‹ Cours de philosophieChapitre 7 sur 16 · SO HISTOIRK DE LÀ PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

SO HISTOIRK DE LÀ PHILOSOPHIE

de \'Eitai iut CenUndement humain : il traite de la connaisMnce , c'est-à-dire non pliu Mulement des idées prises en elles^nëmes , mais par rapport i ieart objets , par rapport aui êtres ; car la connaissance , à son degré le plus homble comme dans son vol le plus élevé, va jusque-là ; elle atteint évidemmeat et Dieu, et les corps , et nous-mêmes. Or ici se présente , dès l'entrée , une question préjudicielle. La connaissance s'étend aux êtres , le fait est incontestable ; mais cominent ce fait a-l-il lieu t Comment , parti des idées qui sont en lui , rentendement atteint-il les élrcs qui sont hors de lui ? Quel pont y a-t-il entre la faculté de coooaltre , qui est en nous , et les objets de la connaissance , qui sont hors de nous? Lorsque nous serons arrivés sur l'autre rive , nous aviserons quelle route nous devons prendre et jusqu'où nous pouvons aller ; mais d'abord il faut savoir comment se fait le passage. Avant d'entrer dans l'ontologie , tl faut savoir cornment on va de la psychologie à l'ontologie , quel est le fondeme[it , et le fondement légitime de la connaissance. C'est cette question préliminaire que nous imposerons d'abord à Locke.

Le quatrième livre de l'Euai tw l'entendement humain commence par reconnaître que toute connaissance roule sur des idées :

Livre IV. De la connaiuanee. Cbap i<r. De ta connaisianee en g^éral, g 1". — < Puisque l'esprit n'a 4 d'autre objet de ses pensées et de ses raisonoemeoU I que sel propres idées , qui sont la seule chose qu'il

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TINCT ET UNIÈME LEÇON. «t

f contemple et qu'il puisse contempler , il est évident < que ce n'est que sur nos idées que roule toute ( noire connaiscance. >

Or, TOUS l'avez vu, Locke reconnaît, et avec raison, que les idées en elles-mêmes sont toujours vraies. 11 est toujours vrai que nous avons l'idée que noos avoDS, qui est actuellement sous Tceil delà conscieDce ; que cette idée soit une chimère, une fée, un centaure , toujours est-il que nous l'avons , et , sous ce rapport , l'idée ne peut pas être fausse , elle ne peut pas ne pas être vraie , ou plutût , à la rigueur , elle n'est ni fausse ni vraie. Ou peut donc commencer l'erreur, et en quoi réside la vérité? L'une et l'autre évidemment ne réside et ne peut résider que dans cette supposition de l'esprit, que celle idée se rapporte ou ne se rapporte pas à un objet, à tel ou tel objet réellement existant dans la nature. C'est dans ce rapport que glt la vérité ou l'erreur dans la connaissance humaine. Si ce rapport peut Sire saisi , la coonaissance humaine est possible ; si ce rapport ne peut pas être saisi, la coonaissance humaine est impossible. Maintenant, en supposant que ce rapport soit possible, qoel est-il, et en quoi consiste-t-il ? C'est sur ce point qu'il s'agit d'interroger Locke avec précision et sévérilé, car c'est là que doit être le fond de la théorie du vrai et du faux dans la connaissance humaine , c'est-è-dire le fond même du quatrième livre que nous avons à examiner.

Dans toute l'étendue de ce quatrième livre , comme

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SI HISTOIU DE Lï PHILOSOPHIE.

