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continu de combinaison et de décombinaison, que présentent les éléments anatomiques sans se détruire, ces éléments, et, par suite, l'édifice organique tout entier, sont le sièg'c d'une perpétuelle circulation de niatiôre; c'est co mouvement d'assimilation et de désassimilation que Guvier désignait par le nom de tourbillon vital.
Cette succession incessante d'assimilation et de désassimilation, ce mouvement nutritif, en nu mot, est, disons-nous, la propriété la plus générale des éléments anatomiques vivants; elle, est, en effet, la condition indispensable de la manifestation de toutes les autres propriétés, sensil)ilité, contractilité, etc.
Les deux actes d'entrée et de sortie des matières qui prennent part, pour un temps plus ou moins long, à la composition des éléments anatomiques vivants, ces deux actes sont entièrement mêlés l'un à l'autre et s'accomplissent le j)lus souvent simultanément: cependant il est certaines périodes où les })hénomènes d'entrée prédominent, d'autres où les phénomènes de sortie sont plus accentués. 11 est donc permis, pour la commodité de l'analyse physiologique, d'étudier séparément les premiers actes sous le nom d' assimilation parce que par ces actes des substances plus ou moins différentes de celles de l'élément vivant deviennent semblables à elles ou tout au moins leur sont incorporées ; et les seconds actes sous le nom de désassimilation, parce qu'alors les principes qui faisaient partie de la substance des éléments cessent d'être semblables à celle-ci, et s'en séparent en prenant un état qui, sans être absolument celui des corps d'origine minérale, s'en raj)proche par la propriété de cristalliser (acide urique, urée, etc.).
Assimilation . — L'acte d'assimilation est un de ces phénomènes élémentaires que la physiologie n'a pu encore analyser, et dont elle ne saurait espérer découvrir de sitôt le mécanisme intime ; c'est ce qu'on peut, à ce point de vue, appeler un acte vital. Il est, en (iftét, évident que les simples lois de la physique sont impuissantes à expliquer comment la cellule vivante, l'élément anatomique, attire à lui telle substance du milieu ambiant : ici les lois de l'endosmose ne sauraient être invoquées, car le plus souvent les choses se passent à l'inverse de ce que pourrait faire supposer à priorila réalisation d'un simple phénomène d'endosmose. Ainsi, le globule sanguin nage dans un liquide, le sérum sanguin, riche en sels de soude et relativement pauvre en sels de potasse ; cependant ce sont surtout les sels de potasse que le globule sanguin attire à lui et qu'il s'assimile. Chaque élément anatomique choisit pour ainsi dire dans le milieu intérieur les substances qu'il s'incorpore ; c'est ainsi que les sels du tissu musculaire ne sont pas les mêmes que ceux du cartilage. Le
peu que nous enseigne la chimie sur l'assimilation des substances azotées et des hydrocarbures nous montre que pour ces substances, comme pour les sels, il ne saurait être question d'expliquer leur entrée dans les éléments anatomiques par le fait d'un simple acte d'endosmose: il y a, en effet, au moment de l'assimilation de ces substances, des actes qui les modifient en combinant ties éléments empruntés aux unes et aux autres ; c'est pourquoi l'assimilation de» matières protéiques est aidée par la présence des substances hydrocarbonées ; c'est pourquoi on a reconnu depuis longtemps la nécessité d'une alimentation mixte.
Ce n'est pas non plus simplement par un acte d'endosmose ou de fliffusion gazeuse que l'oxygène du sang vient dans les éléments anatomiques pour y donner lieu à la combustion des substances ternaires et quaternaires. L'oxygène est, dans le sang, combiné avec l'hémoglobine des globules sanguins; il faut donc une action particulière des éléments anatomiques pour s'emparer du gaz vital qui leur est nécessaire, en désoxydant l'hémoglobine ; il est impossible de définir entièrement cette action, mais la réalité de son existence est rendue bien évidente par l'étude des actes semblables ou même beaucoup plus énergiques que nous voyons accomplis par des organismes élémentaires, monocellulaires. Ainsi, certains ferments, qui ont besoin d'oxygène pour se développer et vivre, s'ils ne trouvent pas dans le milieu ambiant ce gaz libre ou en solution, mais S3ulement à l'état de condjinaisons, sont capables de défaire ces combinaisons pour se procurer le gaz comburant : c'est le cas de ces vibrioniens qu'a étudiés Pasteur, qui décomposent le tartrate de chaux ou qui transforment l'acide lactique en acide butyrique : « Ghe;« l'homme et les animaux supérieurs, dit Cl. Bernard, les éléments anatomiques se comportent comme ces animalcules vibrioniens: ils désoxydent l'hématine. »
Désassiniilation. — L'acte complexe de désassimilation représente, dans son ensemble le plus général, un phénomène chimique d'oxydation, par lequel les substances faisant partie de l'élément anatomique sont transformées en produits qui doivent être rejetés: le but de ces oxydations, pour ne parler ici que de la forme la plus générale du phénomène, est de produire, par la chaleur développée, les différentes forces qui sont le résultat du fonctionnement des éléments anatomiques (chaleur, travail mécanique du muscle, phénomène de conduction nerveuse, etc.).
