‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 135 sur 219 · DU TACT ET DL TOT CHER · texte numérisé non relu

DU TACT ET DL TOT CHER

qiiil u'y a pas de région privilégiée sous ce rapport ; eepeudant il est d'ûbservatiou vulgaire que l'on juge mieux de la chaleur pailes lèvres, les joues, le dos de la main; le médecin qui veut appréciei- la température de la peau d'un malade, applique s.u' lui le ilos de la main et non la paume: c'est pour la même raison que si nous voulons juger de la chute de quelques gouttes de pluie imperceptible, c'est le dos et non la paume de la main que nous exposondu côté du ciel. Ce sens de température n'agit que par comparaison ; il ne nous indique pas la température de la peau, mais l'augmentation ou l'abaissement de celle-ci; nous ne ressentons, pai' exemple, que notre main ou notre front sont plus chauds l'un que l'autre qu'au moment où nous mettons notre main sur le front.

Pour que cette sensibilité thermique soit mise en jeu, il faut que les températures appréciées soient entre O'^ et 70^ : en dehors de ces extrêmes, nous n'éprouvons que des impressions douloureuse de froid ou de chaud, et nous ne pouvons plus juger d'une différence de quelques degrés : c'est entre 30» et 50'^ que nous jugeons le mieux d'une faible variation dans la température d'un corps ; en d'autres termes, la températm'e est d autant mieux appréciée qu'elle se rapproche davantage de notre température propre. Elle l'est aussi d'autant mieux que nous observons à la fois une surface plus c msidérable de ce corps. En effet, un doigt plongé dans un liquide à 37" donne une idée de moins forte chaleur qu'une main entière dans un liquide à 30" seulement. L'anémie parait augmenter la sensibilité de la peau aux différences de température, tandis que l'hvpérémie la diminue ^.

La muqueuse buccale supporte sans douleui- des températures supérieures à celle que pe.it endurer la peau. Ainsi on ne pourrait laisser son doigt dans du bouillon ou du café, qu'on boit facilement; c'est qu'en effet, la température normale de la bouche est de 35*^, tandis que celle du doigt atteint en général à peine 25'*.

'La. seiisatioii de contact et de pression que peuvent nous donner les corps est très hiégalement développée selon les régions ; elle est le plus exquise à la pointe de la langue et au bout des doigts : aussi les extrémités difjitales deviennent-elles pour nous b véritable organe où s? localise le sens du tact. Pour reconnaître expérimentalement et d'une manière exacte quelle est l'excellence du toucher sur les diverses parties du corps, on se sert d'un compas (compas de Weber)^ et on constate quel écartement il faut donner à ses

1 V, Weber, art. Tastsinn dans Wniner'!' H'in'>>i:û>-terbuch derPlii/<iioloçie. Braunschweig.

deux pointes pour que, appliquées en même temps sur la peau, elles soient senties séparément : plus cet écartement est petit, plus la sensibilité est grande. Ainsi à la pointe de la langue, il suffit de 1 millimètre d'écartement, 2 millimètres sur la paume et 12 millimètres sur le dos de la main; sur la peau du tronc, particulièrement vers la partie dorsale, il faut 5 ou 6 centimètres.

En appelant cercle de sensation retendue de la surface de la peau où rimpression des deux pointes du compas se confond en une seule, on voit que l'étendue des cercles de sensation est très variable selon les parties du corps considérées ; très petite à la pointe de la langue, elle devient très considérable vers les parties dorsales du tronc : il est facile de voir aussi, par les données anatomiques, que cette étendue est dans un rapport inverse avec la ricbesse de la peau en corpuscules tactiles. Cependant il ne faudrait pas en conclure absolument qu'un cercle de sensation est une grandeur anatomique, comme, par exemple, le champ embrassé par les ramifications d'une fibre nerveuse : il nous suffira pour démontrer le contraire, de rappeler que l'étendue d'un cercle de sensation peut varier par suite de l'attention, de Texercice, de l'habitude, et d'autres influences. Comme en certaines régions la distance des pointes du compas embrasse plus de douze corpuscules de Krause et que cependant en ces régions deux cercles de sensation se touchent ou même se recouvrent en partie, de façon à ne pouvoir être séparés Tun de l'autre dans la perception, on doit admettre qu'il y a là des phénomènes &' irradiation, c'est-à-dire qu'il y a transmission de l'excitation d'une fibre nerveuse sensitive à d'autres filjres voisines ; et comme l'attention, l'habitude, l'exercice peuvent diminuer cette irradiation, il en faut conclure qu elle est un fait, non d'impression périphérique, mais àe perception! centrjïe.

