PHENOMENES MÉCANIQUES— PRESSION
reste, ce que montre le tracé de la figure 110, obtenu par l'enregistrement des mouvements du thorax à l'aide du pneumograpbe de Marey (décrit ci-dessus p. 370). De sorte qu'en somme, l'expiration dureplus longtemps que l'inspiration. Mais un examen superficiel ne laisse constater que le premier temps de l'expiration, qui alors paraît être très courte, plus courte que Finspiration.
Le passage de l'air dans les tubes aériens produit des frottements que Ton désigne sous les noms de bruit de V inspiration et bruit de V expiration. Le bruit de l'inspiration dure aussi longtemps que cet acte lui-même ; celui de l'expiration «ne se perçoit à l'état normal
FiG. 110. — Tracé normal des mouvements respiratoires chez l'homme,
d'après Marey*.
que pendant la |)remière partie de cet acte : parce que. pendant la seconde partie, le courant d'air est trop lent et trop faible pom- se faire entendre. On voit donc que l'auscultation de la respiration normale donnerait une idée fausse de la dui'ée relative des deux actes de la respiration, puisqu'elle assignerait une plus grande longueur à l'inspiration qu'à l'expiration, et que ce qui est vrai pour les bruits n'est pas vrai pour les actes mêmes qui leur donnent naissance.
Depuis la découverte de l'auscultation (Laënnec), bien des théories ont été émises pour expliquer le bruit que produit la respiration normale et ses altérations dans les cas pathologiques. Le murmure respiratoire est dû évidemment au frottement de l'air contre les parois des conduits aériens, mais il est plus difficile de localiser exactement le siège de ce murmure. On l'attril^uait généralement au déplissement des vésicules pulmonaires, d'où le nom de murmure vésiculaire. Beau en plaçait cependant le siège au niveau de
* La Ugne descendante est le tracé de rinspiration, l'ascendanle celui de l'expiration. Kijss et D u v AL, Phy siol . 22
l'ouveituie de la glotte ; beaucoup de physiologistes se sont ralliés à cette manière de voir; mais aujourd'hui (Gornil, Woillez. etc.), ou s'accorde à en chercher la principale cause dans le poumon luimême. En eôet, on ne peut placer la cause des bruits respiratoires au niveau de la glotte, car le murmure persiste avec ses caractères ordinaires dans les cas où l'air ne passe plus à travers le larynx, comme après les opérations de trachéotomie. Concluons donc que les causes du murmure respirotoirc sont multiples, et que Tonpeut désigner comme principales (Sabatier) : la crépitation sourde produite par le décollement des trabécules ou cloisons légèrement humides des alvéoles pulmonaires ; les vibrations imprimées à l'air par les éperons bronchiques, et peut-être enfin le retentissement plus ou moins prononcé des bruits supérieurs ou glottiques^.
B. Effets mécaniques produits par la respiration dans les organes voisins du poum,on. — Les conséquences mécaniques des mouvements respiratoires et expiratoires ne se localisent pas seulement dans les voies aériennes, elles retentissent encore sur les canaux sanguins, et sur la circulation du sang, puisque la plus grande partie de l'appareil circulatoire se ti'ouve enfermée dans la cavité thoracique.
Nous avons schématiquement figuré l'ensemble de la circulation par un 8 de chifire, dont le cercle supérieur représenterait la circulation pulmonaire, le cercle inférieur la circulation générale, et dont le point de jonction serait occupé par le cœur (V. fig. 55, p. 196 ; et fig. 63, p. 208) : or, la cavité pulmonaire contient : 1° toute la circulation du même nom, c'est-à-dire le cercle supérieur; 2" le point de jonction des deux cercles; et 3'^ enfin les origines latérales de cercle inférieur, c'est-à-dire les sommets du cône artériel et du cône veineux. Les variations de pression intra-thoracique peuvent agir sur ces trois parties.
Cependant cette action est à peu près nulle sur la circulation thoracique, car le cône veineux de cette circulation étant soumis en même temps que son cône artériel aux mêmes variations, les différences de pression intravasculaire qui déterminent la circulation doivent rester les mêmes, et, par suite, la circulation ne sera pas modifiée; elle n'est guère influencée que par le déplissement plus ou moins complet des alvéoles, d'où une perméabilité plus ou moins grande des capillaires, c'est-à-dire dé la base du cône pulmonaire.