à la fin du cecond , LocVe déclare eipretsément que le vrai oa le faux dans tes iiIÉe«, sur lesquelles roule toute connaissance , consiste dans la supposition d'un rapport entre ces idées et leur objet ; et partout encore il déclare eipresséinent que ce rapport est et ne peut ilre qu'un rapport de conforaiitë ou de non conformité. L'idée sur laquelle ne tombe , à proprement parler, m l'erreur ni la Térilè, est conrorme à son objet, ou elle n'y est pas conforme. Si elle y est conforme, la connaissance non-seulement est possible, mais elle est vraie , car elle porte snr une idée vraie , sur une idée conforme à son objet; ou l'idée n'est pas conforme k son objet , et alors l'Idée est fausse , et la connaissance qui en dérive l'est également. C'est, messieurs, ce que l'on trouve d'un bout à l'autre du quatrième livre de l'Euax sur Vtnieniement humain sur la connaissance ; c'est ce qu'on trouve à chaque pas dans les ux derniers cbapitres du second livre, oii Locke traite des vraies et des fausses idées.

Livre II , chap. u. g 4. < Toutes les fois que l'es- ( prit rapporte quelqu'une de ces idées à un objet

< qui lui est eilérieur , elles peuvent être nommées

< vraies ou fansses, parce que, dans ce rapport, 4 l'esprit Eût une supposition tacite de leur confor-

< mité avec cet objet. >

Liv. IV , cil. IV, g 5. (Il est évident que l'esprit ( ne connaît pas les choses immédiatement, mais ■ seulement par l'intervention des idées qu'il en a ; ( et , par conséquent, notre coimsùstance n'est vraie

mVt KT UnfcllS LKQOH. •>

( qn'anUiitqn'il ;Bda UcoDformiti enlMDMiiléM < ellennobjeli. *

Cea deux pawage* sont poûlifa ; il» réduisent neUemenl la question du vrai et du faux dus la connaissance à la quemion de la coorormité ou de la non conformité (les idées avec leurs obje ts.

Mais cette nécessité de la conformité d'une idée arec son objet , pour être vraie , est-elle , dans Locke, une véritable théorie philosophique, ou n'est^e qu'une simple manière de parler, une métaphore pto* ou moins heureuse? D'abord, ai c'est une métaphore, je demande qu'on me dise qaelle est donc )a théorie réelle cachée sous celte métaphore , et dans quel endroit de Locke se trouve exprimée nue seule fois cette théorie. Nulle ,part je ne trouve que la métaphore elle-mëDie. Ensuite , ai , même dans Tabsence complète de toute autre théorie , les deux pastage» que je viens de citer ne suffisaient pas pour établir que la nécessité de la conformité de l'idée à son objet, pour conetiiner la vérité, n'est pas une métaphore, mais une théorie expresse , je pourrais apporter ici me multitude d'autres passages qui ne laissent aucun doute i cet égard. Ainsi , lorsqu'à la fin du second livre , Locke traite des idées comme réelles ou chimériques , comme complètes ou incomplètes , il se fonde sur sa théorie de la conformité ou de la non conformité des idées avec leurs objets.

Liv. ll.chap. xxx.g i".LeiidéeiTétlleiionteo»formet à Umrt arckétypu- — < Premièrement, par

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«« BlSTOnC DE Ll PBILOBOPHIE.

I idéec réelles j'entends celles qui ont ua foodeinenl

« danslanature, qui Boni conformes i des èlret réels,

t à l'existence des choses ou k leurs archétypes ; el

< j'appelle idées fantastiques ou chimériques celles I qui nVnt point de fondement dans la nature

( ancnne conformité avec la réalité des choses aux- I quelles elles se rapportent tacitement comme à leurs ( archétypes. >

Haîntenant qu'est-ce qu'une idée complète ou incomplèie ? Une idée complète sera celle qui sera complètement conforme à son archétype ; une idée incomplète, celle qui n'y sera conforme qu'en partie.

Ibid., cil. sxxi , g 1". < J'appelle idées complètes

< celles qui représentent parfaitement les originaux

< d'oii l'esprit suppose qu'elles sont tirées. >

Ainsi la théorie des idées complètes ou incomplètes repose sur la théorie des idées réelles et chimériques, laquelle repose sur la théorie des idées vraies ou fausses , laquelle est tout enlièrc dans la théorie de la conformité de l'idée à l'objet. Ce point est d'une telle importance , que , pour Ater toute incertitude , je veux encore vous lire un passage où Locke se pose !t laiméme le prohlème ; et la manière précise dont il le pose exclut toute ambiguïté dans la solution qn^il es donne.

