‹ Cours de philosophieChapitre 2 sur 16 · E LEÇON · texte numérisé non relu

E LEÇON

que rapefcepiion de la cauee voloataire , que no» •ommes, ett la ]«emîëre de toalei lei aperceptioDt ei U condition de toutes les autres.

Telle estia théorie à laquelle H. deBiran(i)aéleTé celle de Locke. Je l'adopte ; je crois qu'elle rend parrailement compte de l'origine de l'idée de caose ; mais i) reste à savoir si l'idée de cause , qui sort de cette origine et du sentiment de l'actlTité volontaire et per- ■ranelle, suffit pour expliquer l'idée que tous les bomines ont des causes extérieures, et pour expliquer le principe de caosaUté. Pour Locke , qui tr^le de l'idée de cause , jamais du principe de causalité , le problème n'existe pas même. M. de Birao, qui le pote à peine, le rénout trop vite, el arrive d'abord i nu résultat, le seul que permettent la théorie de Locke et la sienae, mais qu'une saine psychologie et une sûoe logique ne peuvent avouer.

Selon H. de Biran, après avoir puisé l'idée de cause dans le sentiment de notre activité volontaire et personnelle, dans le phénomène de l'effortdout nous avons jàit conscience, nous iransponons celte idée de cause hors de nous , nous la projetons dans le monde extérieur, par la vertu d'une opération qu'il a appelée, ainsi que H. Royer-Collard, une induction nalureUa (s) .

(I) Vorci Examen det l«{oii« d« M. LaromiEuiAra , cha-

(9) Ibld. Arlicle LelbnitM. el pariout daai lei Mémoire* couronnéi eleacore ipéilili. Vofcianaii le* lefoaadeH.RoT"' C«llard i OEuvrei de Beld, t. III et IV.

EDlesdoPë nous. SI )>ar là M. de Biran veut dire seulement qu'avant de connaître les causes eitérieuMs quelles qu'elles soient, nous puisons d'abord l'idée de cause en nous-mêmes, je l'aceorde ; mais je nie que la connaissance que nous avons des causes extérieures el ridùe que nous nous faisons de ces causes, soient une importation, une projection, une induction delanâtre. Eji effet, cette induction ne pourrait avoir lien qu'à des conditions qui sont en contradiction manifeste avec les faits et la raison. J'invoque ici, messieurs , toute votre attention.

Selon Locke el H. de Biran , c'est la réflexion , la GODSciencequî nous donne l'idée de cause. Mais quelle idée de cause nous donne-I^Ue? Remarquez bien qu'elle ne nous donne pas l'idée d'une cause générale et abstraite, mais l'idée du moi qui veut, et qui. voulant, produit, et par là est cause. L'idée de cause que nous donne la conscience est donc une idée toute particuliëre, individuelle, déterminée, puisqu'elle noui est toute personnelle. Tout ce que nous connaissons de la cause par la conscience est concentré dans la personnalité. C'est cette personnalité , et dans cette po^onnalilé c'est la volonté, la volonté seule, et rien <le plus, qui est la puissance, qui est la cause que nous donne la conscience. Cela posé, voyons quelles sont les conditions de l'indaction. L'induction est cette supposition que, dans certaines circonstances , nous ayant été donnés un certain phénomène, une certaine loi, quand viendront des circoustances analogues, le

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DIX-^ECTlfcVE LEÇON. IS

même phénomène, la même loi, anront lieu. L'indoc lion implique doDC, 1" la tuppoùlion de cas analc^ueB, c'esl-û-dire plut ou moine différents ; 3° la supposition d'un phénomène qui doit persister, rester le même. L'induction est le procédé de l'esprit, qui, n'ayant aperçu jusqu'ici nu phénomène que dans certains cas, transporte ce phénomène ; ce phénomèoe , dis-je, et non pas un autre, c'est-à dire encore le même phénomène, dans des cas différents, et nécessairement différents, puisqu'ils ne sont qu'analogues et semblables; et qu'ils ne peuvent être absolument identiques. Le caractère de l'indaction est précisément dans le contraste de l'identité du phénomène ou de la loi , et de la diversité des circonstances auxquelles elle est d'abord empruntée, puis transportée. Si dono la connaissance des causes extérieures n'est que l'induction de notre cause personnelle , c'est rigoureusement notre oause , la cause volontaire et libre que nous sommes , que l'induction doit transporter dans le monde exlérieor, c'est-à-dire que partout où commencMa i paraître dans le temps et dans l'espace un mouvement , un changement quelconque, là nous devons supposer, quoi, messieurs? Une cause en général? Non ; car, BOngQz-y bien , nous n'avons pas l'idée générale de cause , nous n'avons que l'idée de noire causalité personnelle, nous ne pouvons supposer que ce que noua avons déjà dit, autrement ce ne serait plus le procédé propre et légitime de l'induction ; nous devons donc supposer ntMi l'idée générale et abstraite de cause ,

