‹ Cours de physiologie comparéeChapitre 15 sur 54 · ÉGALITÉ DE TOUTES LES RACES HUMAINES · texte numérisé non relu

ÉGALITÉ DE TOUTES LES RACES HUMAINES

bles entr'eux que le sont le carlin et le boule-dôgue ? Et quand ceux-ci sont de la même espèce, pourquoi l'européen et le nègre, bien moins dissemblables, ne seraient-ils pas de la même espèce ?

Passons à la seconde objection contre l'unité de l'espèce humaine : la dififérence dans la couleur de la peau.

Blumenbach, qui a fait de si beaux travaux sur le crâne, ne s'est pas occupé de la peau.

Il y a vingt ans, je me suis livré à des études anatoraiques, très difficiles, sur la peau humaine; je ne les regrette pas, elles m'ont convaincu que la peau des hommes de race caucasique et celle des hommes de race éthiopique sont la même peau. Je n'entrerai pas dans des détails que le temps ne me permettrait pas de donner. En vous faisant passer les préparations sous les yeux, je me contenterai de vous dire ceci :

La peau humaine se compose fondamentalement de trois lames ou membranes distinctes : 1° l'épiderme externe, 2" l'épiderme interne, S» le derme. Nous retrouvons cette structure dans toutes les races. Entre l'épiderme interne et le derme réside la matière colorante appelée pîgmentum. C'est cette matière qui existe abondamment dans le nègre, tandis que, dans le blanc, on n'en découvre de traces qu'avec le secours du microscope. Remarquons bien que le pigmentum n'est pas une membrane, un organe ; c'est une sécrétion, un simple enduit, une partie morte. La peau du nègre commence par être sans pigmentum, et, d'un autre côté, celle du blanc peut l'acquérir.

Le pigmentum prend un certain développement dans un peuple de la race caucasique, les Arabes. Voici un fait plus décisif encore : M. Guyon, chirurgien en chef de l'armée d'Afrique, m'avait envoyé des fragmens de la peau d'un de nos soldats, mort en Algérie ; j'ai trouvé dans celte peau, que le climat avait basanée, un pigmentum très marqué.

Cela prouve que la coloration noire de la peau est un caractère tellement superficiel, tellement accideritel, que toutes les races peuvent le prendre ; et nous comprendrons maintenant celte belle phrase de Buffon : « L'homme, blanc en Europe, noir en Afrique , rouge en Amérique, n'est que le même homme teint de la couleur du climat, »

Enfin, un dernier caractère qui nous démontre jusqu'à l'évidence l'unilé de l'espèce humaine, c'est la fécondité continue que possèdent entre elles toutes les races. Elles travaillent toutes ensemble, dit Bulfon, à conserver et à multiplier l'espèce humaine.

T)" lly a égalité entre toutes les races humaines.

Sur ce point, je serai très court; il s'agit d'une démonstration psychique.

J'ai prouvé que, dans tous les hommes, le crâne et la peau sont essentiellement les mêmes. Un front plus ou moins saillant, un pigmentum sécrété avec plus ou moins d'abondance, ces accidens de race ne portent aucune atteinte à l'unité de l'espèce. Et puisqu'il y a unité dans l'espèce humaine, rien n'est moins impossible, rien n'est, au contraire, plus probable que ce fait, si doux à admettre, que nous venons tous d'un même père, que nous sommes tous frères.

J'ajoute : ce n'est ni le crâne, ni la peau qui constituent l'homme. Ce qui fait notre essence, ce qui est nous, c'est notre âme ; cette âme est la même dans tous les êtres de l'espèce humaine , notre fonds d'idées est le même, et celte identité proclame l'égalité entre toutes les races humaines. Aucune race n'est fondée à s'attribuer une suprématie sur une autre. On objecte que les nègres ne savent pas cultiver les sciences et les lettres; que, par ce côté, ils sont inférieurs aux Européens, et cela est vrai ; mais ce n'est là qu'une infériorité accidentelle, temporaire : croyons que, placés dans des circonstances plus heureuses, les nègres pourront s'élever progressivement, et s'élèveront, en effet, un jour, au niveau intellectuel des peuples civilisés.

Dixième I^eçon.

Sommaire. — Formation des êtres; historique. — Génération spontanée.

