XXVI PRÉFACE PERSONNELLE
sujet quelconque dont je m'occupe actuellement, sauf à ajourner judicieusement, selon ce principe, les nouvelles acquisitions extérieures que je jugerais utiles. Ce régime sévère a constamment dirigé l'entière exécution de ce Traité, où il a assuré la netteté, l'énergie et la consistance de mes diverses conceptions, quoiqu'il y ait pu, en certains cas secondaires déterminer, envers les sciences constituées, une appréciation trop peu conforme à leur état récent, aux yeux de ceux qui chercheraient en cet ouvrage, contre mes formelles applications initiales, de véritables spécialités, autres que celles qui concernent la science finale du développement social, que je devais y fonder (1). Quand je suis parvenu à cette seconde et principale moitié de mon élaboration totale, j'ai senti que la rigueur de mon principe hygiénique, dont une longue expérience m'avait pleinement confirmé 1-heureuse efficacité, m'obligeait pareillement désormais à m'interdire scrupuleusement toute lecture quelconque de journaux politiques ou philosophiques, soit quotidiens, soit mensuels, etc. Aussi, depuis plus de quatre ans, n'ai-je pas lu réellement un seul journal, sauf la publication hebdomadaire de l'Académie des sciences de Paris, encore me borné-je souvent à la table des matières de cette fastidieuse compilation, qui dégénère de plus en plus en étalage habituel de nos moindres vanités académiques. Je voudrais pouvoir ici faire suffisamment sentir à tous les vrais philosophes combien un tel régime mental, d'ailleurs en pleine harmonie avec ma vie solitaire, peut aujourd'hui contribuer, en politique, à faciliter l'élévation des vues et l'impartialité des sentiments, en faisant mieux ressortir le véritable ensemble des événements, que doit dissimuler profondément l'irrationnelle importance naturellement
(1) Même envers cette science finale, on a pu aisément reconnaître que, suivant ce régime constant, j'y ai toujours réduit autant que possible mes lectures préparatoires. Je n'ai jamais lu, en aucune langue, ni Vico, ni Kant, ni Hcrder, ni Hegel, etc. ; je ne connais leurs divers ouvrages que d'après quelques relations indirectes et certains extraits fort insuffisants. Quels que puissent être les inconvénients réels de cette négligence volontaire, je suis convaincu qu'elle a beaucoup contribué à la pureté et à l'harmonie de ma philosophie sociale. Mais cette philosophie étant enfin irrévocablement constituée, je me propose d'apprendre prochainement, à ma manière, la langue allemande, pour mieux apprécier les relations nécessaires de ma nouvelle unité mentale avec les efforts systématiques des principales écoles germaniques.