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ta HiSTDimB DE l;i nnLosopau.

mais l'idée particulière et déterminée de la caaae par- Uculière et déterminée qoe nous sommes ; d'où il suit que c'est notre cauialiié que noos devons supposer partout où commence & paraître quelque phénomène : c'est-à-dire que tontes les causes que nous pouvons concevoir ultérieurement ne sont et ne peuvent être qne notre personnalité, cause auique de tous les efTeis , accidents ou événements qui commencent à paraître. Et remarques que la croyance au monde et & des causes eitérieures est universelle et nécessaire. Tous les hommes l'ont . tous les hommes ne peuvent pas ne pas l'avoir. Aussitôt qu'un phénomène quelconque commence b paraître, tous les hommes croyent, pensent, jugent, conçoivent qu'il y a là des causes eitérieures, et ils ne peuvent pas ne pas le coucevoir. K donc l'tnduc^on explique toute noire conception des causes extérieures, il faut que celle induction soit universelle et nécessaire , c'est-à-dire il faut que ce •oit un fait universel et nécessaire que nous nous croyons la cause de tous les événements, mouvements et changements qui arrivent et peuvent arriver.

Oui , messieurs , à la rigueur, l'induction , l'importation de notre causalilé au dehors n'est pas moins que la substitution de notre causalité personnelle à toutes les causes de ce monde , la substitution de la liberté humaioe au destin , et peut-être rigoureusement la création du monde par l'humanité. Si l'on oe va pas jusque-là , on méconoalt la nature véritable et la portée de l'induction , et j'impose celte conséquence

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DlX-NECVOlIE LEÇOK. t1

à la théorie de U. de Biraa comme sa coniéqneiic* légitime et néceetaire.

Hou honorable ami repousserait sans doute cette coQséquence comme outrée et forcée ; mais en yoici une au moins qu'il serait bien contraint d'accepter, et qu'il acceptait presque. Si les causes extérieures ne sont qu'une induc^on de la nôtre, et si pourtant on ne veut pas qu'elles soient la nôtre même, il faut au moins qu'elles soient faites, qu'elles soient conçues à l'instar de la nôtre, qu'elles soient sinon nôtres, au moins comme la nôtre , c'est-à-dire personnelles, douées de conscience, volontaires, intentionnelles, libres, animées , Tivanles , et vÎTantes de la même vie que nous, de la vie intellectuelle et de la vie morale. Et en effet, sang prétendre que c'est là toute notre conception des causes eitérieures, H. de Biran soutenait que telle est la conception que nous en formons d'abord. Il en donnait en preuve que l'enfant et les sauvages , c'est-àdire les peuples enfants , conçoivent toutes les causes estérienres sur le modèle de la leur; qu'ainsi l'enfant se révolte presque contre la pierre qui le frappe, comme si elle avait eu l'intention de le frapper, et que le sauvage personnifie et divinise les causes des phénomènes naturels.

A cela je réponds : N'oublions pas que la croyance au monde et aux causes extérieures, est universelle et nécessaire , et que le fait qui l'eiplique doit être luimême tm iait universel et nécessaire : d'où il suit que si notre croyance au monde et aux causes extérieures