Des quatre grandes questions qui font l'objet de ce cours,j'ai traité la première : la spécification des êtres. C'était une question toute nouvelle,

si nouvelle que, si ce n'est dans quelques écrits où j'ai touché les points qui s'y rapportent, vous n'en trouverez trace nulle part. Il n'en est pas de même de la seconde question que je vais aborder : la formation des êtres. C'est, au contraire, la question la plus ancienne.

L'esprit humain s'adresse d'abord à ce qu'il y a de plus caché dans la nature; il se complaît dans les hypothèses; c'est avec leur secours qi'.'ii cherche la vérité. Elles l'en éloignent. Il demande alors un guide à l'observation, et bientôt, soutenu par les quelques faits qu'il a rassemblés, il se jette de nouveau dans les hypothèses.

La mystérieuse question de la formation des êtres a présenté toutes ces phases : elle a eu l'époque des hypothèses, l'époque des faits et l'époque du retour aux hypothèses, celte fois appuyées sur quelques observations.

Ces hypothèses, qui ont profondément occupé les esprits, font partie de l'histoire de la science ; j'exposerai les plus fameuses , en les éclairant par l'expérience et par la critique.

Je les divise en hypothèses philosophiques et hypothèses physiologiques.

Occupons-nous d'abord des premières : la plus ancienne est celle de la génération spontanée.

Toute l'antiquité a cru à la génération spontanée. Les anciens faisaient tout venir de la terre. Celte première conception —dirai-je cette première déception ? — s'explique. Tout, pour un œil superficiel, semble venir de la terre et en venir spontanément; ainsi, elle paraît produire la rénovation que le printemps amène avec lui. De l'observation vulgaire, celte impression passa dans la philosophie. Le premier qui ait donné la forme dogmatique à une pareille erreur est Épicure : suivant lui, la terre, dans sa première énergie, a produit tous les animaux, et même l'homme.

Pluiarque convient que, de son temps, la 1er ve, moins énergique, ne produisait plus que des rats. L'idée de Pluiarque a aussi sa source dans une apparence : il y a des années où les rats abondent en quan-

lité prodigieuse ; on les voit sortir de dessous terre, pour ainsi dire. Le peuple étonné leur donne la terre pour mère.

A plus forte raison celte idée a-t-elle été adoptée par les poètes. Mma parens hominum, disent-ils en parlant de la terre. Nous connaissons tous la fable de Deucalion et Pyrrha.

On comprend qu'Épicure et Plutarque, qui n'étaient pas naturalistes, aient ainsi donné dans une croyance populaire. Mais qu'Aristote ce grand naturaliste, cet homme si supérieur, ait cru, lui aussi, à la gé nération spontanée, il y a là de quoi nous surprendre.

Mais dans quelles limites Aristote a-t-il cru à la génération spontanée? C'est ce qu'il s'agit de bien voir.

11 dislingue trois sortes de générations : 1° la génération vivipare ; 2» la génération ovipare; 3° la génération spontanée. Toutes les fois qu'Aristote connaît bien le mode de génération d'un animal, il le classe soit parmi les vivipares, soit parmi les ovipares. Mais s'il n'a pas suivi le mode de génération de l'animal, s'il l'ignore, il le classe parmi les animaux à génération spontanée. Ainsi, pour Aristote, l'idée de la génération spontanée marque tout simplement la limite de son savoir.

Aristote a failli sur ce point, lui dont la sagacité a été admirable sur tant d'autres. Il a parfaitement décrit les animaux que nous appelons aujourd'hui mammifères; il a reconnu que les cétacés, jusqu'alors et même longtemps après lui rangés parmi les poissons, sont des animaux vivipares, qu'ils sont pourvus de mamelles, qu'ils ont des poumons et non des branchies, des poils et non des écailles. Il a aussi très bien connu le mode de génération ovipare. Chose remarquable ! il a vu que la vipère, qui présente les apparences de la viviparité, n'-est en réalité qu'un ovipare. Je crois me rappeler les termes dont il se sert à ce sujet : « La vipère produit intérieurement un œuf, et extérieurement un petit vivant. » Il est impossible de mieux exprimer le caractère de ce que la science moderne appelle ovo-viviparité.

On dira que tous les animaux sont ovipares. Oui, sans doute, et c'est ce que nous savons aujourd'hui : omne vivum ex ovo, comme a dit Harvey, et si bien dit. Mais, dans le sujet qui nous occupe, la décou-

verte de l'œuf des mammifères est celle qui a été faite la dernière. C'est une .de ces choses qu'on ne pouvait savoir au temps d'Arisiote. Je reprends :

Aristote sait que tous les oiseaux sont ovipares, les poissons de même. Parmi les poissons, les sélaciens ont exercé sa pénétration : il voit que, comme la vipère, les sélaciens ne sont que de faux vivipares.