Pour la peau des divers se;jments des membres, et surtout du membre thoracique, des expériences nombreuses et très exactes ont amené Vierordt à cette conclusion que la sensibilité (sens du tact ou sens du lieu) varie en raison de la distance du point considéré à l'articulation qui se trouve immédiatement au-dessus de lui, en remontant vers la ■ racine du membre. Les valeurs comparatives de la finesse du sens de lieu sont ainsi la somme de deux grandeurs: Tune, constante, c'est la sensibilité de la peau dans l'axe de l'articulation; l'autre, variable, est proportionnelle à la distance qui sépare le point considéré de l'articulation située au-dessus, proportionnelle par suite à la grandeur des mouvements de lieu autour de l'articulation.

Chose remarquable, mais qui s'explique facilement si Ton se reporte à l'étude que nous avons faite du système nerveux, les sensations de pression qui se prolongent, persistent encore un certain temps, même après que le corps qui les a produites a cessé d'agir; les personnes qui portent des lunettes les sentent encore après qu'elles les ont ôtées : on se figure parfois encore entre ses doigts

Dr TACT KT nu TOUCHER

un objet qiuî l'on a lâché depuis longtemps. Ce .sont là des espèces d'écho des sensations, ce sont des sensations purement subjectives. La sensation de pression, selon la manière et la forme dont elle est exercée par les corps, nous donne sur ces derniers et sur leur nature une foule de renseignements précis, que l'on pourrait, sans une analyse exacte, prendre pour les produits de sensations spéciales. Ainsi, d'après la manière plus ou moins régulière dont un corps presse sur ncs extrémités digitales, nous jugeons si sa surface est

FiG. 132. — Expérience d'Aiistote*.

lisse ou rugueuse, s'il présente des anfractuosités; en promenant nos doigts sur ces surfaces, nous jugeons de leur forme. Les variations de pression, et les réactions d'un corps contre nos propres efforts, nous font juger s'il est dur ou mou; par des effets semblables, nous jugeons s'il est en gros fragments ou en poussière, s'il e.-t solide ou liquide ; en un mot, nous acquérons des notions précises sur l'état, la forme et l'étendue du corps.

Par l'effet de Y habitude^ nous localisons ces sensations dans les points où elles se produisent d'ordinaire. Cette localisation nous rend compte d'illusions tactiles très singulières, dont l'une, très connue, nommée expérience d'Aristote (fig. IS':!), est due à l'habitude que nous avons de percevoir la sensation de deux corps différents, lorsque les bords radial de l'index et cubital du médius sont impressionnés. Or, si, après avoir senti entre l'index et le médius une petite boule unique,, nous croisons ces deux doigts.

* Figure empruntée à Beaunis, Phyd'j'.ojie, 2" oiilbii, Pari3, 1S51. t. 1!, p. 1197.

504 ORGANES DES ?EXS

comme le luuutrc la fiyure 132, et roulons la boule uuique entre le côté radial de l'index et le côté cubital du médius, nous éprouvons une sensation double, ou plutôt dédoublée par l'babitude, et nous croyons (en fermant les yeux) toucher deux boules distinctes, l'une en dehors de l'index, l'autre en dedans du médius.

Les ditréreuces de pression nous font même juger du poids d'un corps ; mais dans cette appréciation, lorsque nous voulons la rendre aussi exacte que possible, nous faisons jouer un rôle important à l'appréciation de la force musculaire nécessaire pour contre-balancer le poids du corps. (V. p. 495).

Enfin les sensations de pression, de forme, de poids et de température sont souvent liées entre elles; de deux poids égaux, le plus froid paraît le plus lourd ; en plaçant sur le front deux pièces de 5 francs de température inégale, on trouve que la plus chaude parait plus légère. D'autre part, les corps lisses nous semblent plus fi'oids que les corps rugueux, et, subjectivement parlant, ils le sont, en eifet, puisque, présentant des surfaces de contact )dus complètes, ils nous soutirent plus de calorique.

