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et oivifisateur, ei qui se volt double mission , ou qui du moins dans sa mission voit double bien à produire , le sien et celui d'autrui ; certes , il ne peut que grandira porter cette conviction dans set relations avec un autre peuple. Dès-lors, non-seulement il veille à la défense et au salut de ce peuple , à sa richesse, et à son bien-être, mais il s'ap* plique à l'écairer , à le polir , à l'améliorer, à le constituer moralement. Qu'il emploie à ces fins le commerce , et la science , les arts et la religion, et même la guerre quand il y est réduit, pourvu que tous ces moyens soient mis en œuvre dans un esprit de prudence, de justice et de vraie pbilantbro* pie, il acquiert une bien autre gloire que si , dans son égpïsme national , il n'eût songé qu'à son propre bien , se fût clos comme la Chine , et eût clos et gardé pour lui tous les trésors de sa civilisation. A quelle belle destinée n'eût-il pas renoncé en se refusant à ce rôle de peuple modèle et initiateur que lui a donné la Providence? £t quel avenir au contraire il s'ouvre et se prépare, quand, fidèle à ses missions, il accomplit dignement sa tâche d'instituteur et de conducteur des nations? Il y a des peuples providences comme des hommes providences; il y a de grands peuples, comme il y a de grands hommes ; être compté parmi ces peuples, être de ces peuples choisis par Dieu pour servir à l'accomplissement de ses plans sur l'humanité , en avoir le sentiment, vivre dans cette
foi et avec cette eeipérance , n'est-ce pas la plut haute fia que puisse se proposer une nation? La poésie ni l'histoire n'ouhlient pas de telles races ; Tune leur consacre des épopées , Fautre en fait le grand personnage des drames qu'elle raconte.
C'est ainsi qu'un peuple fort vaut par ses rapports avec un peuple faible.
Je m'aperçois qu'en me livrant aux développemens qui précèdent , j'ai donné au mot continent un peu plus d'extension que d'abord je ne l'avais annoncé : le sujet m'y a entraîné; et en effet, il n'était guère possible , sans morceler ma pensée, de ne prendre cette expression que dans son acception géographique. D'ailleurs , à parler dans le point de vue philosophique et moral, n'y 9A4\ pas continent, société continentale , quand les lignes de démarcation de pays à pays , montagnes, fleuves, ou mers, sont franchies avec une facilité , une rapidité et une fréquence qui font que des nations, même à de longues distances, sont pour ainsi dire voisines , se touchent et se tiennent en quelque sorte. Je ne regrette donc pas cette extensiov d'expression et d'idée ; je la regretta d'autant moins, qu'elle me dispense maintenant de traiter en particulier des avantages des sociétés de continent à continent. Ce que j'aurai à en dire, après ce qui vient d'être dit, ne serait plus qu'une répétition. Au fond , et surtout à mesure q^e la civilisation se fera voie , et que
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les pnoyei^ de commtinioatiQns matériels et spirituels se miUtiplieront entre les peuples, il n'y aura plus sur la terre des continens , mais un continent , une seule et même famille de peuples.
SECTION IV
- Du bien de l'âme dans son rapport ayeo la société des grandi hommes et des masses.
3\i à parler à présent d'une autre espèce de société , qui n'a rien dans sa forme d'aiissi déterminé et d'aussi sensible que celles dont j'ai parlé jusqu'ici, mais qui n'en est pas moins réeUe, moins certaine et moins nécessaire ; je veux parler de la société des grands hommes et des masses. Il ne s'agit plus de ta finmille , de l'état , ni du continent ; il s'agit de l'humanké, et des liens qui unissent Goire elles, au sein de cette immensité , les âmes éminentes et les âmes de la foule. Pour qui sont , sous ce nouveau rappbrt , les , avantages de l'union ? Est-ce pour les forts ou pour les faibles? Pour les uns aux dépens des autres, ou pour ceuxci aux dépens de ceux-là? nullement. Il en est de cette société comme de toutes celles dont j'ai parlé ; pourvu qu'elle soit ce qu'elle doit être , qu'elle soit selon le but et les lois de son institution, qu'elle soit vraiment société, chacun y trouve son bien , nul n'y trouve son mal ; les forts y de-
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viennent plus forta et l^ ^fagibl^ moins foiblest; les forts y servent a^x faibles , et les faiUes aux forts : tous concourent en cqmmun, à leur mutuel avan-» cernent; les grands hommes guident les masses, et les maisses poussent les grands hommes.
