VINGT-CINQUIÈME LEÇON. 9KI
Et ce n'eM pas, meuieurs, l'idéaltune antique que j'ai iavoqué contre l'empirurae moderne ; car l'un ne répond pa« i l'anlre ; la pliilosophie ancienne et ta philosophie moderne ne se servent et ne s'éclairent que sur les hauteors de la icienee et pour un très^tit nombre de penseurs d'élite ; c'est donc le spiritualisme moderne qui m'a serri contre le moderne sensualisme, et je n'ai combattu le xyiii" siècle qu'avec les armes qu'il m'a fournies lui-même. Ainsi j'ai opposé à Locke les grands hommes qui Font suivi, et qui, l'ayant suivi, devaient le modilîer et le combattre pour le surpasser, et faire marcher la science. Ce n'est pas même à Leihnitz, déjà trop loin de nous, c'est à Beid et à Kant que j'ai emprunté leurs arguments; mais j'ai dû presque toujours en changer la forme : car celte forme se sent un peu du pays et de la tangue de ces deux grands hommes. Tous deux s'eiprimaient comme on s'exprime à Edimbourg et à Koenigtberg, ce qui ne veut pas dire comme on doit s'exprimer en France. J'ai donc négligé la phraséologie de Reid et surloul celle de Kant,mais j'ai gardé le fond de leurs arguments. Vous ne connaissez pas Kant; un jour je tâcherai de vous faire faire connaissance avec cet esprit si feriue, si rigoureux, si élevé , le Descartes de notre âge. Hais vous pouvez lire , dans la traduction d'un des mdlleurs élèves de l'école normale , aujourd'hui mon collègue à cette faculté, le Judicieux Reid, l'ingénieux D. Stewart, avec le commentaire vraiment supérieur des belles leçons de M. Rojer-^^I,-
186 BISTOni KK L* raUMMHlK.
lard (i). La i^lcnotdiie écoMaiae tous préparera à la |rfiilotophie aHemande. C'ett à Rdd et Kaot qne je rap^rte en grande partie la polémique que j'ai ÎBSti> taée contre l'empirisne , dausbpertonnedeLoeke. le detaia eue juate auMÎ envera l'école empirique ; tout en la combattant , je devais y foire la part du bien conme celle du mal, car l'un y devait être avec l'aWre. Hcssiettrs , je tous le demande , n'est-ce pas aussi ce que j'ai fait? N'aî-)e pas reconnu et si^lé tout ce ^'îl 7 a de bon dans les différentes parties de r£«Mt Mtr l'erOmdetMiU hwittUnf iS'ai-je pas B«igneiiseii>eat r^Té les beurenx commencements de la méibode et des théories de Locke aTant d'attaquer les erreurs dans lesquelles l'a jeté l'esprit de système T Enfin o'ai-je pas vendu hraamage à son caractère , à ses Tertus . à ses intentioDS, et comme bomiDe et comme philosï^beT it l'ai fait, et de ^od cœur ; et sur ce point du aaoÎDS je suis sér d'être exempt de reprecbe et envers Lockt et envers moi-m£me et envers la philosophie. En eBec,
(I) OEuvret complèlet de Seid , arec lei leçoni de H. noyer-Collard , par H. Joaffro]' ; 6 vol. — Eiguittet de pAUoiophle morale, àe D. Stewarl, traduit par M. iimttnj ; 1 loi. — Élèmenti de la philotoplàe de l'etprll humain, dt D. Stenarl, traduit par H. Prévoit, de GenèTe, et par M. F^rcy, élève de l'école normale ; 3 vol. — Eliail pàilotopMguet de D. Siewarl, traduit par Huret; 1 »ol. — BUtoire aMgée de la phikuophte moderne, rie 9. Stewan, lrad«k par M. Bucbon ; 3 tdI. — Leçon* de phUotop/Ue moraie, de D. Stewarl ( déTeloppameiit dei EtguUtet), traduit par M. Simon; 3nl.— Mélange* pMloiophiguet de MachlottMta, parle Difta«i 1 rtri.
nmT-aiiQDiku leçon. tai
la philosophie u'eRlpMtrile ou Idk école, niaiilefiMid cooimuD, et pour ainsi dire l'iMe de loatei tes école*. Elle est dietiBete\de tous )es sjstèmet , mais die est Bâtée i chitci» d'eus, car elle ne se manifeste, elte ne se déveto]^, «Ile n'avance ^e par eui ; son onté est leur variété mCme, si discordante ea apparence, et en réalité si profondémeM harmoiû^De ; son pngrès et sa gtoire est leur pcrfeetionDemeol réciproque par leur luite pacifique. Quand on aitaqve sans réserve quelqve système pariicnlier nn pea considérable , on proscrit saass'cn douter quelque élément réel de l'esprit homoiB et des eboees, on bl^se la pliilssopliie elle-même dans quelqn'iine de se» parties ; qaand on outrage doptrilosophe célèbre, à quelque école qa'il appartienne , on outrage la philnsopbie , la raiscm bomsine, l'humanilé dans un de ses représentants d'élite. Hessïean, j'espère que riea de pareil ne sortira janais de ces leçoM ; car ce qae je professe avant urat , ce que j'enseigne , ce s'est pag'telleoH telle philesopbie, maie la philosophie elle-même; ee n'est pas rattachement ï tel on lel système, si grand qu'il puisse être, l'adDÙration de tel ou tel homme, quel qu'ait été sob géni«, mais l'etprit philosophique, supériew à tons les Rjstèmts et à tons les philosophes, c'est-à-dire l'amour sans bornes de la vérité , où qu'elle se rencontre , l'intelligence de tous les systèmes qui prétendent la posséder lont entière, et qui en possèdent au moins quelque chose, et le respect de lous les hommes qui l'ont cherchée et qui la cherchent encore avec talent et loyauté. La vraie
m BISTOIRB DE LA PHILOSOPHIE.
mule de lliistorieD de la philosophie n'est pas la haine, mais l'amour ; et la missiou de la critique n'est pas «eulement de signaler les eitravaganceg trop réelles et trop nombreuses des systèmes philosophiques, mais de démiler et de dégager du milieu de ces erreurs les Tentés qui peuvent et qui doivent y êlre mêlées, et par là de relever la raison humaine à ses propres yeux, d'absoudre la philosophie dans le passé, de l'enhardir et de l'Éclairer dans l'avenir.
Jene veui pas me séparer de vous, messieurs, sans vous remercier du zèle remarquable, honorable potir voos, encourageant pour moi, que vous avez apporté à ces leçons. Aux prises avec des discussions dont je n'aurais pu vous épargner la longueur et la sécheresse qu'aux dépens de la rigueur scientilique, votre attention et votre bienveillance ne se sont pas un moment démolies; je vous prie de me conserver l'une et l'autre ; j'en aurai besoin encore l'année prochaine dans l'exposition et la discussion approfondies des conséquences de la philosophie de Locke, c'est-à-dire de tous les systèmes qu'a produits au ivm' siècle cette riche et féconde école sensoaliete dont vous connaissez aujourd'hui le père et le premier monumeni.
I DE L aiSTOlBE UE LA PHILOSOPHIE-
TAIÎLE ANALYTIQUE