L'exemple le plus frappant de la perfection que peut atteindre le sens du tact, est celui des aveugles qui parviennent à reconnaître au toucher les couleurs, grâce seulement à leurs divers degrés de rugosité; aussi ne peuvent-ils jamais apprécier les couleurs naturelles lisses.

Eu dértiiitive, les sensations, soit gérérales, soit spéciales, que peul nous donner la peau, se réduisent à trois : contact (ou pression), température, doideur. On n'est pas encore d'accord sur la nature et le mode d^' liroductioa de ces trois espèces de sensations ; comme on peut observer des ânes: hésies de chacune d'elles enpartiddier, avec conservation des deux autres, on est porté à admettre qu'à chacune d'elles doit corre.spondre un ordre de libres nerveuses différentes, et que, par exemple, la douleur n*a pas la même voie de conduction que les sensations de tact, lesquelles suivent elles-mêmes d'autres conducteurs que les sensations de température. Brown-Sé^uard admet dans la moelle épiniére ces conducteurs isolés, et il en compte même jusqu'à quatre, i>our la temi)éralure, la douleur, le toucher, le chatouillement (sans parler du sens niusculoAre. qui serait tellement distinct des i)récedents. que ses conducteurs se trouveraient dans d'autres faisceaux de la moelleji

Cependant il pourrait se faire aussi que la différence des sensations tînt seulement à des énergies spécifiques dans les organes nerveux terminaux, dont les uns (corpuscules de Pacini) présideraient aux sensations de pression, les autres 'corpuscules du tact), au toucher où à ce qu'on appelle la sensation de lieu de la peau; les autres, enfin, terndnaisons nerveuses dans l'épiderme présideraient à la température. Dans ce cas, un excitant particulier ne ferait naitre la sensation spéciale

correspoudante que lorsqu'il est appliqué vers ces termiuaisous nerveuses, et non lorsqu'il atteint le tronc du nerf, dont les fibres représentent toutes des conducteurs analogues. Ainsi lorsque l'on plonge le coude dans de l'eau froide, le nerf cubital, excité par cetle différence de température, donne des sensations que l'on rapporte à l'extrémité interne de la main (V. p. 91); or, les sensations que Ion ressent alors vers le petit doigt consistent en une douleur vague et mal définie et non en une sensation de froid, telle quon l'aurait éprouvée en plongeant la main dans l'eau froide.

Enfin, d'après quelques auteurs, ces sensations ne seraient que des degrés plus ou moins élevés d'une excitation toujours de même nature ; j)Our ce qui est de la douleur, il est généralement admis qu'elle ne peut être considérée que comme le degré le plus élevé, degré exagéré, anormal, de toute excitation de la peau, soit par pression, soit par d.fférences de température ; mais ou observe, d'autre part, qu'à un degré très inférieur toutes les excitations, quelle qu'en soit la nature, donneraient la même sensation ; c'est ainsi que si l'on recouvre une pai'tie de la peau avec une carte percée d'un très petit trou, quels que soient les excitants que Ton porte siir la peau qui est à découvert au niveau de ce Irou, on obtient des sensations que Ton ne peut distinguer les unes des autres, qu'elles soientproduites par l'approche d'un charbon ardent, ou par la piqûre d'une épuigle, ou par le chatouillement avec les bai-bes d'une plume, etc. Cependant il est difficile, malgré cette expérience (expérience de Fick) i, d'admettre que toutes ces sensations sont de même nature et ne différent que par des degrés, lorsque dans certains cas pathologiques on voit quelles peuvent être paralysées isolément ou donner lieu à des sensations subjectives spéciales. Il est même difficile d'admettre que la douleur ne soit que le résultat des excitations poussées au plus haut degré, car il est des exemples nombreux où la sensibilité à la douleur est aboli (analgésie), avec conservation de toutes les autres formes de sensibilité (tact, chatouillement, température) : il faudrait donc admettre alors que les terminaisons nerveuses sont devenues insensibles aux plus hauts degrés d'excitation, tout eu demeurant aptes à être impressionnées par les degrés plus faibles *.

i V. H. Taine, De C Intelligence. Paris, 1870, t, I, Jiv. III, Sensations du toucher.

