‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 123 sur 219 · DES ASSIMILATION · texte numérisé non relu

DES ASSIMILATION

éléments anatomiques peut être 'précédée de certains actes d'emmairasinenient et de fonnation qu'on peut considérer connue des actes préliminaires. De uiénie, la désat>similation est achevée par certains actes complémentaires, c'est-à-dire que les produits de désintég-ration formés au niveau des tissus, ne sont pas toujours rejetés au dehors sous la forme où ils ont pris naissance dans l'intimité des divers éléments anatomiques, mais peuvent subir, dans des organes ))articuliers, ime transformation plus complète leur donnant le ••aractère définitif de produits excréraentitiels. Ces aetes complémentaires de la désassimilation sont peu connus, et ils n'ont été nettement étudiés que récemment pour les [)roduits de désintégration des substances albuminoïdes, dont la transformation définitive en urée semble s'accomplir dans le parenchyme hépathique. Nous emprunterons au mémoire do Brouardel ^ les principales indications sur cette intéressante question de physiologie. Conmielefait remarquer Armand Gauthier {op. cit.^ t. II, p. 19), l'urée ne se produit pas d'emblée dans l'économie par l'oxydation des matières azotées : les dédoublements auxquels sont soumises ces matières .donnent des produits riches en azote, qui sont soumis à des oxydations successives et se retrouvent dans les muscles, le sang, le cerveau (ci-éatinine, xanthine, sarcine, acide urique). Dans les muscles, qui sont cependant le siège de combustions si intenses, on ne trouve pas d'urée; c'est que, dans ces organes, comme dans la plupart des tissus, les albuminoïdes nn subissent que les premières phases de leur oxydation.

Où donc s'achèvent ces actes de combustion et de dédoid^lement ? Dès 1864, Meissuer avait été amené à considérer le foie comme l'organe principal où se produit l'ui'ée. Ayant constaté dans le foie lies poulets de l'acide urique en quantité considérable, et sachant que l'acide urique des oiseaux est l'analogue de l'urée chez les mammifères, il fut amené à rechercher l'urée dans le foie de ces derniers, et y trouva, en etiet, cette substance en proportion i-elativement notable (V. Brouardel, op. cit., p. 10). Puisque le foie^ dit Meissner, contient une proportion relativement forte d'urée, lorsque les muscles, les poumons n'en révèlent aucune trace, il est permis de conclure que c'est le foie qui est le principal lieu de formation de l'urée. Ces résultats ont été confirmés par Bouchard, par Kuhne. par Gyon, etc.; ce dernier physiologiste a cherché à résoudre la question de la formation d'urée dans le foie par une expérience chrecte, en dosant la quantité contenue dans la veine pointe et celle qui se trouve dans les veines sus-hépatiques des chiens.

i P. Brouardel, VUrér rt /.' foie, Paris, 4877.

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11 a aiusi constaté que le sang qui sort du foie contient presque deux fois plus d'urée que celui qui y entre. Enfin, Murcbison, adoptant les résultats de ces expériences physiologiques et en recherchant les confirmations cliniques, a formulé récemment (On fiiiictionaJ Derangciiient of tlie Lkcr, 1S74) les conclusions suivantes: (( Le foie a un rôle important dans la formation des matières azotées éliminées par les reins. En effet: 1'^ parmi les signes les plus constante de troubles fonctionnels du foie, on trouve la formation imparfaite de l'urée prouvée par l'augmention du dépôt d'acide urique ou d'urates ; 2° quand une partie importante du foie a été détruite par la maladie, l'urée éliminée est considérablement dinainuée, ou même l'urée disparait. » Le travail plus complet de Brouardel nous montre que. sous l'influence des lésions du foie, l'urée varie suivant des lois déterminables. Dans l'ictère grave, l'urée diminue et même disparait des urines : dans la cirrhose atrophique ou hypertropbique. la quantit-^ d'urée éliminée est représentée pai" uuchidre extrêmement faible, même lorsque le malade continue à se nourrir; il en est de même dans la dégénérescence graisseuse du foi qui survient chez les phtisiques et les malades atteints de suppurations osseuses.

