‹ Cours de philosophie, Volumes 3-4Chapitre 29 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mj nmm de l'ame da»s son ravvort avec diev.

SECTION I

De Ib prièîe.

Il est d^abord éridétit que codime nous ve sau^ rions bien yitfe selon Dieu , sanft Men titre selon notre conscience , selon k nature el Thnttiàùité , notre destinAtion religieuse impHqtte néeessuire^ ment notre destination spirituelle, malérielie et êociale; la piété, k sainteté Ont pour Condition» nécessaires toutes les tertus qui no^ perfectionnent so&t en nous-mêmes , soit dans nos i^pport» atec le monde et nos semblable». Oe tnéme qu'il y a de Dieu dans les lois de tout ce qui est créé ^ de même aussi il y a du eulte danb les actes p^r lesquels nous nous eAM«çons de nous oonfokmer et d'obéir à ces \o\n. Nous honorons le créateur par le respect et le soin que nous tôuons aut créa^^ tures. Cultive la penaée et toutes tes facultés; rends à rhorame et à Funiters ce que tu leur dois pour

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ton propre bien ; suis l'ordre partout où tu le trouves , et devant Dieu qui t'a fait âme , qui t'a placé au sein de la nature, qui t'a donné une famille, une patrie, et la société des peuples et du genre humain , qui t'a lié de mille manières au. système général des êtres, tu seras sage et méritant; voilà ce que chacun de nous peut se dire à lui-même ; voilà une sorte de religion qu'il doit se proposer de pratiquer, bien sûr de se sanctifier s*il en remplit fidèlement les commandemens et les préceptes.

Cependant ce n'est pas là encore la pure et vraie religion ; l'homme et le monde y ont trop de part, et Dieu lui-même pas assez; le théisme y est trop efiacé par le naturalisme et Fanthroporaorphisme ; elle est bonne mais insuffisante ; et il est nécessaire pour la compléter qu'elle i^ couf ronne d'une religion plus directe et plus expresse. Dans ce point de vue nouveau quelle doit être notre destination ?

Je ne disserte pas ici de Dieu; je l'ai fait ailleurs, et j'y renvoie. Mais je me résume et je db: Dieu qui est et qui vU, qui est et vit étemel , immense et infini ; qui a absolument la pensée , l'amour et la puissance ; qui est la providence de tous les êtres; raison, justice, bonté et beauté pour les uns, pour les autres impulsion , mouvement et animation , force physique pour ceux-ci, pour ceux-là force morale, s'appropriantà chacun,

se faisani fout à tous , les traitant tous sefoti leur nature, leurs qualités et leurs rapports; Dieu, pour plus simple expres^on, est Fondre lui-même à sa source, Tordre idéal et souverain, l'ordre générateur de tout ordre. La nature, en effet , n'est . qu'un ordre fini, dérivé et secondaire, et de même l'humanité. Dieu est l'ordre primitif, incréé, universel , qui engendre et harmonise tous les ordres particuliers dont l'univers est rempli ; Dieu eu un mot est le tout ordre. Si tel est son caractère ,, quelle doit être en conséquence notre conduite à son égard ? Le négliger ou le repousser , l'oublier ou le nier , n'est-ce pas se jeter dans le désordre ? n'est-ce pas devenir faible , et faible de cette foiblesse qui n'affecte pas seulement quelque pouvoir . de notre âme, mais notre âme toute entière, tCMite notre vie , toutes nos forces ? car ce n'est plus d'an désordre partiel , temporaire , local et limité qu'il s'agit dans cet état, c'est d'un désordre complet, c'est d'une opposition radicale à l'ordre lui-même en son principe. Serait-ce donc là la destination à laquelle nous serions appelés? — Au contraire, lorsque d'abord, autant qu'il dépend de nous , appliquésavec diligence à chaque espèce d'ordre , fidètes au monde et à la société , nous nous élevons ensuite pieusement jusqu'au maître qui les régit, que nous le cherchons dans ses voies , que nous le suivons dans ses plans , nous nous sentona aussitôt grandir, et plus pleinement

vÎTfe , n^us valons mieur j nous Sommée pltis for^ en effet, nous nous unissons à la force des forces, nous nous licms à son action , nous participons à sa puissance , nous communions arec la vie prise à sa source el en sa substance. Gomment dans cette rdi^euse et harmonieuse société de la créature avec le créateur , du faihlê avec le forl, ne trouverioiis^nous pas la vertu , le vrai bien , le bonheur ?

