CHAPITRE IX
DIT MALRBITB.
Qd*est-ce que le malheur en géneFal ? Je le dirai en finissant Je commencerai par dire ce qu'il est en particulier dans tel ou tel cas, telle ou telle circonstance.
Lorsque je me sens faible d*esprit, sans puissance pour comprendre et démontrer la vérité, pour sentir la beauté , pour gagner d'autres intelligences à ma foi et à mon opinion; lorsque je ne peux me faire illusion sur les défauts de ma pensée , et qu'en outre je me les reproche et les impute à ma négligence , à mon inattention et à ma paresse , je souffre de cette conscience , et je souffre doublement , d'abord parce que je suis faible, puis parce que je le suis par ma faute; et je ne puis pas faire qu'il n'en soit pas ainsi , car j'ai et je vois en moi ce qui cause ma douleur. Ici le mal et le malheur sont donc entre eux comme deux faits , dont l'un détermine l'autre , dont l'un est le principe de l'autre. Il y a malheur , parce qu'il y a mal et sentiment du mal.
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QaVm hcmime dont le cœur n'est gâté par le pea de noiti qu'il a mis, soit à. modérer^ soit à déy^opper ses actions naturelles, vienne à se re> connaître en un t^ état , en ait honte , et rougisse de n'avoir plus d'amour pour rien, plus d'entrailles , plus d'émotion? , plus de ces passions qui animent et élèvent l'humanité , ou qu^il se V4>ie )e jouet d'une sensibilité iotempérée , convulsive et sans £reii», it a remords et douleur de ces deux espèces de faiblesses. Car ce sont deux faiblesses , souvent même deux vices, et nul ne les trouve en soi sans en être affligé comme d'une dégradation de sa nature. Ici donc encore au mal senti se joint le malheur comme conséquence.
Considérez également Pâme dans son rapport avec le corps; qu'éprouve^*elle , lorsque sans sagesse à l'égard des organes , elle n'en use pas ou en abuse , les néglige ou les pervertit dans les fonctions qu'ils doivent remplir, ne les exerce et ne les applique à aucun de leurs emplois légitimes , ou les tourmente de ses caprices , lés épuise «i vains travaux , et par ses intempérances de toute sorte les afflige de maladies , lest détériore et les tue 2 De même qu'il y a plaisir et jusqu'à un certain point plaisir moral à jouir d'une activité organir que^ puissante et bien réglée « de même aussi il y a souffirance à sentir en soi celte activité détruite ou déréglée par le &it de la volonté. C'est encore un malheur qui tient à un mal dont on est cause*
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yen émî autant deé foutes comnitoi «n^rs la nature et ses. lois. Comme elles sont ées déaar*dres, elles sont des sources de mécomptes, dte eoBtrariëtés et de misères. Ainsi j on n'est jamais faeiirent de ne pas suirre en sa conduite les rè^^ d'une sage économie , et pour peu qu'on a'aper«> içoive des inconréniens etrdes dangers auxqueh on a'éxjpose par ces iiapradènees , on en souffi^e iné^* Titablemeut. U en est dé même dés choses d'arts quand on les néglige ou ^u'on les dégrade ; et n'est jamais qu'âTOc un sentiment de tristesse el debUmeqû'cMia'^aYOue de tels actes; ils témmgaem en e£fot de l'ihimrie, de la brutalité , de Fabaenee de goût, et, pour tout dire , d'un véritable dé&ut de t'âme.
