‹ Cours de philosophie, Volumes 3-4Chapitre 5 sur 39 · PREFACE. XIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XIII

je les concevais : Tim Taction , Faction vraie ^ l'autre la joie de Faction.

Et j'ai reconnu , quant au bien , que partout où il se rencontre , il n'est que le développement d'une légitime activité, ou pour parler avec plus de rigueur, que le développement de l'activité : car il n'y a d'activité que celle qui est dans l'ordre; où ée trouve le désordre , il n'y a plus activité , il n'y a plus vie vraiment bonne, il n'y a qu'altération et corruption de la vraie vie. J'ai donc reconnu qu'en toute chose , le bien est Faction. Je ne puis ici, pour le prouver, entrer dans le détail d'analyses qui appartiennent au corps et au fond même de l'ouvrage; je ne puisque donner des indications , mais elles suffiront , je l'espère , ou si pour l'instant elles ne suffisaient pas, je prierai le lecteur de suspendre son jugement jusqu'au moment où il me sera permis de les lui offrir plus développées. Peut-être alors en senlira-t-il mieux l'exactitude et la vérité.

Ainsi, que sont tous les biens qui répondent et conviennent à nos diverses facultés ? quel est celui de l'intelligence, celui de la sensibilité , celui de la liberté , toutes ces vertus

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le la pensée, de ^a^lour et de la volonté, toute cette intime énergie qui se déclare par tant d'actes dignes d'estime et d'admiration ? [{ue sont toutes ces habitudes de goUyemer notre corps, de le conserver par la tempérance, de le défendre par le courage, d'en ménager toutes les fonctions avec soin et discrétion? que sont aussi les résolutions que nous prenons quand il le faut, de le dévouer pour le devoir à une mort inévitable? et ces œuvres de l'industrie, ces monumens de Fart que nous créons avec le concours et par le moyen de la matière ? et ces pratiques meilleures encore par lesquelles nous nous appliquons à la justice et k la charité, à la piété et à la religion? que sont toutes ces formes, toutes ces modifications du bien ? Des modifications de la vraie vie, de celle qui ne pèche par défaut non plus que par exeès, et qui, dans son plein développement, vaut d'autant plus qu'elle atteint mieux et dans une meil-^ leure coordination les divers buts de sa nature. Dans toutes, le fond et le principe est constamment l'action. Que fait l'homme qui déploie de rares et belles qualités d'esprit et de caractère ? Il agit, et par l'action donne à ses

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iacullés morales leur légitime destination. Que feit oelui qui se sert de son corps selon les r^les de la sagesse? Il agit également, il est puissant sur ses organes; de même celui qui associe la nature à ses ouvrages, et oelui qui est charitable, et celui qui est religieux ; tous agissent et sont bons, et sont bons parce qu'ils agissent.

Veut^m, pour ne pas rester dans le vague des généralités, que je prenne un exemple précis et déterminé ? Je citerai le martyr, je citerai le héros. Qu'approuve-t-on , qu'admiret-on dans la conduite qu'ils tiennent ? N'estce pas celte énergie et cette constance excellentes qui font que leur cœur ne se trouble pas à la pensée de la mort , et se résout par dévouement à la vérité et à la justice, à briser tous ses liens les plus chers et les plus doux ? n'est-ce pas cette vitalité de vertu et de courage qui se suffit à elle-même, au point de se détacher de tout intérêt matériel, et de s'élever pure et sainte' au plus haut de la perfection humaine ? n'est-ce pas une douloureuse , mais divine émancipation , un élan prodigieux vers ce monde inconnu , où les âmes sont appelées à vivre encore meilleures , plus libres, et plus

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puissantes ? n'est-ce pas l'action, la plus action en quelque sorte qui soit au pouvoir de l'homme ? n'est-ce pas l'action dans sa gloire et son idéale splendeur ? Et le contraire , c'està-dire le mal , le mal qu'il y a à ne pas soutenir de sa vie sa croyance et sa cause, à les abandonner et à les trahir, n'est-ce pas de la faiblesse ? n'est-ce pas souvent un crime ou le comble de la faiblesse ? n'est-ce pas une dégradation et comme une négation de l'action ?

Tout bien est action, cela est aussi vrai par l'expérience que par les preuves du raisonne* ment

Il en est de même du bonheur ; tout concourt à montrer qu'il est l'infaillible conséquence du sentiment de l'action.

C'est encore un point sur lequel je n'insisterai pas ici , parce que c'est ailleurs que je le développerai. Mais il ne faut qu'y regarder pour voir qu'en eflfet dès qu'on agit, dès qu'on fait comme force morale ce qu'une force morale est appelée à faire, on est heureux d'une telle manière d'être. Ou l'on ignore son bien , et alors sans doute on n'en jouit pas, ou on le prend pour le mal, et alors encore on n'en jouit pas, on en souffre comme du mal^ mais

