SEIZIÈME LEÇON
Sommaire. Du muco-derme. — Erreur commise par Bichat à son e'gard. — Ses caractères anatomiques ; ils consistent surtout en ce que la texture est ici plus lâche que dans le derme cutané. — Caractères microscopiques ; ils ne diffèrent pas des précc- Jens. — Caractères physiques. — Caractères chimiques ; de la présure, de sa composition, et de la raison de son acidité. — Caractères vitaux ; le muco-derme ne paraît jouir que de la vie de nutrition , du moins chez les animaux supérieurs. — Différences. i° Selon les parties du corps ; elles sont trèsgrandes, et sont commandées par la fonction de chaque portion du muco-derme , ainsi qu’on s’en convainct quand on examine comparativement ce tissu à la bouche , où son rôle est encore mécanique, dans l’intestin où ilabsorbe le fluide nutritif, et dans les organes de l’absorption aérienne. — Selon les âges iW est d’autant plus mou et plus lâche, que le sujet est dans l’âge de l’activité nutritive, c’est-à-dire plus jeune. — 3“ Nous ne savons rien encore sur les modifications qu’offre peut-être le mucoderme , suivant les sexes , les tempéramens et les races. — 4" Les circonstances hygiéniques influent sans doute sur l’état de ce tissu ; mais nous ignorons à peu près complètement les effets de ces influences. ■ — 5° Plusieurs maladies atteignent et modifient le muco-derme. — 6^ Les différences principales que présente ce tissu dans la série, consistent dans sa confusion progressive avec les parties sous-jacentes, à mesure qu’on descend l’échelle. — Du tissu scléreux. — Sa situation. Idée générale de ce tissu. — Sa division en quatre espèces. — i“ Du tissu fibreux. — Considérations générales sur sa nature et sur ses diverses destinations. — Caractères anatomiques : ce tissu est TOM K II. -!
t:oiJUs DK prn'SiOLOGii;.
toujours composé de fibres qui se disposent de diverses manières pour former des laisceaux , des membranes, etc. — Caractères physiques ; il se distingue surtout par son extrême densité. — Caractères organoleptiques. — Caractères chimiques. — Caractères vitaux : il est aussi peu vivant que possible.
Messieurs,
Après avoir étudié rapidement dans notre dernière leçon le tissu dermeux qui entre dans la composition du tégument externe, et que nous nommons le corioderme , nous devons vous dire aujourd’hui quelque chose de cette autre portion du derme qui appartient au tégument interne, et je tâcherai de vous faire apprécier les différences qui distinguent généralement cette portion de la première, en raison de sa situation et des nouvelles fonctions auxquelles la peau est appelée à la surface intérieure de l’organisme.
2“ Du iissu muco-dermeux.
Je crois inutile de vous l’appeler qu’il ne faut pas regarder comme réellement intérieure la position de cette seconde moitié du tégument; qu’elle ne cesse nullement de représenter la surface de l’animal, et qu’elle est destinée, comme la peau proprement dite, à mettre celui-ci en rapport avec le monde extérieur. Vous savez également ([ue cette position était réclamée drins les organismes compliqués , par la nécessité où ils
sont de réagir plus ou moins long-temps sur les substances étrangères qu’ils doivent absorber et s’assimiler pour réparer les pertes occasionées par le mouvement de décomposition ; mouvement qui, vous le savez, constitue avec celui d’absorption nutritive le double phénomène qu’on peut regarder comme le caractère essentiel de la vie.
La peau interne ou rentrée a reçu de Bichat la dénomination générale de membrane muqueuse ou de système muqueux. Nous ferons à ce célèbre anatomiste le reproche que nous lui avons déjà adressé au sujet du tégument externe , celui d’avoir présenté comme un tissu élémentaire un appareil complet composé de plusieurs parties organiques ; en effet , il a compris dans son système muqueux non-seulement le derme , mais le réseau vasculaire, le pigmentum, l’épiderme, et les cryptes qui s’y trouvent adjoints, et qui concourent avec lui à la composition des organes digestifs, respiratoires, génitaux, etc.