Enfin , toyet ce qui apnye quand en a failli de quelque façon contre Dieu ou les hommes , quand par quelque acte on a violé les lois générales de la Providence ou celles «te la société; dès qu'on sait ce qu'on a fait ^ et qu'on se confesse à aot* tttéme le mal qu'on a commis , on n'a plus la etm* s<iience tranquille; et selon le degré de gravité du désordre dont on s'accuse , depuis le plus sinple repentir jusqu'aux remords les plus affireux , mé«> contentement et chagrin, angoiases et dédnni<» mené, horreur dé soi et suppKoes d'enfer, voilà ce qu'dn éprouve intérieurement. Ëtsion retrouve quelque calme, c'est qu'on oublie , qu'on s'étour* dit ou tout au moins qu'on ae promet de revenir
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à IfrTerlii , qu'on y rmeoi en espérance, et que par *màe ansBi on renaît à la joie et an boi]Lheiir/ MaU tântqne pèteâuv lexxeiir oe jugement triste et sévère , dans lequel on se dit : j'ai été faible et mécfaftnt^'j'aî été dur à mes frères , injure et déloyal; je n'ai pat honoré Dieu ain^i que je le dierai»^ j'ai mécofemu ses plans et contrarié se% lois; il n'est pasposûlile que l'on conserve quelque paix, et qiielque plaisir dans l'âme, et le malheur , sous^la forme de la sanetion et du châ* timent, vient en bannir toute espèce de calme et de dottce paix* IKul ne résiste au spectacle de s^ furopre corruptioti ^ et n^a le ecëuii de se réjouir de sa honte et de son infamie. Pour les voir de 8ai|g-*froid , il laut les voir a^res qu'elles qç sent, et }ms ooflmrir en idée de quelque apparence d'honnétoté ; il se peut alors qu'à la faveur du déipuiaemeht , dont on les voile , on en soutienne sans tfop d« trouble l'imprçasion mensongère. Mais imârentfiit, quand Je mal est là nu, manifeste et «iroué, on ne le regarde pas sans douleur ; il n'est paA ^dàns la nature de Themme de manquer sa cte^tination , de le sentir • et de rester heureux.
Si j'«|oute maintenant que dans chacun des cas particulien que je viens dei parcourir, non*6eu<H lement le malheiir succède au mal et s'y rapporte; pidia en suit tous les degrés, en revêt tontes les noanees, ce que je ne oroi^pas avoir besoin d'ex-* pliquer, cnb a toute ma «enolusioi^ , savoir que le
malheur est à la fois k. cooséquaiuse , la mesare et le prix du mal, préetsément comme le iiOBbenr est lui-même la conséqvieace, la mesure et le pnx du bien.
Cette relation est invariable, les exceptions qu'on y suppose sont apparentes et non réelles; jamais il n'y a de mal sans malh^ir. Que si parfois il est des actions qui , qumque mauvaises , ne donnent à l'âme ni regret ni remords, c'est que l'âme les ignore , les oublie ou les méconnait en ce qu'elles ont de vicieux; c'est qu'elle nelea voit pas telles qu'elles sont, qu'elle y v(Mt le bien qui n'y est pas ou le bien qui s'y reacontre , maissan le mal qui s'y mêle , le corrompt et le souille. Il n'est pas étonnant cpi alors elle ne souffire pas d'une manière d'agir qui en elle-même est mau« «aise , mais qu'elle ne sait et ne juge pas mauvaise. Pour être affligé d'un désordre, il faut le soitir et l'apprécier ; s'il échappe à la conseienoey ou la trompe et la séduit , il est comme s'il n'était paa, ou ne parait pas tel qu'il est;. c'est une rakon po«r qu'il ne produise pas l'impressicm qu'il devrxit produire. On ne gémit ^ on ne se réjouît , et en gé* néral on ne s'émeut qu'en conséquence des idées qu'on se fait des biens et des maux. Il est du reste malheureusement vrai , comme je crois l'avrâ* déjà dit , que les hommes sont plus sujets à s'aveuglwr et à se faire illusicm sur leur masvaise que sur leur bonne vie ; ils ont trop d'intérêt à se croire
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koonétes et irréprochables pour n'être pas très* elair-Toyans au sujet de leurs vertus , et ne pas chercher au contraire à s'étourdir et à se donner le changée sur leurs faiblesses et leurs vices.
Les exceptions dont je viens de |)arler s'expliquent donc trè8*-naturellement dans le sens de la loi générale qui unit entre eux invariablement le inal et le malheur; elles ne font pas objection ; et dles ne seraient même pas apparentes » si Ton exprimait cette loi par cette formule plus précise : il n'y a pas de mal ienii qui ne soit suivi de malheur , ou le malheur est toujours la suite du sen* Éwt^ni du mal.
