‹ Cours de philosophie, Volumes 3-4Chapitre 27 sur 39 · C0UE · texte numérisé non relu

C0UE

tooèer , mai» le stîmale, le povsse et le fait gmndir en liberté.

£t puis , il est bien pea de ees natares éminentes qai n'aient pa» la faiUesse, ou, si Ton aime mieax , la nécessité de la gloire ; elles ont en général de si durs travaux et de si rudes éprevives; souvent perséoutées, crucifiées, agonisantes , elte^ sentent dans leur cteur de telles défkillanees ^ et quelque Ibrtes qu'elles soient elles ùûi toujours tellement de l'homme, qu'on peut bien leur pardonner de demander la gloire pour réebauffer leur âme , la recréer et la soutenir. Aux cris d'admiration , de reconnaissance et d'amour, qui se font entendre au loin , ne fïit-ce même qu'une illusion , ces têtes qui fléchissaient se redressent et se raniment , ces courages se raffermis- Heni , et ces génies près de s'éteindre se ralliunent et de nouveau illuminent la route où ils guident Fhxtmanité; et ainsi de hautes destinées ne sont |)as abandonnées , et uti déjsespoir amer ne fiétril pas sans retour de puissantes facultés, le grand homme n'est pas perdu. Or, pour cela qtte |àut-il? La présence des masses. Ce sont elles en èfiRet qui font et donnent la gloire ; qui remplissent le monde des noriis qu'elles proclament , et les jettent à la postérité retentissans et bénis ; ce sont>elles qui réparent dans leur large équité les injustices passagères dont leurs héros sont victimes ; et quand le mal est venu d'elles, que I -injure est leur

:fait, ce sont elleë «ncère qui. sav^eiit le aiieux expier leur erreur. Elles ont pour se réhalnliter «t faire droit à de nobles . cœurs , des retours admirables, et d4n£0niparables satisfactions. Il Y a dans cette justioe-la quoique chose de celle de Dieu,

Ainsi de toute façon les niasses sont exceUéntes aux grands bommes.

Voilà donc encore una espèce de société qui, de même que touti^ les autres^ est nécessaîre à l'bumanité.

SECTION V

Devoir et ^roit de rame dans toute espèce de société et d'abord daqt la fociété domestique.

L'auiàfiiit pour sQif bien doit donc être sociable, l'être le plus et le mieux possible , et par conséquent faire en sorte que ses diverses sociétés soient le plus et le mieu^ ppsnble sociétés , ordre social. Chacun doit pofur sa part coopérer à c^tte œuvre , un des points les plus indpprtans du bien universel.

Or, pour que ce but soit atteint, pour que la société sous toutes ses formes se maintienne et s'améliore, et qu'elle soit pour chacun une condition de perfectionnement, que {aut*il. et quelle est Ja loi à suivre et à observer ? .

40 GOUAS

Afin ée l'exprimer d'abord dans sa plas grande généralité , je dirai que cette loi peut se réduire à ces deux points : faire son devoir, et avoir son droit ; donner et recevoir ce qui est juste.

Et comme il n'y a dans toute société que des forts et des faibles, faire son devoik* et avoir son droit soit de fort, soit de faible, donner et recevoir au premier titre, donner et recevoir au second, telle est la loi sociale^ tel est l'ordre qui , régnant dans les dififérentes sociétés, depuis la famille et la cité, jusqu'aux relations les plus étendues, les légitime, les consacre et les fait vraiment bonnes.

Suivons-le rapidement dans les principales sphères qu'il embrasse.

l*" Dans la famille.

On sait ce qu'est l'épouxj il est l'être fort à l'égard de la femme ( ce terme, je pense asse* expliqué, ne peut plus êité mal compris ); il est son protecteur, le' protecteur de son âme, de son corps, de ses bienis, de toute son existence, et it Test comme on l'est d'une compagne, d^une araîe qui se donne, et à laquelle On se donne pour la vie et sans réserve. Son devoir est donc de prendre à la destinée de son épouse toute la part que lui permettent ses facultés plus puissantes, plus capables d'etibrts et de travaux difficiles; son devoir est de Mre a sa place ou en concours avec elle toute cette portion de sa tnche à laquelle seule elle ne suffirait pas; de la guider, de la sou-

