I. Structure de Ja peau. — Prodactioas épidermiques
o.) Derme -et épiderme. — La peu (fig. 121) se compose du derriïc et de Yépiderme. Le derme forme un substratum de tissu connectif et élastique, destiné à supporter la partie la plus importante de la peau, l'épiderme, et à contenir ses vaisseaux sanguins, ses nerfs e!: les orp-anes glandulaires qui résultent de sa végétation en profondeur. Le derme renferme aussi des éléments musculaires lisses, qui sont inégalement répandus selon les régions. Dans la peau des bourses ('scrotum), ces éléments forment une couche continue (dartos). Dans le mameJon, ils constituent un appareil tout particulier (improprement dit érectUe) ; ailleurs, ils sont surtout annexés aux follicules des poils qu'ils peuvent redresser. Ce sont les coutractions de ces muscles qui produisent, par exemple sous l'influence du froid, ce qu'on appelle la chair de poule. La chair de poule, comme l'érection du mamelon (thélotisme). sont des phénomènes purement musculaires, et nullement comparables à l'érection des tissus vasculaires érectilcs. Le mamelon, par exemple, possède des
EPIDKRMK
Hl>res musculaires transversales qui, en se contractant, augmentent ?a longueur aux dépens de son épaisseur: dans la chair de poule, les nuiscles lisses redres- -
sent et font saillir les 1 -
bulbes pileux auxquels ' i
ils sont annexés.
Uépidcrn:c est la partie essentielle do la peau : c'est lui, en • 'Ifet, qui existe h' premier chez l'embryon (exode nne ou feuillet externe du blastoderme) en même fpiups que l'épithelium du tube diiTeslif {endoderme on feuillet interne), et ce n'est que plus tard que le derme se forme *>t s'organise aux dépens du 'laei^odeymr eu feuillet moijen.
Ce revêtement cellulaia'e se comi)Ose de
plusieurs couches de globules^ dont les plus profonds sont cylindriques comme ceux des muqueuses intestinales, et constituent ce qu'on nomme la cov.clœ de Malpighi (ou corps rnuqueux); dans les zones plus superficielles, la forme des cellules change successivement, de telle sorte qu'on les trouve d'abord polyédriques et à peu près de même dimension dans tous les sens, puis plus larges que hautes, et enfin entièrement aplaties et réduites à une simple plaque. Ces modifications successives de forme sont assez bien repré-
Fi'''. i'^i. — ?c ié.iia général de la yeju
FiG. d23. — Schéma des couches épidermiques *'.
* Coupe de cuir chevelu (d'après Gurlt) ; a, épidermo; — b, tige d'un poil; — c. /". g, glande sudoripare; — e, ri, glande sébacée et son conduit excréteur ; — It, i, tissus adi- I)eux; — j, bulbe du poil.
■•* 1, Couche de Malpighi ; — 2. couche de cellules à dimensions h ppu près égales dans tous les sens; — 3, couche superficielle de cellules cornées nplatics et ayant perdu leurs novaux.
.'4(38 TEGL'MKNT KXTERNE
sentees par les figares que «louueut des ligues paraboliques juxtaposées et formant deux séries inverses qui se coupent plus ou moins obliquement selon le niveau des couches cellulaires auquelles correspondent leurs points d'intersection (fig. 122).
bj y ie des éléments globulaires de l'épiderrne. — Mais outre 1'' changement de forme^ une particularité impoi-tante qui difterencio les couches, c'est le cbang"ement de structure, de composition. La couche de Malpighi et les quelques couches qui la suivent sont formées de vrais globules, c'est-à-dire de masses alburnineuses, protoplasmatiques. capables de se liquéfier en un produit analogue au mucus, eu un mot d'éléments globulaires licants; mais andessus de ces couches, la structure change brusquement, et nous trouvons seulement des cellules desséchées, ratatinées ou aplaties, ayant perdu en grande partie leur albumine, en un mot des cellules cornées (couche cornées), dont l'albumine s'est oxydée pour se transformer en kératine ^.
