‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 43 sur 219 · DU SANG — GLOIULES ROUGES · texte numérisé non relu

DU SANG — GLOIULES ROUGES

globules elliptiques et toujours, du reste, sans noyau. Les oiseaux présentent des globules plus gros que ceux des mammifères, elliptiques, biconvexes, avec des traces de noyau. Les globules des reptiles et des amphibies (fig. -48) sont volumineux, elliptiques, biconvexes, avec un noyau très visible; il en est de même pour la généralité des poissons. Pour donner une idée des différences de dimensions, il nous suffira de citer le chiffrç suivant : les globules rouges de Thomme "mesurent 1/150 (7 [x) de millimètre, ceux du protée 1/12 (80 \x).\

On indique eu général la i)résence de gl()])ules coloi-és dans le sang comme propre aux vertébrés ; cependant Rouget a signalé dés longtemps l'existence d'éléments semblables chez les invertébrés: là ils sont généralement dépotu'vus d'enveloppe, granulés et chargés d'une matière colorante (bématine, Y. plus loin), qui, au lieu d'être uniformément répandue, se présente par jjetites masses distinctes ; cependant les globules des siponcles se composent 'd'une enveloppe élastique, épaisse, à double contour, renfermant une substance rosée et homogène très réfrin» gente.

Au point de vue physiologique, les globules rouges sont remarquables par leur élasticité; ils sont faiblement et parfaitement élastiques : la moindre pression les déforme, mais ils reviennent facilement à leur forme primitive : en effet, en examinant la circulation au microscope (sur le mésentère de la grenouille, par exemple), on les voit parfois se plier en deux ou se mettre à cheval sur l'éperon résultant de la bifurcation d'un vaisseau.

Au point de vue chimique, les globules rouges présentent ce fait intéressant qu'ils contiennent, comme matières minérales, des sels autres que ceux du liquor. Ainsi ils renferment surtout des phosphates et des sels de potasse, tandis que le liquor contient surtout des carbonates et des sels de soude. Nous avons déjà indiqué comme une des propriétés générales du globule vivant (V. première partie, p. 9) cette faculté de maintenir sa composition propre malgré les lois de l'endosmose et de la diffusion. On pourrait peut-être conclure de cette composition du globule sanguin qu'il y aurait grande utilité à employer les sels de potasse au lieu des sels de soude lorsqu'on a en vue spécialement la reconstitution de l'élément figuré du sang (dans Var/lobuline).

Si, après cette indication particulière, si intéressante au point de vue de la nutrition, de la vie du globule sanguin, nous passons h l'étude des résultats généraux fournis par l'analyse chimique, nous pouvons dire que le globule rouge est formé d'un stroma ou globuline, renfermant une matière dorante dite hémoglobine.

A. Globuline. — Le stroma (Rollet) ou globuline (Denis, de

Gommercy) est iiiio ma'.iére albjiuiûoïde particulière. Dan^ la constitution du globule, le stroma est à l'hémoglobine comme 1 à 13. On se procure de la globuUne eu plaçant une certaine quantité do globules frais dans uti nouet de linge fin et en l'arrosant d'eau qui entraîne l'hémoglobine. La globuline renferme une certaine quantit» de sels^de potasse et de soude (potasse 6 0/0, soude 0,6).

B. Hémoglobine. — L'hémoglobine ou héraato -cristalline (ou /2em«<2^?e). substance très importante pour le physiologiste, est une

matière albuminoïde cristallisable , chez l'homme et chez certains animaux seulement (rat, chien, cochon d'Inde). L'oxygène qui se fixe sur les globules, dans la respiration, se combine avec l'hémoglobine et forme un oxyde appelé oxyhémoglobine. 100 grammes d'hémoglobine peuvent absorber 130 centimètres cubes d'oxygène. On se procure l'hémoglobir.e cristalHsée en ajoutant quelques gouttes d'éther à une petite quantité de sang contenu dans une éprouvette.

L'éther détruit les globules et met l'hémoglobine en liberté.