i Dans ses Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilité, thèse, Paris, 1877, Ch. Richet. examinant l'action de la chaleur comme excitant des nerfs et des terminaisons nerveuses, a observé que la sensibilité à la chaleur semble s'exercer par des nerfs distincts des nerfs tactiles. Si, sur une grenouille empoisonnée par la strj'chnine, on approche de la peau un corps enignition, on peut décomposer et détruire la peau sans provoquer de réflexes, pourvu qu'on ait soin de ne pas donner de sensation de contact. Sur le nerf sciatique on obtient les mêmes résultats, a et rien n'est plus curieux que de voir le plus léger effleurement de la membrane interdigitale produire un tétanos généralisé, tandis que le nerf qui conduit cette impression peut être entièrement détruit par le fer rouge sans provoquerle moindre réflexe. »

Klss et DuvAL, Physiol. 5i9

506 ORGANKS DES SENS

]I. — i)U SENS DU GOUT

Le ^ens du goût nous transmet les impressions spéciales produites par certaines substances sapides, mais il est impossible de définir exactement ce que c'est qu'une substance sapide, et d'analyser le phénomène intime de l'impression qu'elle produit ; on n'est même pas parfaitement d'accord pour distinguer les substances vi-aiment sapides de celles qui ne font qu'exciter la sensibilité générale ou tactile de l'organe du goût.

La gustation a. son siège exclusif dans la bouche. On parle vulgairement du palais comme siège de cette fonction, mais les expériences physiologiques ont montré que le siège du goût par excellence est très restreint, qu'il ne se trouve que sur la langue^ et même que sur certaines parties de cet organe. En général, quand nous voulons goûter une substance, nous la plaçons sur la langue et nous appliquons celle-ci contre le palais, afin d'écraser la substance sapide et d'augmenter ainsi ses points de contact avec les éléments gustatifs : de là l'erreur qui attribue au palais un rôle autre qu'un rôle mécanique dans la gustation.

Ce qui a encore souvent induit en erreur, et doit nous faire regarder comme non avenues un grand nombre d'expériences, c'est qu'on a souvent pris pour des saveurs des sensations qui n'en sont pas, et résultent simplement de la sensibilité tactile ou générale de la langue. Nous avons vu, en effet, que cet organe, et principalement sa pointe, doit être placé au premier rang parmi les appareils du tact; c'est à cette sensibilité que sont dues certaines sensations décorées du nom de saveurs, comme la saveur farineuse^ qui résulte de l'impression mécanique produite par un corps trèsdivisié; de môme les ?:0.veurs gommeuses, qui résultent d'un état plus ou moins pâteux de la substance. Ce qu'on désigne sous le nom de sareur fraîche n'est autre chose qu'une impression thermique duo à l'absorption de calorique que produit un corps en se dissolvant (telle est la saveur du nitre), ou en s'évaporant (saveur des huiles essentielles). On parle aussi de saveurs acres; mais c'est là un fait de sensibilité générale ; un corps de saveur acre tend à détruire la surface nmqueuse, connue le ferait un vésicatoire; aussi appelonsnous acres des substances qui modifient l'épithelium, qui l'attaquent, le dissolvent.

D'autre part, on prend souvent pour des impressions gustatives des sensations qui proviennent uniquement d'une impression faite sur l'organe de l'odorat, organe placé si près de celui du goût, que

normalement leurs sensations semblent devoir s'associei*. Les saveurs aromatiques, nauséabondes, etc., sont dans ce cas ; ainsi les viandes rôties, le fromage, certaines boissons vineuses et autres, doivent leurs propriétés sapides au développement d'acides gras ou d'éthers particulier? qui sont odorants. Si on se bouche les narines en mangeant, ou bien sous l'influence d'un simple coryza, on s'aperçoit que la plupart des substances alimentaires ne sont plus sapides.

Il est plus difficile de décider si les saveurs salées, alcalines, acides sont réellement des sensations gustatives ou des formes déguisées des sensations du tact. Schiff les considère comme des impressions réellement gustatives, parce qu'elles ne sont pas perçues également parles surfaces excoriées delà peau, etparce qu'elles prennent encore naissance sous l'influence excitante du courant galvanique. On sait, en effet, que ce courant donne lieu à des sensations gustatives qui ne sont pas dues à la décomposition électrolytique des liquides buccaux, et qui consistent essentiellement en un goût acide au pôle positif, et un goût alcalin au pôle négatif. Quoi qu'il en soit, les sensations acides et alcalines formeraient une transition vers les véritables sensations gustatives.