Telle est notre fin par rapport à Bieu.

S'il en^st ainsi, rien de plus facile que de caor clure les devoirs qu'elle nous impose envers lui ; ils se réduisent à ceux-ci : la prière d'abord , et puis l'œuvre comme conséquence et complément de la prière.

La prière ! mais y croye*-vous , en admettesvous l'efficacité ? — A mon sens , oui , sans aucun doute , et j'en donne pour première preuve la généralité du fait lui-même , qui est de tons les lieux , de tous les temps , et j'ajoute de tous les bommes, car il n'y en a pas qui ne prient soit d'une façon , soit de. l'autre. Toute rhumanité prie. D'un bout de la terre à l'autre il s'élève incessamment un concert de prières qui s'échappent des. coeui^s en mille accens divers , et s'adressent à Dieu , comme à la cau^e quelle qu'elle soit , ou quelle qu'on l'imagine , d'où tout vient et où tout se rapporte. La prière est dans le monde moral comme la lumière dans le monde physique; et de même que dans celui-ci, la lumière n'est

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pM parkmi m toujours également vite , paiement claire et ëgalcrment pure ; de méuie mxssk dans celuHà, la prière n'est pas toujours ni partout é|^lement traie : c'est l'effet de Terreur. Mais elle n'en est ym moins , dans l'ordre des esprits , un phénomène universel « et à ce titre elle a nécesH sairement sa raison et son but. £lle est destinée à vivifier et à fortifier les âmes , et elle ne pcrrd de sa vertu que lorsqu'elle s'égare en aveugles et coupables superstitions ; mais du moment qu'on la considère dans sa légitime et vraie nature , on comprend bien tout ce qu'elle a de salutaire et de bienfaisant. Qu'est-ce e^ effet que bien prier ? ce n'est pas demander à Dieu qu'il cbaoge et se modifie au gré d'un vain caprice , qu'il défasse ee qu'il a fait , qu'il fasse ce qu'il n'a passait, qu'il suspende ses lois et réforme ses eosseilt d'après les vcDin^ qu'on lui adresse 2 désirs d'enfant que tout cela , fantaisies ferles et sans raison , sources de mécomptes et de déceptions ! Priôr ainsi n'est pas aspirer à un ordre vrai, à l'ordre lui-même, mais à un ordre îaax , au déserdre ; c'est imagi« ner des combinaisons arbitraires et absurdes , et d<miander au Tout^Puissant qu'il s'y prête et les appuie, c'est les chercher, les souhaiter, les réar liser par la pensée , et si l'œuvre suit le désir, les réaliser par l'action. Or , à cela il y a faildesse , oubli du bien , fausse religion , souvent même corruption * Hais la vraie prière est autre chose : née

