qui a très-bien établi que celle-ci ne peut venir de la sensation (i). Cela suffît déjà pour ruiner la théorie de Locko sur l'origine de l'idée de cause par la sensation.

Ce n'est pas tout ; non-seulement il y a dans l'enlendementhuinain l'idée de cause; non-seulement nous BOUS croyons la cause de nos actes , et nous croyons que bien souvent certains corps sont la cause du mouvement de certains autres ; mais nous jugeons d'une manière générale qu'un phénomène quelconque ne peut commencer â exister soit dans l'espace, soit dans le temps, sans que ce phénomène qui commence à exister, n'ait sa cause. Il y a iol plus qu'une idée, il y a un principe; et le principe est aussi incontestable que L'idée.' Imaginez un mouvement, un changement quelconque, aussitôt que vous concevez ce changement , ce mouvement, vous

(I) E*taU tur Centendement humain. (Emsi ispUânie.)

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HZ-HSinifelIE LIÇON. •

ne ponm pas oe pu «apposer que oe changement , qne ce mouvement De M aoit fait en vertu d'une caose quelconque. U ne s'agit pas de savoir quelle est cette eauge , quelle est sa nature , commeut elle a produit tel chaDgemuil ; la seule question est de savoir si l'esprit humain peut concevoir un changemeot etoomaovement sans concevoir qu'il s'est fait en vertn d'une cause. C'est là-dessus qu'est fondée la curiosité des hommes , qui cherchent des causes i. tout phénomène, et l'action juridique de la société, qui intervient aussitôt qu'il parait quelque phénomène qui l'intéretse. Un assassinat, un meurtre, un vol, un phénomène <]uelconque, qui tombe sous l'action de la loi , étaDt donné, on lui suppose un auteur, on suppose uo voleur, un meurUier, un assassin, et on informe, toutes choses gu'on pourrait ne pas faire s'il n'y avait dans l'esprit tine v^itable impossibilité de ne pas concevoir une cause là où il ; a un phénomène qui commence i exister. Remarque! que je ne dis pas qu'il n'y a pas d'effet sans cause ; il est évident que c'est là une proposition frivole , dont un terme contient déjà l'antre et exprime la même idée d'une manière différente. Le mot effet étant relatif à celui de cause, dire que l'effet suppose la cause , ce n'est pas dire autre choM sinon que l'effet est un effet. Mais ou ne fait pas une proposition identique et frivole, quand on alfirme que tout phénomène qui commence à exister a nécessairement une cause. Les deux termes de cette proposition ne te contiennent pas réciproquement; l'un n'est pas

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10 HIStMlK BE U PULOM^UE.

l'antra; il» ne loiit pas identiqoea l'an à l'aa^e, et cependant l'eaprit met entre eat un Eien néceswire. C'eat U ce qu'tm appelle le prioc^ de caotalité.

Ce principe e« réel, certain, incoDteatable. Et qiieb en aont les caractères? D'abwd il est unifenel. Je demande l'il y a un sauvage, un enfant, un Tieillard, un homme sain , un homme malade , on idiot mâme , pounn qu'il ne le soii pas complètement, qni, lui étant dtané un phénomène qui commence à eiiiter, à l'instant n'y suppose une cause? Certainement, u nnl phénomène n'est donné, si nous n'avons l'idée d'aucun changement, nous ne supposons point, nousoepoo- TODi point supposer une cause; car, où nul terme n'est connu , quel rapport penl être saiù T Hais c'est un fMl qu'ici on seul terme donné , nous sappotons l'antre et ienr rapport, et cela aniverseliement; il n'y a pas an seni cas od nous ne jugions ainsi. Bien plus , non-tevl«nent nous jugeons ainsi dans tous les cas, naturellement et par la vertu instinctive de notre entendement, mais essayez de juger autrement ; essayez, nn phénomène vous étant donné , de n'y pas supposer nne cause ; vous ne le pouvez pas ; le principe n'est pas seulement universel , il est nécessaire ; d'où je conclus qu'il ne peut dériver des sens. En effet, quand on accorderait que la sensation peut donner l'universel , il est évident qu'elle ne peut donner le nécessaire ; car les sens donnent ce qui paraît ou même ce qui est , tel qu'il est ou paraît , tel on tel phénomène, avec tel caractère accidentel ou tel autre : mais il

