PREFACE PERSONNELLE XIII
laquelle je suis ainsi soumis ne constituerait peut-être, envers tout autre, qu'une simple formalité, d'ailleurs choquante. Quant à moi, elle peut, à tout instant, devenir beaucoup plus grave, en fournissant un point d'appui légal aux injustes animosités que j'ai involontairement soulevées et que le cours naturel de mes travaux doit directement augmenter, surtout d'après l'action nécessaire du volume actuel. En tant que répétiteur, mon sort est subordonné, chaque année, non seulement aux diverses impulsions d'une corporation mal disposée à mon égard, mais aussi à la délicatesse ou à la circonspection d'un ennemi reconnu, dont la conduite antérieure est fort loin de garantir, en ce qui me concerne, son équité ultérieure. Comme examinateur, je suis pareillement exposé à la réaction annuelle, soit des différentes passions que doit spontanément susciter le juste exerci.ee de mon autorité, soit même des vaines utopies spéciales que peuvent suggérer à chacun de mes seigneurs officiels le mode d'accomplissement d'un tel office : des récriminations pédantesques qui, quoique collectives, n'en étaient pas moins inconvenantes et même ridicules, m'ont déjà formellement averti de l'imminente gravité que pourrait, envers moi, acquérir inopinément un tel joug. A ce double titre, mes amis et mes ennemis savent également aujourd'hui que, parvenue à sa quarante-cinquième année, ma laborieuse existence personnelle peut encore être brusquement bouleversée, malgré le scrupuleux accomplissement continu de tous mes devoirs professionnels, d'après une suffisante coalition momentanée des diverses antipathies qui s'opposent à mon légitime essor. C'est afin de sortir, autant qu'il est en mon pouvoir, de cette intolérable situation, que j'ai cru devoir, par cette préface, provoquer, à mon égard, une crise décisive, dont le péril, quelque réel qu'il puisse être, est, à mon sens,
jourd'hui renvoyer à l'administration la responsabilité exclusive de mesures aussi choquantes pour tous les hommes sensés : il est clair que le pouvoir n'a eu, à ce sujet, d'autre tort essentiel que de céder, avec trop de condescendance, à l'aveugle impulsion des préjugés et des ambitions scientifiques. Toute personne bien informée sait même maintenant que les dispositions irrationnelles et oppressives adoptées depuis dix ans à l'École polytechnique émanent surtout de la désastreuse influence exercée par M. Arago, fidèle organe spontané des passions et des aberrations propres à la classe qu'il domine si déplorablement aujourd'hui.