de ]a foi et de l'amour , toute à Dieu vers lequel elle s^élève en saintes aspirations , tour à tour joie pieuse ou douce et triste dévotion, espérance et élans d'âme ou repentir et résignation , elle n'est jamais y. sous toutes ses formes, qu'une fervente protestation d'attachement absolu à l'ordre. Douloureuse et éplorée , elle exprime avec le regret et le remords de la faute , l'effort fait pour se relever et revenir à la vertu ; c'est un soupir vers la bonne vie ; heureuse , elle est l'effusion d'un cœur qui se sent fort de son adhésion à la loi suprême , et en tressaille d'allégresse. S'échappet-ellg en hymnes plaintives et en accens mélancoliques , elle dit les combats , les rudes épreuves et les misères, quelquefois aussi les punitions que Dieu envoie à l'homme dans sa sagesse, pour le soutenir ouïe relever, l'exciter ou le corriger. Mais , s'écrie-t-elle avec transports et vives acclamations ; comme au. matin d'un beau jour , elle salue , en l'adorant ,' le mystique soleil qui l'éclaire , l'échauffé , l'inonde de félicité. Ainsi toujours la vraie prière se rapporte et tient à l'ordre; l'ordre à retrouver quand il est perdu, à conserver quand il est trouvé , à chercher quand il manque encore, voilà son objet ; retour ou union, aspiration continuelle et tendance constante à l'ordre , voilà son mouvement. Bien prier n'est donc autre chose que s'élever, s'adresser à l'ordre en la personne de Dieu, et se montrer disposé à y conformer sa vie.

Et qu'on ne pense parque ce déyeloppement de Famour et de la £oi ne prenne naissance que chez les hommes d'un esprit simple et naïf. Les savans font comme les ignorans ; ils voient dans l'ordre qu'ils comprennent la vérité , la bonté et la beauté par excellence ; ils y reconnaissent ce système de relations et de lois où chaque être a sa raison , sa place et sa destinée ; ils y admirent vivante, en action et à l'œuvre , cette Providence infinie qui embrasse tout dans les plans de sa suprême sagesse. Seulement au lieu de se borner à deviner , à en* trevoir , à croire enfin sans savoir , ils abstraient et mettent en lumère ce divin fond des choses ; ils le saisissent à sa base, et le suivent dans ses contours.; ils le pénètrent dans ses détails, l'analysent dans ses rapports , le vérifient de toute fa< çon et le convertissent de réalité concrète et obscure, en réalité distincte, précise et évidente. Certes , alors» ils croient ; ils croient même d'autant mieu& que leur foi vient de la science, et que le Dieu auquel ils adhèrent est plus, intelligible à leurs yewL; ils y croient et ils l'aiment en raison de leur» lumières. Leur religion suit leur pensée; elle en a la profondeur , la force et la pureté. Le vrai savant , le sage a sa dévotion comme l'ignoirant ; toute la différence , c'est qu'il la tire delà réflexion et non du sentiment. Parfois même ilprend quelque chose du caractère sacerdotal,, et quand it expose avec enthousiasme la vérité dont

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U est Forganeyil est conune le prêtre delà science, et sa philosophie est une sorte de culte ^ qu'il propage en enseignant. Il n'y a que les faux sa* vans qui n'aient pas cette piété, et encore ont-ili leurs vérités, vérités incomplètes , dieux iaitsà leur idée, qu'ils idolâtrent et adorent souvmit avec fanatisme. Le sage » à la vue de l'ordre , a foi .et amour comme le peuple , eomme le peuple il prie , et se trouve bien de prier*

En effet , si la prière dans la pureté de sa na» turc n'est qu'une aspiration religieuse et unt sainte adhésion à l'ordre ; si elle n'est que lemoifr^ venent d'un esprit touché de Ken , et qui se voue à lui sans réserve ; si elle n*est qu'un élan du cœur vers le bien suprême et d)solu , elle est en parfaite harmonie avec la destination générale de l'homme ; car , soit qu'elle le relève et le soutienne, soit qu'elle l'excite et l'exalte, elle ne peut manquer de le fortifier , de le rendre meilleuret plus heureux. La prière , sans être encore précisément de ' la vertu , est le commencentenl de toute vertu; on l'a appelée quelque part la respiration de l'âme : oui , elle en est bien le aoulBe vital , un signe heureux de santé , un symptôme de moralité. Prier, bien prier» c'est éUre prêta bien vivre.

SECTION II

De roitivpre.