K réMut dans rawiDiilatioii de ces causes i la nAtre, ceUeaMÎmilationdoitêtreuDfaitaniverseleiDéceuaire. Or, \à dessus, j'aiiends la psychologie ; j'attende qu'elle prouve que tons les êtres inielleclnels et moraui conçoiveutles causes eit^rieures sons la raison de la leur, comme douées de coDscience et animées ; j'atteuds qu'elle prouve que cette opinion des enfants et des sauvages n'est pas seulement un fait fréquent, mais ua fait universel, et qu'il n'y a pas un enfant, pas un sauvage qui ne commence ainsi. Et quand elle aura prouvé que ce fait est universel , il lui faudra aller pins loin encore; il lui faudra prouver que le fait n'est pas seulement universel, mais qu'il est nécessaire. Or le caractère d'un fait nécessaire est de ne pas s'arrêter, d'être aujourd'hui et demain encore, d'être sans cesse et d'être partout. La nécessité d'une idée , d'une loi implique la domination de cette idée, de cette loi dans toute l'étendue de la durée , tant que l'esprit humain subsiste. Or, quand même j'accorderais que tous le* «nfants et tous les peuples enfants commencent par croirequelescaueesextérieuressont animées, vivantes, libres, personnelles, ce ne serait pas encore là un fait nécessaire ; car ce n'est pas là , messieurs, une opinion qui dure, qui dure toujours et partout : aujourd'hui nous n'y croyons pas; c'est notre honneur de n'y pas croire. Ce qui devrait être une vérité nécessaire , reproduite de siècle en siècle sans exception ni altération , est tout simplement pour nous une extravagance qui a duré plus ou moins longtemps, et qui

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MI-HnVIËHE I.RÇON. td

aajonrd'fani est passée sans retoar. Par cela seul que rinduciion a langui un seul jonr, par cela seul il faut conclure que cette iDdaction n'est pas une loi uiiiverselle et nécessaire de l'esprit humain , et que , par conséquent, elle n'explique pas la croyance universelle et nécessaire à reiisience dn inonde et des causes extérieures.

Noue avons tous, nous ne poûTons pas ne pas avoir la parfaite conviction que ce monde existe , qu'il y a de« causes extérieures; et ces causes, nous ne les croyons ni personnelles, ni intentionnelles et volontaires. Voih la croyance du genre humain ; c'est à la philoeopfaie à reipliquer sans la détruire ni raltércr. Or, «i cette croyance est universelle el nécessaire, le jugement qui la renferme et qui la donne doit avoir un principe qui soit lui-même universel et nécessaire ; et ce principe n'csl autre que le principe de causalilé , principe que la logique et la grammaire présentent aujourd'hui sons cette forme : tout phénomène, tout mouvement qui commence à paraître a une cause. Ce principe est univerael et nécessaire , et c'est parce qu'il est universel et nécessaire qu'il en sort le caractère d'universalité el de nécessité dont est marquée' notre croyance à l'égard du monde et des causes extérieures. Otez ce principe, et laissez la seule conscience de notre causalilé personnelle , jamais nous n'aurons la Dwindre idée des canses extérieures et du monde. En effet , toutes les fois qu'il parait sur le ihéfttre de la consdence un phénomène dont noua ne s

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SO BISTOtBB DE LA

poiot la caufte , ôtez l'empire du principe de camaliié, et il n'y a plus de raison pour qne nous demandions k ce phénomène quelle est sa canse ; nous n'en rechercherons point la cause ; il sera pour nons sans cause : car remarquez qne, même pour l'induction dont on parle, même pour tomber dans l'absurdité de donner pour cause à la sensation ou nous ou quelque chose de semblable à nous , il faut avoir le besoin de donner des causesà tout phénomène; et, pour le faire universellement et nécessairement, il faut que ce besoin stHt universel elnécessaire, c'eet-â-dire qu'il faut avoir le principe de causalité. Ainsi , sans le principe de eausalilé, tout phénomène est pour nous comme s'il n'avait pas de cause, et nous ne pouvons pas même loi attrïbuer une cause extravagante. Au contraire , supposez te principe de causalité , et aussitôt qu'on phénomène de sensation commence à paraître sur le théâtre de la conscience, â l'instant le principe de causalité le marque de ce caractère qu'il ne peut pas ne pas avoir une cause. Or, comme la conscience atteste que celte cause h' est pas la nfitre, et que cependant il ne reste pas moins nécessaire que ce phénomène ait une cause , il suit' qu'il a une cause , et une cause antre que nous, qui n'est ni personnelle ni volontaire, et qui cependant est une cause, c'cst^-dire nne cause simplement efficiente. Or c'est là précisément l'idée que tous les hommes se font des causes extérieures ; ils les considèrent comme des causes capables de produire les mouvements qu'ils leur rapportent, mais non

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DlS-NRUTlfclIE LEÇON. St

pu cwinie det cames mieniioanelles et penonnellet. Le priDcipe nuÏTereel et nécetiaire de causalité est )e seul principe qui puisse nous donner de pareille* causes ; il est doDc le procédé véritable et légitime de l'esfvil humain dans l'acquisitioD de l'idée du monde et des causes extérieures.