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BO-IIBirTItlE LEÇOK. 11

répi^pie-^'ilt pnliMM âomier ce Cfai doit être , la rai" ion d'an phénomène, enccFre moins sa raison nécessaire. Il eat si TT» qoe ce ne aoni pas ks sens et le monde extériear (foi noue donnent le principe de cantalilé , qne , sans l'intervention de ce principe , le incnide ettërîeur,anqDel Locke l'emprunte, n'existerait pasponr BOUS. En effet, snpposez qu'un phénomène puisse commencer i paraître dans le temps ou dans t'espace sans qne tods y cherchiez nécessairement nne cause ; lorsque parait sous l'œil de la conscience le phénomène de U sensation , ne cherchant pas une canse à c« phéomaène, \ous ne chercheries point à quoi il se rapports; vont tous arrêteriez à ce phénotnèDe en hû^iième , c'est-à-dire à un simple phénomène de la eoDScimce, c'est-à-dire encore à nae modification de TOiiMnèine;TODsne sortiriez pas de vous-même; votu n'atteindriez jamais le monde extérieur. Que fant-il poor qne tous atteigniez le monde exlériear et soupçonniez son existence ? Il faut qu'une sensation étant donnée , tous soyez fiHcés de tous demander qnell* est la cause de ce nouTean phénomène , et que , dana la double impossibilité de rapporter ce phénomène à Tom^Béme , an moi que tous êtes , et de ne pas le rapporter à une cause , tous soyei forcés de le rapporter à nne cause antre qne tous, & me canse étrangère , à une canse extérieure. L'idée d'une cause extérieure de nos sensations, telle est l'idée fondamentale du dehors , des objets eltérieurs , des corps et âa monde. Je ne dis point que le monde , les corps ,' tel

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I» niSTOlBB DE Lk PStLOMPHIE.

objets exlérieura ne soient nea anln gÏom qnc la caute de nos seosatioiiB ; mais je dis que d'abord ils nous sont donnés comme cause de nos seoiadoos, à cette condition et à ce titre. Plusurd, ou en même lem|>s si l'on veut , nous ajoutoDS à cette propriété des objets d'autres propriétés encore ; mais e'est sur oelle- U que te fondent tontes celles que nous pouvons conaaltre ultérieurement. Otez le principe de causalité . la senutiou reste sous l'œil de h cootcicDce , et ne nous révèle que son rapport au moi qui l'éprouve, sans ■tous révéler ce qui la produit , le non-moi , les objet» extérieurs , le monde. On dit souvent , et les philosophes même disent avec le vulgaire , que les sens noua découvrent le monde ; Od a raison si l'on vent dire seulement que sans les sens , sans la sensation , sans ce pbénomène préalable, leprincipede causalité manquerait de base pour atteindre les causes extérieures , de sorte que jamais nous ne cmicevrioos le monde. Hais oa se tromperait complètement si on entendait que c'est le sens lui-même qui , directement et par sa propre force , sans l'interventiou de la raison et d'aocun principe étranger, nous fait connaître le monde extérieur. Connaître en général , connaître quoi que ce soit, est au-tdessus de la portée des sens. C'est la raison , et la raison seule qui connaît . et connaît le monde ; et elle ne le connaît d'abord qa'4 titre de cause ; il n'est d'abord pour nous que la cause des phénomènes sensitifs que aous ne pouvons nous rapporter à nous-mêmes ; et nous ne recbercherions pas

eU-HEUTlklIB LEÇON. tS

cette cause, par conséqQent nous ne la irouferions pas , si notre raison n'était pourvue du principe de caniaiiié, si nous pouvions supposer qu'un phénomène peut commeueer à apparaître sur le théitre de la conscience, du temi» on de l'espace sansqu'it ait une canse. Donc le principe de causalité , je ne crains pas de le dire , est le père du monde extérieur, loin qu'il soit passible de l'en tirer, et de le faire venir de la sensation. Quand on parle des objets eilérieursetdomonde sans admettre au préalable le principe de causalité , ou on ne sait ce qu'on dit, ou ou fait un paralogisme.