DS 1»HIIJ080PUIE. 41

tenir^ dé lato^léwr dana touslesdetes^poiir lesquels elle n'aicraiti paâ asseade constance et d^ë*nergie, d'expérience et de lainières. Il lobdoit âjp penser, de seiiiir avec ^Iby de voulôîr àTéd elle, de vivre en tout avec elle, dans» :1a plnsitin lime communauté, a&> d'être prêt dans iwitt, les e«s à lui port^ tous les iecours dont elle pent avoir besoin. : ;^ ;u -i, -■ - •

£t comme il ne le pourrait bien, si^èlle se r^usait à cette intime union^ à cette société des; ameé, qui au fond est le vrcd mariage, À elle se séparait de liii par ses pensées, et ses affections,' ii à cette intime dissidence elle ajoutait, ^ïohimé' pour la rendre plus sensible et plus criante, la dissidence extérieure, les paroles amères, les querelles et le dé&ut de foi ; au devoir de l'époux répond 4in droit, le droit de voir accueillir, acci^pé^ et .rechercher son tendre et doux patronage, de trour ver , par conséquent , confiance et amour rdanis celle à laquelle il le consacre. C'est un avantage légitime, sacrée! inviolable, qui lui revieni commp conséquence de l'obligation qui lui est imposées. Le devoir est la charge^ le droit, le moy^idc^ saitisfaire aux conditions de la charge; le devoir est la chose à Caire, le droit, le pouvoir de la taire.

Et pour le dire en passant d'une manière générale , le devoir et le droit se tiennent intimement, et sOnt dans une nécessaire corrélation. Ou

4!2 • : OMIIB

iBânfifiierait le dëTbîp, cm ne C30«eeTtaît patle -di'oit'i oikifùamquéraàAïe droit, on ne concevrait •pas lé- devoir. Où oommence le devoir, commence .aussi le droit; ou finit Fim, finit Faïutre; la mesure jie.l'uD^eitiedle de l'autre. Le droit sans le devoir rest un avantage sans titre, un pouvoir sans raison; ce n'est pas im droit, mais de la force; et le devoir sans le droit est une obligation sans liberté , une responsabilité qui n'ai est pas une. €ecî est vrai .de ioutd^espèoe de devoir et de droit , et partiéu- Jièareinent dès devoirs et de» droits d<»aestiques. ' ; Dans lia 9oeiété des époux, F^souse est l'être lia ible; elle a besoin, sous tous les rapports, d^9tj^ opaiét dé> pi'otection. Elle doit donc s^ttacber le uiompagnon fu'^le s'est donné par tous le» charimes^ toutes les vertus dont elle, a le secret, V^n^vofÉmer de respect, d'amour et de fidélité; reebjefètiei: son approbation, ses conseils et ses teibiènesçses consolations quand elle sou£Rre, 8|B8 iélicitatioiis quand elle est beUTeuse,lui rapporter en un mol toute sa vie, bien sure de re- .tronver en lui, s'il n'est pas indigne de son choix, •UB guide, un gardien, unamidcmt Fasâstancene lui, manquera jamais.

En même ternes et par une conséquence nécessaire de ce devoir, elle a un droit qui lui garantit les soins affectueux, le concours de cœur, le zèle sans bornes pour ses intérêts , la confiance et la tendresse de celui entre les mains duquel

DE PHBL080PHIE. 4B

fltte 81 remis, avec tsmt d^abapdon, «on bi^n et son J^onfaeor.

MaisGomme elle a'est pas eiicliïsiveineiit faiMe, et que dans oertames circonstaaces et pour cer-^ taines parties de la destinée commune, c^est elle qui a la puissance, la sagesse et l'habileté; ohanffeanide situation, elle oban^ aussi de devoir^ fille change a usa de droit; et de même Pépoux» A la femme dans ces occasions d'être- la première dans la famille, et d'^i avoir, avec les obligation^» les pouvoirs de son rang; au mari, de son côté, d'agir selon les nouveaux rapports dans lesquels il se trouve placé.

£n appelant à la vie des êtres semblables à ^»x, en procréant, en créant comme par délégation de la Providence, les paretis prennent par là même le caractère d« providence , ils se font profvidences et s'engagent, à ce titre, à remplir saintement la mission qu'il leur impose; ils doivent donc à leurs enfans de les traiter, en quelque sorte, comme Dieu lui-même les .traiterait; ils leur doivent de pourvoir à tous leurs besoins physiques et moraux, de soigner, de développer, de diriger toutes leurs facultés, d« se charger de leur domination jusqu'à ce qu'ils puissent eux-mêmes y veiller, leur ensjsignantà devenir hommes, leur apprenant à bien vivre, les faisait passer in*sensiblement de la condition de créatures purement providentielles, à celle de créatures întelli-

,44 Goims

génies et Ubi^es, les préparant aiim à être un jovr capables de rendre à la famille ce qu'ils tmt reçu de la faiailLe, eC de iaire à leur tour pour d'autres ce qu'on £ait aujourdliui pour eux.