Seulement il faut remarquer que , comme il y a plusieurs espèces de mal et autant d'espèces de inaUiear qui leur correspondent exactement, la limson n'a pas lieu du mal d'un certain ordre au malheur d'un autre ordre , mais d'un même mal à un même malheur , d'un mal de la vie intime , sociale ou religieuse, à un malheur de la vie in-* time , soeiale ou religieuse. On soufire de toute £sute , mais de chaque faute différemttient ; à chaque vice sa peine propre ; à la paresse la sienne, à la lâcheté la sienne, à 'l'intempérance la sienne ausai , à l'injustice , à la violence , à l'impiété égalemoit la leur ; point de confusion , point de faux rapports, pasune combinaison arbitraire; une douleur ne vient jamais quand une autre devrait devenir; chacune a pour ainsi dire sa spécialité, dont IV. 16
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elle ne se détourne jamais , en sorte que si , par exemple, on a à se reprocher sa pauvreté , ce n'esl pas de la maladie ou de la feifalesse d'esprit , ov de tel autre mal dont on n'est pas coapaMe que Ton s'afflige en sa conscience, c'est de sa pauvreté elle-même. £t pareillement quand on a manqué de justice ou de bienveillance , le chafj^n qu'on en éprouve n'est pas celui qui pourrait naître de l'incurie ou de l'imprudence , mais celui qui a sa source dans la violation du droit , et il en «st ainn dans tous les cas. Quand on sent qudque mal en soi, c'est de ce mal et non d'un autre , c'est delà manière dont oh le sent qu'on est à coup sAr malheureux; on ne l'est pas jd'un mal qui n'«it pasou du moins qu'on ne sent pas.
Ces explications^ une uns données , me mutent à l'aise pour sout^r la thèse que j'ai es Vue, savoir que le méchant ou l'homme du mal esi nal* heureux. £n effist, dans la méohmit ne regardex que le méchant ; supposez4ui le f^^tinseat eiVap-'. préciation de sa vraie vie, et dites «i ea se voyaBtt en se jugeant tel qu'il est , il n'a pas honte de luimême, s'il n'en a pas quelquefois bôrrear , a'il a'a pas une souffrance à chaque vice qu'il surprend en lui, à chaque £iiblesse qu'il y découvre. Sena doute, s'il se trouvait de cette race de méduois, grâces à Dieu exceptionnelle, qui, perdant Sont sens mal , n'est plus capable de savoir ni ce qui est mal ni s'il y a du mal , dans son brutal ave«-
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ffiemen^i û n'aundt qu'iii^Sfféreiice sur toutes «f» ftiettoiiA : un etïme ne reffraierait pas , car ce 4^iniç , il r^QOi^erait ou peat<4tre même le croi-» x^it vertiu Mais le méchant , asosi fait , âme sans coeur et sans raison , ii'est qu'un monstre dans l'ordre humain ; et d'une lelie créature on con • ^oit bien qu'elle se dégrade sans remords. Cette hideuse apathie est la conséquence naturelle de la dépravation de sa conscience. Hais à l'honneur de l'humanité , dans le cours ordinaire des cho» ses y le méchant Tant, mieux que cela , et quelque ^mdurci qu'il puisse être, il conserye toujours assez 4'int^ig6Doe morale pour que , sinon de lui-même , au moins d'après l'exemple et les dispours des sages , par l'effet des reproches ou sous le coup de la justice, il fasse un retour sur lui* même, se reconnaisse et se repente. Combien peu de crimin^ sont jamais si assurés dans leurt mauraise» convictions , qu'ils ne fléchissent et ne cèdent devant aucun raisonnement , qu'ils ne se à^oubient d'aucune parole, ne s'alarment d'au** cune sentence, et l'esprit calme jusqu'au bout, pMsent par toutes les épreuves de la réprobation publique; sans cesser de croire en eux , d'avoir foi eu leenr innocence et d'être en paix avec eux^mê* mes ? Il y a bien peu de ces impénitences que n'inquiète aucun scpupi]de , que n'entame aucune yéflexion , qui résistent à tout et tiennent bon confire toute espèce de conversion. Pour de si prodii-
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^eux eatétcfflaenl^, il £iut à des âmes de fer un ttÊaatisme da mal qui n'y laisse mordre en quelque sorte ni le blâme , ni la honte, ni la crainte , ni le dbâtiment, ni ei^n aucune de ces ckoses auxquelles le cœur humain finit toujours par être sensible. C'est pourquoi je n'héâite pas à dire, tout bien considéré dans ces exceptions, que l'homme méchant est malheureux.
