MUSCLE DE L'ADAPTATION
ciliaires)^ développés surtout dans sa partie antérieure et annexés à des prolongements érectiles (procès ciliaires) sont destinés surtout à agir sur le cristallin et à produire les changements de forme que nous avons étudiés à propos de l'adaptation ; mais on est loin d'être d'accord sur le mécanisme par lequel l'action musculaire agit ur la lentille (fig. 150). Le muscle ciliaire se compose de fibres longitudinales et de fibres circulaires . Los premières peuvent agir en prenant un point fixe à l'union de la sclérotique et de la cornée (au niveau du canal de Schlemm), pour tirer en avant tout le sac choroïdien, par suite, l'humeur vitrée et le cristallin lui-même, qui alors s'aplatit contre la résistance qne lui offre l'humeur aqueuse, ou bien devient plus convexe vers le centre de sa face antérieure, l'iris s'opposant à la déformation de la partie périphérique contre laquelle il est appliqué. D'autre part, il peut se faire que les fibres circulaires, en se contractant, viennent presser, par l'intermédiaire des procès ciliaii'es, sur la circonférence du cristallin, qui cède (.lans ce sens ; mais, vu sa grande élasticité, augmente alors d'épaisseur, surtout au niveau de la partie centrale de sa face antérieure, laquelle est seule libre et capable de subir des déformations seulement en son centre, vu la présence de l'iris à la périphérie. En effet, l'espace que l'on a supposé exister entre l'iris et le cristallin et que l'on a nommé chambre postérieure, n'existe nullement? et l'iris est exactement en contact avec toute la surface correspondante du cristallin (Rouget). Les contractions de l'iris pourront donc peut-être aussi influer sur la forme de la lentille; toutefois l'iris paraît très accessoire à cette fonction, car on voit des personnes chez lesquelles la faculté d'adaptation existe parfaitement et qui manquent cependant delà ressource de la contraction de l'iris, soit par la destruction, soit par la dégénérescence des fibres contractiles de l'iris.
Gh. Rouget, en faisant connaître le muscle ciliaire interne ou annulaire, a montré que ce muscle, en se contractant, comprime les troncs veineux irido-choroïdiens, force tout le sang à passer par les procès ciliaires, et détermine ainsi l'érection, la rigidité de ces organes, phénomène sans lequel les muscles ciliaires ne pourraient avoir aucune action sur la lentille cristalline. Aucune des théories de l'adaptation ne pouvait expliquer, à l'aide des faits connus, une action directe sur le cristallin ; cette action directe appartient au muscle ciliaire annulaire ; l'obstacle au cours du sang par les veines qui déterminent les premières contractions de ce muscle amène l'érection des procès ciliaires, et, dans cet état, ces organes deviennent aptes à transmettre au cristallin, en la régularisant, la compression exercée par le muscle ciliaire,
Nous voyons donc, en somme, que les contractions de la partie antérieure de la choroïde (muscle ciliaire) ont 'pour effet de produire Inadaptation. Cette adaptation est involontaire et toute spontanée ; elle résulte d'un réflexe : il semble que la rétine ou les organes centraux de la vision, s'apercevant de la confusion de l'image, réagissent sur les muscles ciliaires et en amènent la contraction. Le ganglion ciliaire ou ophtalmique a longtemps été regardé comme le centre de ces réflexes, qu'on semble devoir aujourd'hui rapportei' plutôt à la partie céphalique de la m.oelle (protubérance annulaire et tubercules quadrijumeaux. V. p. 89. Les fibres musculaires de la choroïde sont des fibres lisses : de là une certaine lenteur dans l'accomplissement de l'adaptation. Quant au nerf qui vient innerver le muscle choroïdien, ce paraît être la troisième paire crânienne ; en effet, Trautvetter a constaté chez les oiseaux que lors de l'excitation du moteur oculaire commun, l'image cristallinienne antérieure devient plus petite et se rapproche de l'image cornéenne ; donc, chez les oiseaux, c'est le nerf de la troisième paire qui préside à l'activité du muscle ciliaire, et il doit en être de même chez l'homme, quoique ce muscle soit strié chez les oiseaux et lisse chez les mammifères ^.
B. — Uiris est un véritable c/iap/u'a^me placé dans la chambre obscure que forme le globe oculaire; sa face antérieure est en contact avec l'humeur aqueuse et tapissée par un pi'olongement de la membrane de Descemet (de la face postérieure de la cornée, V. fig. 150 (en 4 et 13). Sa face postérieure est, avons-nous dit, immédiatement en contact avec la }jartie périphérique de la convexité antérieure du cristallin, de sorte que la prétendue chambre postérieure n'existe pas. La périphérie se continue avec la choro'ide, dont ce diaphragme est une dépendance ; son ouverture centrale correspond au centre du cristallin et constitue ce qu'on nomme la pupille.