Haintenani que nous avons démontré qne notre en>yaneeàdescauseBei.térieuresn'est pas une induction de la conscience de notre cause personnelle, mais bien une application téiplime du principe de causalité , reste à savoir comment nous allons de la conscience de BOtre causalité pat^cnliëre à la concqition du prin> cîpe général de causalité.

J'admets et je pense fermement que la conscience de notre causalité propre précède tonte concepiion du principe de causalité, par conséquent toute application de ce principe , toute cmoaissance de la causalité eilérieure ; et voici, selon moi, comment s'opère dans les profondeurs de l'intelligence le passage du premier fait , du fait de conscience, au fait ultérieur de la conception du principe. Je veux mouvoir mon bras, et je le meus. Nous avons vn que ce fait analysé donne trois éléments : 1° conscience d'une voliiion qui est mienne, qui m'est personnelle ; 2° mouvement produit; 5° enfin, rapport de ce mouvement à ma volonté, lequel rapport est, nous l'avons vu, un rapport de production , de caosation ; rapport qne je ne meta pas plus en question que l'un et l'antre terme; rqtport qui m'est donné avec l'un et l'autre terme , qui

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Si HISTOIRE DE Lt PBILOSOPHIB.

ue m'est poÏDt donné lan* )e« deux urmei, el «ans lequel lec deux termes ne me sont point donnés ; de manière que les trois termes me sont donnés en nn seul et même fait indivisible, qui est la conscience de ma causalité personnelle. Or quel est le caractère de ce faitî Le caractère de ce fait , c'est d'être particulier, individuel, déterminé, par cette raison trèssimple que ce fait est tout persoenel. Cette volonté productrice, elle est mienne, par conséquent, c'est une Toloulé particulière et déterminée ; ce mouvement que je produis est mien, par conséquent, il est particulier el déterminé. El encore, le caractère de tout ce qui est particulier est d'être susceptible de plus (tu de moins. Hoi, cause volontaire , j'ai dans tel moment plus ou moins d'énergie, ce qui fait que le mouvement proiluit par moi en réOéchit plus ou moins, a plus on moins de force. Tout à l'beure, la puissance causalrice déployée avait tel degré de force; le mouvement produit avait le degré correspondant : maintenant , b puissance causatrice a moins d'énergie, le mouvement produit est plus faible, mais enfin ce dernier mouvement m'appartient-il moins que le premier? Y a-t-il entre les dent termes , entre la cause moi et l'effet mouvement, un rapport moindre dans uu cas que dans l'autre? Non , messieurs ; tes deux termes peuvent varier, et varient sans cesse d'intensité, le rapport ne varie point. U y a plus ; non-seulement le déterminé du fait, si vous me permettez cette cxpres- HOB, savoir les deux termes , varient , mais ils pour-

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DIX-NEUVlfcHE LEÇM. IS

ratent éire autre* ; iU pourraient môme ne pat être. Je pourrais ne pa> être ; je pourrais ne pw Aire «ne oanie; je pourrais n'avoir pas produit ce monvemeut. Le* deux termes, en tant que déterminés, sont affectés de plus ou de moins, et purement accidentels; mais le rapport entre ces deux termes déterminés, variables et contingents, n'est lui-même ni variable ni contingent ; ilest de la partie univetselle et nécessaire du fait. Or, en même tem(« que la cotucience saisit les deux tomes , la raison saisit leur rapport , et , par une abstraction immédiate qui n'a pas besoin de s'appuyer sur pluueurs faits semblable*, elle dégage l'éléiaeiit invariable et nécessaire du fait de ses éléments variables et contingents. E«saye-t-elle de mettre en question la vérité de ce rapport ; elle ne le peut : toute* les intclligMioes ont beau faire la même tentative, nulle ne le peut. D'où il suit que cette vérité est une v^té universelle et nécessaire. La raison est donc sous l'empiie de cette vérité ; elle est dans l'impossibilité de ne pas supposer une cause partout oti les sens ou la GOnscimce lui manifestent un mouvement, utt pbénomèofr quelconque. Or l'împosubililé oii est la raison de ne- pas supposer une cause U ofi les sens on la conscience lui donnent un phénomène quelconque, o'est lï ce qu'on appelle 1» priDcipe de causalité , non pas dans sa formule logique actuelle , mais dans son énergie interne et primitive. Nous appelons principe de causalité cette impossibilité oii nous sommes de ne pas concevoir une cause p^irtoul où nous voyrnis l'ap-