J'ai pe4 de chose à dire pour montrer que les masses ne vivent pbysiqiiement, mais «urtout mor ralement , que par la présence et l'assistance des génies qui président et veiUent à leurs destinées. Leur instinct de conservation , de richesse et de Inen-étre, leur dispositioin à combattre et à lutter pour leur droit , leurs goûts d'art et de science y leur amour de liberté , leur besoin de religion ^ toutes les puissances en un mot de leur corps et de leur âme n'ont satisfaction et développement que sous la direction de ces provinces que Dieu a commises auprès d'elles , en son lieu et place, pour ainsi dire, afin d'employer l'humanité à améliorer l'humahité. Il leur faut des ch^ d'in^ dustrie , des hommes de guerre et d'état, des hom-» mes de science et de religion , qui , chacun s^on son ministère, leur communiquent les dons divins qu'ils ont reçus de la Providence , et que , commei les ainéa de la feimille , ils sont chargés de distribuer à leurà frères moips avancés. Les masses ne sont sans doute pas exclusivement providentielles, elles ont leur part de liberté et de responsabilité ; mais ^es sont providentielles, pour toute une portion de leur existence dont elles n'ont et ne
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peureiYt «ivoir qu'uti intiment confas : elles le sont pour toutes les choses grandes, vastes, difficiles, dont elles portent en elles le désir , mais qu'elles ne comprennent ni ne s'expliquait , et que , livrées à elles-mêmes, elles seraient incapables d'ac* complir. Cest en vue de ces choses que les grands hommes ont leur mission : ils viennent , et voient la foule ignorante et inquiète; soudain ils entrent avec elle en une profonde sympathie, et comme ses gardiens , ses guides et ses sauveurs , ils se hâtent de lui donner les inventions, les idées, les œuvres et les dogmes qu'elle demande avec instance; ils pensent et agissent pour elle, ils lui font sa destinée ; en un mot , ils sont ses hommes. Que si par hasard ils lui manquaient , elle tomberait ou resterait au sein de la barbarie. Après Dieu c'est à eux qu'elle doit le bien dont elle jouit. Bans ses temps d'imagination et de poétique reconnaissande , elle avait raison de les appeler des héros et des demi- dieux; ils en ont les mérites, le caractère et la vertu.
Mais les grands hommes à leur tour n'ont-ib pas besoin des masses? leur sont-elles inutiles quand, ne sachant ce qu'elles veulent, mais pressées de désirs, agitées, impétueuses, elles viennrat à eux , les soulèvent , les suscitent et les portent à de sublimes destinées ; quand de cette voix confuse, mais puissante et remuante, de cette voix qui est comme celle de Dieu , elles les appellent
et leur fout ouïr ces inyBtà!iettx avis de graunénar et de gloire , dont leur âme est transportée ? N'estce pas d'elles que s'exhale ce souffle merveilleux qui les frappe à la face, les «Iveille et leur inspire de vives et fortes idées ? N'est-ce pas paroe qu'elles disent: un poète! qu'elles ont un poète; un héros! qu'elles ont un héros; un prophète! qu^elles ont un prophète ? Cquceves-vous le poète^ le hé* Iros et le prophète , au sein d'une foule qui ne sent rien , ne cherche rien » et avec aussi peu d0 souci des choses du ciel que de la terre, laisse là ses grands hommes , et ne le^r demande ni poésie, ni actes d'^cl^t , ni religion? Les concevez-vous, je ne dis pas dans cette solitude apparente, où il n'y a de seul que le corps, où l'esprit au contraire, tout plein^de la société, puise dans ses larges sympathies une force extraordinaire , mais dans 1^ solitude morale , lorsque leur âme n'a point d'âmes avec lesquelles elle ait commerce , qui l'iu" voquent et auxquelles elle«rCOipmunique la vertu qu*elLe a eu elle ? Plantez le chêne si^r le roc , et voyez ce que deviendra ce roi de la végétaUon ! De même le grand homme ; à lui aussi il lui faut son sol, et ce sol c'est la foule» la fpule vive, active , animée d'insUncts profonds et énergiques. Ou manque )a foule , et une telle foule , le grand homme ne vient pas : il ne vit, ne se développe et n'atteint toute sa hauteur que dans un état de société qui ne le laisse pas languir , se flétrir et IV. 4