Liv. IV , ch. rv , § 5. t Quel sera notre critérium , c et comment l'esprit , qui n'aperçoit rien que Ms 4 propres idées, connattra-t-il qu'elles conrienneol « avec les choses elles-mêmes? Quoique cela ne toit

VINGT ET UNIÈME LEÇON. ttS

« pas exempt de ditScallé , je crois pourunt qu'il ; a ( deux sortes d'idées dont qods poavoas &re assurés € qu'ellessont conformes aux choses... t

§ 4. t Les idées simples ont toute la conformité k « qum elles sont destinées ou que notre état exige; I car elles nous représentent les eboses sous lesappa- < reDces qu'elles sont propres à produire en Dons. » Et plus bas : < Cette confoimité suffit pour nous donner 1 une connaissance réelle. >

Il est impossible de s'expliquer plus catégoriquement. Ce n'est donc pas une manière de parler , une métaphore jetée en passant ; c'est toute une théorie , toulunsjrslème: examinons-le sérieusement.

Voilà donc la vérité et l'erreur , la réalité et la chimère résolues dans la représentation ou la non représentation de l'objet par INdée . dans la conformité ou la non conformité de l'idée à l'objet. Il y a connaissance à cette condition , et , à cette condition seule , que l'idée représente son objet , lui soit conforme. Mail à quelle condition une idée représente-t-elle son objet, lui est-elle conforme t À cette condition que cette idée lui ressemble , que celte idée soit avec son objet dans le rapport d'une copie à l'original. Pesez la valeur des mots : la conformité d'une idée à sod objet ne peut signifier autre cbose . sinon la ressemblance de cette idée , prise comme copie , avec l'objet, pris comme original. C'est bien ce qu'exprime Locke par le mot i'archélypea dont il se sert pour désigner les objets des idées. Or, si la conformité de l'idée à

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M HISTOinB DE Ll PBILOSOTBIE.

l'objel n'eM que la resaemblance de la copie arec l'original, avec son archétype, je ait qae, dans ce cas. l'idée est prise uoiquemeot comme une image. Il faut éTidemment que Tidée soit une image pour pouvoir retsemUer poeitivemeut à quelque chose , poor pouvoir représenter quelque chose. Voilà doiic l'idée représentative réduite à une image. Haiotenanl, regardei-y de près, et vous verrez que toute image implique quelque chose de matériel. Conçoit-on ce que c'eM qn'aoe image de quelque chose d'immatériel ? Toute image est nécessairement sensible et matérielle, ou ce n'est qu'une métaphore , supposition que nous avons écartée. Ainsi , en dernière analyse, dire qu'il y a connaissance si l'idée est conforme k son objet , et qu'aucune connaissance n'est possible qu'à cette condition, c'est prétendre qu'il n'y a connaissance qu'à cette condition que l'idée d'une chose soit l'image de cette chose, c'est-à-dire son image matérielle. Toute la connaissance est donc engagée dans la question suivante : Avons-nous des êtres des idées qui nous les représentent, qui leur ressemblent, qui en soient les im^[es, qai en soient les images matérielles, ou n'avonsnous pas de pareilles images? Si oui , la connaissance est potuble ; si non , elle est impossible. Or , en fait , la connaissance humaine embrasse et le monde eité- Heor, et Vàme , et Dieu. Si donc la connaissance de ces objets est possible et réelle, elle ne l'est qu'à la condition précitée, savoir, que nous avons de ces êtres des idées qui leur sont conformes , des idées qui

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VINGT BT U:iltKE LEÇOII. SI

les représeateat , qui leur ressemblait , qui eu sont des images, et, encore une fois, des images matérielles. AvonE'DOus ou D'avoDg-nouB pas de Dieo , de r&me, du moude extérieur, des idées-images, des images matérielles? telle est la question. Appliquons* la d'abord au monde eitérieur ; c'est là surtout que la tbéorie de Locke parait admissible ; voyons quelle est, sur ce terrain même, sa solidité et sa valeur.

