PHENOMENES M EC AN IQ UES — I N S PIR ATIO N
ne jouent aucun de ces deux rôles, ils servent essentiellement à compléler la paroi thoracique en remplissant les espaces intercostaux. Mais alors on peut se demander si du tissu fibreux n'aurait pas tout aussi bien rempli ce rôle. La présence du tissu musculaire nous est exi)liquée si nous nous rappelons bien les propriétés générales du muscle, qui est le tissu le plus élastique de l'économie; or, il fallait ici un tissu d'une élasticité exceptionnelle, puisque dans les mouvements du thorax, les dimensions des espaces intercostaux changent sans cesse; il fallait un tissu qui se maintînt toujours tendu entre les côtes, de manière à ne pouvoir être déprimé de dehors en dedans par la pression extérieure pendant l'inspiration, ou de dedans en dehors par la pression intrapulmonaire i)endant Texpiration. Cette fonction est si importante, que pour l'accomplir le tissu musculaire des intercostaux a besoin que son élasticité soit parfaitement entretenue par la nutrition; si, par exemple dans une pleurite, l'inflammation s'est étendue jusqu'à eux, ils sont alors impuissants à remplir la fonction assignée, et dans ces cas on trouve, à l'autopsie, des poumons cannelés en travers, parce qu'ils ont pu se mouler sur les espaces intercostaux devenus déprimables. Entin la nécessité de cette constante élasticité des espaces intercos-
part à cette discussion toujours indécise et toujours peu fructueuse. Nous pouvons résumer ces opinions en les classant, avec Sappey, en six groupes; 1" Les intercostaux externes et internes sont les uns et les autres inspirateurs. Borelli, Senao, Boerhaave. Winslow, Haller, Cuvier, Duchenne (de Boulogne), Marcellia Duval. Ce dernier appuie son opinion sur des expériences pratiquées directement sur l'homme, sur des suppliciés, peu de temps après la mort, alors que les muscles sont encore excitables. Duchenne (de Boulogne) s'appuie surtout sur l'oVjservation clinique de cas de paralysie, où tous les muscles de la respiration étant paralysés, cette fonction continuait cependant à s'accomplir, ce qui ne pourrait être dû qu'à une inspiration active produite par les intercostaux. Dans tous les cas d'atrophie progressive rapportés par Duchenne, on peut remarquer qu'il n'est jamais fait mention des muscles surcostaux, au sujet desquels d'ailleurs le désaccord est aussi complet entre les physiologistes; Duchenne ne se prononce point à leur égard, et l'on peut supposer avec vraissemblance que la persistance de la respiration était due à la persistance d'action ds ces muscles. 2° i?5 sont les uns et les autres expirotews : Vésale, Diemerhrock, Sabatier. C'est à cette manière de voir que se rattachent Beau et Maissiat ; pour eux, les intercostaux entreraient surtout en jeu lors de l'expiration complexe (cris, toux), et alors on verrait dans les vivisections leurs fibres se redresser et se durcir, tandis que dans l'inspiration elles se dépriment en se portant vers le poumon ; à cela ils joignent un argument tiré de la physiologie comparée: « On sait que la respiration des oiseaux ditfère de celle des mammifères, en ce que l'expiration est primitive, active, et que l'inspiration n'est que le résultat passif de l'élasticité des côtes, qui se déploient après avoir été resserrées par l'action des muscles expirateurs. Par conséquent, les intercostaux, qui existent chez les oiseaux comme chez les mammifères, ne peuvent être afiTectés qu'à l'expiration. Or, peut-on supposer que les mêmes muscles, qui sont expirateurs chez les oiseaux, seraient inspirateurs chez les mammifères? » 3° Les inlercoslaux externes sont expirateurs et les internes sont inspirateurs : Galien, Bartholin. 4' Les intercostaux externes sont in'ipirateurs et les i/iier>i.es expi>a(ettr6^■ Spigel, Vesling, Hamberger.
Kuss etDuvA.L,Piiysiol. ^l
taux nous exjjlique la présence de deux couches uiu-sculaires, les intercostaux externes et les internes. En effet, un schéma bien simple delà direction des muscles (dit schéma de Hamberger, Hg. 104) nous montre que les points d'insertion des intercostaux externes s'éloignent quand les côtes s'abaissent (expiration), se rapprochent quand elles s'élèvent (inspiration), et que l'iuverse a lieu pour les intercostaux internes. On en a d'ordinaire tiré des conclusions relatives à l'etïet de leur contraction, considérant les externes comme élévateurs ou inspirateurs, les internes comme abaissems ou expirateurs (Hamberger). Mais ce schéma est encore plus facile à interpréter dans notre manière de voir, si nous disons que l'élasticité des intercostaux externes est mise en jeu pendant rexpiration,et celle des internes pendant l'inspiration, et il fallait, en etîet, ces deux jeux alternatifs d'élasticité dans la }iaroi, puisqu'elle tend alternativement à se déprimer en sens inverse, de dehors en dedans dans l'inspiration, de dedans en dehors dans rexi)iration. Nous pouvons encore concevoir que lors des vio-
lui. 104. — Schéma des muscles intercostaux *.