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dès qu'on le voit tel qu'il est , on s^en félicite , on en est heureux. Ainsi , selon les circonstances, on a les joies de l'esprit, quand l'esprit est plein d'énergie ; on a les joies de la vie physique , quand tout y va convenablement et celles qui tiennent aux relations sociales et religieuses, quand il y a dans l'âme des vertus sociales et religieuses. On les aurait toutes à la fois , s'il était possible de réunir en soi toutes ces diverses perfections. Mais pour tant de bien et tant de bonheur, il faudrait une àme divine , il faudrait l'ange tel que nous le rêvons , tout pensée, tout amour, libre et puissant sans obstacle; l'ange au corps incorruptible, au monde pur et idéal , à la société d'anges comme lui, vivant en Dieu et plein de Dieu. A l'homme tel qu'il est , il n'est donné ni d'être bon ni d'être heureux parfaitement. Mais de tout ce qu'il a de bonté , qu'il en ait peu ou beaucoup, il recueille infailliblement une juste part de bonheur. Toute vertu a ses jouissances , toute qualité éminente son plaisir et ses douceurs , comme toute faiblesse sa tristesse, tout vice ses amertumes. J'expliquerai en son lieu ce qu'il peut y avoir en apparence de paradoxal en ces idées ^ et je tâcherai alors d'en mettre la

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vérité hors de doute et de contestation. Pour le moment, ce que j'affirme, et ce qu'affirmeront avec mioi tous ceux qui se placeront dans le même point de vue, c'est qu'il faut se méconnaître ou s'ignorer soi-même pour avoir quelque vertu et ne pas s'en féliciter, pour accomplir quelque J^ien et ne pas en être heureux'.

Voilà comment il m'a semblé qu'en procédant^ comme je l'ai fait , je pouvais donner à la doctrine du bien et du bonheur un peu plus de précision qu'elle n'en a ordinairement. ^

Je crois aussi qu'en considérant la science de la destination d^ t homme ^ comme l'application point par. point de celle de sa nature y il m'est possible de faire rentrer et de coordonner dans la morale certains arts de là vie, certaines règles d'action dont on 'ne nie pas l'importance, mais qu'on néglige trop d'y rattacher. Ainsi , par exemple , la logique, la poétique et la rhétorique , l'hygiène et l'économique, voilà, certes, autant d'arts, qui ont pour objet le perfectionnement , soit de l'esprit, soit du corps, et finalement de la nature humaine. £h bien ! si quelquefois on les rapporte à la morale ,

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c^est vaguement et sans précision; le plus souvent même on néglige de les y rattacher par aucun lien. On leur ôte ainsi le caractère impératif et obligatoire dont ils devraient être empreints; on n'en fait plus des art$ du bien ; on oublie ce qu'il y a de moral dans leurs règles et leur objet. Et cependant il est moral et de la plus haute moralité de cultiver sa pensée par la science ou la poésie; il est moral aussi , quoique à un moindre degré , de veiller sur son corps et son bien-^étre matériel; il y a des devoirs attachés à la recherche de la vérité , à la recherche de la beauté , à la tempérance et au travail industrieux et utile. Pour n'être pas des devoirs de l'ordre de ceux qui nous commandent la charité envers nos semblables et la piété envers Dieu , ils n'en sont pas moins des devoirs ; il faut les placer à leur rang, mais il ne feut pas les méconnaître. Je crois donc avoir eu raison de restituer à la morale ou à la science générale du bien certaines parties qu'on a le tort ou d'en rejeter entièrement , ou de n'y admettre qu'obscurément. Je les y ai rétablies d'une manière directe et explicite.

J'y ai été conduit c(nnme je l'ai dit par la marche que j'ai suivie ; allant sans cesse de la

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psychologie à saconséquenee naturelle, j'ai dû faire passer dans celle-ci tout ce qui était dans celle-là ; et comme en étudiant l'homme tel qu'il est , j'ai reconnu entre autres points qu'il est capable de sentir et le beau et le vrai , qu'il est doué d'une organisation propre à l'expression et au mouvement ; en l'étudiant tel qu'il doit être , j'en ai tiré la conclusion qu'entre les élémens divers du bien sont pour lui la poésie 5 la science ,' l'éloquence, la conservation et le développement de ses facultés physiques. Encore une fois, ici comme toujours, j'ai calqué fidèlement la morale sur la psychologie, en employant pour instrument une exacte déduction.

Un autre avantage peut être tiré de cette manière de comprendre et de traiter la morale , et il mérite réflexion. Par un sentiment fort louable , on s'occupe beaucoup aujourd'hui de la condition des classes pauvres* On fiEÛt bien , ce n'est que justice ; on ne saurait mettre, à les rendre meilleures et plus heureuses, trop de soin et d'application. J« m^en voudrais de ne pas montrer sympathie et amour pour une œuvre aussi pieuse ; et si je prévoyais que mes paroles y fissent la moin-

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dre opposition, je les retiendrais religieusement. Mais je ne pense pas que les considérations que je vais essayer de faire valoir, aient aucun mauvais eflPet , je pense au contraire , qu'elles sont propres à éclairer et à mieux diriger un zèle qui peut avoir ses préjugés et ses illusions.

On veut l'instruction des classes pauvres; mais on la veut comme moyen. On la veut presque exclusivement tournée aux sciences physiques ; c'est encore comme moyen. Quand on demande pour les classes pauvres , réduc* tion et économie dans les dépenses de l'état , augmentation de salaires , rétribution plus équitable du travail et de l'industrie ; quand on leur donne. quelque conseil de sagesse et de bonne vie , quand on leur recommande , par exemple, la sobriété et l'économie; ce sont toujours et toujours des moyens qu'on leur propose. Or, que prétend-on par ces moyens ? à quel but les rapporte-t-on ? Au bien-être matériel ? d'accord ; ce but n'est pas à négliger , et je suis loin d'en méconnaître l'importance et la valeur. Mais est-ce là l'unique fin, la fin souveraine et absolue de l'homme ? Non certes , et s'il le fallait , il me serait facile de le montrer ;î'en ai donné la preuve ailleurs,

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