Bichat a commis une erreur d’un autre genre en prenant pour le derme des membranes muqueuses leur réseau vasculaire, partie qui a acquis chez elles, surtout dans quelques localités, une épaisseur considérable. Cette méprise l’a naturellement conduit à une seconde, c’est à regarder le véritable muco-derrne comme le tissu
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cellulaire sous-muqueux ; or , c’est bien certainement cette couche intermédiaire au réseau de Malpighi et à la couche contractile, qui représente ici le système dermoïde ou le chorion de la peau externe.
Cette portion du derme a plus d’étendue que la portion cutanée, car elle occupe chez les animaux un peu élevés, non-seulement le canal alimentaire qui représente la surface interne de l’animal, surface déjà fort grande à cause de scs nombreuses sinuosités, mais elle constitue encore plusieurs autres rentrées destégurnens, destinées à revêtir, et quelquefois meme à former les organes respiratoires , génitaux et urinaires. Ce sont là des choses que vous connaissez parfaitement, et sur lesquelles je crois inutile de m’arrêter ici.
Caractères anatomiques. Voyons plutôt en quoi le muco-derme diffère du derme cutané, sous le point de vue de sa texture. Vous concevez déjà a priori n’ayant jamais, comme ce dernier, à protéger l’oiganisme contre les circonstances extérieures , et que ses fonctions se bornant partout, en dernière analyse, à des sécrétions et à des absorptions , le derme-entère devra présenter une texture toujours plus ou moins celluleuse , spongieuse , qui lui permette d’être perméable aux fluides; il faudra que les fibrilles qui
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le composent laissent entre elles des interstices d’un certain calibre, car M. Dutrocbet nous a démontre', par ses belles expériences sur les phénomènes d’endosmose et d’exosmose, qu’une porosité manifeste était une des conditions essentielles de ces phénomènes , ou si vous voulez , de l’absorption des fluides. Examinez en effet, soit à l’œil nu, soit à l’aide d’une loupe^ la couche dermoïde du canal alimentaire , et vous apercevrez parfaitement cette laxité de texture dont je vous parle.
En devenant moins serrée et plus spongieuse , cette couche devient généralement plus épaisse, plus papilleuse, comme on peut s’en convaincre principalement dans l’intestin.
Caractères microscopiques. Le grossissement du microscope ne nous apprend rien de nouveau sur la forme élémentaire du derme muqueux. Il est même plus propre à nous tromper qu’à nous éclairer à cet égard , en nous faisant prendre pour les élémens de ce tissu les granules de la mucosité qui en remplit les vacuoles. Plusieurs observateurs ont été conduits de la sorte à le regarder comme granuleux , ce qui est bien certainement illusoire.
Caractères physiques. Le derme est jaunâtre, grisâtre ou rosé, ce qui dépend delà quantité de sang qui le traverse. Il est, comme nous l’avons
VU, très-perméable, hygrométrique. Les douleurs que détermine souvent 1 accumulation de gaz dans l’intestin, portent^ avec des expériences plus directes, à faire regarder ce tissu comme trèspeu extensible. Son élasticité est également nulle ou à peu près nulle. Il est toutefois quelques animaux, tels surtout que les boas, dont le tissu dermoïde jouit à un haut degré des deux propriétés précédentes .f On voit ces serpens avaler, grâce à l’extensibilité non-seulement de leur peau, mais de leur œsophage, des proies dont le diamètre surpasse de beaucoup le leur, par exemple, des cerfs, des chèvres, etc.