Il l'est sans aucun doute ; il gémit et il soûffire de tout ce qu'il y a de mauvais en lui ; mais le mauvais n'y est pas seul; il s'y trouve aussi du bon. L'homme méchant n'est pa» tout rhoraine^ il n'est pas de tout point méchant, et à côté des qualités ou des faeultés qu'il a viciées, il en a d'autres qu'il a cultivées , et qui , grâees à ses soins ^ sont heureusement développées. Il peut même avoir ses vertus , comme , par exemple , le eottrage , la prudenee et la tempérance , les: avoir au moins par moment, et n'être pas toujours injuste, toujours violent , toujours cruel , mais se montrer aussi parfois disposé à la justice, à la bienveiL lance et à la pitié. Rien n'est si fréquent que ces contrastes ; et alors , comme il reconnaît cet ao^re côté de sa nature , qu'il y distingue le bien , il en jouit parce que c'est du bien. L'honune de bien est heureux en lui , tout conune le méchant y est malheureux. Remarquons même en passant combien il est sagement disposé que les choses ae passent ainsi. S'il ne connaissait que la douleur et
le chagrin d'avoir mal fait, triste, accablé , sans ea^MATy il se mmidiraitr mai» ne se corrigerait pas ; en éjpronTant le piaiûr du bien , il y prend goût et le recherche » il sait où est la source du bonheur ei s'y sent attiré. On Ta dit bien souvent , mais on ne peut trop le redire^ l'initiation à la vertu vient dé l'expérience que l'on â des jouissanceé qu'elle procure. Mais le méchant, en fiait de biens, n'a pas seulement ceux que sa volonté et son travail lui assurent; il a aussi ceux dont la Providence l'a gratifié et favorisé ; il peut en conséquence être doué de certaines qualités excellentes; il peu4 avoir le génie ^ la santé , le pouvoir, les richesses et le suecès ^ c'est Dieu qui les lui accorde ; cela ne l'empêche pas d'être mauvais et malheureux sous d'autres rapports ; mais sous ceux-ci , il est bon. Que ce soit sans volonté, sans effort et sans mérite, il n'est pas moins éminent par ces diverses qualités ; il n'en a pas moins ses prospérités , ses grâee» et ses. dons d'en haut ; il les sent et en jouit. Telle est en effet sa nature ; telle est la nature de l'hoame , qu'il ne peat pas voir sa destinée s'aceamplir en quelques* points, sans en éprouver aussitôt contentement et plaisir. Rien ne s'oppose donc à ce que le méchant soit heureux d'un bien fortuit ; seulement il n'en est pas heureux comme d'un fruit de sa volonté , il ne se Tattribue pas eomme une vertu , il ne trouve pas dans sa conscience ce sentiment de dignité , cette noble fierté
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du cœur, cette ihlime cèofraialatkn «pji iïen* jiei^t de reatioie ds sdi^méoie. 11 pi end le i^aîstr comme plaisir ,. comme cooséfuenee nécefiBaire d'uae fa?eur qu'il tient du ciel, et non coiame T€tx)mpenae d'un acte libre et volontaire, oe qui» pour le dire en passant, ôte certainei|ient à sa félicite son plus doux, son plus purduuine, sa plus sainte yolupté* D^autant que , comme le mal l'em* porte. et domine en lui ^ puisque après tout il est le méckant , qu^l y domine avec les caractères du vice et de démérite, etqu^à ceUtre il n'y en a pas qui inspire plus de douleur » de d^ùt et d'aver' sion ; ses joies , toutes fatales et mas trace de mo* ralitéy sont bien corrompues par la bonle, k crainte, le remordset toutes les misères d'une âne qui est et se sent coupable.
Le méchant est donc malheureux ; mais il l'est .comme méchant , de de qu'il y a de mauvaû en lui , et non de ce qui s'y trouve de bcm.
St pour ramener dan» toute sa rigueur ma con* cAusion générale, je termine en disant avec plu» de confiance que jamai»« que le malheur cat vé* ritablea^nt la eirnséquience instable , la preuve et le prix du mal.
Après avoir montré ee qu'est le naUteur^ il esl nécessaire de dire un met sur Tefi^ qu'il pneduil
Jdans lïme quand elle le consSdëre comme élé* jneai d'une ftotion qui est k faire.