Voici l'obligation des parens.

Voici leur droit en regard : c'est de trouTer dans les êtres auxquels ils ont donné le jour, docilité, obébsance, respet^et amour pieux; c'est, ^d' raison et dans l'intérêt même du ministère qu'ils exercent , d'avoir une autorité qui leur permette d'accomplir la tâcbe douce, sans doute, mais difficile et délicate qui leur est imposée.

Quant aux enfans, ils sont dans L'ordre, lorsque au senUment de leur faiblesse, joignant l'idée du bien que leurs font leurs parens , ils recherchent et reçoivent avec tendresse et reconnaissance , soumission et vénération , l'action sage et tutélaire qui les conserve, les soutient, les protège dans leur jeune âge , les fortifie peu à peu , les forme , les élève , ne les délaisse jamais , et multiplie jusqu'à la fin, en les^modifiant à propos , ses secours et ses bienfaits.

A cette condition, et pour prix de leur juste filialité , il leur est du sollicitude , dévouement, zèle infatigable, applic-ation assidue, éclairée et pleine d'amour, à tout ce qui peut intéresser leur âme et leur corps , leur vie morale et matérielle.

De frères à frères , de frères à sœurs , le devoir et le droit se concluent , je pense , sans peine de

tout ce qui rkiit d'être dift ; je me dispenserai' donc de les iiidk{iier. >

SECTION VI

DeToir et droit de Tâme dans U société politique , et dann la société de peuple à peuple.

Lb devoir et le droit dans Tétai «ont le deivoir et le droit des gouTerneraens^ le deydir et^le droit des gouvernés. Or leSigouverneiaens^ quels qu'ils foieut ^ quelle que soit leur constitution, leurs formes et leur raison , ^^vecnemens tbéoci^t^ qùes, militaires. OU' politiques ) gouvernemensmo*narchlques , aristocratiques ou démocratiques , gouvernemens de lait ou de droit , tous ont pour mission , dans la société à la tété de laquelle ils sont placés^, d^la conduire à son but , et de veiller sur ses destinées. . ^:

Leur devoir est par conséquent d'avoir sans cesse en pensée' le mouvement social^ de Fetciter s'il se raleotit, de le contenir Vil se précipi1,e, de le redresser stil s'égare , de le soutenir s'il faiblit, et de le défendre sHle$ten péril i d'^n assurer ainsi le progrès et l'aVaneement. Il faut surtout qu'ils sachent bien qu'il ne s'agit pas seulement de faire vivre une natU^ et de la ; rendre forte matériellement , mais de l'élever moralement ^ et d'dbord de lui donner un juste sentiment d'elle-

415 GOUBS

même ; car, pour une nation de mmne que pour un individu, c*est là le principe de loi^ bien ; qu'il s'agit ensuite de diriger sa raison et ses affections, ses volontés et ses conseils de manière que, comme personne collective et sociale , elle accomplisse de son mieux , par le concours heureux de ses diverses facultés, sa part de Tœuvre de religion , de poésie et de science imposée à l'humanité ; n'ouhliasl JMuiiis que gOUTerner n'est que l'art d'appeler le plus grand nombre possible d'intelligences aux bienfaits d'une large et sérieuse émancipatiott ; fidèles en cela à la loi 4e Dieu , dioA en éfiEet> Taetion aur l'hoiiiiBe n'a pour but que de 4e comluire d'un état de tutelle à un état de liberté; de la condition de mineur et d'être providonti^ , à l'indépendance de l'âge viril et au ca- 'i^actère |d*e providence.

> WMe estla tâohe qu'ils ont à remplir, et comme ils ont pour la remplir trois moyens principaux , la loi, la justice et le pouvoir exécutif, ils sont tenus de ne les employer qu'en vue et au profit de la fin pour laquelle ils lespossèdént^ Ainsi que la loi soit l'expression de la sagesse et de la raison; que la justice soit selon la loi , et la force selon la justice ; à ces conditions les gouvernemens seront dans l'ordre et dans le vrf^i ; ils seront légitimes de cette légitimité que nul ne conteste ni n'infirme.