Celle-ci, d'abord dissoute dans l'éther, cristallise ensuite, par suite, de l'évaporation de ce liquide. Les cristaux d'hémoglobine sont rhomboédriques chez l'homme, tétracdriques chez le cochon d'Inde, hexaédriques chez l'écureuil (W fig. 49). Indépendamment des parties élémentaires qu'elle renferme, l'hémoglobine coiitient 0,43 0/0 de fer.

■- a et h. de rhomme : — c, du ch9t:'— (<, dy cochon 4'tnJe ; [-^ '', du bamster; — /", dç l'écureuil (d'aprèç Frey.)

— Cristaux d'hémoirlobine'

DU SANG — HEMOGLOniNK 177

Dérivés de l'hémDrjlohinc. — En laisant agir ûivers reacl 1% ^llr riiémo^'lobine, on obtient des dérivés et des cora')inaisons de l'héniatine cri-^tallisant dans des formes régulières: ce sont Vhcmine et Vhémaio'idine.

Il' h'hémine. En faisant agir sur du sanir desséché du chlorure de sodium et de l'acide acétique cristallisable, on obtient un nouveau corps, l'hémine (ou chlorhydrate d'hématine) (fig. 50), qui se présente sous forme de cristaux en tables rhomboidales aplaties, à angles aigus, et d'un briui intense.

Les cristaux ainsi obtenus sont caractéristiques du sang. C\'St bien d i chlorhydrate d'hématine, car ou est parvenu récemment à les produire en mettant simpleme:it en présence Thémaline et l'acide chlorhydrique *.

2o Enfin. Vhématoïdine est un dérivé de l'hématine, dérivé qui se produit spontanément dans l'économie, surtout dans les anciens foyers hémorragiques, et en général dans tous les épanchements sanguifis. Ce corps, qui se présente sous forme de très petits cristaux rhomboidaux obliques, est identique à la matière colorante de la bile: au point de vue de la composition chimique, Vhématoïdine n'est pas identique à rhématiae, elle en dinfère par 1 de fer en moins et 1 d'eau eu plus.

Ces matières colorantes du saug, et particulièrement rbématuiistalline (hémoglohinej, ont été l'obje!; de très intéressantes recherches au moyen de l'analyse spectrale. Hoppe Seyler (1862) et Valentin, en Allemagne ; Stokes et Sorby, en Angleterre:

P. Bert. Claude Bernard, R. Benoit et fi-"'- ^'J- — Cristaux à"iié:iiii;.e'. Fumouze-, en France,

appliquant à l'étude du sang le procédé d'analyse découvert pai- Kirchhoâ'et Bunsen, ont démontré que lorsqu'on regarde à travers uu prisme (spectroscope) une solution de sang artériel très étendue, éclairée par la lumière solaire ou par la flamme d'une lampe, au lieu d'observer le spectre lumineux ordinaire, on voit ce spectre inter-

1 V. P. Cazeneuve. Recherches *«r Vhèmatiiie (Journal de Van-'t. et de ht physiol. de Ch. Robin. 1875. p. 309).

M. Cazeneuve, dans ce travail, contirme les travaux antérieurs d'après lesquels l'hémaûne est un principe contenant du carbone, de rhydrogèn^-. de l'oxygène et du fer : il donne pour la quantité de fer la proportion suivante : i2 gr. 60 de peroxyde de fer pour 100 grammes d'hématine.

2 Fumouze, te.^ Spectres d'absorption du sang. Paris, 1S72, in- 4%

•« Obtenos artiLciellement du sang par l'action du sel de cuisine et de racide acétique ^chlorhydrate d bénaatine). Grossiss. 800 diam. (Virchow).

SANG ET CIRCULATTON

rompu pai- de larges bandes obscures placées comme l'iiidique la figure 51. C'est ce qu'on appelle \e spectre cV absorption du saur/; il est cai'actérisé essentiellement par deux bandes obscures dans la partie jaune verte (B, fig. 5i), et de plus par l'extinction, à peu près complète, de tous les rayons les plus ri^frangibles à partir du bleu ou de l'indigo (fig. 51, C).