L'influence de la respiration se fait beaucoup plus vivement sentir §ur le cceur. En effet, si l'expiration se fait avec force, par exemple.
i V. les nouvelles recherches de V. Goruil, Anntomii' pathologique cl auscultation du poumo II. [Mouvemeat médical, aivr'û et mai 1873.)
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dans l'effort, il en résulte pour le cœur une pression énorme, et eomme cette cavité a des parois minces et déprimables, il s'ensuit une déformation. Weber a expérimenté dans ce sens, en faisant, après une très large inspiration, les mouvements les plus énergiques d'expiration avec la glotte fermée, et au besoin en appuyant avec les bras contre les flancs. Au bout de quelques secondes, on remarque alors une variation dans le pouls; il se ralentit et finit par cesser complètement; si on place l'oreille contrôla poitrine, on ne perçoit plus alors aucun bruit, d'où on peut conclure qu'il y a arrêt complet du cœur. Si l'expérience se prolonge, il y a perte de connaissance, et l'expérimentateur reprend son état primitif de circulation et de vie malgré lui.
Mais si l'individu est passif, l'arrêt du cœur se prolonge, et il pourrait peut-être en résulter la mort; c'est probablement ainsi que meurent les gens pressés au milieu de foules en désordre, la compression étrangère à l'individu se continuant même après que la syncope est survenue.
L'influence de la respiration n'est pas moins considérable sur la circulation générale, qui a le sommet de ses deux cônes (artériel et veineux) compris dans le thorax. Nous savons que dans le sommet du cône veineux la pression est presque nulle, et que nous pouvons la représenter par 0 ou 1/100 ; dans le sommet du cône artériel, la contraction ventriculaire produit, au contraire, une pression que l'on peut représenter par 25/100 d'atmosphère (V. p. 209).
Supposons que, par une forte expiration, il se produise dans la cavité thoracique une pression de 15/100; la pression au sommet du cône veineux sera donc de 16/100, c'est-à-dire une pression énorme pour ce point de l'appareil circulatoire, dont le fonctionnement a pour condition essentielle l'absence de pression. Il devrait donc en résulter un reflux considérable dans les veines; ce reflux est d'abord empêché par les nombreuses valvules qui garnissent les veines non loin du cœur, et ce n'est que tout à fait au sommet du cône que la pression se fait sentir. Mais le sang arrivant toujours, et ne trouvant pas d'accès, il en résulte une stase avec distension des veines voisines du thorax. Cela se voit surtout dans l'effort, et dans tous les actes qu'il accompagne, comme dans la parturition, la défécation, etc. ; cette stase du sang se manifeste par l'injection des yeux, la rougeur de la face, l'abolition de la circulation cérébrale, enfin la suppression des fonctions du cerveau (vertiges et même apoplexie); des stases moins violentes, mais souvent répétées, amèneront des dilatations veineuses, des varices, une hypertrophie vasculaire de la glande thyroïde, etc.
Dans le cône artériel, il se produit, sous cette même influence de
l'expiration, des eôets aussi marqués. Nous avo)is au sommet de ce côue une pression de 25 100, produite par le ventricule. Supposons que la pression thoracique soit encore de 15 100, cela nous fera 40 iOO dansle cône artériel ; d'où une accélération considérable dans le cours du sang artériel, car ici il n'y a pas d'appareil qui puisse retarder l'effet de cette exagération de pression, et le liquide se trouve poussé alors dans les artères par deux pompes, le cœur et le thorax, 11 est vrai que le retard qu'éprouve en même temps le sang dans les veines tend à contre-])alancei' raccélération du cours dans les artères, mais il n'en résulte pas moins une pression énorme dans tout le torrent circulatoire, une grande tendance aux hémorragies, aux ruptures d'anévrisme, aux dilatations variqueuses ^, etc.