Et alors aussi ib auront leur droit , droit de

fonder et de eonslituer des chartes et des codes , d'iastito^r des tribunaux, d'organisé et de mettre en jeu le pouvoir exécutif.

Si l'on ajoute qu'outre lenr mission ofik)iellê et légale ils en ont une autre plus délicate, souvent plus efficace , que j'appellerai officieuse, laquelle consiste aussi en une sorte de législation , de justice et de force d'un caractère particulier ; qu'ilsr <mi à exprimer et à recommander la raison, nônseulement par articles et formules de codes, mais par discours persua«£s, opinions et enseigneraens; qu'ils ont, à la faire valoir non plus par sentences et par arrêts , mais par l'approbation ou la dés-' approbation, par l'éloge ou le blâme, par une sanction toute morale ; on concevra sans peine aussi qu'à ce devoir tout spécial répond un droit analogue , et qu'à ce titre ils puissent prétendre auprès d^ gouvernés, non*sea)ement à l'obéissance commandée par la loi , mais à une sorte de d^éreace , d'assentiment et de respect nés de la conviction et de la sympathie.

L'idée du devoir et du<lroit des gouvernemens contient implicitement edle du devoir et du droit de» gouvernés. C'est pourquoi je me bornerai à Cuire remarquer que les gouvernés doivent aux chefs de l'état tout ce qui est dans le droit de ceuxci , o'est-à-dire , d'une part , la soumission légale , et de l'autre, quand il y a lieu , l'adhésion de sentiment et la soumitaîon de conscience ; qu'à cette

48 couiis

ooadîlioR il lear ôstdâ hatite direction sociale, administration éclairée , bienveillante et vigilante de tous leurs intérêts.

Bevoir et droit des peuples entre eux. Les peuples sont entre eux dans le rapport de forts à (ai- Mes. Or, dans l'espèce de société qu'ils forment les uns avec les autres , les premiers ont pour devoir de venir en aide aux seconds ; et selon qu'ils les trouvent ou sauvages ou barbares , ou déjà civilisés , de commencer, de poursuivre , de perfectionner leur civilisation. Pour atteindre un tel but, les moyens sont divers; ce sont, par exemple , les voyages , le commerce , les missions , ta littérature et les arts* Instituteurs des peuples que Dieu a en quelque sorte confiés à leurs soins et à leur tUielle , ils ont le devoir de leur apprendre à se conserver, à se défendre , à s'assurer le bien-être et la prospérité matérielle. Mais ce n'est là qu'une première et grosâère civilisatton qui, par elte^méane, ne suffirait pas; ils sont en outre obligés de les élever moralement, de leur donner, s'ils ne l'ont pas^ le sens et l'amour de la patrie, la consoience de leur sitoaiion et de leur destination ''sdcMfe;- cet esprit public, en un mot, qui fait qu'un peuple est un peuple, non-seulement par le nombre , le lieu et la juxta-position , mais par l'assimilation , la fusion et la communion des âmes : ils sont enfin tenus , autant qu'il est en leur pouvoir, de développer en eux les germes heu-

reux de pensées , d'affetUions et de liberté qne leur a départis la Proyidence.

A ce titre et pour cette tâche , ils ont un droit incontestable ; c'est le droit d'intervention qui , sous quelque nom qu'on le désigne , et pourru qu'il ne soit exercé qu'avec sagesse et discrétion , dans les limites et à l'appui du devoir auquel il répond , est parfaiteinent légitime ; droit de pacifique intervention, comme quand il s'agit simplement de pénétrer par les idées au sein du peuple à civiliser, et d'y porter, par les seuls moyens de la persuasion et de l'enseignement, l'industrie, les arts, la science et la religipn; droit plus rare, mais aussi réel , si d'ailleurs il est justifié par des raisons d'humanité , d'intervention plus poAtive , et quelquefois même militaire, comme, par exemple , lorsqu'il s'agit d'empêcher la destruction et la ruine d'une société livrée sans frein à toutes les horreurs de l'anarchie et de la guerre civile ; comme aussi quand il s'agit d'abolir par la force des coutumes atroces et de sanguinaires usages , contre lesquels la parole a été vaine et sans puissance. Il serait absurde de soutenir que , dans de telles circonstances, un peuple qui a le sentiment de ce qu'il doit à un autre peuple, soit tenu, par respect pour l'indépendance de ce peuple, de rester en présence de ces désordres et de ces malheurs , spectateur impassible, ou conseiller inactif; ce rôle ne serait pas humain, et n'entrerait IV. 5

