XIV PRÉFACE PERSONNELLE
moins funeste que la perspective continue d'une imminente oppression.
Pour mieux caractériser, surtout quant àl' avenir, une telle appréciation personnelle, il me reste maintenant à la rattacher convenablement à la position nécessaire où me place directement l'ensemble de mon élaboration philosophique envers chacune des trois influences générales, théologique, métaphysique et scientifique, qui se disputent ou se partagent encore l'empire intellectuel.
Il serait certes superflu d'indiquer ici expressément que je ne devrai jamais attendre que d'activés persécutions, d'ailleurs patentes ou secrètes, de la part du parti théologique, avec lequel, quelque complète justice que j'aie sincèrement rendue à son antique prépondérance, ma philosophie ne comporte réellement aucune conciliation essentielle, à moins d'une entière transformation sacerdotale, sur laquelle il ne faut pas compter. Dès mon adolescence, j'ai péniblement senti le poids personnel de cet inévitable antagonisme, première source générale des difficultés actuelles de ma situation. C'est, en effet, sous les inspirations rétrogrades de l'école théologique que fut surtout accompli, pendant la célèbre réaction de 1816, le funeste licenciement qui brisa ou troubla tant d'existences à l'Ecole polytechnique, et sans lequel j'eusse naturellement obtenu seize ans plus tôt, suivant les heureuses coutumes de cet établissement, la modeste position que j'ai commencé seulement à occuper en i832; ce qui eût assurément changé tout le cours ultérieur de ma vie matérielle. Une exception formelle, émanée de la même origine, vint ensuite me soustraire personnellement à la réparation partielle qui compensa, quelque temps après, pour mes camarades, cette proscription générale. Le lecteur sait déjà que le prolongement continu de cette oppressive influence m'interdit surtout l'instruction publique, et me réduisit à la pénible ressource de l'enseigement privé. A mesure que mon essor mental s'est définitivement caractérisé par l'apparition successive des divers volumes de ce Traité, une inévitable déchéance officielle n'a pas empêché envers moi les malveillantes manifestations de ce parti incorrigible qui depuis cinq siècles, se sentant de plus en plus incapable de soutenir aucune véritable discussion, aspire toujours, même dans l'impuissance, à exterminer ou à avilir ses divers adversaires philosophiques. Malgré sa circonspection accoutumée, la cour de Rome a récemment fulminé, contre un ouvrage qui