Chose remarquable, le sang veineux, ou celui qui a perdu son oxygène, ou les solutions d'hémoglobine que l'on a désoxygénées par un agent réducteur quelconque, présentent un spectre difierent.

iwoiimHJ^IBBHIBHB^^H

WÊ

ïlil

iffiiîi

IBBiJill

FiG, 51. — Absorption de certaines régions du spectre par des dissolutions

sancruines '.

L'intervalle qui sépare les deux bandes est obscurci, ou, en d'autres termes, les deux bandes noires se fondent eu une seule, -dite bande de réduction de Stok^s (fig. 51, E); en même temps, l'ombre qui recouvi-e la partie la plus réfrangible a reculé vers le violet, de sorte (ju'il y a plus de transparence pour les rayons bleus.

Il y a donc un spectre du sang oxygéné et un spectre du sang désoxvgéné, de l'hémoglobuline oxygénée et de l'hémoglobuline réduite.

Claude Bernard et Hoppe Seyler ont montré à peu près en même

* A, Raies de Fraûnhofer; — B. sang artériel oxygéné (deux bandes dabsorption entrrles raies D et de Fraûnhofer, c'est-à-dire dans le jaune du spectre).

C, Sang artériel en dissolution plus concentrée (alasorption de tous les rayons à partir de la raie F, c'est-à-dire du bleu).

D, Dissolution plus concentrée encore ; — "E. sang veineux, smg réduit ; raie de réduction près do la raie D do FraûnlioffM- (c'est-à-dire dans le .jaune) (Paul Bert).

D U SAN G — H K M O GLO T. 1 N K 179

temps, que l'oxyde de carbone, qui chasse avec taut d'éiierg-ie l'oxygèue du saug, prend sa place, et, combiné avec l'hémoglobiue, donne un spectre (spectre du sanir oxycarboné) très analogue au spectre oxygéné, si ce n'est que les deux bandes noires sont un peu déplacées vers la droite. Mais ce que ce spectre a de caractéris tique, c'est qu'il ne subit aucun changement par l'action des agents réducteurs: on d'autres termes, le spectre de l'hémoglobine oxycarbonée ne peut plus donner, comme celui de l'hémoglobine oxygénée, la raie de réduction de Stokes. 11 est facile de comprendre l'intérêt de ces recherches et leur application, par exemple, a l'analyse du sang d'une personne asphyxiée par les vapeurs du charbon, par l'oxyde de carbone^. A un point de vue analogue, il est très intéressant de constater que ces bandes caractéristiques s'obtiennent encore en traitant par l'eau des taches du sang même très anciennes, laissées sur du fer. du bois, du linge, etc., ou bien encore avec du sang déjà décomposé et putréfié. Valentin a très nettement constaté la présence du sang sur une ancienne planche de table de dissection qui était restée sans usage depuis troLs ans dans im endroit humide, et sur un vieux crochet rouille de boucherie qui ne servait plus depuis longtemps. On n'a pas, malgré de nombreux essais (Ritter), trouvé de matière colorante dont le secptre pût être confondu avec celui du sang, ni surtout qui pût donner par les agents de réduction quelque chose d'analogue à l'apparition de la raie de Stokes.

De plus, comme sensibilité, cette méthode de recherche laisse })eu à désirer, puisque Valentin a i-etrouvé des traces reconuaissables du spectre caracterisV- ne du sang dans une solution qui n'eu contenait que 1 7.000 sous un> \aissseur de 15 millimètres.

L'étude successive des spectre'r'du sang oxygéné et désoxygéné, de l'hémoglobine réduite, spectres que l'on peut reproduire tour a tour en enlevant et eu rendant l'oxygène à la solution sanguine, nous permet d'apporter im élément à l'explication de la diftéreuce de couleur du sang artériel et du sang veineux ; cette diftérence n'est pas due uniquement à des modifications dans la forme des gloimles. puisque ces phénomènes de coloration, corrélatifs aux ditférences des spectres du sang artériel et du sang veineux, s'établissent, comme eux, grâce à des alternatives d'oxydation et de réduction de l'hémoglobine, de sorte que le sang artériel et le sang veineux représentent les deux états d'oxydation et de réduction de la matièi'o colorante du san?.

i V. Cl. Bernard, Leçons ar les anesthésiques et sur Vasphyxie- Paris, 1^75.