W GOUKS

pas dans les voies de Dieu. Dieu , en effist , n'unU pas et ne rapproche pas ses /créatures , pouff qu'elles s'ab^iMâonnen^ les unes les aui^res , que les forts se retirent des faciles, et les voient se perdre sans intervenir. Il n'enteuMl pas que d'homme à honime , et d'états k états , il y ait de teUes prohibition^ que les uns ne puissent pas, même en cas de ruinç imminonte , se n^éler du sort .des autres y et les c^rrétpr d'une maii^ ferme sur le penchant de ra|)$me ; il n'entend pas ainsi l'inviolabilité des étriçs libres ; et quand il nous commande à leu^ é^rd dei nous abstenir, et de les laisser faire , ce ne peut qtf e de nous absteniii de les,sauver et de Lqs rendr.e au bien , ce ne peut être de leur laisser faire ce qui les percerait inévitablement; ce ne serait pas là le caractère d'une providence paternelle ; ce n^ serait ni sagesse ni bonté.

Hais ce -que Dieu veut , c'est qu'au moment où individus et peuples livrés à eux-mêmes se mettent en péril , eeux qui sont plus sages et meilleurs interviennent, les çQntif iinent, et se mêlent de leurs actions pour les ramener et les remettre à l'ordre. Il n'y a point à cela violence, atteinte coupable à la liberté , il n'y a que haute et sévère charité.

Les peuples forment une famille , dans laquelle il y a les pères, les aines ei les plus sages qui» avec la tutelle dont ils ont charge, ont le droit de s'im-

itiiscèr dânâ les allàii'ës des peuples enfkns, afin de leur apprendre à les conduire , et îb ont ce droit jusqu'à la force, pourvu qu'ils n^en usetet jamais è(u'a^ec modération et par nécessité.

Ce qui û'est pas dans leur droit, c'est la guerre, c'est la paix , c'est la paix elle-même, quand le Imt en est mauvais et les conditions trompeuses.

Ainsi , d'abord, il est trop évident que le massacre, Fesclavage, la servitude, lil cohcfriéte, surtout Si elle est injuste, violente et tyranniqûe^, sont hors de tout droit; en second lieu, qu'une alliance dans laquelle les intérêts et la destinée du ftlible seraient sacfrifiés aux intérêts et à la destinée du fort, sans générosité ni équité; qu'une alliance , par èxOmplè , qui ne teudrait qu'à prolonger l'état de barbarie d'une population ignorante , dans l'espoir de s'assurer certains avantages commerciaux, serait également contre le droit.

' Ici cotnme toujours le droit tient du devoir , se mesure sur le dèfVOir , cesse et finit avec le devoir.

Je viens de recouOaitre dans ce qui précède le droit d'intervention : c'est chose grave, je le sens, mais je sens aussi que c'est chose vraie , si vraie inêtae que je ne conçois pas , à parler rigoureusement , le contraire de ce droit , c'est-à-dire la tion intervention; je ne la conçois pas entre des peuples qui vivent ensemble en société. Qu'incontrasles uns aux autres, ou placés dans des cir-

constances qui les séparent complètement, ils n'aient aucune action les premiers sur les seconds , ni les seconds sur les premiers» rien de plus clair assurément. Mais pour peu qu'ils aient de rapports, et surtout s'ils en ont de voisinage ^ de région , de mœurs et de coutumes , il est impossible qu'il n'en naisse pas une mutuelle intervention; intervention par le commerce , les arts, les lettres et les sciences; intervention par tes principes politiques et religieux , et même aussi par les armes ; intervention sous toutes les; formes et par tous les moyens; de telle sorte que ces peuples, dans la situation où je les suppose, amenés par mille occasions à se rapprocher, à se mêler, à se visiter, pour ainsi dire^ soit par représentans, soit en personne, ne cessent par là même d*échanger leurs impressions et leurs idées, de mettre leur vie en commun , et de jmrticiper tour à tour à la destinée les uns des autres. Les choses se passent ainsi alors même que les influences exercées ou éprouvées ne paraissent qu'extérieures, grossières et matérielles, comme, par exemple , dans la guerre ; car il est impossible humainement qu'au fond de l'acte même le plus brutal il n'y ait pas une pensée, un dogme , un sentiment qui , acceptés ou repoussés par ceux auxquels ils s'adressent, ne modifient pas de que1c[ue façon leur manière de voir et de se conduire. Des opinions suivent les armées, entrent sur leur trace