Le résultat'de tout ceci est que , s'il s'a^t de l'idée de cause , nous ne pouvons la trouver dans la succesnoo des phénomènes extérieurs et sensibles ; que la successtOD ett la condition de la conception de la cause, SOQ antécédent chrouologique , non son principe et sa raitOD logique ; et que s'il ne s'agit pas seulement de l'idée de cause, mais du principe de causalité, le principe de causalité échappe bien plus encore à la tentative de l'expliquer par ta succession et la sensation. Dans le premier cas, l'idée de cause , Locke confond l'antécédent d'une idée avec celle idée ; et dans le second cas , le principe de causalité , il fait venir des phénomènes du monde extérieur précisémeoi ce sans quoi il n'y aurait pour nous ni dehors ni monde ; il suppose ce qui est en question ; il cmfond non plus l'antécédent avec le conséquent, mais le conséquent avec l'autécédenl , la conséquence avec son principe; car leprindpe de causalité est le fon-

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14 HlgT(»HB KE L* PBfLOSOraïK.

demm nécettaîre de la connaiMance mâme la plus lésera da monde , dn plus faible soapçoo de son existence; et expliquer le principe de cangalité par le spectacle da tuonde que peut seul donner le principe de canialité, c'est, encore une fois, expliquer le prâicipe par la conséqueuce. Or Tidée de canse et le principe de cauialité sont des faits inconteitables dans l'entendement humain ; donc le système de Locke , qni te condamne à n'obtenir à leur place que l'idée de saccestion , de >uccession constante, ne rend pas compte des faits et n'explique pas l'entendement humain.

HeMeurt, n'y a-t-it rien de plus dans Locke sur la grande qnettion de la canse? Locke n'aisigne-t-il jamais à l'idée de cause une antre origine que la sensation } N'attendez pas de notre philosophe cette parfaite conséquence. Je tous t'ai déjà dit , je tous le répéterai bien souvent; rien n'est aussi inconustant que Locke ; et la contradiction n'est pas seulement dans rfïMt de Krre i livre, mais dans le mémelWre de chapitre à chapitre , el presque de paragraphe à paragraphe. Je vous ai lu le passage positif du Uv. II, chap. XXVt, dans lequel Locke dérive l'idée de cause de la sensation. Eh bien, tournons quelques pages , el amis allons le voir oabtiant et son assertion fondamenlale , et les exemples particuliers , tout physiques , destinés à la justifier , conclore , an grand étonnemeat du lecteur attentif, que l'idée de cause vient aoD pina de la sensation seule , mais de la sensation ou de

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k léfleiMw. Ibid. : < Nom pootmb atmemr dans ce ( ca»4i , et dans tou les aulm , que h Dotioo de 4 «aaw et d'effet tire bmi origÎDe de> idées qa'on a ■ reçues par seDsation ou par réOeiioii ; et qu'^n ce * rapport, quelque étendu qu'il soit , le termine à ces t sortes d'idées. * Cet ou, messieurs , n'est pas moins qu'âne nouvelle théorie; jusqu'ki Locke n'avait pas dit nn mot de la réflexion ; c'est une contradiciios manifeste avec le passage que je vous ai cité. Hais cette contradiction est-elle jetée là au hasard , puis «bandonnée et poilue? Oui, dans le chapitre XXVI : non, daos l'ouvrage entier. Liseiun antre chapiu« de ce même second livre, chapitre XXI, sur hpvùtanee. An tond, nn chapitre sur la puissance est un chapitre sur la cause ; car, qu'est-ceque la puissancesinos la puissance de prodnire quelque chose, c'est-à-dire une cause (t) f Traiter de la puissance, c'est donc traiter de ta cause. O quelle est l'origine de l'idée de la puissance, selon Locke , dans le chapitre exprès qu'il consacre à celle recherche? C'eslà la fois, comme dans le chap. XXVI, la sensation et la réflexion.

