‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 40 sur 219 · DU SANG · texte numérisé non relu

DU SANG

Le saiig est uu liquide qui, circulant dans Torgaaisme de la périphérie au contre et du centre à la pcriphério, transporte dans Técononiie les cléments absorbés par certains globules de la surface et entraine les déchets de l'organisme en général vers d'autres globules de la surface chargés de les rejeter à l'extérieur. Dans ce continuel commerce d'échange, il est impossible qu'il y ait, à chaque instiint. compensation parfaite, de sorte que le sang n'a pas une composi tionfixe, normale, typique, et qu'on peut même à un moment donné, distinguer plusieurs espèces de sang, notamment le sanfj artériel et le sang veineux.

Le sang est donc l'une des principales Iiumeiirs constitucnies (Ch. Robin). En ayant égard à ce fait que c'est par sou intermédiaire que tous les principes introduits dans l'organisme (même les gaz, Y. Respiration) viennent au contact des éléments anatomiques. c'est-à-dire que ces éléments vivent réellement dans le liquide sanguin, ou peut appeler le sang le inilieu intérieur (Cl. Bernard) ^.

Le sang est d'une couleur rouge vermeille (sang artériel) ou rouge

1 cf On donne le nom de milieux à Teuseinble des oircoustauces qui environnent Tètre vivant et dans lesquelles il trouve les conditions propres i\ développer, entretenir et manifester la vie qui l'anime... Il faut distinguer les milieux cosmiques (air, eau, aliment, température, lumière, électricité) et les milieux intérieurs. Les premiers entourent l'individu tout entier; les seconds sont en contact immédiat avec les éléments anatomiques qui composent l'être vivant. » (Cl. Bernard, Pj'opriétés des tissus vivanls.) Au point de vue purement anatomique, on a pu considérer le sang comme un tissUi ainsi que la font aujourd'ui un grand nombre d'iiistologistes (Frej-, Rouget), et le définir un (issu cellulaire avec substance interceUulaire liquide. Il rentre ainsi dans Tune des quatre grandes classes de tissus :

1' Tissus cellulaires avec peu ou pas de substance intercellulaire : épithéliums et leurs dérivés (ongles, poils, emails, cristallin) ;

2" Tissus cellulaires avec substance fondamentale liquide (sang, lymphe, chyle) ;

3° Tissus cellulaires avec substance fondamentale abondante, muqueuse, hyaline ou fibreuse (cartilage et tous les tissus collagènes ou conjouctifs;;

4° Tissus formés par des globules ayant donné lieu par leur juxtaposition à des formes de fibres ou de tubes (muscles, nerfs, vaisseaux, etc.).

Igg SANG ET CIRCULATION

pourpre (sang veineux ou sang noir). Sa densité est de 1,045 à 1.075. Sa réaction est toujours alcaline *■ chez tous les animaux, et aussi bien dans les conditions niorj)ides que dans les conditions normales. Sa saveur est légèrement salée. 11 a une odeur propre, peu prononcée et différente selon les espèces animales.

Quantité de sang. — L'évaluation de la masse totale du sang parait, au premier abord, facile à réaliser, mais présente de grandes difficultés pratiques. On admet généralement aujourd'hui que Torganisme humain renferme en moyenne 5 à 6 litres de sang. Pour évaluer cette masse liquide, on avait essayé de saigner un animal à blanc (Herbst, Haidenhaiu) : mais il reste toujours dans les vaisseaux uns quantité de sang difficile à apprécier. Une injection complète du système vasculaire, destinée à en mesurer la capacité, ne donne pas des résultats plus recommandables. Un moyen plus simple et en même temps plus ingénieux est celui qu'a employé Valentin; il consiste à calculer la quantité de sang cC après la dilution que lui fait subir l'injection d'une quantité d'eau déterminée, étant connue la proportion de solide et de liquide qu'il contenait d'abord. Supposons, pour fixer les termes, qu'on ait constaté que le sang d'un animal contient, à un moment donné, quatre parties de liquide pour une de solide, proportion obtenue par l'analyse d'une première saignée. Aussitôt on introduit dans le système vasculaire une quantité d'eau égale à celle du sang qu'on avait retiré, puis on pratique une deuxième saignée, qui naturellement donnera un liquide sanguin plus dilué que celui obtenu par la première. Si, par exemple, la première saignée était de 100 grammes, et qu'après avoir inject.; 10 granmies d'eau, la deuxième saignée amène du sang deux fois plus aqueux, il sera facile, par une simple proportion, de calculer le sang que contenait primitivement l'animal.

Il y a encore bien des objections à faire à cette méthode, vu les échanges rapides qui se produisent, dans le court espace de temps qui sépare les deux saignées, entre le sang et les tissus qu'il baigne ; en effet, immédiatement après une saignée, la masse du sang tend à se reconstituer aussitôt, en empruntant aux tissus ambiants leurs partie.- liquides.

1 D'après la plupart des auteurs (V. plus loin), ce seraient le carbonate et le phosphate tribasique de soude qui donneraient au sang sa réaction alcaline ; mais, d'après les recherches de Rabuteau, le phosphate tribasique ne peut, sans se décomposer, exister dans le sang riche en acide carbonique : il conclut que l'alcalinité est due au bicarbonate de soude. Nous verrons plus loin que, grâce à cette alcalinité, l'acide carbonique se fixe sur le plasma du sang (dans les carbonates) (P. Bert).