dans les eontrées envahies et conquises^ y sont bien ou mal reçues , mais y apportent , dans tous les cas j de sensibles ehangemens. Que si les voies sont plus douces , et que de nation à nation la pensée aille et se répande par des véhicules sans violence, qu'elle se communique et se propage par de pacifiques expéditions et des conquêtes toutes morales , que ses seules armes soient des livres , des œuvres d'arts et de science , à plus forte raison alors la diffusion en est efficace. On le voit donc , il est inévitable qu'il n'y ait pas toujours quelque intervention de pays à pays , du moment qu'il existe entre ces pays relation et contact. Il n'y a pas à Vempécher, il n'y a qu'à la régler; et pour la régler, il faut la mesurer et l'ordonner sur le devoir ; c'est ainsi qu'elle devient un droit. Quant à la non intervention , le plus souvent impossible, elle n'est également un droit que quand elle est réglée sur le devoir et commandée par la raison.

Il n'est pas nécessaire d'ajouter que le droit des peuples forts à l'égard des peuples faibles s'étend également aux témoignages de reconnaissance et de sympathie, que mérite aux premiers de la part des seconds , leur rôle de défenseurs , d'institu* teurs et de pères. S'ils ne les recevaient pas , il y aurait injustice et peut-être même obstacle à l'accomplissement de leur mission. Il leur est beaucoup dû pour les bien&its qu'ils répandent.

Une Ration qui en sanye une autre , qui Fenrichit , la fortifie , l'éclairé et la civilise , a des titres incontestables à son estime, à ^a gra^ude; je dlirai presque , à sa piété , à son attai^nsent filial.

Devoir et droit des peuples faibles.

Leur devoir est bien clair ; il tMmsiste à rechercher la société des peuples ferts,. à s'uiifr à eut étroitement, à se faire pour ainsi dire de leur famille , et à se conduire dans cette famille comme des enfans attentifs à la voit de leurs guides et de leurs ttfteurs naturels ; ils sont obligés de recourir à leur bienfaisante intervention , à leurs lumières , à leurs arts , à leuf industrie let à leur puissance ; et quand ils en obtiennent aide et appui , ils leur doivent , en retour, déférence et amour; s'il en était autrement, ils seraient ingrats , et l'ingratitude est un vice chez leb nations comme chez les individus.

Que surtout ils ne fassent pas comme ces races dégradées , qui dans l'ignorance de leur faiblesse, méconnaissant leur situation , stupides et fières à la fois , souvent aussi cruelles , féroces , impitoyables , non-seulement restent à l'écart , et gardent leur barbarie avec une sorte de jalousie , mais repoussent sans intelligence ou massacrent sans pitié ces voyageurs éclairés qtii , représerttans et missionnaii^ d'une meilleure civilisation , viennent avec des peines infinies les appeler et les ini-

lier à la vie de penpids Sorts. De toat teinps des populations, Irappées en ituélcfiiè sorte d'aaallvène , ont éo&fté le spectacle d'une st triste obstination ; mais de nos jours en particulier, n^est^i pas déplorable de voir arec qtacA esprit de sdiipçon , de défiance et de baine saura^e , l'Afrique , en cerlaînes parties, reçoit et traite les bommes dévovéa, qui, pour lui apporter nos idées, viennent sur les pas les uns des autres k une mort presque inévitable ? C'est une pensée qui afflige ^ qfuand oA lit sérîeiiseftient et dans une baéie vue dl'huntianité, les récits de Hungo-Park et de ses Infortunés imitateurs.

Il ite s^git pas du reste danfs ce devoir, de re^ noncer à son indépendauee , d'abdiquer sa na* tionalité , de se Isire le peuple d'un autre peuple, comme on se fait Tbomme d'un autre bomme , ce serait là se dégrader; une dation pas plus <|u'un individu ne doit renoncer à sa personnalité ; elle doit rester elle , avoir son but à elle , suivre sa propre destination ; mais il faut que 'pàvar la bien suivre elle s'aide et se fortifie de tous les secours qu'elle peut recevoir des nations plus avancées; il faut qu'elle se mette à leur école et apprenne par leur exemple à se civiliser et à se perfectionner.