L'idée du monde eitérieur , c'est l'idée des corps. Les corps ne nous soat coanusque par leurs qualités. Ces qualités sont premières ou secondes. On entend , TOUS le savez, par les qualités secondes des corps celles qui pourraient n'âtre pas , sans qae le corps cessât d'élre; par exemple, les qualités dout nous acquérons l'idée par le sens de l'odorat , par le sens de l'ouie, par le sens du goût, par tous les sens, excepté celui du toucher , incontestablement , et peutêtre aussi celui de la vue. Les qualités premières des C(H-ps sont celles qui nous soot données comme les attributs fondamentaux des corps sans lesquels les corps n'existeraient pas pour nous. La qualité première, par excelleace, est la solidité qui implique plus ou moins l'étendue , laquelle implique directement la forme. Nous avons la conviction que tout corps est solide , étendu , qu'il a des formes. Nous sommes convaincus encore que les corps ont la propriété de causer en nous ces modifications particulières qu'on appelle la saveur , le son , l'odeur , peutêtre même cette modification qu'on appelle la couleur.

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t» BISTOIRE DE E

Locke tombe d'accord de tout cela , et r,'e«t IdÎ qui a beaucou)) contribué à répandre dant la science la dig- Uactioii dei qualités premières et des qualités secondes des corps , qu'il ne s'agit pas ici d'approfondir davantage. Voici maintcDant comment il rend compte dé l'acquisilioD des idées des qualités premières et des qualités secondes.

Livre 11 , chap. viii , S M- Comment let première» q«aîiUi prodvisent dei idées en nom.

4 Ce que l'on doit considérer après cela , c'est Ja

< manière dont les corps produisent des idées en I nous. 11 est visible, du moins autant que nous pou- ( vous le concevoir , que c'est uniquement par impult sion. )

g 19. • Si donc les objets extérieurs ne s'unissent

« pas immédiatement h l'âme lorsqu'ils y excitent des

c idées , et que cependant nous apercevions ces qua-

« lilés originales dans ceux de ces objets qui vien-

I nent à tomber snus nos sens , il est visible qu'il doit

t y avoir , dans les objets extérieurs , un certain mou-

< vement qui , agissant sur certaines parties de notre t corps , soit continué , par le moyen des nerfs ou des ( esprits animaux, jusqu'au cerveau ou au siège de ( nos sensations , pour exciter là , dans notre esprit ,

■ les idées particulières que nous avons de ces pre-

< mières qualités. Ainsi , puisque l'étendue , la figure,

< le nombre et le mouvement des corps qui sont d'une 1 grosseur propre à frapper nos yeux, peuvent être

■ aperçus par la vue, à une certaine distance , il est

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( é?îdeDt que cerUios petits corps imperceptiMes

• doivent venir de l'objet que non» regardons jus-

* qu'aux yeux , et par là communiquer au cerveau c certains mouvements qui produisent en nous les 1 idées que nous avons de ces dijîérentes qualités. ■

§ 15. Comment Ut seconde» qualiléi excitent en now de* idées. — < Nous pouvons concevoir par le ( même moyen comment les idées des secondes qua-

< lités Eoni produites en nous , je veux dire par l'act lion dequelquesparticulcsinsensihlessurlcs organes ( de nos sens. Car il est évident qu'il y a un grand

< amas de corps dont chacun est si petit que nous ne

< pouvons en découvrir, par aucun de nos sens, la ■ grosseur, la figure et 'le mouvement, comme il 4 parait par les particules de l'air et de l'eau , et par t d'autres beaucoup plus déliées que celles de l'air et f de l'eau et qui peut-être le sont beaucoup plus que t les particules de l'air ou de l'eau ne le sont ea ( comparaison du poids et de quelque autre grain ( encore plue gros. Cela étant, nous sommes en droit