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s* HIBTUIKE DC LA PMlLOSOraie.

parence d'uD phéDoméDS extérieur on intérieur qui commeoce à exister. Que rî I'od me demande comment l'universel et le néceuaire «ont dans le relatif ei le contingent, et peuvent y âtre aperçus , je réponds que la raison aasù est en nous avec la volonté et les sens, et qu'elle se développe en toëme temps qu'eux. Ce que je viens de dire du principe de canialité , on peut te dire de toug les antres principes. C'est un fait qu'il ne faut pas oublier , et qu'on oublie beaucoup Ut^Bouveat, que nos jugements sont d'aborddes jugements particuliers et déterminés, et que c'est sous celte forme d'un jugement particulier et déterminé que font leur première apparition toutes les vérités uoiverselleB et néceggaireB , tons les principes universels et nécessaires. Ainsi les sensm'atleslentreiîstence d'un corps , et k l'instant je juge que ce corps est dans l'espace , non pas dans l'espace en général , dai» l'espace par, mais dans un certain espace; c'est im certain corps que les sens m'attestent, et c'est dans un certain espace que la raison le place. Puis, lorsque nous considérons le rapport entre ce corps particulier et cet espace particulier , noue trouvons que ce rapport n'est pas lui-même particulier , mais qu'il est universel et nécessaire ; et quand nous essayons de concevoir un corps quelconque sans un espace quelconque , nous ne le pouvons. 11 en est de même du t^ups ; lorsque la conscience ou les sens nous donnent une succession quelcimque d'événements ou de pensées , à l'instanl m^me nous jugcous que celte successîou d'événe-

DIS-HEUnËHE LEÇON. »

menu se puse daog un temps déteraiiaé. Tout est déterminé dans le temps et la succession , tels qu'ils doos sont donnés primitivement ; il s'agit de telle succession ou de telle autre , d'une heure ou d'un jour , ou d'une année, etc.; mais ce qui n'est pas déterminé et spécial, c'est le rapport entre cette snccession et ce temps. Nous faisons varier les deux tonnes, nous faisons varier la succeEsion et le temps qui renferme la succession , mais le rapport de la succession au temps ne varie pas. C'est encore ainsi que nous est doDné le principe de la substance. Lorsqu'un phénomène se passe sur le théâitre de ma conscience , ce phénomène est un phénomène particulier et déterminé, et Don pas un phénomène quelconque , et alors je juge que sons ce phénomène particulier est un être qui en est le sujet , non pas un être général el abstrait , maïs réel et déterminé , moi. Tous nos jugements primitifs sont personnels et déterminés , et cependant dans les profondeurs de ces jugements personnels et déterminés sont déjà des rapports, des vérités, des principes, qui ne sont point personnels et déterminés, lors mémo qu'ils se déterminent et s'iudividualisenl dans le déterminé et dans l' individualité de leurs termes. Telle est la première forme des vérités de la géométrie et de l'arithmélique. Voici, par eieraple, deux objets et deux ohjels ; là , tout est déterminé ; ces quantités à additionner sont concrètes et non discrètes. Voas jngez que ces deux obj^ et ces deux objets font quatre objets. E% bien ! qu'y a-t-il là ? Encore une fois , tout

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3S niSTOIRB DE Lk PHILOSOPHIE.

est coBtin);eat et variable , excepté le rapport. Vons pouvez faire varier les objets , Hieltre des pierres an lien de ces livres , des cbapeaui au lieu des pierres , et le rapport ne varie point. Il ; a plus ; pourquoi avezvons JBgé qne ces deux objets déterminés , additionnés avec deux autres objets déterminée , font quatre objets déterminés? Songez-y ; c'est par la verEu de cette vérité que deux et deux font quatre. Or cette vérité de rapport est toute abstraite , et indépendante de la nature des deux termes concrets , quels qu'ils soient. C'est donc la vérité abstraite , cachée dans le concret , qui vous fait prononcer sur le concret qne deux objets concrets et deux objets concrets font quatre objets. L'abstrait nous est doiiné dans le concret , l'invariable et le nécessaire dans le relatif et le contingent , la raison dans les sens et la conscience. Ce sont les sens qui vous attestent l'existence des quantités concrètes et des corps; c'est la conscience, à savoir, le sens interne, qai vous atteste la présence d'une succession de pensées , et celle de tous les phûiomèoes sous lesquels est votre identité personnelle. En même temps, la raison intervient et prononce que les rapporta des quantités en question sont des rapports abstraits, universels, nécessaires; la raison prononce que le rapport du corps à l'espace est un rapport nécessaire ; que le rapport entre la succession et le temps est un nqtport nécessaire ; que le rapport entre la pluralité phénoménale que forment nos pensées dans la conscience et b subsUooe identique ii elle-même qui est