Du devoir passons au droit.

Qu'est-ïl en général ? la faculté légitime et sacrée par là même d'être admis à l'alliance des

56 Gouis

nations en progrès, d'entrer dans leur communion, de se lier à leur mouvement, de marcher à leur suite , de se développer sous leur tutelle.

Il ne va pas sans doute jusqu'au pouvoir de s'imposer à ces nations avec toutes les charges de sa destinée , de les avoir à commandement pour tout soin et toute œuvre , de les importuner de caprices , de les tyranniser d'exigences ; et par exemple de les engager sans nécessité et sans but dans des entreprises incertaines et des guerres hasardeuses. Ce serait là une prétention et non un droit véritable ; un peuple qui l'entendrait ainsi ressemblerait à ces en&ns mutins et mal élevés , qui , abusant du privilège de leur faiblesse et de leur âge , en profitent pour asservir leurs parens et leur famille à leurs fantaisies et à leurs petites passions.

Mais cependant , même en se renfermant dans les limites de la raison , ce droit s'étend encore assez loin , pour qu'indépendamment de la bienveillance et de l'assistanpe ordinaires , auxquelles il donne des titres certains, dans des circonstances urgentes et pour de pressantes nécessités, il impose aux peuples forts , à l'avantage des^ peuples faibles, l'obligation rigoureuse d'une protection efficace , énergique et décisive , dût-il en coûter de grands sacrifices et de périlleuses tentatives. U faut bien qu il en soit ainsi , puisque c'est

une loi pour le» faibles de eh^cher auprès d'eux appui , salut et conservation.

SECTION VIL

DeToir et droit de Tâme dans U société des grands hommes et des maues.

Dkvoii et droit mutuels des grands hommes et des masses.

Les grands hommes naissent pour les masses ; ils viennent à leur heure , pour en prendre le gouvernement , et en diriger les 4estinées. Ib doivent donc à cette foule qui se presse autour d'eux , et attend d'eux l'impulsion , l'animation et la vie , de veiller sur ses besoins avec une pro« fonde sollicitude , d'y pourvoir avec dévouement, et avec cette haute paternité que leur commande le caractère dont ils sont revêtus. Ils sont les éducateurs de cette espèce de famille que , sous le nom du genre humain , Dieu . leur a donnée à élever ; qu'ils songent à la responsabilité qui accompagne une telle mission ; qu'ils n'oublient jamais qu'eux surtout sont vraiment des hommes publics et sociaux , des honmies à tous et pour tous , dont il n'est pas une pensée , pas une action, pas une parole , qui ne deviennent de quelque façon la pensée , l'action et la parole populaires; qu'ils aient sans cesse sous les yeux , avec une

5i '^' GOUES

iorte de rdigion, cet oeéan d'iiftielHifenQes ^ doat leur paissante attraction règle tcms les moavemens, et dont ils peuvent à leur gré soulever ou calmer les flots , et qu'ils preiin^t garde d'y semer le trouble et la tempête. Ils n'ont pas charge de ces âmes pour les agiter follement et ies perdre sans but en périHeûses aventures ; ils ont à les diriger , à les faire vivre et agir dans le sens de leur bien ; ik Setai^it coupables si par plarisir et vain jeu d'ambition, ils les jetaient téraétihÎTement liors des toîes qtà leur scoit tracées. Ils oe sont éhniaeiis 4{ue pour étire excrilens, ils ae soBi puissanees qae pour être providenees. Ainsi , ea méitoe temps que leur mis^oti est hb ministère ée gloire, c'est aussi un ministère de eenscience et de prebhé. Us ne doivent donc rien tenter sor les masses qui leur sont commises q^iWec une profende sagesse et une haute charité. Toute expérience hasardeii»e serait une coupable légèreté, tk quelquefois pis peut-être , peut-être un crîne de lèee-humanité.

Telle est Imir voication, %eA\e est la manière dont ils doivent l'entendre. Ëomtties d'industrie et de commerce , hommes d'art et de «cîence , honmea de guerre et d'état , de toi et de religion, du moment que le doigt de Dieu les a faits et eréés grands y ibaont tenus par cela même , chacun sdon leurs attributions, d'administrer à lewt semMâbles, ceux-ci le bien«étre et k richesse,

ceiu*là la beauté et la vérité , les autre» la force, les autres Tordre, les autres enfin les choses du ciel , et de se consacrer à cett» mission avec courage , constance , amour et dévouement.