Ut.U, cbap.XXI. i>«2aPwMaNM. gl". Cornmeitt nmiM aequérotu ridtedela fuûtanee. iL'esprit ( étant instruit tous les jours, par le moyen des sens, > d» l'altération des idées simples qu'il remarque 4 dans les choses extérieures, et ohserraut comment

IB Hume inr ta caaK at iatilnlé ; de

!• USTOIBE DB LA PBIUMOPniK.

t une choBB vient ii finir et casser d'Être , et commeat t une autre qui n'était pw auparavant , commence « d'exister ; réOéchissaDt d'autre part sur ce qui m

< passe en lui-méne , et voyant un perpétuel cbange- I ment de ses propres idées , causé quelquefois par

< rimpressioD des objeu eKérieDrs sur ses sens , et «quelquefois par ta détermination de son propre 4 cboix ; et concluant de ces changements, qu'il a va 4 arriver si constamment , qu'il y en aura à l'avenir ( de pareils dans les mêmes choses , produits par de I pareils agents et par de semblables voies, il vient ji ( considérer dans une chose la posûbilité qu'il y a f qu'une de ses idées simples soit changée , et dans ( une autre la possibilité de produire ce chaugement ,

< et par là l'esprit se forme l'idée que nous nommons I puiuaitce. i

De ces deux origines, j'ai démontré que la première, la sensation, est insuffisante pour expliquer l'idée de cause , c'est-à-dire de puissance. Reste donc la seconde wigine. Mais cette seconde origine, précèdet-elle ou suit-elle la première? Nous puisons, selon Locke, l'idée de cause et dans ta sensation et dans la réBeiion ; mais dans laquelle des deux la puisonsnous d'abord? C'est un des mérites éminenu de Locke, que je vous ai signalé la dernière fois, d'avoir montré , dans la question du temps , que la première succession qui nous révèle l'idée du temps n'est point la succession des événements extérieurs , mais la succession de nos pensées. Ici Locke dit également que

m-NEUTIËME LIÇOII. t1

c'ett d'abord i l'iiilérieur et non à l'exténear , dans la réQeiion et nou daai la teniaiion, que nous est donnËe l'idée de puissance. C'eit une contradiction manifeste, j'en convins, avec ton chapitre officiel sur la cause ; mais c'est nn honneur à Locke d'avoir vu et établi , tout en se contredisant lui-même , que c'est dans la réflexion , dans la conscience de nos opérations , que nous est donnée la première et la plus claire idée de cause. Je veni vous lire ce passage entier de Locke, parce qu'il témoigne d'un véritable talent d'observation , d'une rare sagacité psychologique.

Liv, II, cl|ap. XXI, §4. La plu» claire idée delà puittance active ttoiu vienl de l'eiprit

t Si nous y prenons bien garde , les corps ne nous

• fournissent pas, par le Diojen des sens . une idée si

■ claire et si distincte de la puissance active que celle I que noua en avons par les réflexions que nous faisons

• sur les opérations de notre esprit. Comme toute

■ puissance a des rapports ù l'action , et qu'il n'y a ,

• Je crois, que deux sortes d'actions dont nous ayons ( l'idée , savoir , la pensée et le mouvement , voyons > d'où nous avons l'idée la plus distincte des puis-

■ sances qui produisent ces actions. 1° Pour ce qui

• est de la pensée, le corps ne nous en donne aucune

< idée , et ce n'est que par le moyen de ta réflexion 4 que nous l'avons. 2° Nous n'avons pas non plus, par

< le moyen du corps, aucune idée , du commencei ment du mouvement. Un corps en repos ne nous

