T. — DU TACT KT DU TOUCHER
Ce sens est un sens complexe, car il nous apprend à connaître : !« la pression que les corps exercent sur nos téguments, et qui se traduit, si elle est faible, parles sensations de contact (tact et toucher proprement dit), et, si elle est forte, par les sensations de pression ^ de poids; 2o la température de ces corps.
L'organe du toucher comprend tout le tégument externe et une partie des muqueuses, surtout la portion initiale de la muqueuse digestive (langue, dents). Ces ox^ganes se composent des deux parties essentielles de tout tégument, Vépiderme ou Vépithélium, et le derme ; en effet, le revêtement épithélial est indispensable pour le toucher, et, si ces éléments globulaires sont altérés ou détruits, ce sens disparaît en même temps. C'est l'épiderme qui, par ses végétations vers l'extérieur, forme des crêtes, des papilles creuses dans lesquelles le derme pénètre pour y amener les vaisseaux et les nerf. Certaines végétations épidermiques très considérables semblent essentiellement liées à l'exercice du tact : les dents, organes très durs, et recouverts d'une épaisse couche d'épithélium modifié (émail), sont cependant le siège d'un tact très délicat ; les chats touchent avec les longs poils de leur museau (V. p. 471, Poils tactiles): les insectes ont des tentacules cornés; la plante du pied est couverte d'une puissante couche d'épiderme corné, et cependant sa sensibilité est exquise. Ainsi l'épaisseur de l'épiderme est loin d'être défavorable à l'exercice de la sensibilité de la peau. Et, en effet, leshistologistes ont décrit dans l'épaisseur même de l'épiderme des terminaisons nerveuses, se faisant par de fins réseaux de c^'lindres-axes ramifiés entre les cellules épidermiques (dans l'épithélium de la cornée notamment, d'après les recherches de Conheim). Nous verrons dans un instant que la peau Cr^t sensible aux variations de température ; or, ce sont probaldernent ces terminaisons nerveuses intra-épidermiques qui sont plus spécialement le siège des impressions thermiques.
Mais outre ces terminaisons intra-épidermiques, qui parais.sent se faire par des extrémités libres, les nerfs de sensibilité de la peau présentent de véritables organes terminaux. Ce sont les papilles du derme qui contiennent ces terminaisons nerveuses : cependant Routes les papilles ne renferment pas des éléments nerveuji, il en est
un grand nombre qui ne renfei'meut que des réseaux vasculaires (iig. 129. B, C, D). Les papilles du derme sont elles-mêmes d'autant plus développées que la sensibilité de la région est plus exquise, et à la langue, par exemple, elles deviennent digitiformes ou présentent des divisions très nombreuses. On a longtemps cru que les nerfs viendraient s'y terminer par des anses, mais aujourd'hui qu'on a découvert eu beaucoup de points de petits organes terminaux
FiG. 129.^ — Papilles vasculaires et nerveuses de la pulpe des doigts *. "■
spéciaux, ont tend à généraliser cette manière de voir, et, en effet, on trouve tous les jours ces organes dans des points où on ne les avait pas encore aperçus. Ces organes terminaux sont de petits corps ovoïdes, corpuscules tactiles (de Meissner et Wagner), que Ton peut comparer en général k\\i\e pomme de pin, ou d'une forme plus simple, et moins régulière {corpuscules de Krause, en conjonctive), à la base desquels on voit pénétrer un à quatre filets nerveux, qui paraissent se perdre dans la substance de ces corpuscules (fig. 129. A), après s'être enroulés en un plus ou moins grand nombre de tours à leur surface. Les recherches d'histologie, com-
* L'épiderme et le réseaif de Malpighi ont été enlevés : — A, papille nerveuse avee un corpuscule du tact, dans lequel se perdent deux fibres nerveuses primitives n ; au bas de la papille, on V( it de fins réseaux élastiques, e, desquels partent des fibres fines; entre ces dernières et au milieu d'elles se voient des corpuscules du tissu conjonctif; — B, C, D. papilles vasculaires, simples on G, avec des anses de vaisseaux anastomoses en B et en 1). A côté de ces vaisseaux se voient des fibres élastiques fines et des corpuscules du tissu conjonctif; p, corps papillaire ayant la direction horizontale: — e, éléments étoiles de la peau proprement dite; Grossis., 300 diamètres (Virchow).