DII-NEDVlfeHE LEÇ05. SI

d'abord le moi , est aaui un rapport nécessaire. Ainsi , dans le bercean de la connaissance sont mStéei ensemble l'action des sens et de la conscience avec celle de la paisoD. Le sens ei la conicienee donnent les [AénomèneB externes et internes, le variable, le conlingent; h nitan nous donne tes vérilés nniverselles et nécessaires mêlées aux vérités accidentelles et contingentes , qui résultent directement de l'apereeption des phénomènes internes on externes , et ces vérités universelles et nécessaires constituent le* principes universels et nécessaires. Or il en est du principe de CBusaVté comme des autres principes ; jamaie l'esprit humain ne le concevrait dans son universalité et sa nécessité , si d'abord ne nous était donné un fait particulier de causation ; et ce fait primitif particulier est celui de notre causalité propre et personnelle , manifestée i la conscience dans l'effort on acle volontaire. Hais ce fait ne suffit pas à lui tout b«q1 pour expliquer la connaissance des causes extérieures, parce qu'alors il faudrait que les causes extérieures ne fussentqu'uneinductiondelanétre, c'est-à-dire qu'il faudrait résoudre bcropocedu genre bumaio, sa croyance universelle et nécessaire , dans une absurdité . et dans uo« absurdité transitoire , que l'expérience dément , et qui est aujourd'hui abandonnée ; cette explication est donc inadmissible. Il faut aoncevoir que dans le sein du fait conlingent et déterminé , je veux mouvoir mon bras et je le meus , est un rapport du mouvement comme effet au vouloir comme cause , lequel rapport

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indépendant d« la nature de les deux termes est immédiatement «aisi par la raison comme une vérité univenelle et nécessaire. De là , messieurs , le principe de causalité; et alors, mais seulement alors, nons pouvons arec ce principe atteindre les causes extérieures , parce que ce principe surpasse la portée de notre conscience, et qu'avec loi nous pouvons ju{;er universellement et nécessairement que tout phénomène, quel qn'il soit, a nne cause. Ainsi armés, ponr aioû dire , qn'tin phénomène nouveau se présente , et nous le rapportons universellement et nécesBairemeol à une cause; et celte cause n'étant pas nous, an témoignage de la conscience , nous ne jugeons pas moins universellement et nécessairement que cette cause existe , seulement nous jugeons qu'elle est anb« que nous , qu'elle est étrangère , externe : c'est là , encore nue fois , l'idée de l'extérJorité , et la base de notre conviction de l'existence des causes extérieures et du monde ; conviction nniverselle et nécessaire, parce que le principe dujugement qui nous la donne est lui-même universel et nécessaire.

Sans doute , en même temps que nous concevons des causes exiernes , étrangères i nous , autres que nous, non intentionnelles, non volontaires, dépures causes . telles que peut les donner l'application rigoureuse du principe général de la causalité , l'enfant , le sauvage , le genre humain dans l'enfance ajoute quelquefois , trèMOuvent même , à celte idée d'extériorité de cause externe, purement efficace, l'idée d'une

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DU-nEUntHE LEÇON. X9

volonté, d'uiie personnalité semblable à la nôtre. Mafo d'abord , messieurs, de ce que ce second fait ftccompagne quelquefois le premier, il ne suit pas qu'il faille le confondre arec lui; pour Sire allaché à un fait universel et nécessaire , ce nouveau fait n'est pas pour cela nécessaire et universel, je l'ai démonlré; il ne donne que l'erreur et des superstitions passagères , i rencontre de la vérité permanente et inviolable qu'engendre le principe de causalité. Mais, enfin, le fait est réel, les erreurs qu'il entraîne incontesiables , quoique locales et passagères ; il faut'donc l'expliquer ; et en voici l'eipbcaiion très-simple. Comme te principe de causalité, quoique universel et nécessaire, nous est donné d'abord dans le fait contingent de la conscience de notre causalité propre , en même temps que le principe agit, et avec les caractères qui lui appartiennent , il garde avec lui , ponr ainsi dire , dans ses premières applications , la trace de son origine , et la croyance au monde extérieur est accompagnée de quelque assimilation plus ou moins vague des causes extérieures à la nôtre. Ce fait a lieu quelquefois, mais non pas toujours, parce qu'il est emprunté à ud fait qui est lui-même tout contingent , savoir, la conscience de notre personnalité. Ajoutez qu'ici comme en toutes choses c'est la vérité qui sert d'appui à l'erreur; car la personnification arbitraire et insensée des causes extérieures en présuppose l'existence , c'est^^ire une application quelconque do principe de causalité. L'induction égare donc le principe de