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IK UISTOIBE DE U

I rournit attcnDe idée d'une puiuance actite capable

I de produire du monvement ; ei quand le corps Ini-

I même est en mouvement , ce mouvement cet dant

I le corps une pamion plutôt qu'une action; car,

1 lorsqu'une boule de billard cède an choc du bâtoD,

I ce n'est )>oint une action de la part de la boule ,

i mais une simple passion. De mime , qnaod elle

[ vient à pousser une autre boule qui se trouve sur

i son chemin , et la met en mouvement , elle ne fait

I que lui communiquer le mouvement qu'elle avait

I reçu , et en perd tout autant que l'autre en reçoit ;

> ce qui ne nous donne qu'une idée fort obscure d'une

I puissance active de mouvoir qui soit dans le corpi ,

I puisque dans ce cas nous ne voyons autre cfaoBe

I qu'un corps qui transfère le mouvement sans le pro-

t 'doire en aucune manière. C'est , dis-je , ane idée

1 bien obscure de la puissance que celle qui ne va

< paa jusqu'à la production de l'action , mais seule- I ment à la simple continuation de la passion. (^

< tel est le mouvement dans un corps poussé par un

< autre corps; car la continuation du cbange ment qui

< est produit dans ce corps , du repos au monve-

< ment, n'est non plus une action que ne l'est la con-

< tinuation du changement de figure produit en lui I par l'impression du même coup. Quaot à l'idée du

< GommencemeDtdumouvemeBt, nous ne l'avons que

< parlemojende la rêfleiicm qne nous faisons sur ce t qui se passe en nous-mâmes , lorsque nous vojwns t par expérience qn'en voulant ùmplement mouvoir

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MX'HEOTlkKE LEÇOtl. 10

( tlea parties de notre corps , qui étaient aiiparannt

t au repoe , nous poavoDS les mouvoir. De sorte qu'il

< me semble que l'opération des corps, que nous 4 observons par le moyen des sens , ne noos donne

< qa'une idée fort imparfaite et fort obscure d'une

< puissance active , pnisqae les corps ne sauraient

< nous fournir aucune idée en eux-mêmes de la putst sance de commencer aucune action , soit pensée , I soit mouvement, i

Locke sent bien qu'il se contredit ; aussi ajoute- (•41 : c Hais si quelqu'un pense avoir une idée claire de ( la puissance en observant que les corps se pouiseut f Jes uns les autres , cela sert également à mon des- I sein , puisque la sensation est une des voies par où ( l'esprit vient à acquérir des idées. Du reste , j'ai « cm qu'il était important d'examiner ici en passant, t «i l'esprit ne reçoit point une idée plus claire et ■ plus distincte de la puissance active par la réflexion « que par aucune sensation extérieure, i

Hainienant , cette puissance d'action , dont ta réflexion nous donne l'idée distincte que la sensation -seule ne peut nous fournir, quelle est-elle? Celte puissance , c'est celle de la volonté.

Uv. II, cbap. XX!, g B. < Une chose qui est évi- « dente, à mon avis, c'est que nous trouvons en 4 nouft-mémes la puissance de commencer oa de ne ( pas commencer , de continuer ou de terminer plut sieurs actions de notre esprit et plusieurs mouvet mentsde uotre corps, et cela simplement par une

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10 HISTOIRE DE t

I pensée ou un chou de notre ecprit , qui délermine t ei commande, pour ainsi dire, que telle ou telle ac- I tion particulièresoit faite. Celte puissance que notre ( esprit a de disposer ainsi de la présence ou de ( l'absence d'une idée particulière , oii de préférer le

< mouvement de quelque partie du corps au repoB

< de cette même partie, ou de faire le contraire, c'est ( ce que nous appelons volonté. Et l'usage actuel que f nous faisons de cette puissance en produisant on en

< cessant de produire telle ou telle action , c'est ce t qu'on nomme voUtion. La cessation ou la produc-

< lion de l'action qui snit d'un tel commandement de I l'âne s'appelle volontaire, et tonte action qui est t faite sans une telle direction de l'âme se nomme ( involontaire. >