Gefcndaut prier ne suffit pas , il faut joindre l'œuvre à la prière. Or , qu'est-ce que l'œuvre dans le sens sérieux et profond de la religion ? c'est toute pratique tentée ou accmnplie en vue de Dieu. Les travaux d'art et d'industrie, la justice et la charité , les soins de Vàme et du corps, toutes les habitudes, en un m6t, d'une légitime activité , rapportés à l'ordre suprême , à Dieu qui en est le principe , ont , par là même , le carac* tère et la qualité de l'œuvre. Tout peut se tourner en- œuvre, pourvu que ce qu'on fait soit en mé* moire de lui.

Cependant il y a entre lesœuvresdes différences et des degrés. Toutes les âmes , dans leurs hommages, n'honorent pas Dieu également bien ; cel* les qui les lui adressent d'un cœur fervent font mieux et méritent plus que celles qui ne le ser« vent qu'avec tiédeur ; celles qui les lui offrent sous forme de soins donnés à l'ordre de la nature, lui sont sans doute moiris agréables que celles qui les placent dans le dévouement à l'ordre moral et social , et parmi celles-ci les excellentes , les grandes âmes , dont les pensées ont pour but le bien de tout un peuple, de toute une société de

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peuples , de l'humanité tout .entière , sont encore à ses yeux plus saintes et plus dignes. Néanmoins quelles que soient les voies de la Providence que Ton suive de préférence, il y a toujours religion à y entrer et y marcher ; ainsi , le médecin qui guérit , comme le savant qui éclaire ; le laboureur qui défriche, comme le moraliste qui civilise, ministres du Très-Haut chacun à leur manière , impriment à leurs travaux un caractère sacré , du moment qu'ils les rapportent au maître dont ils relèvent; tous ouvriers devant Dieu, bien qu'il y ait entre eux des distinctions , ils ont tous comme un culte dans l'emploi religieux qu'ils font de leurs facultés.

Telle est l'œuvre en général : qu'est-elle maintenant dans son rapport et sa liaison avec la prière? £lle en est le complément et la suite légitimes. La prière est une aspiration , une iélévation 4e l'âme à l'ordre ; l'œuvre est , autant qu'il dépend de l'homme, le fait qui atteint cet ordre, l'exprime et le réalise. La prière commence, l'œuvre achève et consomme; l'une est l'inspiration, l'autre l'action. Celle-ci git dans l'exécution , cdle4à dans l'intention , dans le vœu , dans le désir. La prière toute seule ne serait pas la vertu , elle ne devient telle que par l'œuvre. Prier sans rien faire , prier pour prier , n'est pas chose en soi suffisante ; il faut y joindre la pratique , il faut développer ce sentiment dans une suite d'actes et d'habitudes

qui en attestent Ténergie , la sincérité et la constance. Qu'est-ce que prier, pour le redire ? C'est croire en Dieu et l'aimer , croire en sa loi et l'aimer ; or , est-ce là le tout de la religion ? Mais se conduire selon cette loi , mais s'y conformef* de toutes ses forces , mais en accomplir tous les commandemens , mais en être l'homme, par le fait en màne temps que par la pensée, n'est-ce pas quelque chose de plus ? Non , la prière ne peut pas être sa fin à elle-même , il faut qu'elle aille à FœuTre, se l'adjoigne, se l'allie et parvienne ainsi à la plénitude et à la perfection de la vertu. Cependant , d'un autre côté , que serait l'œuvre sans la prière ? Un fait sans doute , mais un fait qui , tout régulier qu'il pourrait être , manquant de l'esprit purifiant et vivifiant de la piété , resterait sans consécration et sans caractère religieux. La prière l'eût sanctifié , l'absence de la prière le laisse sans la grâce ; venant d'une âme pleine de Dieu, tous les développemens légitimes des facultés humaines , exercices de l'esprit et affections du sentiment , déterminations de la volonté et roouvemens organiques, vertus de tout ordre et de toute espèce, tout se change et se transforme en hommages au Créateur. On peut en effet prier par la science et par l'art, prier par des travaux mécaniqueset industriels, prier surtout par la justice et la charité envers ses semblables; il n'y a pour cela qu'à tout rapporter aux lois de la Pro- IV. 7