< de supposer que ces sortes de particules, diffé- 1 rentes en mouvement , en figure . en grosseur et en t nombre , venant à frapper les différents organes de

< nos sens, produisent en nous ces différentes seni sations que noue causent lee couleurs et les odeurs I des corps ; qu'une violette , par exemple , produit I en nous lee idées de la couleur bleuâtre et de la t douce odeur de celle Deur, par l'impulsion de ces t sortes de particules insensibles, d'une figure et d'une

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I«0 HIETOIBE DB LA PHILtSOrHIE.

( groueuT particnlière , qui , direneiMDt agitéet ,

« TÎeQDeDt à frapper le» organes de la vue et de

t l'odorat. Car il n'est pas plus difficile de conceroir

4 que Dieu peut' attacher de telles id^ à des mou-

< vements avec lesquels elles u'ont aucune reasem- ( blauce, qu'il est difficile de coDcevoir qu'il a atta- I ché l'idée de la douleur au mouvemeai d'un morceau ■ de fer qui divise noire chair, auquel mouvement la

< douleur ne ressemble eu aucone manière. >

§ 11. I Ce que je viens de dire des couleurs et des f odeurs peut s'appliquer aussi aux sous; aux saveurs, ' et à toutes les aulres qualités sensibles... >

Si vous remontez au principe mal démêlé et mal exposé dans Locke , de toute cette théorie , vous trouverez qu'elle repose en dernière analyse sur cette supposition , que , comme les corps n'agissent l'un sur l'autre que par le contact, et par conséquent par impulsion , de mime l'esprit ne peut être en rapport avec les choses corporelles qu'à cette condition , qu'il y ait contact entre l'esprit et le corps , et , par conséquent , qu'autant qu'il y aura impulsion de l'un sur l'autre. Or, dans les idées sensibles, qui sont involontaires, et où, selon Locke, l'esprit est passif, l'impulsion doit venir des corps sur l'esprit , et non de l'esprit sur les corps , et le contact ne peut avmr lieu directement , mais indirectement, par le moyen des particules. Ainsi la nécessité du contact entraîne celle de particules qui , émises par les corps , s'introduisent par les organes dans le cerveau , et de là intro-

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VINGT ET UNtËME LEÇW. f»l

dùwttt dam Time ce qu'on appelle des idées senûblei. Touie la théorie pan de la nécessiié d'un contact et Yient aboutir à des particules intermédiaires et à lenr acbon. Ces particutee sont, en d'antres termes, les espèces sensibles de la scolaslique péripatéticienne, dont la physique moderne a fait justice. Il n'est plus question aujourd'hui des espèces sonores, visibles, tangibles, etc.; il ne peat donc plus être question de leur émission , ni par conséquent encore du principe qui les avait engendrées , savoir , la nécessité du contact et de l'impulsion comme condition de l'acquisition des idées sensibles. Tout ceci n'est pins aujourd'hui qu'une hypothèse abandonnée, sur laquelle il serait superflu de s'arrêter. Les idées sensibles ainsi formées, une fois obtenues à cette condition , qui est une chimère, voici en quoi ces idées diffèrent les unes des autres.

Selon Locke , les idées qne nons avons des quahtét premières de la matière ont cela de propre , qu'elles ressemblent à leur objet, tandis qne les idées que D0U8 avcaiB des qualités secondes de la matière ont cela de propre qu'elles ne ressemblent pas à leurs objets.

Livre II, chap. viii, § 15. i te* idée» de» prenièret qualité» rasetiAlenl à ee$ qwafitét, et ceUt* dei tee<mde* ne leur reuemblent m aucune manière. ■

Les idéçs des qualités secondes ne ressemblent point à ces qualités ; fort bien : j'en conclus de suite, selon la théorie de Locke, que les idées des qualité!

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«01 UIBTOIBE J>E LA PHILOSOPHIE.