Le rôle physiologique des globules rouges consiste essentiellement à se charger d'oxygène qu'ils vont ensuite distribuer aux tissus ; ces globules sont des réceptacles, des appareils condensateurs de ce gaz, pour ainsi dire des analogues du charbon et de i'cponge de platine. Lorsqu'ils traversent les capillaires, ils empruntent à l'air venu de l'extérieur son oxygène, qu'ils vont ensuite transporter vers les différents éléments de l'économie, et surtout vers ceux qui consomment beaucoup de gaz, c'est-à-dire vers les globules nerveux, les nerfs et les muscles. En échange de l'oxygène qu'ils emploient, ces éléments rendent une quantité à peu près équivalente (V. Resjnration) d'acide carbonique, qui se dissout dans le liquor du sang (se combinant avec les sels du sérum. V. plus loin;.

Les globales rouges du sang, et, par suite, la totalité du sang préside donc aux phénomènes respiratoires, et la mort qui survient après une abondante hémorragie est causée essentiellement parce que l'oxygène n'est plus distribué en quantité suffisante aux tissus et spécialement aux éléments anatomiques du système nerveux central. A ce point de vue, la transfusion du sang consiste donc uniquement en un nouvel apport de globules sanguins. Ainsi cette opération ne répond ni aux espérances exagérées (rajeunissement, guérison de la folie, etc.) ni aux craintes démesurées (interdite par le parlement en 1668) qu' elle a inspirées à son début (dix- septième siècle ;Lower, Denis). Aujourd'hui on compte par centaines les cas d'hémorragie où le malade exsangue a été raj)j:elé à la vie par la transfusion du sang, surtout dans les cas de métrorragies. Les globules sanguins doivent être empruntés à un animal de même espèce, sans quoi l'effet cherché n'est point obtenu, car des globules sanguins d'un animai quelconque ne sont pas j)lus aptes à entretenir la vie des tissus d'un animal d espèce difïérente,que les sj ermatozoïdes du premier ne «eraient propres à féconder l'ovule du second. Il suffit, du reste, d'une très petite quantité de sangtransfusé \)0\w ramener les échanues vitaux et permettre à l'opère de reconstituer sa masse primitive de sang par la nutrition. Enfin on a aussi appliqué la transfusion à des cas d'empoisonnement par l'oxyde de carloone, agent qui paralyse le globule rouge. Et, en effet, elle a été couronnée de succès (Rouget), car on remplace alors des globules inutiles par des globules propres aux échanges nutritifs et res;.iratoires. Cette tentative est moins légtiime dans le:; autres empoisonnements et même dans Lurémie.

Les globules rouges sont donc ce qu'on pourrait appeler Vorgane du sang. Quand ces globules sont en trop grande proportion, il y a alors une sorte de pléthore^ la circulation est gênée et les congestions se font facilement ; on trouve quelque chose d'analogue dans le choléra, mais par un mécanisme tout autre: la déiierdition énorme des liquides par l'intestin rend le sang très épais ; les globules s'agglutinent et le rendent poisseux. Dans toutes les mah-dies chroniques et dans la

DU SANG - 11I;M()GI.()1'.IM'; isl

plupart des miladies aiguës, (luaiul la diète dure longtemps, ou observe une diminution notable dans lorgane (bi sang. Celle diminution est pi-oportioinielle à la durée de la maladie. Dans l'anémie, dans la clilorose, elle atteint son maximum, et l'on a vu des cas de chlorose où le cruor ue formait plus que le quart de la masse sanguine; il y a alors ce que l'on appelle hydrémie (vu l'augmentation relative de la partie aqueuse du sang) et qui serait mieux nommé acruorie.