Il est facile de prévoir que. parallèlement à ces chfférences de structure et de composition, nous ti-ouverons entre ces deux pai'ties de répiderrne des différences tout aussi accentuées dans le fonctionnement physiologique. Les cellules superficielles, cornées, ne sont plus vivantes : les globules des couches profondes sont essentiellement vivants : c'est-à-dire qu'ils réagissent à l'action des excitants, et donnent lieu, par exemple, à de véritables phénomènes intiaimnatoires : c'estainsique sous l'influence d'une pression forte et longtemps soutenue, la cûuche profonde se métamorphose, se hquéfie, et donne soit un simple liquide avec quelques noyaux (ampoules), soit un véritable pi-oduit purulent ; le froid, la chaleur très vive produisent le mèine effet, de même que quelques irritants chimiques (tels que la ca.ntharicline) connus sous le nom général de cesicants. C'est aloi's la couche moyenne de l'épiderme qui se liquéfie, et forme une masse liquide qui soulève la couche cornée. Si on enlève cette calotte cornée, la sérosité s'écoule et l'on aperçoit sur le derme un voile blanc qui n'est autre chose que la couche de Malpighi, prête à reconstituer successivement par sa prolifération les diverses c-ouches de l'épiderme normal : mais si l'action irritante continue a agir sur la couche de Malpighi. alors elle revient entièrement ellemême à la forme globulaire embryonnaire, et. par sa ]ii*oliférationi donne du pus.
C'est aussi cctt^ couche profonde et essentiellement vivante dé
1 La kéraUiie, subatanoe propre des cheveux, des ongles, de la corne, constitue réellement un principe particulier, car elle est insoluble dans la pota?6e. à l'inverse de toutes les autres substances organiques (Ch. Robin).
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répiderme qui donne naissance aux néoplasmes de ce tissa, aux diverses foruios de cancers è [jithéliau.r ou cancroïdes . C'est dans la couche de Malpiglii (|uo se trouvent les i^ranules de piirraent qui produisent la coloration de la peau dans les races de couleur, et dans quelques régions de nos téguments (peau des bourses, aréole du mamelon, etc.). Ce ])igment du réseau de Malpighi ne se montre qu'après la naissance. Cependant chez le nègre, les bord des ongles, l'aréole du mamelon et les parties génitales prennent une teinte foncée dès le tiH)isième jour, et du cinquième au sixième jour la coloration noire envahit toute la surface du corps. La base du cordon ombilical présente même une coloration brune caractéristique dès la naissance. Du reste, d'a[)i'ès les recherches de Sappey,les couches profondes de l'épiderme renferment toujours un peu de pigment ; les différences que l'on observe selon les races ne sont que des différences de plus ou de moins ; sous diverses influences, le pigment peut prendre un plus grand développement dans les races blanches. Tel est l'eifet de l'action prolongée de la lumière ; ici les rayons solaires n'ont pas pour résultat de faire naître des granulations pigmentaires comme un élément nouveau, elles déterminent simplement l'hypertrophie de celles qui existent (Sappey) ^ .
La couche de Malpighi est la matrice de toutes les autres couches. Ses globules se multiplient incessamment, et, grâce à cette proHfération physiologique, les éléments globulaires qui ont fait partie de la couche primitive s'éloignent de plus en plus du derme pour former successivement des couches de plus en plus vieilles et par suite de plus en plus superficielles. Quand ces globules arrivent à une certaine distance de derme, ils paraissent éprouver une moi't subite, et c'est ce qui établit cette brusque ligne de démarcation entre la couche cornée et le reste de l'épiderme; cette mort subite est le sort de toutes les cellules épidermiques (peat-être faut-il faire une exception en faveur des productions analogues aux ongles, dont les globules conservent encore leurs noyaux), et, d'après ce que nous avons vu, de toutesles cellules épithéliales (intestin). Ces changements brusques n'ont rien d'étonnant et se trouvent parfois encore plus accentués. On a cité des exemples de décoloration presque instantanée de la chevelure par l'effet de diverses secousses morales, et si cela n'indique pas la vitalité dans les éléments des poils, cela prouve du moins qu'ils peuvents ubir de rapides modifications cliimiques à la suite de certains états nerveux agissant sur eux soit directement, soit par l'intermédiaire du sang et des vaisseaux (Voy. ci-après p. 471).
^ V, I. H. Farabieuf, De Vépidorme et d:s épithéliums. Paris, 1S7 ^ p. 265.
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Ces couches cornées ainsi produites sont destinées à être séparées de l'épiderme, et à tomber en se détachant, absolument comme nous avons vu Tépithélium de l'intestin tomber en ruine. Mais ici la chute ne se produit pas sous forme de nmcus, ou de flocons plus ou moins albumineux, mais sous celle de petites écailles, de pellicules, de débris de cellules desséchées. La partie toute superficielle de l'épiderme est constituée par ces couches de débris prêts à se détacher. C'est ce qu'on appelle le fur fur, la couche furfuracée, qui s'enlève au moindre frottement. Cette desquamation furfuracée peut, sous rintiuence de causes pathologiques, devenir plus abondante, et comme ces débris épithéliaux renferment de l'albumine transformée (kératine), du soufre, du fer, etc., il en résulte une perte réelle pour l'organisme, d'où la gravité des maladies dites squameuses, et leur effet épuisant. Nous avons vu de même que la fonte muqueuse trop considérable des épithéliums constitue des états pathologiques importants. La bronchite, par exemple, et les catarrhes en général ne sont rien autre chose. On peut donc dire que ce qui est un pityriasis (ou desquamation) pour la peau, est un catarrhe pour une muqueu.se.