II est difficile de dire exactement quand finit l'assimilation et quand commence la désassimilation. En effet, il faut distinguer, dans les substances assimilées et désassimilées, celles qui peuvent
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être considérées coinine servant spécialement à la réparation des tissus, et celles qui sont employées par ces tissus pour produire les combustions fonctionnelle- auxquelles nous avons fait précédemment allusion. Une comparaison classique fera bien comprendre cette distinction : l'organisme, qui produit du travail (contraction musculaire, etc.) en brûlant les substances alimentaires, a été souvent, par une comparaison dont on a abusé, identifié au fourneau d'une machine à vapeur, qui produit de la chaleur, et, par .<uite, le travail de la vapeur, en brûlant du charbon. En adoptant cette comparaison, nous devons l'emarquer que non seulement le fourneau brûle du combustible, mais que la machine elle-même s'use ; il faut non seulement lui fournir du charbon, mais il faut la réparer; de même l'organisme brûle les substances alimentaires, mais en même temps les éléments anatomiques, sièges de ces combustions, perdent de leur propre substance ; il faut qu'ils s'assimilent des substances réparatrices en même temps que les matériaux nécessaires à de nouvelles combustions.
En poussant plus loin celte comparaison, on peut concevoir, sous une forme pour ainsi dire idéale, les divers actes successifs de l'assimilation et de la désassimilation des substances purement réparatrices. On peut construire le schéma suivant que nous empruntons à Beaunis. « Soit, \av exemple, pour fixer les idées, l'assimilation d'une substance albuminoïde par une fibre musculaire. Dans un premier stade, stade de fixation, la fibre musculaire s'empare de l'albumine qui lui est offerte j)ar le sang et la lymphe à léîat d'album ne du sérum: mais à cet état, l'albumine ne peut entrer dans la conslilulion de la fibre, il faut qu'elle soit trantformée. stade de transformât ion; elle devient alors de la myosine : mai>; elle a encore une étape à franchir pour devenir partie intégrante de la fibre musculaire, c'est le stade d'intégrat/on ou de vivification; elle n'était jusquici que substance organique, elle devieni organisée, vivante, elle devient subsîance contractile^. » Quant aux substances qui seraient regardées comme représentant simplement le combustible de la machine animale, on pourrait dire que pour elles il y a à peine assimilation : elles ne font que traverser l'élément auatomique sans entrer dans sa constitution propre, de même que le charbon ne fait réellement pas partie de la machine dans laquelle il est brûlé. Pour ces substances, on arriverait à formuler ce j aradoxe, qu■elle^^ sont désassimilées, c'est-à-dire brûlées, etc., sans avoir été réellement assimilées.
Mais, en réalité, les choses ne sauraient être conçues sous celte forme .schématique. Une même subs'ance, par son dédoublement, peut fournir à la fois des matériaux réparateurs et des matériaux combustibles ; elle est donc assimilée pour une partie de ses principes composants, alors que la désassimilation commence déjà pour l'autre partie. C'est pour-
i Beaunis, Physiologi'e, 2' édit., t. I, p. 583.
quoi nous disious; qu'on ne peut préciser à quel momeul cesse l'assimilation et à quel moment commence la désassimilation.
Bien plus, il n'est pas prouvé que les phases, plus ou moins hypothétiques, de ces deux actes se passent toutes dans Tinliniité même de l'élément anatomique. La cellule vivante peut agir à distance sur les substances du sang et de la lymphe, et y produire des combinaisons oxydantes et des dédoublements, qui se passent à côté d'elle, mais non en elle. Nous avons exposé précédennnent (V. Chaleur anioiale, f;iègt^ des conibustions, p. il5) les travaux de Ludwig, d'après lequel l'acide carbonique ne prendrait pas naissance au niveau même des éléments anatomiques, et ceux de Pfluger, qui place, au contraire, le siège des combustions organiques dans l'intimité même des éléments des tissus.
On voit combien il s'en faut que nous soyons fixés sur le siège réel de certains actes de désassimilation. On se ferait également illusion en croyant résolues toutes les questions qui se rapportent a la nature du phénomène chimique correspondant. On considère ce phénomène comme une combustion, une oxydation : cette vue n'est juste que comme résumant les résultats généraux. Mais une semblaljle formule ne peat rendre compte de tous les actes par lesquels les tissus produisent de l'acide carbonique, ni de ceux par lesquels ils sont le lieu de dégagement de forces vives (de chaleur, etc.), c'est-à-dire que le fait de dégagement de chaleur n'implique pas nécessairement le fait de combustion produisant de l'acide carbonique, pas plus que le dégagement d'acide carbonique n'implique celui de la production de chaleur.
En effet, d'une part, les données nouvelles de la thermochimic montrent que des phénomènes autres que les combustions ou oxydations peuvent être la source de chaleur. Berthelot, qui a fait de ce sujet une étude approfondie, ramène les sources de la chaleur animale à cinq espèces de métamorphoses : ce sont d'abord les etlèts qui résultent de la fixation de l'oxygène sur divers principes organiques, puis la production d'acide carbonique par oxydation, ensuite la production d'eau, eu quatrième lieu la formation d'acide carbonique par dédoublement, enfin les Triidratatioris et les déshy dratations. D'autre part, Berthelot a également montré que l'acide carbonique de l'économie ne se forme pas toujours par oxydation du carVione, et provient quelquefois d'un dédoublement qui absorbe de la chaleur. Ces faits doivent intervenir dans le calcul exact et détaillé, évidemment prématuré aujourd'hui, de la chaleur et du travail produits par les animaux aux dépens des diverses substances nutritives qu'ils utilisent.