Sous le rapport de leur existence propre, les globules du sang présentent des phases d'existence : les premiers globules rouges de rembryon proviennent des cellules du feuillet blastodermique moyen ; mais chez l'adulte il est difficile de reconnaître comment cet élément anatomique se produit et se renouvelle. D'après une théorie longtemps classique, puis très contestée, et à laquelle on revient aujourtl'hui, ainsi que nous allons l'exposer, on verrait les globules rouges du sang provenir de la transformation des globules incolores, des globules blancs de la lymphe.

La transformation des globules blancs en globules rouges, douteuse pour quelques histologistes, serait cependant démontrée par un grand nombre de preuves ; citons d'abord la constatation directe. Recklinghausen, puis Kolliker ont vu la transformation des globules blancs en globules rouges se produire même en dehors de l'organisme, dans du sang conservé à la température du corps vivant, au contact d'air maintenu humide. D'autre part, l'étude du sang dans la série animale montre toutes les transitions entre les deux espèces de globules : Rouget les a constatées chez les invertébrés, les siponcles. Chez les vertébrés inférieurs et surtout chez, le têtard (Kolliker, Rouget), on voit la transformation des corpuscules lymphatiques en globules colorés pourvus d'un noyau, et dans lesquels la matière colorante se dépose d'abord sous forme de granulations pour se répandre ensuite uniformément dans toute la masse du globule. Sur des embryons de lapin, Rouget a montré'ces mêmes transformations : là le noyau diminue, puis disparait, à mesure que la matière colorante se dépose d'abord par grumeaux, puis d'une manière uniforme. Dans le canal thoracique, et même dans les veines pulmonaires (Kolliker) ^ on a trouvé de jeunes globules rouges, présentant les caractères intermédiaires entre les globules blancs et les globules rouges parfaits. Enfin Sappey, par des réactions microchimiques diverses, a récenmaent révélé les parentés intimes d'organisation des globules blan>^s et rouges et la possibilité de passage des uns aux autres i. Quant a;ix preuves indirectes de cette transformation, on pourrait invoquer ce fait que les glandes lym-

1 G. Sappey, Les éléments ^.giirés du, sang dans la série animale, Paris, 1881.

Kuss et Du- V AL, l'hy sio'l . H

J[^2 SAXG HT CIRCUI.ATIOX

pliatiques et la rate versent coiitiimelleineut dans le torrent sanguin des globules blancs : or, le nombre de ces éléments n'augmente pas normalement dans le sang, et comme on ne connaît aucune forme qui nous les représente en voie de destruction, on est forcé d'admettre qu'ils disparaissent en se transformant en globules rouges. Enfin il faut bien que les globules rouges aient une origine, et qu'ils dérivent d'une cellule préexistante, car ces globules rouges nous représentent des formes globulaires déjà vieilles, vu la perte du noyau, la présence d'une matière colorante ; si la genèse peut êtro invoquée pour la production des globules blancs, qui sont des formes d'élément jeunes, elle ne peut l'être pour les glolniles rouges, qui sont des formes d'éléments vieux : l'état jeune des globules rouges ne pourrait donc être représenté que par les globules blancs.

Il est cependant des auteurs qui attribuent aux globules rouj^es un^^ origine autre que révolution et la transfonnation des globules blancf (Hayem et Pouchet) : la question, telle qu'ils la posent, est encore loin d'être résolue et, en présence de résultats contradictoij-es nous imus contenterons de donner ici un aperçu des lecherches des deux derniers auteurs cités.

lo Hayem a reconnu qu'il existe chez les vertébrés supérieurs, outre les hématies et les leucocytes, des éléments particuliers, très petit, qu'il a nommés hématoblastes, car ils seraient destinés à devenir des globules rouges. Ces hématoblastes sont très altérables. A peine sortis des vaisseaux, ils se déforment, présentent une surface épineuse et, se fusionnant entre eux, se réduisent à des amas en f..rnie de plaques à noyaux multiples. Mais en opérant à une basse température, on peut retarder cette décomposition des hématoblastes; et en leur faisant subir Faction de quelques réactifs, on voit, par la manière dont ils se comportent, que ces éléments différent complètement des globules blancs et qu'ils se rapprochent, au contraire, des globules rouges*. Ces hématoblastes, étudiés chez la grenouille, sont le plus souvent fusiformes ou ovoïdes: ils présentent des dimensions très variables, ce qui semble indiquer que, d'abord petits, ils se développent peu à peu dans le sang. Il présentent toujours un noyau unique, qui ne rappelle en rien les noyaux des globules blancs.