Du reste, nous verrons bientôt, en étudiant la physiologie de la sécrétion iiriito.ire. qu'au point de vue de l'urée le rein est un appareil purement éliminateur et non formateur. Ce n'est donc pas dans le rein qu'il faut chercher le siège de ces actes complémentaires de la désassimilation.

Ainsi, le parenchyme hépatique joue un rôle important et dans la formation de certains matériaux de réserve (matière glycogéne), et dans l'achèvement des métamorphoses désassimilatrices des substances albumiuoïdes (formation de l'urée). Ne faut-il voir dans ce doul)le fonctionnement qu'un fait de localisation dans nu même organe de deux actes distincts, ou bien peut-on établir un rapprochement, une solidarité entre ces deux fonctions? La question des rapports de la formation de Turée et de la formation de la matière glycogène a été étudiée principalement par les pathologistes, mais le problème ne saurait encore être considé é comme résolu. Dans le diabète, on peut observer que l'excrétion de l'urée et celle du sucre augmentent souvent en même temps; il y a azolurie en même temps que glycosurie. « Les deux phénomènes, dit Brouardel {op. cit.. p. 114), s'accompagnent, marcheuf parfois suivant des voies parallèles: mais il peuvent exister isolément et se dissocier. Ainsi, lorsqu'un diabétique prend la fièvre, le sucre disparaît des urines; mais la quantité d'urée persiste et même augmente. Dans certains cas de diabète Iraumatique, le sucré paraît d'abord; puis, après quelque temps, l'urée n'augmente que progressivement, et c'est alors que le sucre a disparu que l'augmentation de l'urée éliminée est le plus considérable. Ces rapports pntre les variations des deux ['héno-

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menés oui été trop peu suivis pour (jiie nous puissions y li'ouver des renseignements précis .. Nous ne retenons de ces faits que ce résultaf incontestable : nulle maladie plus que le diabéle n'est capable de provo- ([uer d'une façon permanente une augmenlation aussi considérable de l'urée éliminée. Nous savons que c'est dans le foie que s'accomplit la plus grande partie, sinon la totalité des échanges qui aboutissent à la lormation de la matière giycogène. L'union intime qui associe les variations de l'urée à la glycosurie j)assagére ne permet-elle j)as de se demander si les mêmes influences ne président pas à la forra ition de l'urée et à celle de la glycose ? »

<;i' — SHCRKTIONS EX G E N E 1! A I.

A. Nature des actes de sécrétion. — Parmi les phénomènes de nutrition, dans lesquels les éléments anatomiques empruntent au sang diverses substances qu'ils tran>forment ou laissent sans modifications appréciables, on peut distinguer deux cas bien différents. Ou bien les éléments anatomiques utilisent pour eux-mêmes ces substances puisées dans le sang, c'est- à- dire qu'ils les emploient, soit à leur accroissement, soit h la production des forces vives dont ils sont le lieu de dégagement (contraction musculaire, chaleur, vibration nerveuse, etc.): alors on a affaire aux phénomènes de nidrition proprement dite ; ou bien les éléments anatomiques, qu'ils transforment ou laissent sans modification apparente les éléments puisés dans le sang, n'empruntent ces éléments au milieu intérieur que pour les verser soit à l'extérieur, soit de nouveau et d'une manière plus ou moins directe dans le sang : alors on a affaire aux phénomènes de sécrétion. La sécrétion, dans sa conception la plus générale, est donc caractérisée, et c'est là précisément ce qui la cUstingue delà nutrition, en ce que l'activité de l'élément anatomique sécrétoire n'est pas mise en jeu afin de servir directement à cet élément, scit pour un acte d'accroissement, soit pour un dégagement de force répendant à une fonction spéciale, mais seulement pour préparer des matériaux accessoires à des fonctions qui se passent ailleurs. ou pouréliminerdu sang les divers déchets provenant de ces fonctions.