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40 HISTOIKE DE LA PRILOSOPaiE.

ousalilé; mais, loin de le coiutimer, elle le présuppose.

C'est aÎDst qu'une saine psychologie , décidée à ii''abaudonner jamais les coDoeplions de l'esprit humain, telles qu'elles sont dans l'esprit hamain , remonte peu i peu jusqu'il leurs véritables origines ; tandis que la psjchologie systématique de Locke , «'«nlbnvanl ' d'abord dans la question de l'origine de nos idées et de nos principes avant d'avoir déterminé avec précision les caractères incontestables don t ils sont actuellement marqués, el n'admettant d'autre origine que la sensation ou la réflexion , croit trouver l'origine de l'idée de cause dans la sensation el le simple spectacle du monde extérieur. Bientôt elle est forcée d'abandoaner celle origine, et elle a recours à une autre origine, savoir, l'origine par la réflexion; mais celte origine elle-même, qui peut nous donner l'idée de cause volontaire el personnelle , ne peut donner que cette idée et non pas le principe de causalité, et par conséijuent elle ne peut expliquer la connaissance des canses extérieures purement efficientes. Si donc on venl s'arrèler à cette M-Igine trop étroite, que faut-il 1 1l Tant confondre , avec ce résultat universel et nécessaire que nous concevons des causes hors de nous , cet autre fait purement accidentel et transitoire , qu'il nous arrive de concevoir ces causes comme des causes personnelles , de manière à expliquer la connaissance des causes externes par la simple induction de notre propre causalité, et à expliquer par conséquent le

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DlS-NBOVtÈME LKÇOH. «I

priDcipe de causalité par la réQexion et la coMcieace, c'eitrii-dire par l'one des deux origines convenoea de tonte connaissance. Mais , encore une fois , la conception des causes externes, comme personoelles et douées de conscience , n''est qu'une erreur de Tenfance de la raison humaine , ei uoq une loi de cette raison : on n'en peut donc tirer l'explication de ta croyance légitime , nniverselle et nécessaire du genre humain. En terminant j'ai besoin de demander grâce pour la longueur de celte leçon ; mais je devais cette discussion, bien imparfaite encore, et k l'importance de la matière , ei à la mémoire du grand métaphysicien que sa sagacité et sa profondeur même ont ici égaré sur les pas de Locke. Doué d'un sens psychologique admirable , H. de Biran avait pénétré si avant dans rinlimité du fait de conscience qui nous donne la première idée de cause , l'idée de la cause volontaire et personnelle que nous sommes, qu'il ne sortit guère de ce fait et de celte idée , et négligea trop le principe de causalité, conrondant ainsi, comme Locke, l'antécédent du principe avec le principe lui-même ; on , lorsqu'il essayait d'expliquer le principe de causalité , il Teiplîquailparuneinducttonnalurellequitransporte avec elle dans le monde extérieur la conscience , la volonté et tous les attributs jvoprcs de son modèle , confondant ainsi une application particulière, passagère et erronée du principe de causalité avec ce principe , vrai , universel et nécessaire en lui-même , c'esi-à-dire confondant , par une erreur singulière non plus l'aotécédenl

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arec le conséquent , mais le ciuséqnent avec l'antéGédent. Ia théorie deH. de Biran est le développemeot de celle de Locke ; elle la reproduit avec piusd'élendue et de profondeur , eUe en épuiie à la Toit te« mérites et les défauts ()).

{1] \0Yti, |ionr la Ibéorie du |iriacipe ris ciatalité que nom avons ici brièvement iDiIit|uée, lei Fragments philosophiquei , programme du coun de phUoio|ibie de 1817, p. 934-339, si la Thèie de tS17 aur la Mélaptafiique et ta G«om<nris, p. 858-580.

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