Quand il arrive aux insectes, c'est alors seulement que le fll de sa méthode se rompt et qu'il a recours à la génération spontanée. Il dit , à la vérité, que certains insectes, tels que les araignées, les sauterelles, les criquets, les cigales, les scorpions naissent d'un œuf et viennent de parens de même espèce. C'est qu'Aristote a étudié, a suivi la génération de ces insectes : il a trouvé la vérité. Pour les autres, l'observation lui a manqué et, par conséquent, la vérité aussi.

Pourtant nul n'a connu, mieux que lui, pour son temps, les métamorphoses des insectes. Il sait que le papillon a été chrysalide, chenille et ver. Mais d'oii vient le ver ? Des feuilles vertes et particulièrement des feuilles de choux, dit-il. Ici la cause de déception est patente : nous voyons un nombre prodigieux de chenilles naître et se développer sur la feuille du chou. Si Aristote ne s'était pas arrêté là, s'il avait porté son observation plus loin, il serait arrivé à la ponte de l'œuf par le papillon ; il ne serait pas tombé dans l'erreur.

Dès qu'on a fait un pas dans l'erreur, il est difficile de n'y en pas faire un second. D'ailleurs, quel homme aurait été capable de détourner alors de la fausse voie Aristote, si supérieur à tous ses contemporains? Il crut que les poux venaient de la chair, les puces des ordures, les mouches de la corruption des viandes.

Je le répète : pour Aristote, la génération spontanée c'est la limite où s'arrête sa science. Quand il l'admet, tenez pour certain qu'il n'a pas étudié le mode de génération effective et réelle de l'animal.

L'erreur de la génération spontanée s'est propagée jusqu'à nous. Un illustre physiologiste de l'Allemagne, M. Burdach , l'admet pour les poissons paraissant tout à coup dans les étangs qui, après avoir été longtemps desséchés, se remplissent d'eau. La cause de déception est encore ici évidente : c'est le grand nombre de poissons apparus subite-

ment qui frappe l'imagination. Une observation attentive aurait démontré que (les milliers d'œufs s'étaient conservés dans la vase, après la fécondation, et n'attendaient, pour éclore, qu'une circonstance favorable. L'eau, étant revenue, a favorisé l'éclosion des œufs; voilà tout le mystère.

De la part d'un savant aussi considérable que M. Burdach (1), une pareille idée étonne. Quandôque bonus dormitat Homerus. Mais voilà que le même physiologiste, qui admet la génération spontanée pour les poissons, la nie quand il s'agit des crapauds trouvés, diton, dans l'intérieur des pierres (5). Si l'on admet la génération spontanée pour le poisson , pour le polype , pour une seule espèce animale, et pour une quelconque, je défie que l'on me donne une raison philosophique pour ne pas l'admettre à l'égard de toutes les autres espèces.

L'erreur de la génération spontanée parut céder, un moment, devant une suite d'expériences très bien faites, et qui furent instituées , à la fin duxvii"" siècle, par Redi, à Florence. Voici comment il s'y prit.

On disait que la viande corrompue, que le fromage engendraient les vers. Redi mit de la viande fraîche dans des vases, couverts d'une gaze qui donnait passage à l'air : sans cette précaution, on n'aurait pas manqué d'objecter que, dans un vase oil l'air ne pénétrait pas, les vers n'avaient pas pu naître. La viande se corrompit et ne produisit pasdc vers. Même expérience pour le fromage, même résultat négatif. Les expériences prirent un caractère de démonstration affirmative et de certi-

(1) Traité de physiologie considérée comme science d'observation, traduit (le l'allemand par A.-J.-L. Joiirdan. Paris, 1837, tome I, page 45.

(2) On répète souvent qu'on a trouvé des crapauds dans des pierres, dans des arbres.

On prétendait, tout récemment, avoir trouvé, aux environs de Blois, un crapaud dans une pierre. On apporta à l'Académie des sciences la pierre et le crapaud. Je suis allé aux informations, j'ai voulu remonter à la source du fait. Personne n'avait réellement vu. On savait seulement que des ouvriers jetant des pelletées de pierres, une d'elles avait éclaté, qu'un crapaud était sorti du tas de pierres , et qu'on en avait ramassé une qui avait un trou.