Quand on fait sulnr aux animaux des i)ei-tes de sang considéraldes, de manière à activer la réjjénèration des hématies, on constate que cette régénération se fait à l'aide du développement progressif et de plus en plus complet des hématoblastes, dont le disque s'accroît et acquiert une quantité de plus eu plus grande d'hémoglobine, tout en conservant longtemps encore un noyau volumineux. Etudiés chez l'iiomme, les

i G. Hayem, Sur Vévolution des globules rouges dans le sang des vertébrés ovipares. (Coraptes ren-dus Aco.d. des sciences 12 noc. iSllj. — Id . id., Société de biologie, 24 novembre 1877. —Sur Vévolution d'-'s globules rouges dans le sang des animaux suj^ér leurs (Comptes rendue Acad. des sciences. 31 déc. 1877), '

DU SANG - HEMATOBLASTES 1^3

hématubliistes se préseutent coiuiue des éléments de 1 à 3 pi, reniurçfuables par leur grande altérabilité, et qui, en se développant, deviennent plus 'colorés et se comportent comme des globules rouges dont il? ne ditî'erent que par la taille ; quelques-uns d'entre eux acquièrent lecaractères de véritables globules rouges avant de grossir notablement et forment ces hématies extrêmement petites décrites sous le nom de globules nains. Dans l'anémie, il est lacile d'observer les hématoblastes arrêtés dans les diverses formes de leur évolution en globules rouges.

Quant à la grande altérabilité qui caractérise les. hématoblastes en dehors des vaisseaux sangidns, non seidement elle explique comment ces éléments ont échappé si longtemps aux recherches des micrographes, m lis elle paraît encore appelée à nous donner l'explication d'mi phénomène des plus importants, la coaijulation du sang. On sait que, en laissant ime mince couche de sang se coaguler sur une lame de verre, on peut «observer au microscope le réticulum fibrineux qui enserre dans ses mailles les globules rouges; mais par un léger Lavage au sérum iodé, on voit que les nœuds du réticulum sont occupés pïir des amas d'hématoblastes, lesquels se sont transformés en corpuscules irréguliei^s. anguleux, étoiles, de la surfoce desquels partent des Mbrilles extrêmement fines, entre-croisées en réseau. La coagulation du sang aurait donc pour origine les actes physicr»-chimiques qui accompagnent la décomposition d'un des éléments figurés du sang, décomposition qui commence instant Anémeiit à la sortie du sang des vaisseaux.

2"J Les recherches de G. Puuchet l'ont amené à acbneftre que les leucocytes et les hématies des vertél)rés ovipares procèdent d'un seul et même élément anatnmiqiie qu'il désigne sous le nom de noyau d'origine.

Le noyau d'origine est de petite dimensi<>u, sphérique, nucléole, environné d'un corps cellulaire à peine distinct; on peut le considérer Cfjmrae provenant de la dissociation des leucocytes polynucléés dont il sera question plus loin, le corps cellulaire de ceux ci laissant échapj)er, en se détruisant, ses noyaux, qui, devenus libres, recommencent le cycle d'une évolution nouvelle. Ce noyau d'origine, en s'accroissant en même temps que l'existence d'un corps cellulaire autour de lui devient manifeste , preul bientôt des caractères morphologiques nouveaux, ditférents selon que l'élément continue de se développer en leucocyte, ou bien qu'il éprouve une sorte ô^'avortement normal pour devenir hématie.

Quand l'évolution se fait dans le sens leucocyte, le noyau, en même temps qu'il s'enveloppe d'un corps cellulaire de plus en plus abondant, présente à sa surface des iucisures, sillons de segmentation, qui l'amènent à l'ét àt d'amas nucléaire central {noyau en boudin de Rauvier et de Hayem). Ces amas nucléaires du leucocyte ne montrent jamaisaucune trace de séniUté, et semblent aj^pelés, comme il a été dit plus haut, en se désagrégeant après la destruction du corps cellulaire, à re-

1 G. Pouchet, Évolution et structure des éléments du S'ing chez le triton (Journal de Canat. et de In physioL. janvier 1879),

produire des noyaux d'origine qui pourront redevenir d'autres leucocytes.