Cette ophiioQ est surtout fondée sur l'étude du schéma de Hamberger { V. tig. 104 et son explication dans le texte). Elle a été un peu modifiée par Sibson : a Les intercostaux externes sont partout inspirateurs, excepté à leur partie antérieure dans les cinq espaces intercostaux inférieurs : les intercostaux internes sont inspirateurs à la partie antérieure des cinq premiers espaces, partout ailleurs expirateurs. » (Sibson, O/i the mechanism of respiration. — Philosophical tran^^'ctions, 1847.) On voit à quelles minuties et à quelle I onfusion parait conduire cette dernière opinion, qui cependant nous amène avec Hermann, à une conception plus simple, si on la considère à un point de vue général: .< Les externe? sont donc des inspirateurs aux parties osseuses des côtes, les internes aux parties cartilagineuses ;Hia/s, co/n?ne c'est là à peu, près la principale action <ies deux direct ions de /ibres,on peut compter les intercostaux en fjénèral parmi les muscles d'inspiration. » (Hermanu;) b^ Les intercostaux externes et internes sont à la fois inspirateurs et expirateurs: Mayow. Magendie. 6' Les deux intercostaux sont passifs dans 'es mouvernents d'inspiration et d'expiration et font Voffice d''une paroi iainiobilc: Van Helmont. Arantius, Cruveilhier; ou bien ils se contractent^ non pour produire des mouvements d'inspiration ou d'expiration, mais pour résister, pendant ces deux moments, soit à la pression de l'air extérieur, soit à la pression de l'air intérieur (Kiiss). (V. Aug. Jobelin, Élude critique sur les muscles intercostaux. Thèse de Strasbourg, 1S70, n' 287.)
* Schéma dit de Hamberger.
G C, D C, côtes élevées ; — G D, D D', eûtes abaissées ; — I, T. inlercostaux internes : tendus dans l'élévation (I), relâchés dans l'abaissement (I') des côtes; — E, E', intercostaux externes: tendus dans rabaissement (E'), relâchés dans l'élévation (E) des côtes.
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lents efforts de i-espiratiou ces muscles se contractent, mais alors ce n'est pas davantage pour mouvoir les côtes, mais toujours pour maintenir la paroi, que leur simple élasticité devenait impuissante à tenir tendue entre les arcs osseux. D'après le schéma de Hamberger, et à notre point de vue, nous avons donc contraction des intercostaux externes pendant l'inspiration, et des internes pendant l'expiration.
Les espaces intercostaux ne sont pas le seul point de la paroi thoracique, où des éléments musculaires soient disposés de façon à lutter contre les changements de forme imprimés par les variations de la pression. Vers le sommet de la cage thoracique, à la racine du cou, lors des inspirations énergiques, il tend à se i)roduire des dépressions, des fossettes sus-stevnale et sus-claviculaire. Or, en ces points nous trouvons précisément des couches musculaires (peaucier),ou des bandes musculaires (omo-hyoïdien) tendant des aponévroses, et luttant ainsi contre la pression de dehors en dedans, notamment dans le bâillement, dans le sanglot, etc.
Nous voyous donc, en résumé, que les diamètres transversal et antéro-postérieur de la poitrine sont augmentés par le jeu des arcs costaux, mis en mouvement par la contraction d'un grand nombre de muscles, les uns normalement en jeu, les autres constituant des puis.sances accessoires utilisées seulement dans des cas exceptionnellement énergiques: de plus, certains muscles servent uniquement à maintenir la forme des parois, tels sont surtout les intercostaux. Dans la respiration normale, leurs proi^riétés élastiques suffisent à remplir ce but; dans les efforts resinrotoires seidement, ils ont à se contracter pour suffiie à leur tâche.
L'agrandissement du fliamètre vertical se prodidt par lo jeu du diaphrojjme. Ce muscle constitue la base du cône tlioracique, de sorte qu'en s'al^aissant il modifie considérablement la capacité de ce cône. On peut comparer jusqu'à un certain point son action à celle d'un piston dans im corps de pompe. Mais il faut aussi tenir compte de ce que ce muscle a la forme d'mie voûte, et que, par conséquent, on [)eut supposer qu'en se contractant, il redresse sa courbure, et (p.i'ain.si seidement il augmente le diamètre vertical de la cavité dont il forme la base, base qui serait convexe vers le haut pendant le repos du muscle, et presque plane pendant sa contraction. Il esfccependant à remarquer que la courjjure du diaphragme est moulée exactement sur celle des viscères abdominaux, et; par exemple, à droite, sur celle du foie: donc, quand le muscle se contracte, il ne peut que faiblement modifier cett^ convexité; cette courbure, qu'il déplace plutôt de haut en bas, en refoulant les viscères devant lui dans le même sens; aussi voyons-nous les parois al^dominales se soulever d'une manière synchrone à chaque dilatation inspiratrice du thorax. Le diaphragme fonne donc en somme un piston de forme