En éliminant toutes les prétendues saveurs qui tiennent à des impressions du genre de celles que nous venons d'éuumérer, on arrive, en définitive, à établir qu'il n'y a que deux saveurs véritables et bien distinctes, celles du douj: et de Y orner, et qu'il n'y a que deux espèces de corps vraiment sapides. les corps amers et les corps sucrés. Encore ne peut-on rien dire de général sur ces corps, et ne les voyons-nous liés par aucun rapport chimique, car, par exemple, nous trouvons dans la classe des substances sucrées les corps les plus disparates au point de Tue chimique, tels que les sels de plomb, les sucres proprement dits, un grand nombre d'alcools (glycérine).

En expérimentant avec ces corps, onreconnait que la partie antérieure du dos de la langue, toute sa surface inférieure et le filet ne donnent lieu à aucune sensation gustative; ces sensations ne se produisent que sur ses bords, et surtout vers sa base. Et, en effet, nous trouvons dans ces régions, outre les papilles filiform,es, qui sont répanduee partout et dont nous avons parlé à propos du sens du tact, nous trouvons deux formes de papilles assez particulières ; les fongiformes et les caliciformes (fig. 133). Les papilles/b/?^//brm(?5 représentent assez bien un champignon, avec un pédicule court et une tête globuleuse, dans laquelle le derme forme une multitude de papilles secondaires plongées dans une masse épithéliale, qui recouvre uniformément l'organe (fig. 133, B). Les papilles ccdiciformes sont semblables aux précédentes, mais plus volumineuses, plus larges, plus aplaties, et plongées dans une excavation de la mu-

queuse (calices) qu'elles débordent à peine : elles présentent aussi un 1(1. grand nombre de papilles

' secondaires que l'épithé-

lium recouvre (fig, 133, C). I Un grand nombre de filets j nerveux viennent se terminer dans ces papilles, d'une façon encore mal déterminée, soit par des corpuscules analogues à ceux du tact, soit en se mettant en connexion avec les cellules épithéliales ^.

Ces papilles sont rangées sur le dos delà langue.

Les /b////2/br/yZ€'.s- sont plantées comme en quinconce sur les côtés de l'organe :

elles sont plus ou moins abondantes selon les individus. Les co.lici-

Via. 133. - Papilles liuguale ^Todd et Bowraann) *.

FiG.134. — Laiiirue, avec ses papilles et ses nerfs (L. Hirs.^hfekl etLéveilléf.

1 V. Art. GouT du XVP volume du Xouv. Dict. de méd. et rie chirurgie prati^/u^s, 1872.

♦ A. — PapiUe filiforme ; — B, pyi.ille fougiforme ; — C. papilU^ caliciiorme.

** 1, Grand hypoglosse ; — 2, branch-- linguale du trijumeau : — 3, branche linguale du

formes sont pbi-s réiiulières et constituent à la base de la langue la figure bien connue sous le nom de V lingual (lig. 134).

Nous avons déjà dit que le sens du goût ne siège que dans les points où sont ces papilles, et particulièrement les caliciformes. c'est-à-dire la base de la langue : aussi les saveurs sont-elles perçues avec le i)lus d'intensité et de la manière la plus agréable au comcement de la déglutition, lorsque les substances alimentaires frôlent leV. lingual. Cette traînée de grosses papilles semble être le lieu particulier de l'impression produite surtout par les substances amères ; car si l'on détruit leur innervation, les animaux avalent dès lors les corps amers sans manifester la moindre répugnance. Les sensations nauséeuses, qui tendent à provoquer le mouvement antipéristaltique de la déglutition, le vomissement, se produisent aussi spécialement eu ce point, mais ce sont là des phénomènes de sensibilité ordinaire, car le doigt introduit dans le fond de la bouche amène ce réflexe, et le produit encore mieux en touchant la luette qu'en frôlant la base de la langue.

Pour que les corps sapides soient appréciés, il faut qu'ils soient dissous ; la sécrétion salivaire est donc nécessaire à la gustation, et une bouche sèche apprécie fort mal les saveurs. Aussi les impressions des corps sapides sont-elles éminemment propres à produire le réflexe de la sécrétion salivaire. surtout de la sécrétion sous-maxillaire, et l'on sait que la vue ou le souvenir d'un mets particulièrement agréable suffit pour faire venir Veau à la bouche; dans ces circonstances, c'est-à-dire en montrant à un chien im morceau de viande, on voit la salive couler avec abondance des conduits de la sousmaxillaire: aussi Cl. Bernard a-t-il proposé de considérer la glande sous-màxillaire comme associée essentiellement aux fonctions de gustation (V. p. 287).