Tout au contraire, les hématies, suivant une évolution différente, seraient des formes définitives, ultimes, terminales : cet élément tendrait à redevenir et redeviendrait en réalité partie constituante du sérum, où il se dissoudrait finalement. Quoi qu'il en soit, les hématies des batraciens dérivent de la manière suivante des noyaux d'origine. Dans cette seconde forme d'évolution, le noyau d'origine prend une forme ovoïde et s'pntoure d'un corps cellulaire d'ahord absolument hyalin, de forme également allongée. Le noyau présente bientôt, comme dans le type leucocyte, une segmentation indiquée par des sillons, dont le point de départ est d'ordinaire une grande incisure longitudinale servant de centre de rayonnement à d" autres sillons, d'où l'aspect plus ou moins régulièrement chiffonné du noyau. Ces sillons seraient donc la cause de l'apparence désignée sous le nom de reticulum par un certain nombre d'anatomistes. notamment par Stricker. A la période d'état fonctionnel, l'hématie, dont le corps cellulaire s'est chargé d'hémoglobine, est déjà, comme le montre lu diminution de volume du noyau qui ne lîxe plus que faiblement le carmin, à un premier stade de régression, dans lequel il paraît demeurer un temps assez long; puis cette régression s'accentue, le noyau qui ne prend plus le carmin se confondant peu à peu avec la substance du corps cellulaire.

Dans leur période d'état les globules rouges usent eux-même?» une partie de l'oxygène dont ils se chargent, et cette présence de l'oxygène est nécessaire au maintien de leur vitalité et de leur forme. Aussi, dans les expériences, quand on veut filtrer du sang, a-t-on soin de faire passer dans ce liquide un courant d'oxygène grâce auquel les globules conservent leur constitution et ne se dissolvent pas dans le liquor. En se détruisant dans l'économie, les globules donnent des pr(!diiits de leur décomposition. Il est vrai qu'il n'y a guère dans le sang d'éléments qu'on puisse considérer comme les déchets du globule, mais il est des organes où il paraît se décomposer. Si on examine comparativement le sang qui entre dans la rate et celui qui eu sort, on observe, d'après quelques auteurs, une diminution de moitié dans le cruor, d'où il faudrait conclure que les globules disparaissent dans cet organe. L'étude de la rate elle-même y montre d'ailleurs beaucoup d'éléments qui paraissent de vieux globules sanguins. Le sang de la veine porte présente le caractère du sang ordinaire, mais il est plus hydrémié, parce que le sang de la veine splénique, appauvri dans la rate, vient l'appauvrir à son tour eu se mêlant à lui. Dans les veines sus-hépatiques, au contraire, on trouverait que le sang a gagné des globules dans la proportion de 1 2 à 2/3. Ainsi le foie, pai- opposition à la rate, serait peut-être une sorte d'atelier où se constituent les globules sanguins. (Sur ces questions conti'oversées, V. plus loin : Rate et Foie.)

DU SANG — HEMATOPOIESE 1^5

Cependant cette fonction hématopoiétique du foie n'est })as très nettement démontrée, et même les nombres sur lesquels elle est fondée peuvent recevoir une autre interprétation. En effet, ces nombres expriment le rapport des g-lobulf^s à la partie li([uide du sang-, du cruor an liquor^ c'est-à-dire d'après Lehmann, que l.ÛOO parties du sang de la veine porte (chez le cheval) ne contiennent que 141 parties de globules rouges (en poids), tandis qu'on en trouve 317surl.U0U dans le sang sus-hépatique. Mais cette augmentation n'est pas absolue : il est reconnu qu'après la formation de la bile le plasma du sang est très concentré, de sorte que l'eau du sang sushépatique ne forme que les 08/100 de la totalité des éléments constituants, tandis que dans le sang de la veine porte Teau constitue les 77 100. Dans un liquide aussi concentré que le sang sus-hépatique, l'augmentation des globules rouges ne saurait être considérée comme absolue. D'autre part, les chiffres donnés par Lehmann représentent le poids des globules humides. Or, dans le sang artériel typique, le poids des globules humides est à peu près (V. p. 170) de 500 pour 1.000 (moitié cruor et moitié liquor) . Une interprétation exacte des nombres nous amène donc à penser que les globules rouges se détruisent plutôt qu'ils ne se forment dans le foie.