Caractères chimiques. Nous n’avons rien de satisfaisant sur la composition chimique du muco-derme, parce que les personnes qui ont cherché à analyser nos tissus, n'’ontpas eu soin de les isoler, et qu’elles nous ont le plus souvent donné , comme l’analyse de l’un d’eux, celle de plusieurs tissus réunis ensemble. Vous connaissez tous ce qu’ou nomme la présure, cette poudre hlanche, dont on se sert pour cailler le lait et faire le fromage; vous savez aussi que cette matière est le résultat de la pulvérisation de la couche interne de l’un des estomacs des ruminans. Eh bien ! on trouve suspendus dans la présure, le derme, les cryptes muqueux , le réseau vasculaire et l’épithélium; en sorte qu’on ne saurait i-apporter plutôt au premier de ces élé-
mens qu’aux autres, la propriété acide de la substance qu’ils composent ; propriété d’ailleurs , sur la cause de lacjuelle on n’est pas d’accord, les uns l’attribuant à l’acide acétique, et d’autres à l’acide lactique (qui pour M. Berzelius n’est qu’une modification du premier).
Caractère vitaux. Le derme muqueux jouit de la contractilité de tissu comme la plupart des autres solides organiques ; mais se contracte- t-il sous l’influence du système nerveux? J’en doute fort, et je pense que c’est constamment à la couche musculaire sous-posée qu’il faut rapporter les mouvemens de contraction vitale qu’on remarque dans le rauco-derme, si ce n’est toutefois chez les animaux inférieurs, parce qu’alors il n’y a plus de tissu musculaire distinct, et que toute la masse du corps est devenue contractile.
Quant à la sensibilité proprement dite, elle paraît manquer tout-à-fait au muco-derme.
Différences. Si nous jetons maintenant un coupd’œil sur les difiérences que présente le tissu qui nous occupe, nous en veinons de très-grandes.
S elon les parties du corps ^ il y en a d’énormes , comme vous pouvez le pressentir en vous rappelant ce que j’ai eu l’honneur de vous dire sur les diverses fonctions du tégument, et sur les diverses modifications qu’il subit en raison de ces fonctions, notamment selon qu’il sert à la protection
OU bien au passage des liquides absorbés ou rejetés par l’organisme. Elles peuvent porter sur son épaisseur, sa densité et sur sa mobilité, comme on peut s’en assurer en l’examinant successivement dans les différentes parties du canal alimentaire, du canal aérien, de l’appareil génito-urinaire, et même à l’extérieur, à la conjonctive, au prépuce, etc.
A l’entrée buccale du canal alimentaire, lemucoderme est assez dense et serré, parce que destiné à des rapports presqu’exclusivement mécaniques avec les corps extérieurs , il fallait que sa texture le mît à l’abri des lésions que ces rapports auraient déterminées, s’il eût été trop mince et trop délicat j ajoutons que dans cet endroit, le muco-derme est en outre soutenu en quelques points par une membrane fibreuse , et qu’il est recouvert d’un épiderme ou épithélium encore assez épais, qui se prolonge en s’amincissant jusqu’à l’endroit où l’absorption doit commencer.
Dans les narines et dans les sinus nasaux , le derme adhère fortement au périoste et présente des modifications qui sont en rapport avec la faculté d’olfaction et qui consistent en une disposition réticulaire extrêmement prononcée, qu’offrent également les tissus vasculaire et nerveux j le derme est complètement immobile, parce qu’il se confond avec le tis8u scléreux sous-posé.
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Ce tissu présente également un caractère particulier clans le canal aérien connu sous le nom (le trompe d'Eustache, et dans la cavité à lacjuelle il conduit, car cette cavité est bien certainement tapissée par un prolongement de la membrane muqueuse.
Si nous pénétrons dans le repli intérieur de l’enveloppe qui est chargé plus spécialement de l’absorption gazeuse , nous trouvons le derme considérablement aminci , sans épithélium , disposé en un mot de manière à ce que l’air soit le moins séparé possible du système vasculaire très-développé qui se rend à cette partie du tégument. Cette condition du tissu dermeux est facile à prévoir, et se démontre très-bien par l’observation: car il s’amincit évidemment d’une manière progressive à mesure qu’il parvient plus profondément dans l’appareil delà respiration, et que* le système vasculaire acquiert plus de développement, jusqu’à ce qu’enfin ce dernier semble demeurer pres- ({ueseul, et se trouver en contact immédiat avec le fluide inspiré.