Mcondettont de pan» cbimèreB , el que doqr n'avonsde ces qualités aacune connaissance. En effet , rappelei-Tous qae toute connaissance , selon Locke, repote sur les idées, el qu'il n'y a connaissance qu'autant que l'idée ressemble i son objet ; or , de l'aveu même do Locke, les idées des qualités secondes ne ressemblent point à ces qualités; donc ces idées ne renferment aucune connaissance. Qu'on ne dise pas qu'en effet nous n'avons des qualités secondes des corps qu'une connaissance incomplëte. Si Locke n'eût vouln dire que cela , il aurait dû dire , selon sa théorie générale , que les idées des qualités secondes ne représentent qu'incomplètement leurs objets ; mais il dit qu'elles ne les représentent d'aucune façon. Donc elles ne renferment pas même la connaissance la plus imparfaite; elles ne renferment aucune connaissance ; ce sont de pures chimères, comme les idées de fées , de centaures , etc. La conséquence est forcée dans ta théorie de Locke. Hais cette conséquence , messieurs , esl< elle d'accord avec les faits qu'il s'agit d'expliquer et non de détruire! En Ikit est-il vrai que nous n'ayons aucune connaissance des qualités secondes des corps? Loin delà les qualités secondes des corps, l'odeur, la sou , la saveur et la couleur , sont pour nous , dans les corps , des propriétés très-réelles auxquelles nous auribuons la puissance d'exciter en nous certaines modi- Gcations ou sensations. Nous n'avons pas seulement la conscience de ces sensations , nais nous crojooi qu'elles ont des causes , et que ces causes sont dans

u,,„.=...,Googk'

. VtNGT ET tnufeHE LEÇOlt. lOS

les corpi. Comme nous pourrions concevoir les corps indépendamDieDt de ces canses, ou puissanceB, ou pro priétés , ou qualités , nous appelons ces qualités des qualités secondaires; nous ne les conoaissons qu'en tant que causes de nos sensations , dans l'ignorance de leur essence intime ; j'en conviens ; mais enSn nous les connaissona dans celte mesure , et c'est encore li une connaissance réelle qui se trouve incontestablement dans tous les hommes. Qr, n'oubliez pas que, selon la théorie de Locke la connaissance est toujours à cette condition, que l'idée, sur laquelle roule la connaissance , représentera son objet. Vous avez incontestablement l'idée des qualités secondaires des corps en tant que causes de plusieurs de vos sensa-> lions. Eh bien, cette idée que ?oas avez tous, et sur laquelle est fondée presque toute votre conduite et la TÎe humaine tout entière , elle n'est vraie , elle ne fondeuiieconnaissancelégltimequ'à la condition qu'elle ^era conforme à son objet , aux causes de vos sensalions , aux qualités secondaires des corps. Et quand je dis qu'elle leur sera conforme, rappelez-vous bien que la condition de la conformité n'est pas moins que celle de la ressemblance , que la condition de la ressemblance n'est pas moins que la condition d'être une image , et que la condition de toute image n'est pas moins que la condition d'être une image sensible et matérielle ; car il n''y a pas d'image immatérielle. La question se réduit donc à savoir si vous avez ou non l'image matérielle des qualités secondaires des corps.

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10* aUTOlBE DB Lt fHILOSOPUlE.