Les nerfs du goût sont le lingual et le glosso- pharyngien. Le lingual branche du trijumeau, se distribue à la partie antérieure de la langue, à laquelle il donne, avec le goût, la sensibilité générale et la sensibilité tactile. Le glosso-pharyngien se distribue à la base, et préside spécialement à la sensibilité gustative du Y lingual (fig. 134 et 135). C'est essentiellement ce nerf qui nous transmet les impres.<ions des corps amers: on a pu aussi l'appeler, mais trop exclusivement, d'après ce que nous avons vu précédemment, le y^erf nauséeur. Ainsi lingual et glosso-pharyngien président également au sens du goût, et tous deux possèdent des fibres de sensibilité

glosso-puaryngien ; — 4. corde du tympan ;— S, gan-lion sous-maxillaire; — 11. anastomose du nerf lingual avec le grand hypoglosse : — 12. neif facial : — 13. muqueuse linguale détachée et re.ietée au haut : on voit en arrière les papilles caliciformes.

générale; mais ce qui semblerait prouver que dans ces nerfs les fibres de tact ou de sensibilité générale sont distinctes des fibres gustatives, c'est que l'un de ces sens, le août^ par exemple, peut

FiG 135. — Schéma de la langue avec ses nerfs sensitifs et ses papilles ',

être complètement aboli, la sensibilté générale et le tact de la langue conservant leur intégrité.

On s'est demandé s'il ne serait pas possible d'isoler, dans le glossopharyngien et dans le lingual, les fibres du goût et les fibres du toucher : pour ce qui est du glosso-pharyngien, rien encore n'a mis sur la voie de cette séparation ; mais à la partie antérieure de la langue, dans l;i région innervée par le N. lingual, l'étude des paralysies du facial accompagnées de lésion du goût a fait penser que l'on pourrait trouver la solution du problème dans l'étude de la corde du tym]pan, petit filet nerveux qui part du facial, traverse l'oreille moyenne et vient se joindre au lingual ou niveau des muscles ptérygoïdiens (fig. 136 et 137).

L'étude des fonctions de la corde du tympan est des plus délicates : nous avons déjà parlé de son rôle relativement à la sécrétion salivaire. Mais il s'agissait de savoir si tous les filets de ce nerf s'arrêtent au niveau de la glande soux-maxillaire, et si aucun d'eux ne va au delà, jusque dans la langue. Aujourd'hui, après de nombreuses expériences contradictoires, tous les physiologistes sont à peu prés d'accord pour reconnaître que la corde du tympan va jusqu'à la langue. Vulpian. Prévost, ont, en effet, toujours trouvé des fibres nerveuses dégénérées dans les branches terminales du nerf lingual, après destruction de la corde du tympan, soit par sa section dans l'oreille, soit par l'arrachement du facial. Ces fibres dégénérées ne peuvent provenir que de la corde du tympan.

Il s'agissait alors de savoir si la cordh' du tympan va à la langue comme nerf moteur ou comme nerf sensitif; c'est cette dernière

* 1, Branche linguale de la cinquième paire; Physiologie et hygièue).

jlosso-pharyngien (Daltou.

Di: SENS DU GOUT 511

fonction que lui assignent aujourd'liui un certain nombre de physiologistes, parmi lesquels il faut citer surtout Lussana et Schifl". Pour ces expérimentateurs, la corde du tympan est non seulement un nerf de sensibilité, mais même un nerf de sensibilité spéciale, le principal organe de la gustation. Lussana et Inzani rapportent (Archives de phj/siologie, 1869 et 1872) l'observation d'un individu qui, opéré dans l'oreille moyenne par un charlatan, avait subi la section de la corde du tympan, A la suite de cette lésion, les deux tiers antérieurs de la iiKiitié correspondante de la langue avaient perdu le goût, tout eu conservant parfaitement intacte leur sensibilité tactile et douloureuse. Depuis cette époque, Lussana a réuni i)lusieurs observations semblables où la perte partielle du goût accompagnait la paralysie du facial consécutive à une i)lessure ou à une opération. Enfin, chez un chien auquel Lussana avait pratiqué l'extirpation bilatérale des glossojibaryngiens, et auquel il coupa \)\us tard les deux cordes du tympan, le goût se montra entièrement aboli, tandis que les parties antérieures de la langue avaient conservé leur sensibilité tactile et douloureuse. La contre-expérience a été faite par Schiff (Phi/siologîe de la digestion, Florence, 1866, t. I), qui parvint à couper le nerf lingual au-dessus de sa réunion avec la corde du tympan, tout prés de la base du crâne. La sensibilité tactile et douloureuse de la partie correspondante de la langue fut entièrement abolie, tandis qu'il resta des traces de goût, })arfois très faibles, mais toujours reconnaissables aux mouvements et aux grimaces des animaux, sous l'impression des corps acides ou amers.