Notons déjà, à propos de l'alcalinité du sang, qu'il n'y a que trois liquides de l'organisniepréseutant une réaction acide: \a.su'^ur,Vurine et le suc gastrique.

t)U SANG 169

Une meilleure méthode est celle du lavage de Welcker. Un animal est décapité : on recueille tout le saug qui s'en écoule et on mesure le pouvoir colorant de ce liquide. On divine alors le cadavre en fragments, et, par un lavage coin[)k't, ou en retire tout le sang. En comparant alors lo pouvoir colorant do l'eau sanguinolente ainsi obtenue au pouvoir colorant du sang déjà extrait, on peut facilement calculer quelle est la proportion du sang contenu dans celte eau, et on obtient ainsi l'expression de la totalité de la masse sanguine. Mais il y a encore ici de nombreuses causes d'erreur, parmi lesquelles il suffit de citer celle qui tient à ce que le lavage enlève non seulement le sang, mais encore la matière colorante des muscles, celle de la moelle des os spongieux, de la rate, etc., matières colorantes qui dérivent de celles du sang, mais qui, attribuées à ce liquide, donnent à l'évaluation de sa masse une valeur supérieure à ce qu'elle est en réalité.

Cependant on admet en général, d'après les résultats fournis par cette méthode, que le poids total du sang est en moyenne la treizièmo partie* du poids total du corps de l'homme, ce qui ferait donc 5 kilogrammes ^ de sang pour l'homme, dont le poi<l5 moyen est de 65 kilogrammes.

Du reste, la masse du sang est très variable selon les circonstances : l'état de jeûne ou d'absorption digestive est ce qui influe le plus sur cette quantité, et dans ces cas il peut y avoir des varia' lions du siiupîe au double. C'est ce qu'a directement constate Cl. Bernard en décapitant deux chiens, l'un à jeun et l'autre en pleine période d'absorption digestive ; c'est ce qu'il a démontré indirectement en faisant voir qu'il faut, pour faire périr un animal eu digestion, une dose de poison (strychnine, par exemple) double de celle qui suffit pour le tuer quand il est à jeun-\ Il est vrai que dans ce cas il faut tenir compte non seulement de ce que l'organisme en général est gcrgé de liquides, mais de ce que les éléments anatomiques eux-mêmes sont saturés et bien moins disposés à l'absorption du poison. Un fait plus significatif est encore celui

1 Cette proportion varie avec les espèces animales : 1/17 du poids du corps chez le chien, 1/24 chez le mouton, 1,36 chez le lapin.

2 5 kilogrammes, c'est-à-dire un peu moins de 5 litres, puisque la densité du temps (1.055 en moyenne) est un peu supérieure à celle de l'eau.

3 On comprend bien l'augmentation de la masse du sang pendant l'absorption intestinale, quand on se rappelle que Colin a recueilli, sur une vache, jusqu'à 95 litres (eu vingt-quatre heuies) de lymphe, par une fistule du canal thoracique, canal qui ne représente C3pendant que l'une des voies de l'absopptioa intestinale (l'autre voie est représentée par la veine porte). (G. Golin, Trait'.' de ji'ii'siologie comparée des aahwn'.x, dei:xiëine édit. Paris, 1S73.>

KussetDuvAL, Physiol. 10

î<igualé par Collard de Martigny : sur un lapin à l'état ordinaire, il faut enlever 30 grammes de sang pour amener la mort par hémorragie : au bout de trois jours d'inanition, il suffit d'enlever 7 grammes pour obtenir le même résultat. On comprend quelle importance a ce fait pour le médecin, au point de vue des saignées pratiquées au début d'une maladie, ou après plusieurs jours de diète.

COMPOSITION' DU s A N G

Si nous étudions le sang au point de vue pour ainsi dire anatorniquc (comme un tissu), nous voyons qu'il se compose de deux parties bien distinctes : le cruor, qm comprend la partie solide, les globules; et le liquor, qui comprend toute la partie liquide à l'état physiologique. Ces deux parties sont en quantités à peu près égales*, de sorte que l'on peut considérer le sang comme une certaine masse de cruor en suspension dans une masse égale de liquor.

Mais cette proportion varie, surtout dans les cas signalés précédemment. Pendant l'absorption, la masse du sang peut doubler : c'est alors surtout le liquor qui augmente, car cette augmentation est due à la grande quantité de lymphe versée dans le torrent circulatoire. (Colin a recueilli jusqu'à 95 litres de lymphe en vingtquatre heures par une fistule du canal thoracique pratiquée sur une vache.) De même, après une saignée abondante, le sang tend à recouvrer sa masse primitive, en empruntant leurs liquides aux tissus voisins: c'est donc le liquor qui augmente, et la masse du cruor ne se reconstitue que bien lentement. Ainsi on sait que la mort arrive d'ordiiiaire loi'squ'une hémorragie a enlevé la moitié de la masse du sang : mais c'est eu i-éalité la moitié du cruor qu'il faudrait dire avec précision, et l'on conçoit l'importance de ce fait, pour des saignées successives, alors que la masse liquide, mais non la quantité des globules, a eu le temps de se reconstituer.

Cruor. — Cette partie solide du sang est uniquement formée de globules en suspension dans le liquide ; les globules du sang sont de deux espèces : les rouges et les blancs.

a) Les globules blancs du sang, mieux nommés globules incolores (leucocytes, Robin), sont un peu i)lus gros que les rouges

i La proportion exacte (chez l'adulte) est la suivante : 1.000 gramiues de sang se composent de 446 grammes de globules (cruor). et de 554 de plasma (liqucrj. Nous disons cliez Tadulte, parce que chez le foetus la proportion est inverse : les globules, apparaissant les premiers, forment la plus grande partie du sang, et à la naissance on trouve encore la proportion de 722 de globules pour -278 de plasma. (Ch. Robin. Lecomt nur la? humeurs, deuxième édit., 1874.)

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f ir,. 45. — Globules blancs

du sang

(leucocytes. Robin)*

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