Voilà donc la volonté, considérée comme puissance d'action , comme puissance productrice , et par conséquent comme caose. C'est là, messieurs, le germe de la belle théorie de H. de Biran snr l'origine de l'idée de la cause. Selon H. de Biran comme selon Locke , l'idée de cause ne nous est pas donnée dans L'observation des phénomènes eitérieurs, lesquels coD' sidérés seulement avec les sens ne nous manifestent aucune vertu causatrice , et ne paraissent que sncces' sifs ; elle nous est donnée ï l'intérieur , dans la réflexion , dans la conscience de nos opérations et de la puissance qui les produit, savoir, la volonté. Je fais eflort pour mouvoir mon bras, et je le meus. Quand on analyse attentivement ce [diéDoniëne de l'effort

DIX-NEUVtfcME I.ECOII. Il

que M. de Biran coDsidëre oomine te type de* phéoomêneB de la volonté , voici ce qu'il donne : 1° la cwscience d'un acte vfdontaire; â'iacoaseienced'un monvemeot produit ; 5° un rapport du mouvement à l'acte voloniaire. Kt quel est ce capportî ËvidemmeDi ce n'est pas un simple rapport de succeasion. Répétez en vous le phénomène de l'effort, et vous reconnaîtrez que voua attribuez tous avec une conviction parfaite de la production du mouvement dont vous avez conscience à l'opération volontaire antérinjre , dost tou avez conscienee aussi. Pour vous la volonté n'est pas seulement un acte pur ïans efficacité, c'est une énergie productrice ; de sorte que là voue est donnée l'idée de cause.

De plus, ce mouvement dont vous avez conscieoce, qne vous rapportez tous comme effet à l'opératiOD antérieure de la volonté , comme opération productrice , comme cause, je vous le demande , meuieure , ce mouvement, le rapportez-vous à une autre volonté que la vâtrel Cette volonté, la considérez-vous, poorriez-vons la considérer comme la volonté d'un antre , comme la volonté de votre voisin , comme la volonté d'Alexandre ou de César, ou de quelque puissance étrangère supérieure ? Ou pour vous n'est-ce pas la vdtreî Ne vous iroputez-vous pas toujours tout acte volontaire t N'est^e pas, en un mot, dans la conscience de la volonté, en tant que vôtre, que vous puisez l'idée de votre personnalité, l'idée de vous-mêmes? Le mérite propre de M. de Biran est d'avoir établi que la

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«« BISTOIBE BE LA rHU.08(H>HIE.

volonté est le caractère constitutif de notre peraonoalilé. Il a été plus loin , trop loin peut-être. Gomme Locke avait confonda la conscience et la mémwre avec la personnalité et l'iilentîté do moi, H. de Biran a été jusqn'à confondre la volonté avec la personnalité même; elle en est an moins le caractère émineni; d'oii il suit que l'iilée de canse , qni noue est donnée incontestablement dans la conscience de la volonté productrice , nons est donnée par cela même dans la conscience de notre propre personnalité , et que c'est nous (|ai snnmes la première cause dont non» ayons connaissance.

Enfin celte cause que nous sommes est impliquée dans tout fait de conscience. La condition nécessaire de tout phénomène aperçu par la conscience , c'est qu'on y fasse attention. Si on n'y fait pas attention , le phénomène est encore peut-être ; mais la conscience ne s'y appliquant pas , n'en prenant aucune connaissance, il est pour nous comme non avenu. L'attention est donc la condition de toute aperceplion de con- KÎence. Or l'altenlion , c'est la volonté , je l'ai prouvé plus d'une fois. Donc la condition de tout phénomène de conscience , et, par conséquent, du premier phénomène comme de tous les autres , est la volonté ; et comme la volonté est une puissance caasatrice, il suit qne dans le premier fait de conscience, et pour qne ce premier fait ail lieu , il faut qu'il y ait aperceplion de notre causalité personnelle dans notre volonté; d'oà il (oîl encore que l'idée de cause est l'idée première ,

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