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YÎdenee. Maii du moment ^u'ob a'âgit pas dam cette vue et par ^ce motif , que ce qu'on fait, on ne le fait pas par amour de Tordre divin , l'œuvre est humaine , puren^ent humaine, elle n'a riea de religieux. La science reste science; la poésie, poésie; l'industrie, industrie, etainsi de tout le reste; rien ne se trouve sanctifié , paiH%, que rien n'est prié. On continue sans doute alors à raarcber dans de bonnes voies , mais on y marche sans Dieu , sans l'idée du vrai but , du vrai bien de l'humanité ; on ne manque pas sa destinée , mais on ne l'accomplit pas pleinement , on ne lui donne pas toute sa moralité. Au lieu de l'élever au ciel , om la borne à la terre ; on la rapporte à quelque chose de partiel et d'incomplet , au lieu de U rattacher à Tordre universel et absolu. Aina , les mêmes œuvres qu'un dessein plus élevé, parce qu'il aurait été religieux , eàt rendues plus parfaites, le sont moins par cela même que cette intention ne s'y est pas mêlée , et que l'esprit de la prière ne les a pas visitées. L'esprit de la prière ! mais il faut bien le comprendre. Je ne veux pas dire cet esprit de désirs insensés et d'aveugle ambition , qui se tournerait vers Bîeu comme vers un roi de ce monde , pour solliciter à la manière de l'esclave ou du courtisan ; je ne veux pas dire l'esprit d'erreur, de petite superstition, d'idolâtrie et de fétichisme. L'esprit de la prière , je le répète afin qu'on ne s'y trempe pas , tout de foi

et d'amour*, de Térité et de lanière , ne s'adresse jamais à Dieu que comme à Fordre lui-même et au souyerain législateur du monde et de l'humanité. Donc , prier Dieu de cette façon , s'unir à lui de cœur et lui donner sa vie , c'est vraiment se sanctifier , sanctifier tous ses actes , quand d'ailleurs en eux-mêmes ils sont bons et légitimes : et ne pas prier , dans le même sens , c'est en ôter volontairement une grâce singulière , en retrancher ce qu'il y a de plu» pur dans la vertu et la sagesse humaines. Il est une matime , tenue pour ' vraie, et qui l'est, quand on ne la prend pas dans une acception trop rigoureuse , mais qui , jugée plus sévèrement , me semble fausse et inexacte : on dit : Qtn Imborat , orat; qui travaille , prie. Que veut-on dire par ces m«ts ? que celui qui ne donne pas tout son temps à la prière , mais qui agit et se livre à l'œuvre , se conduit mieux que celui qui se borne à une oisive adoration ; rien de plu» conforme à la raison. Mais si l'on entend qu'à la lettre travaille^ c'est prier, je vois dans cette pensée une fâcheuse confusion. On ne distingue plu» deux choses, qui cependant sont très-distinctes; on ne tient plus compte à la fois de la disposition à l'action et de l'action elle-même , de V'n^ tention et du fait, de la prière et de l'œuvre; on ne tient compte que de l'œuvre ; on lui sacrifie la prière , et alors voiei la conséquence à laquelle on est conduit. Celui qui travaille réalise

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Tordre (il faut du moins le supposer ) ; mais s'il travaille et pe prie pas, il réalise l'ordre sans y penser , sans y croire et sans y aspirer ; il le réalise matériellement , mais non moralement et en esprit; il ne commence pas par le voir, le sentir et le désirer pour ensuite le pratiquer ; il se borne à le pratiquer. Il fait comme la plante , qui elle aussi travaille , mais sans idée ni volonté. U porte et produit le bien comme la plante porte son fruit. Or , cette façon d'accomplir la loi n'est pas celle qui convient à l'homme; créé à la fois pour connaître , aimer et suivre l'ordre^ il doit le suivre avec foi , avec conscience et avec amour ; il doit travailler et prier, prier puis travailler , consacrer l'œuvre par la prière et couronner la prière par l'œuvre.