Lussana et Schiff arrivent donc à conclure que le yierf lingual ne 'préside qu'à la sensibilité générale de la portion de la langue à laquelle il se distribue. Il ne possède pas par lui-même de fibres gustatives; ces fibres lui sont données par la corde du tympan.

Cette conclusion perd malheureusement de sa valeur, car elle renferme un desideratum auquel il est difficile de répondre dans l'état actuel de la science. Quel trajet suivent, pour se rendre aux centres nerveux, les fibres gustatives de la corde du tympan? Sont-elles représentées jjar le nerf intermédiaire de Wrisberg? Proviennent-elles d'une anastomose intra-crânienne du facial avec un nerf sensitif, avec une branche du trijumeau ?

Lussana n'hésite pas à adopter la première hypothèse, et il tend à la confirmer par un grand nombre d'oservations qui nous montrent les unes des destructions complètes du trijumeau sans perte du goût, les autres des altérations du goût accompagnant les lésions intracràniennes, les lésions centrales du facial.

Cependant des observations bien plus nombreuses donnent un résultat tout opposé. Les cas rapportés par Davaine, Queneau de Mussy, Roux, les expériences de Bifri et Morganti, les recherches de Schiff*, tout semble jirouver que les lésions centrales du facial ne ])ortent aucune

V. Art. GorT du Xoiiv. Dict. de méd. et de chirur. pratiques, t. XVI.

atteinte au sens du goût, et que, par suite, la corde du tympan représente, selon la conclusion de Schitf, des fibres d'emprunt données au facial par le trijumeau, car les lésions ou les sections complètes du trijumeau, avant sa division en trois branches, produiraient sur le goiit les mêmes résul'ats que la section de la corde du lympan.

Schiff est porté à voir dans le nerf grand pétreux l'anastomose par laquelle le facial emprunte au trijumeau les fibres sensilivesqui doivent aller à la langue. Ces résultats sont encore trop controversés pour que nous rapportions dans leurs détails toutes les expériences entreprises pour les démontrer. Nous nous contenterons de résumer en une figure schématique la théorie de Lussana et celle de Schiff. Dans les figures 136 et 137, G représente le ganglion de Gasser, développé sur le trijumeau (III), qui se divise aussitôt en ophtalmique (1), maxillaire supérieur (2) et maxillaire inférieur (3); L représente le nerf lingual; YII,le facial; î, l'intermédiaire de Wrisberg; GT, la corde ilu tympan; G^ le

ganglion génicule. On voit que, dans l'hypothèse de Lussana(fig. 137), les fibres gustatives, dont le trajet est représenté par une ligne pointillée, iraient de la langue aux centres nerveux en passant par le lingual (L), puis par la corde du tympan (GT), par le facial, et enfin par l'intermédiaire de Wrisberg. Au contraire, d'après Schiff, les voies de conduction des impressions sensitives suivent le lingual (L,fig. 136), la corde du tympan (CT), le facial (VII) ; mais elles abandonnent ce nerf au niveau du ganglion génicule {Gg) pour suivre le nerf grand pétreux, se jeter dans le ganglion de Meckel(M),et, par suite, le maxillaire supérieur (2) et arriver finalement à la base de l'encéphale par le tronc du trijumeau (III).

Pour notre part, et en ayant égard aux résultats fournis par l'étude microscopique des origines des nerfs crâniens, nous sommes amenés à nous rattacher à la théorie de Lussana, mais en la modifiant légèrement, quant à ce qui est de la signification du nerf de Wrisberg. En

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