Cette membane a la structure de la choroïde; elle possède de nombreux vaisseaux, des cellules pigmentaires^ qui forment également une couche épaisse à sa face profonde ou postérieure (urée), et des fibres musculaires. Ce dernier élément est le plus important : il se compose de fibres disposées circulairement (sphincter de la pupille) et de fibres irradiées (dilatateur de la pupille) ; ces fibres paraissent innervées par deux nerfs différents, les circulaires par le moteur oculaire commun (racine motrice du ganglion ophtalmique, nerfs ciliaires), les radiées par le grand
1 V, H, Chrétien, la Choroïde et l'fris, thèçe de cpncours. Paris, 1876.
choroïde et iris 551
sympathique^. La pupille se dilate cjuaud l'objet fixé est très éloigné; elle se rétrécit dans les cas inverses. Ces mouvements sont Icnis, parce que les fibres sont des fibres musculaires liiises^ comme celles du muscle ciliaire ; comme ceux de ce muscle, les mouvements de l'iris sont de nature réflexe et ont sans doute le môme centre de réflexion (V. p. 89). Cependant l'iris paraît directement sensible à l'action de la lumière. La volonté est impuissante à produire les mouvements de l'iris, mais on peut y arriver par une voie détournée ; on peut, par exemple, dilater la pupille en regardant un objet très éloigné, en regardant à l'infini, dans le vide; bien des fois, surtout dans les temps passés, on a employé ce simple détour pourdonner aux yeux l'expression de ïextase^ qui se caractérise dans ces organes par une grande dilatation de la pupille. Ces effets de dilatation ou de rétrécissement peuvent encore être produits par des agents médicamenteux précieux pour le médecin : la fève de Calabar
1 Aussi quand on coupe le cordon cervical du sympathique, produit-on, en même temps que l'hypérémie de la moitié correspondante de la tête (V. Yasomoteuîs, ci- dessus p. Î3i^), le rétrécissement de la pupille (puisque les fibres dilatatrices sont alors paralysées et que le moule constricteur se trouve sans antagoniste). Quelques auteurs avaient pensé devoir nier l'existence de fibres radiées (dilatatrices) de l'irii?, et expliquer, par suite, le resserrement de la pupille consécutif à la section du cordon sympathique par une hypérémie, une véritable turgescence de ce diaphragme musculo-vasculaire. Mais les recherches de Fr. Franck, Indépendance des changements du diamètre de la pupille et des variations de la circulation carotidienne (Compt. rend. Acad. des Sciences, 19 mai, 1879), ne laissent aucun doute sur (îette question. Elles démontrent, en eft'et, que les variations importantes et durables de l'orifice pupillaire qu'on observe en excitant certains nerfs par voie directe ou réflexe ne sont pas subordonnées aux variations de la circulation ; elles résultent de l'action des muscles de l'iris. Il est possible, en effet, d'obtenir des dilatations et des resserrements de l'iris indépendamment des modifications de la circulation ; ainsi, quand on coupe le cordon cervical du sympathique au-dessous du ganglion cervical supérieur, on observe à la fois le resserrement de l'iris et la dilatation des vaisseaux carotidiens; mais si l'on sectionne seulement le prolongement anastomotique entre le ganglion cervical supérieur et le ganglion de Gasser, le resserrement de l'iris se produit seul, les branches profondes de la carotide ne subissant pas de dilatation. D'autre part, on peut encore, en comparant les phases du resserrement vasculaire et celles de la dilatation de l'iris, produites par l'excitation du sympathique cervical, constater que la pupille commence à se dilater avant le début du resserrement vasculaire, qu'elle arrive à sa dilatation complète alors que les vaisseaux continuent à se dilater, et qu'elle reprend son diamètre initial bien avant que les vaisseaux se soient relâchés. Enfin en excitant le sympathique sur un animal qui vient d'être tué par hémorragie artérielle, on voit que, d'une part, la pupille du côté correspondant au sympathique sectionné reste resserrée, quoique l'ii is soit vide de sang, et qu'elle se dilate encore par excitation du sympathique, tout comme avant la mort par hémorragie.
rétrécit, la belladone dilate la pupille pour un temps plus ou moins long.
La pupille est encore dilatée dans certaines maladies du cerveau et de la moelle . Enfin les mouvements normaux sont plus ou moins faciles, plus ou moins vifs selon les personnes. Nous avons déjà vu que ces contractions paraissent ne jouer qu'un rôle très secondaire dans l'adaptation, de sorte qu'on peut dire, en résumé, que l'iris est simplement un diaphragme qui règle lui-même et par action réflexe le diamètre de son ouverture.