Nous venons de voir que le produit de la desquamation épiderraique n'est pas liquéfié eu général, comme celui des muqueuses ; mais il existe des régions de la peau, des points plus abrités, où la desquamation est déjà moins sèche et se rapproche sensiblement du produit correspondant des muqueuses. Nous citerons le creux de faisselle, la desquamation grasse de la peau du gland et de la face interne du prépuce (smegma préputial), et enfin nous étudierons, dans les glandes sébacées, des replis, des enfoncemenis éjjidermiques, où la desquamation devient de plus eu pkis liquide, pour se transformer tinaJemenl en un liquide très ténu au niveau des glandes sudorijjures. Chez le foetus la desquamation épidermique n'est pas non plus sèche et cornée; elle est caractérisée par sa dégénérescence graisseuse (cernix caseosa) et analogue au sniegrua préputial ; cette desquamation graisseuse se continue encore après la naissance dans certaines régions, surtout dans celles qui se sont foi'mées les dernières, par exemple, sur la tête, et i)arliculiérement vers la ligne médiane et vers la grande fontanelle, où il semble que la peau n'était pas encore mûre lors de la naissance.
c) Productions épicier miques. — ■ Outre cette végétation desquamative, l'épiderme est encore le siège de végétations particulières destinées^ à produire des organes plus ou moins permanents. Ce sont les poils, les ongles, les pjlumes et autres produits cornés. La formation du poil est le type de toutes les autres. Le point de dépai't de cette production est un bourgeon épidermique de la couche de Malpighi, qui s'enfonce dans le derme et y forme un sac en doigt de
DE L'KIIDKRME
Mi
ganl (A, fig. 123), ou rappelant plus ou moins la l'orme d'une bouteille ('/b^/îVt</e 7;//eitx>); au fouil du «0 cul-de-sac qui a végété vers la i)rotûudeur, se forme un bourgeon épidermique (fig. 123), qui cette lois végète vers la superficie, s'allonge d»* [du-: on plu?, traverse toute la longueur du follicule (racine du poil), puis en sort (C) et vient projnduer plus ou moins au dehors {tif/e du poil. Cheveu, jioil follet). Toutes ces productions sont composées d'éléments globulaires analogues à ceux de la couche cornée, et très hygroscopiques comme elle; cette hygroscopie est notablement diminuée, grâce à la matière grasse que les glandes sébacées répandent sur la peau et dont elle revêtent le poil au fur et à mesure de son développement, car nous verrons que ces glandes viennent déboucher dans la partie supérieure des follicules pileux. Quelques poils (poils tactiles du museau du chien et du chat) présentent dans leur intérieur une papille dermique qui monte jusqu'à une certaine distance dans le canal médullaire. Cette papille est très vasculaii'e. 11 était donc probable qu'elle renferme aussi les éléments nerveux qui en font un organe du tact, et c'est ce que vient, en effet, de démontrer .J. Dietl .sur les poils du bœuf^
Le poil est vivant, au moins dans la plus grande partie de sa longueur (vers sa base) ; quand il blanchit, c'est toujours par son extrémité libre, et sa couleur blanche est dr.e simplement à la présence d'air entre les éléments epidermiques qui le composent. Des escitatiorjs fréquentes, comme celles du rasoir, déterminent les poils à grossir.
FiG. 123. — Schéma d'un bourgeon profond de l'épiderme, ou formation d'un poil et de glandes sébacées *.
1 V. Malh. Duval, note pour servir à l'étude de quelques papilles vasculaires (papilles des poils). {Journal de ranatomie, 1873.)
J. Dietl. Uiitersuchuauea iiber Taslh'"n-e. In Sitzungsberichte der Akadeiiie der Wissenschaften, Wieu, 1872. p. 62.)
♦ A, Fond du bourgeon (follicule) où se forme le Indhe pileux ; — B, B, bourgeons latéraux, origines do deux glandes sébacées; — C, extrémité du jeune poil sortant à peine de son follicule; — 1, couche de Malp'g'.ii; — 2, cou'-he moyenne de lépiiierme : — 3, couche cornée de l'épiderme.