Les phénomènes sont tout autres quand la pression diminue dans le thorax par suite d'un fort mouvement d'inspiration. Alors la pression au sommet du cône veineux devient inférieure à 0, elle est négative, il y a aspiration du sang des veines, et accélération très grande dans la circulation du sang veineux ; le sang n'arrivant pas en assez grande aliondance pour satisfaire à cette aspiration, il en résulte un relâchement des parois veineuses qui tendent à s'affaisser. Dans les veines voisines du thorax, et, par conséquent, soumises à cette aspiration, les rapports des parois veineuses et des aponévroses sont tels que ces vaisseaux restent toujours béants; aussi l'aspiration se propage-t-elle au loin sur des veines moins voisines du cœur. 11 en résulte aussi que si, dans une opération chirurgicale, on vient à ouvrir une des veines voisines du thorax, l'air extérieur, au moment de l'inspiration, pourra être aspiré dans l'intérieur du vaisseau, et l'on sait que cet accident amène d'ordinaire une mort subite.
Sous l'influence de cette même aspiration inspiratoire, la pression. qui, dans l'aorte, est de 25/100, tombe à 15 100 ou 10/100, d'où retai-d dans la circulation, moindre tension des vaisseaux, faiblesse du pouls, etc. Mais autant les conditions de l'expiration étaient favorables à l'hémorragie, autant celles-ci s'y opposent, et il suffit souvent, pour arrêter une perte de sang, de faire faire au malade quelques fortes inspirations.
Ces résultats, que le simple raisonnement nous indique, ont été vérifiés expérimentalement par Marey au moyen de la méthode graphique. Etudiant l'influence de la respiration sur la circulation, ce physiologiste est arrivé aux conclusions suivantes. La respiration agit sur les ])attements du cœur ; non seulement elle fait varier la
1 V. F Guyon, Note sur Varrêt de la circulation camtidienne pendant, Veffort, {Archives de physiologie. Paris. 1S66.)
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ligne d'ensenihle du tracé, mais elle donne aux pulsations qui se jiroduisent pendant rinspiration une amplitudo el une forme difFérente de celles do l'expiration ; l'arrêt de la rcs[)iration produit un ralentissement dos battemonts du cœur et une diminution de leur intensité; ces modifications s'oxi)liquontpar la difficulté plus grande du passag'e du santi' au travers du poumon quand celui-ci ne respire pas. Après un effort (tentative énergique d'oxjjiration. la glotte étant formée) les battements du cœur prennent des caractères particuliers. Le ventricule gaucho fait sentir violcMument son action, et le sang
FiG. 111. — Type abdominal.
de roreilletto se précipite violemment au moment où commence la diastole. Si Ton respire par un tube étroit, le rapport des battemonts du cœur et des mouvements respiratoires est changé ; en même temps que la respiration devient plus rare, les battements deviennent pins fréquents.
On retrouve même dans le pouls des différences correspondant aux divers types respiratoires (type thoracique et type abdominal. V. p. 365). Le type thoracique nous offre une diminution de pression pendant l'inspiration, puis la ligne d'ensemble du tracé remonte dans l'expiration. Le type abdominal donne lieu à des effets directement inverses (Marey). Nous donnons (fig. 111) le tracé du pouls pendant que la respiration s'effectue par des contractions énergiques du diaphragme. On voit que dans le type abdominal (comme dans le type thoracique), la pulsation diminue, puis disparaît, en même temps que la tension artérielle augmente^.
Enfin on peut encore citer }>lutôt comme curiosité expérimentale que comme fait physiologique important, l'influence en sens inverse que l'on peut constater entre le cœur et le poumon. « On sait que les battements du cœur changent les conditions de la pression intra-tlioracique ; l'afflux sanguin, qui se fait à chaque diastole, doit (en supposant le thorax immobile) comprimer l'air du poumon, et, si la glotte est ouverte, provoquer une légère expiration ; de même, lorsque le cœur se vide larusquement, le sang qu'il lance hors du thorax doit être remplacé par une certaine quantité d'air venu pay la trachée. Dans l'état normal
1 P. Lorain : Étude de médecine clinique. Le pouls. 1870.
cela est peu sensible, à cause des modifications incessantes que la respiration apporte dans la capacité aérienne du thorax. Mais on peut aisément mettre en évidence ce phénomène. Il suffit pour cela de mettre en communication la trachée d'un chien avec l'appareil enregistreiu', puis de tx'ancher d'un coup le bulbe de l'animal ; la respiration s'arrête à l'instant, et le cœui- continuant de battre pendant quelques minutes, ses battements s'enregistrent par V i nter rnédiaire de l'air de la. trachée. » ( P. Bevt.j