DU TACT ET i)U TOUCHER
\)i\v*je ont montré que ces corpuscules sont formés de cellules emy)ilées comme des pièces de monnaie (dites cellules de soutien) entre lesquelles sont disposés des renflements terminaux des cylindres axes, he^ corpuscules tactiles du bec du canard domestique, étudiés [jar Ranvier, présentent cette disposition sous sa forme la plus simple
nf. ; N EjT cl. , N
M. Nj;
Fig. 130. — Goipuscules tactiles du bec du canard domestique*.
car chacun d'eux est formé seulement (fig, 130) de deux cellules de soutien, superposées, et entre lesquelles est disposé le disque tactile ou renflement originel du cylindre axe de la fibre nerveuse appartenant au corpuscule. D'après leur distribution dans les parties de la peau qui servent essentiellement au toucher, on peut considérer ces diverses espèces de corpuscules de Meissner comme les organes terminaux spécialement affectés à la sensibilité tactile ^ .
On observe, eu outre, dans la profondeur du tissu connectif souscutané et du derme, des corpuscules plus volumineux, appendus aux tubes nerveux comme des fruits aux branches de l'arbre, et visibles à l'œil nu. Ce sont les corpuscules de Paciniou. de Vater; ils sont entourés de plusieurs enveloppes fibreuses (fig. 131), et renferment une cavité allongée dans laquelle un ou plusieurs filets nerveux viennent se terminer d'une manière encore peu connue. On les rencontre surtout à la paume de la main, sur le trajet des nerfs collatéraux des doigts : mais on les trouve aussi^ quoique moins nombreux, sur les nerfs du mésentère, sur les nerfs articulaires, les
1 V. Gilbei-t Ballet. Art. Sensibilité du Nouv. Dict. de médec. et chirur. pratiques, t. XXXIII. 1882.
* n, tube nerveux à moelle ; — Cï, cellules de soulient ; — N, Iciii' noyau — cl, t, disque tactile; ET, sa cavité; — n, /", ses noyaux; — gl, gaine lamelleuse du corpuscule; — E, épiderme (l, p, sa limite inférieure) (flg. d'après» J. Renaut).
nerfs des os, et dans riutéi'ieur même des muscles. Ils paraissent très sensibles à la compression, et c'est sans doute à ce mode de sensibilité que se rapporte leur fonction : ils donneraient, pai'
exemple, suivant le degré de compres sion qu'ils subissent de la part des muscles, des sensations indiquant la mesure de la contraction de ceux-ci. Ailleurs ils sont soumis à d'autres pressions. Ainsi les corpuscules situés dans les capsules articulaires sont comprimés par les os dans certains mouvements, ou par la tension des ligaments: dans le mésentère, ils subissent la pression des muscles abdominaux agissant sur les parois des viscères: sous les téguments, leur situation les dispose favorablement pour recevoir les pressions extérieures.
Les fonctions du toucher sont d'autant plus développées que les régions considérées sont plus riches en nerfs et en corpuscules tactiles. Ainsi les organes dont nous nous servons de préférence sont les mains, la langue, les dents : il ne faut pas oulîlier la plante des pieds, qui est un organe de toucher permanent pendant la marche, et qiu, en jugeant de la nature du sol, détermine et modifie le rétlexe de la locomotion, presque sans que la conscience et la volonté aient besoin d'intervenir (V. p. 64). Cependant, pour la sensation de la pression ^ et poui' la sensation delà température^ les lieux d'élection ne sont pas exactement les mêmes, sans qu'il soit possible d'indiquer la cause de cette ditierence.
La sensation de temp'^rature se fait en général et presque indifféremment par toute la surface du corps, et il semblerait «jjn'ôri
FiG. 131. — Coipuscaie de Paciiii ou de Vater. provenant du tissu adipeux de la pulpe des doigts *.
* s, fibre nerveuse primitive contenant de la moelle, n. à contours marqués, avec une gaine nerveuse p. p. épaisse, possédant des noyaux longitudinaux et formant la queue du oorpuseule; — C, le cjrpuscule proprement dit. avec ses couche? concentriques formées par renvcloppe du nerf tuméfiée en forme de massue et une cavité c^ntrale dans laquelle passe le cylindre de l'axe, qui se termine librement. — Grossiss. i58 diamètres (Virchow Pathologie ceUvlaire).