G'etl-à-dîre de cet propriétés de« corpt qui cautent en votu les sensations de U couleur , du son , de la saveur et de l'odeur. Voyez donc quelle peut être l'image matérielle d'une cause. Une cause , en tant que cause, et les propriétés ou qualités secondes des corps ne sont pas autre chose , n'a point de forme , n'a point de couleur; par conséquent, quelle image matérielle pent-on s'en faire ? Une cause , quelle qu'elle soit , que vous la placiez dans l'âme ou dans ce' qu'on appelle la matière, est toujours une cause , n'est jamais qu'une cause , et en tant que casse , elle ne tombe ni sous la main ni sons l'oeil ; elle ne tombe sons aucun sens , c'est donc quelque chose dont tous ne pouvei pas avoir une idée sensible à la rigueur , une idée-image, une image matérielle. Donc , puisque vous n'avez pas et ne pouvez pas avoir l'image d'une cause , et que les qualités secondaires des corps ne vona sont données que comme des causes , il suit que vous ne devez avoir aucune idée vraie, aucune connaissance légitime des qualités secondes des corps; il suit même à la rigueur que TOUS n'en pouvez avoir aucune connaissance légitime ou illégitime , et que ces qualités doivent être pour vous comme si elles n'étaient pas , puisque vous n'avez pu lea atteindre, selon la théorie de Locke , que par les images plus on moins fidèles qne roue vous en faites, images qui vous manquent ici absolument. La négation des qualités secondes des corps, tel est donc le résultat inévitable de la théorie que toute idée doit représeater son objet pour être vraie. Ce résultat

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VINGT BT tJNlËHE LEÇOfl. !•■

«Bt inévitaMe ; cependaul l'eipérienGe le dément , et, en le démentant, elle en réfute le principe. Lee idées dei qualités gecoades ne ressemblent en aucune façon à leurs objets, et pourtant elles contiennent une connaissance certaine ; donc il n'est pas vrai que toute connaissance suppose la ressemblance de l'idée et de ion objet.

La théorie de Locke échoue «ur les qualités secondes des corps; voyons si elle sera plus heureuse sur les qualités premières.

La solidité est la qualité primaire par excellence. La solidité avec ses degrés et ses nuances , la dureté ou la mollesse , l'impénétrabilité ou la pènétrabilité , enveloppe l'étendue , laquelle renferme la grandeur et la forme : ce sont là à peu près les qualités premières des corps. Locke déclare expressément que les idées des qualités primaires ressemblent à ces qualités ; c'est ]k leur litre de légilimilé à ses jeux. Cette théorie semble vraie sur un point , en ce qui regarde la forme. En effet , la forme des objets qui tient à l'étendue , laquelle tient à la solidité , se peint sur la rétine. L'expérience l'atteste, et la conformité de ces images à leurs objets semble bien le fondement de la vérité des idées que nous nous faisons de la forme des objets. Hais ce n'est là qu'un faux semblant.

Si la ressemblance de l'image sur la rétine à la forme de l'objet extérieur est le fondement de la connaissance' de la forme de cet objet , il suit que cette

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IM histoihb de l* pbilo6oi>Bib.

ConDaiitance ne peat élre acqoige , et n'a jamaii pu être acquise qu'aux condition» suiTantes :

i* Que noue sachions qu'une image quelconque est sur la rétine ;

2° Que, par quelque procMé, comparant l'image ■ur la rétine à l'objet eilérleur , nous trouvions . en effet. L'image qui est sur la rétine , semblable 4 l'objet , quant à la forme ; alors , ei seulement a\on , dans ta théorie de Locke, nous serons certains que l'idée que nous avons de la forme de cet objet est vraie , et notre connaissance , à cet égard, exacte.

Toutes ces conditions sont nécessaires ; mais en réalité s'acGomplissent-elles dans le fait de la connaistance des formes des objets extérieurs ? Nnltement. D'abord la connaissance de l'image sur la rétine est une acquisition très-ultérieure de l'expérience et de la physiologie. Les premiers hommes qui ont cm qu'il y avait devant eus des corps figurés ne savaient pas le moins du monde qu'il y avait des images sur leur rétine. Ils étaient bien plus loin encore de se douter que ces images, qu'ils ne connaissaient pas, fussent conformes aux formes des corps qu'ils connaissaient ; «( , par conséquent, la condition qu'on impose à l'esprit humain d'avoir connu l'image sur la rétine , et vérifié la conformité de celte image avec son objet, n'est pas le procédé qu'abandonné à lui-même et sans ancun système , il emploie naturellement pour connaître les formes des corps. Ensuite , remarquez que, si ta peinture fidèle de la forme de l'objet sur la rétine

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