Le aal dans la même ciroonstance y détermine ane prohibiHon ou une obligadon négaêwB, Çu'est-oe que le malheur y détermine ? une ré«- .pugnanoe, une aversion. C'est trop clair pour que je le montre. Il suffit de remarquer que jamais nous ne portons les yeux sur une action dont la condition doit être pour nous la douleur, sans être excités par la sensibilité à l'éviter et à Ja 6iir* Nous pouvons combattre , nous pouvons vaincre cette disposition du oomr , mais nous ne ^pouvons empêcher qu'dle ne naisse et ne se développe, quand la cause qui la provoque est présente et active. Se dire qu'on va avoir à soufllHr , 'et ne pas en être ému , n'avoir pas même un mou- "vement de crainte et d^éloignement, ce serait ne pas s'aimer , ce ne serait pas de la natui^e humaine. Jamais l'homme ne prévoit une occasion de tris- :tesse , qu'il ne sente d'abord son âme prête à la résistance et au combat.
• Souvent le malheur est imaginaire , sans réa^liié et sans raison. Comme néanmoins on y croit , on y répugne , on le repousse ; fausse et vaine «version, et dont il faut avoir grand soin de se l^arder ou de se guérir ; car die ne serait que de la Oeûblesse. Mais souvent aussi le malheur est féeX et certain; il est la conséquence -évidente d'un maliipii. n'est pas douteux. Dans ce cas, la
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répugnance est légitime et salntaire; elle agit dans le sens et à Fappui de la défense, la seconde, la fortifie , et concourt arec elle à un commun résultat, dont la conscience s'applaudit Quand la répugnance a ce caractère , non-aeulement il ne faut pas la réprimer , mais il faut la respecter, Fécouter et y céder. Elle est Fauxiliairedu devoir, au besoin même elle en devient Futile supplément, lorsque trop dur en ses préceptes, il effraie Fàme de ses rigueurs. Cette aversion que nous avons pour tout ce qui nous £Mt souffirir , nous donne le courage de résister à de mauvaîaes tentations, et la force que nous n'aurions pas pour fuir le mal à cause de lui-même , nous Fa* vous pour fuir le mal à cause du malheur qui Faccompagne. Ce n'est pas sans doute là le fait de la plus pure moralité, et il y a une meilleure m<* nocence que celle qui n'a pour principe que la crainte de la douleur. Mais mieux vaut encore ne pas pécher par un motif de cette nature , que de n'être retenu par aucun frein. Il faut avoi^ à fai fois honte et peur du vice ; mais en avoir seulement peur est déjà quelque chose, et ai ce n'est pas de la vertu , c'en est au moins FavantrgoèlL Quand on a pris le chemin du bien par pasdim et mouvement de cœur ^ il n'y a plus beaucoup à faire pour y rester par raison ; de même que, quand on a commencé par simplement haïr le mal , on nç tarde pas à le condamner et à le rei^usMr à la
fois pour lui-même et ^our sa conséquence , par jugement et par sentiment. Voilà l'avantage qu'il peut y aToir à ne négliger dans la nature humaine aucun des élémens qui la constituent , à les compter et à les estimer tous, à les faire tous servir à la fois au développement les uns des autres.
Du reste il va sans dire que la répugnance dont je viens de parler n'a rien d'uniforme et d'invariable ; qu'elle change et se modifie selon les objets auxquels elle se rapporte ; qu'elle a uneiioule de degrés, depuis le simple éloignement jusqu'à l'horreur la plus vive; jo ne m'arrête pas à le montrer.
J'arrive au terme de cette question.
Le mal et le malhemr sont unis l'un à l'autre par un rapport invariable. Ils forment ensemble un tout moral que nous ne pouvons considérer et apprécier sous sa double fac-e, nous proposer comme e^t à réaliser par notre conduite , sans trouver en nous en même temps Vohligatiotir dn ne pas faire , et la répugnance à faire. De là suit l'idée de la morale , telle que je l'ai tracée en traitant plus haut du bien et du bonheur. Je -ne la reprendrai pas ici , je la rappellerai seulement , et me contenterai de dire que la morale qui ^ dans ses préceptes , néglige le mal ou le malheur est nécessairement incomplète ; que eelle au con-^ traire qui tient compte de l'un et de l'autre tout ensemble , morale du devoir et de l'amour , a en die bien plus de largeur , de portée et de vérité.