D'après la nature des organes qni en sont le siège, on pourrait entendre par sécrétion les phénomènes particuliers qui constituent les fonctions des tflandes, c'est-à-dire les actes de passage d'une partie du contenu des vaisseaux sanguins au niveau des tissus glandulaires, tissus suffisamment définis par nos connaissances anatomiques ; cependant il est des surfaces épithéliales qui, sans présenter aucune des dispositions caractéristiques oes glandes, donnent passag-eàdes liquides émanés du sang. Les surfaces séreuses,

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les synoviales exhalent et sécrètent sans posséder trace de glandes, et les liquides qui humectent leurs surfaces sont si bien des sécrétions, dans le sens le plus large du mot, qu'ils ditterent par leur composition du sérum du sang, dont ils ne peuvent la plupart du temps être considérés comme provenant par simple filtration.

Il n'est peut-être pas en physiologie, de question dont Thistoi-ique offre un enseignement j)lus philosophique que celui des théories de la sécrétion. Ici, comme trop souvent ailleurs, moins on a eu de notions précises sur les cas particuliers, et plus on a voulu arriver d'emblée à des lois générales ; ici, comme dans l'histoire de la circulation, on a vu les anciens physiologistes invoquer des dispositions anatomiques hypothétiques, et de longues discussions se perpétuer de générations en générations sur les prétendus pores et bouches béantes des terminaisons artérielles, comme elle s'élaient perpétuées depuis Gahen sur les prétendues perforations de la cloison interventriculaire. En effet, pendant longtemps, toutes les théories de la sécrétion se sont bornées à chercher un mécanisme et des voies pour l'exhalation de certaines parties du sang au niveau de certains organes: déjà Galien, et avant lui Asclépiade de Bithynie n'avaient-ils pas parlé de cribles piir lesquels les tissus laissent passer certaines parties et en retiennent d'autres ? On généralisa donc l'existence d'orifices semblables sur les parois artérielles, ou, pour mieux dire, l'existence de voies étroites par lesquelles certaines fines ramifications des vaisseaux artériels se continueraient avec de fins vaisseaux dit exhalants ; les glandes étaient formées par un pelotonnement de vaisseaux sanguins et de vaisseaux exhalants ramifiés ; Masoagni, dont le nom se rattache plus particulièrement à la théorie des vaisseaux exhalants, concevait la sécrétion comme une pure transsudation, à travers les pores artériels, du sérum du sang, cette partie filtrant au travers de ces pores plus facilement que le cruor du sang à cause de sa moindre densité. Les travaux de Malpi.uhi, qui sont les premières recherches anatomiques sur la nature des glandes, ébranlèrent un instant cette théorie. En découvrant les acini des glandes, nom sous lequel il décrivit du reste non pas les culs-de-sac terminanix aujourd'hui connus, mais bien les lobules primitifs formés par ces culsde-sac, Malpighi (1665) donna comme élément essentiel à la glande une série de petits grains disposés sur les ramifications des canaux excréteurs comme les grains d'une grappe de raisin sur leur tige, et arriva à définir la glande sous sa plus simple expression comme: « une cavité close avec uu conduit excréteur. » A ce moment peut-être on aurait pu se demander s'il ne fallait pas chercher dans cette cavité close le petit laboratoire où s'effectue la sécrétion ; mais les esprits n'étaient pas préparés à cet ordre d'idées : et comme, d'une part, Malpighi, en généraUsant trop vite sa découverte, qui ne pouvait s'appliquer aux glandes en tube, en diminua l'importance aux yeux même de ses contemporains, comme, d'autre part, on pouvait toujours continuer à supposer l'existence de pores exhalants faisant communiquer la cavité des acini avec les vaisseaux qui les entourent, l'ancienne théorie ne fut pas

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