Qu'on me permette de faire encore une réflexion sur ce sujet. Dans toutes les religions , il y a des paroles pour dire que Dieu se retire de l'homme, l'abandonne et le délaisse, qu'il faut alors le prier pour le fléchir et le ramener. Au sens vulgaire et littéral , ces expressions ne représentent bien que les relations de notre nature avec une nature céleste » qu'on lui assimile un peu trop , qu'on revêt trop d'humanité» qu'on ne fait point asse^ divine ; et , d'après cette interprétation , il serait difficile d'en justifier la vérité et la justesse; eUes appartiennent plus à une foi mythologique et païenne qu'à une foi vraiment

chrétienne. Mais prises en un sens plos profond , je ne craindrai pas de les soutenir, et je les expliquerai ainsi qu'il suit : Dieu ou l'ordre ne cesse jamais d'être présent et puissant , immuable , universel ; en aucun lieu , en aucun temps , il ne suspend ou ne limité la souveraineté de son action ; en soi , il ne défaille jamais. Mais ce qu'il est en lui-même , il ne Test pas toujours aux yeux de l'homme. Pour l'homme , souvent il s'obscurcit /disparaît et s'éclipse ; il demeure dans les choses, mais s'y cache sous voiles; il ne manque pas à la réalité , qu'il remplit tout entière , mais il manque à l'esprit , auquel il se dérobe, et alors une grande tristesse s'empare de l'âme et la consterne : on se sent faible et misérable , on se trouble de ces ténèbres , on s'effraie de ces obscurités ; or si , dans de telles tribulations , on ne recourait pas à la prière , si on n'invoquait pas avec confiance les clartés divines, et que, soutenu par la foi , l'amour et l'espérance , on n^aspirât pas à la manifestation et au déploiement visible des lois de la Providence , ce serait, certes, une déplorable et profonde infirmité. Quoi ! pas un soupir, pas un désir, pas le moindre élan du cœur vers cette vérité qu'on ne voit pas et qu'on a tant be- 'soin de voir ! rien qui porte à la chercher , et 3'il se peut à la saisir ; rien qui tourne l'intelligence fers la face de Dieu , et l'excite à l'adorer ; de riudifférence, du doute , de l'ignorance à tout

jamais ! Oh ! non , ce n'est pas là un état naturel à l'homme. Mais prier et vivre pour l'ordre , aussi bien quand on ne l'a pas que quand on le voit et qu'on le possède , ne jamais s'ien détacher , H suivre à la trace et y aspirer quand il est clair et manifeste , et quand il arrivé qu'il est caché , y aspirer encore et l'espérer, lui continuer un culte pieux au milieu même de ses éclipses et de ses défaillances apparentes; là, sans nul doute, est le vrai devoir , là aussi la vraie force. Qu'on entende de cette façon ces éloignemens de Dieu et ces colères célestes dont parlent toutes les religions; il n'y a plus superstition, il y a sagesse et raison à dire qu'il faut prier pour les faire cesser et les dissiper. Prier ainsi n'est autre chose qu'invoc[uér l'ordre et la lumière, et rien ne convient mieux à la destination et au bien de l'âme.

Gomme d'autre part rien ne serait plus absurde et plus fâcheux à la fois que de croire que dans ces occasions la Providence a un caprice , et que pour y mettre un terme , il faut la prier , la supplier , tâcher enfin de la fléchir , ainsi qu'on l'essaierait auprès d'une créature imparfaite et changeante.

Ici se termine , avec la question du bien par l'apport à Dieu, la question générale du bien. Je passe à celle du beau.

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