Mais on comprend qu'un tel devoir ne les laisse jpas sans un droit. Quel est le droit qu'il leur constitue ? Celui de n'être pas arrêtés dans la poursuite de leur but par aucun des obstacles qu'où leur oppose trop souvent ; de n'avoir pas à lutter contre de mauvaises passions et les difiieuHësi déplorables qu'elles suscitent à l'envi ; de n'être pas méconnus, calomniés, persécutés, quelquefois même indignement sacrifiés et immolés; d'être au contraire écoulés , obéis et suivis , j'ajouterai , récompensés du doux priï de la gloire , par ceux auxquels ils viennent servir de guides et de providences ; car enfin s'ils se doivent de toute la force de leur génie aux masses et à l'humanité y l'humanité et les masses se doivent à eux en retour de toute la force de leur sympathie; s'ils leur donnent de grandes choses , qu'ils en reçoivent un grand prix ; amour pour amour, gra« tàtude et admiration pour d'immenses bienfaits, voilà leur droit, tout leur droit. Au vaste jour de l'histoire et à la îacq du ciel , il se ùài en quelque sorte entre le grand h(»nme et la fouie un contrat solennel, qui les- oblige mutuellemefit , elle à être reconnaissante , bienveillante et docile, lui à être vigilant, compatissant et secourable; il est

îuste en conséquence qu'elle lui rende en hommages, en acclamations et en chants de gloire, ce qu'il lui donne en éducation , en civilisation et en bonheur.

Qui dit devoir et droit des grands hommes, dit implicitement par là même devoir et droit des masses; aussi vais-je être court sur ce dernier point.

Le devoir des masses consiste avant tout à rechercher , à sentir , à trouver les grands hommes; à tourner sur eux cet instinct qu'elles ont pour démêler, deviner et susciter, partout où ils se rencontrent , le génie et la puissance ; aux masses non de créer , mais d'échauffer , de vivifier ces natures généreuses , et de les appeler à l'action , en leur exprimant avec passion les besoins qu'elles éprour vent, les nécessités qui les tourmentent et les maux qui les travaillent. A ce cri de l'humanité : une âme pour nous sauver ! il nait toujours une âme qui vient pour le salut. Puis cette âme venue, les masses ont à marcher dociles et confiantes dans les voies où elle les conduit, à l'entourer d'amour, à la consoler par une tendre et pieuse admiration des misères sans nombre attachées à une si belle, mais aussi à une si rude et si pénible vocation.

Quant au droit qu'elles acquièrent en se remettant avec foi entre les mains des grands hommes, c'est une sorte d'inviolabilité et de consécration morale, qui les recommandent au respect et à la

consciencieuse sollicitude de ceux qui ont charge de les diriger. Par là même qu'elles se livrent à eux en toute sécurité, qu'elles se placent sous leur discipline avec le plus entier abandon , qu'elles marchent à leur ordre, vont où ils veulent et comme ils yeulent , elles méritent d'être ménagées, veillées et dirigées , de manière à n'être jamais ou laissées ou jetées dans de mauvaises directions. Celui qui , investi d'un si saint ministère, ne saurait pas y être fidèle , et par coupable facilité gouvernerait avec mollesse les esprits dont il répond , cédant à tous leurs caprices , pliant devant tous leurs préjugés , flattant toutes leurs passions comme un père faible et imprévoyant ; ou qui , ne prenant de sa mission que ce qu'elle a de sévère, de dur et d'impérieux, sans entrailles et sans pitié, superbe et tyrannique, n'aurait jamais pouf ses semblables cet intérêt tendre et sérieux , qui convient aux nobles cœurs , et leur infligerait la civilisation comme une peine, comme un fléau; celui-là, d'une façon ou de l'autre, aurait méconnu et violé le droit sacré des âmes faibles. Il est au reste trèspeu d'hommes d'une véritable grandeur qui méritent de tels reproches ; le génie préserve d'ordinaire de cette fâcheuse facilité ou de cette rigidité impitoyable, et ce ne sont guère que des ambitieux vulgaires et médiocres, des imposteurs et des fourbes, qui se jouent ainsi des destinées et du bonheur ♦ de l'humanité.

Page 1