XXIV PRÉFACE PERSONNELLE
française, mais aussi européenne, qui constitue mon unique refuge, et qui jusqu'ici n'a jamais failli à mes justes réclamations. Ceux qui trouveraient commode de continuer à m'opprimer sans me permettre la plainte vont probablement se récrier beaucoup contre le caractère insolite de cette sorte de manifeste, dont ils redouteront l'efficacité. Quelques amis sincères, trop timides ou trop superficiels, craindront, à leur tour, que cette lutte dangereuse, en apparence si inégale, ne détermine contre moi la funeste réaction de puissantes animosités, sous le jeu desquelles je suis immédiatement placé. Mais, dans les conflits intellectuels, où le nombre a naturellement peu d'importance, une intime combinaison de la raison avec la morale constitue la principale force, d'après laquelle un seul esprit supérieur a quelquefois vaincu, même pendant sa vie, une multitude académique. Ici, d'ailleurs, j'ose assurer d'avance que je ne serai pas seul contre cette masse aveugle et passionnée. Quelque solitaire que soit mon existence, je sais que l'élite du public européen a déjà nettement témoigné, surtout en Angleterre et en Allemagne, par ses plus éminents précurseurs, son indignation spontanée contre les entraves personnelles qu'éprouve mon essor légitime-, quoique ces nobles sympathies reposent encore sur une insuffisante connaissance de mes embarras privés. Les lecteurs les plus étrangers aux débals que cette préface a caractérisés comprendront aisémentqueles trois premiers volumes de ce Traité, tous relatifs aux diverses sciences existantes, constatent évidemment une haute aptitude didactique, quand même elle n'eût pas été directement démontrée par le concours spontané des expériences les plus décisives : ils apprendront avec surprise qu'on ait osé me refuser jusqu'ici, à ce sujet, une satisfaction méritée, si pleinement conforme à l'ensemble de ma double carrière, spéciale ou générale.
Tous ceux qui auront suffisamment apprécié les j ustesplaintes que je viens d'exposer sur ma situation personnelle sentiront, sans incertitude, ce que je dois ici hautement demander, en transportant désormais sous les yeux du public des luttes jusqu'ici contenues dans l'ombre des conciliabulesscienlifiques. Je n'exige nullement que mon existence privée soit changée ni même élargie, mats seulement à la fois adoucie et consolidée. Son état présent, s'il était moins pénible et moins précaire, suffirait à mes besoins essentiels, et même à mes goûts principaux. Quant aux prévoyances de la vieillesse, si jamais