Une preuve directe consiste à chercher le rapport des globules rouges aux globules blancs dans le sang de la veine porte et dans celui des veines hépatiques ; les recherches dans ce sens donnent pour résultat : 1 globule blanc sur 740 rouges dans la veine porte, et 1 globule blanc sur 170 globules rouges dans les veines sus-hépatiques : cette différence ne peut tenir qu'à une production de globules blancs dans le foie, ou à une destruction de globules rouges.

La première hypothèse est tout à fait en dehors de ce que l'on connaît sur la physiologie du foie ; la seconde, au contraire, est parfaitement en rapport avec les fonctions biliaires de cet organe, puisque la matière colorante de la bile est identique àl'hématoïdine, l'un des dérivés de l'hématine du sang. On ne saurait objecter que l'on trouve la bile colorée chez des animaux qui ont le sang incolore (invertébrés), puisque Rouget a trouvé des globules colorés chez bon nombre de ces animaux, et que, chez les autres^ l'hémoglobuline, ou une substance analogue, se trouve à l'état diffus, à l'état de dissolution dans le sérum sanguin, comme V, Fumouze l'a prouvé par l'analyse spectrale, même chez les invertébrés dont le sang paraît complètement incolore^. Nous arrivons donc à conclure que la foie peut être regardé comme un des lieux où les vieux globules rouges se détruisent.

1 V. Fumouze, Ifs Spectres 'V absorption du sa/ij/, thèse de doctorat.

Liquor. — La partie liquide du sang [liquor ou plasma du sang) peut être con.sidenîe comme une solution d'albumine renfermant de plus quelques sels, des graisses, des matières extractives, des gaz. Le liquor est un liquide relativement chargé d'albumine, car il en contient à peu près 1/10, proportion qui se rencontre assez rareme-nt dans les autres liquides de l'économie. De cette albumine, une faible partie (2 à 3 grammes de fibrine sèche ^ pour 1 litre de sang) est spontanément coagidable : c'est la fibrine. L'autre partie (70 à 75 grammes pour 1 litre de sang 2) est l'albumine proprement dite, qui ne se coagule que par la chaleur ou les réactifs,

La fibrine est la cause ou, jjour mieux dire, lo produit de la conqulaiion du sang, c'est-à-dire de ce phénomène bien connu par

lequel, dès sa sortie des vaisseaux, le liquide sanguin se solidifie en une masse qui p résente l'aspectd'une gelée. C'est la fibrine seule qui se coagule dans ce cas et foi'me une espèce de réseau dans lequel sont emprisonnés les autres éléments du sang et notamment les globules, La figure 52 montre un reticidum fibrineux , tel qu'on l'observe au microscope, lorsqu'on laisse une très mince couche de sang se coaguler sur une lamelle de

FiG,52. — Reticulum fibrineux du sang de l'hornrae (préparation microscopique. Grossiss. 500).

verre ; la préparation

figure

représentée dans cette a été obtenue (procédé de Ranvier) eu lavant la tache

•oagulée, de manière à enlever les globules et à ne laisser que le réseau fibrineux, qui a été ensuite coloré à l'aide de la fuchsine. On voit que les fibrilles de fibrine semblent. 'manées d'un certain nombre

i 15 grammes de fibrine humide.

2 70 à 75 grammes d'albumine sèche, c'est-à-dire à peu près 'i8l d'albumine humide. (V. Robin, Leçons sur Ips humeurs normales et morbiOe.t, i874, p. 55 et 60).

Page 1