Je le demande, est-ce là ce qui constitue un fait?

lude quand on vil les mouches, attirées par la putréfaction des viandes, venir déposer leurs œufs sur la gaze.

A peu près à la même époque, Vallisnieri trouvait jusque dans les vers intestinaux les organes de la génération et des œufs. Ainsi, ces animaux avaient en eux tous les moyens de se reproduire.

Aujourd'hui, la génération spontanée est encore supposée pour les espèces inférieures. Les mêmes physiologistes qui admettent la mutabilité des espèces admettent la génération spontanée. Certains esprits sont sympathiques à toutes les erreurs.

Je le demande encore : quelle raison , j'entends quelle raison valable, de rejeter la génération spontanée dans les animaux supérieurs, quand on l'admet pour les infusoires, pour les vers intestinaux, pour les polypes ? La difficulté, l'impossiblité est la même : il s'agit toujours d'êtres organisés. Le polype n'a-t-il pas une organisation propre, des tentacules pour saisir sa proie, un estomac pour la digérer? N'a-t-il pas jusqu'à un instinct ?

Des observations récentes ont complété les expériences de Vallisnieri ; M. Van Beneden, professeur de l'Université de Louvain, devait porter le dernier coup à la génération spontanée. Dans un mémoire fort remarquable, et couronné cette année même par l'Institut, il étudie l'anatomie, les fonctions, le mode de génération des trématodes et des cestoïdes, groupes de vers intestinaux. Il décrit avec précision leurs organes génitaux, et, chose merveilleuse, la complication de ces organes y est portée bien plus loin que dans les animaux supérieurs (1).

(1) 0 L'étude (les organes génitaux de ces vers avait, depuis longtemps, révélé à M. Yan Beneden un fait fort curieux, soupçonné seulement par Siebold, savoir, que la production de l'œuf est le résultat du concours de plusieurs organes distincts. Cliez les cestoïdes, comme cliez les trématodes, une glande spéciale sécrète les vésicules gcrminatives , tine autre les granulations vltellincs , et les premières ont à accomplir un certain trajet dans un canal spécial, avant d'arriver à l'embranchement des deux organes et d'être enveloppées par les secondes. Lorsque l'appareil femelle acquiert tout son développement, on y trouve, en outre, un ootype, organe destiné à façonner l'œuf avec les élémens tout préparés que lui envoient le germig'ene et le vitellogène ; un organe sécréteur de la coque; une matrice ou magasin à

C'est dans les vers iniestinaux que M. Van Beneden a surpris, a suivi un autre fait non moins curieux. Certains d'entre eux subissent des métamorphoses plus nombreuses et plus complètes que celles des insectes, métamorphoses qui se compliquent de migrations. Ainsi, tel de ces vers reste à l'état de larve dans les tissus d'un animal, et lorsque cet animal est dévoré par un autre, le ver, guidé par son instinct, se trace une roule de l'intestin de l'un dans l'iniesiin de l'autre ; dans ce nouveau milieu qui lui était nécessaire pour sa transformation, il se métamorphose.

Le mémoire de M. Van Beneden est rempli d'autres observations neuves et intéressantes. L'Institut, en décernant à l'auteur le grand prix des sciences physiques, lui a rendu justice. La ville de Louvain, fière du lauréat de l'Institut de France, lui préparait une réception brillante. A son retour, les autorités locales et toute la jeunesse savante se portèrent à la rencontre du professeur, et les cloches sonnèrent à toutes volées, comme dans les jours de fête.

C'est le tour de la science d'avoir ses triomphes.

Onzième Iicçou.

SoMiuMRE. — Hypothèse de la préexistence des germes , imaginée par Leibnilz; adoptée par HaUer, Bonnet, Cuvier; démentie par les expériences de M. Flourens sur les métis.

J'ai fait l'historique de la génération spontanée. Je ne crains pas de dire que, de toutes les erreurs, celle-ci est la plus absurde. C'est aussi la plus vivace.

Quoi de plus absurde que d'imaginer qu'un corps organisé, dont toutes les parties ont entr'ellesune connexion, une corrélation si admiraœufs ; une vésicule copulative ou magasin à spermatozoïdes ; un vagin et une vulve.

» L'appareil mâle montre des faits du même genre. » — (M. de Quatrefagcs. Rapport à l'Institut.)

Page 1