Maintenant , en reprenant la portion du muco-derme qui continue depuis la bouche à l’anus le canal alimentaire nous verrons qu’encore assez dense et revêtu d’un mince épithélium danslapartieplus ou moins prolongée où les aliraens ne font que passer sans y subir d’élaboration , ce tissu
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prend ensuite une organisation de plus en plus lâche et spongieuse,’ et se dispose de mieux en mieux pour l’absorption , à mesure qu’il s’avance vers la partie moyenne de l’intestin grêle ; après quoi, ayant de moins en moins à puiser dans le résidu des matières digérées, il acquiert peu à peu une texture plus serrée. C’est à un épaississement local du muco- derme qu’est dû sans aucune espèce de doute le bourrelet circulaire qui rétrécit l’orifice pylorique de l’estomac.
Nous trouvons enfin que le muco-derme qui revêt la vessie urinaire et son canal excréteur est assez mince, surtout dans la première.
Celui qui fait partie, chez la femme, de la membrane muqueuse vagino- utérine est au contraire fort épais, et reçoit un système vasculaire assez abondant.
Quant à celui qu’on a dit se prolonger dans les canaux excréteurs des glandes , notamment dans les uretères et dans le canal hépatique, je crois qu’il n’existe pas, et je vous ferai voir, en traitant de ces canaux, qu’ils se composent d’une membrane fibreuse revêtue intérieurement, non point comme on l’a prétendu, d’un prolongement de la membrane tégumen taire qui irait en s’amincissant, mais seulement d’une sorte d’épithélium. Je dois ajouter queles vésicules dans lesquelles se rendent certains canaux excréteurs ne doivent point être
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assimilées à ces canaux et considérées comme n’en étant que de simples dilatations, mais que ce sont bien véritablement, ainsique la caisse du tympan, des espèces de hernies de la membrane tégumentaire, dont on retrouve en elles la composition. En conséquence , la vessie urinaire et la vésicule du fiel sont aussi bien que leurs canaux de communication avec les surfaces cutanée et intestinale , tapissées par une véritable membrane muqueuse. Il n’est pas difficile, en effet, d’y démontrer le muco-derme surmonté d’un réseau vasculaire, pouvu 'de cryptes muqueux, et qui a meme entraîné avec lui la couche musculaire sous-posée aux tégumens.
La matrice et ses cornes sont absolument dans le même cas, jusqu’à l’intérieur des trompes, et elles agissent, sur le produit qui y est déposé, absolument comme la vessie et la vésicule du fiel sur le leur.
Différences suivant les âges. Les saillies papillaires qui, chez le jeune sujet, se montrent à la surface du dermentère sont très-développées , et diminuent à mesure que la nutrition devient moins active. Dans l’âge de retour, le muco-derme du canal intestinal va se desséchant de plus en plus, et tend à prendre l’aspect du parchemin. Mais ces différences portent également sur le réseau vasculaire , et même sur l’appareil cryp-
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teux, comme nous le verrons à l’article des parencliymes.
Quant aux différences selon les sexes y les temperamens et les races , la science présente une lacune à leur égard ; nous ne les connaissons pas encore de manière à pouvoir vous en parler.
Nous en pouvons dire à peu près autant de celles qui résul tent des circonstances hygiéniques. On peut cependant reconnaître assez Lien les effets de quelques-unes de ces circonstances, et il importe d’en prendre noie. Lorsqu’on ouvre un cadavre pour rechercher et pour étudier les altérations pathologiques de ses organes^ il faut, si l’on veut apprécier ces altérations à leur juste valeur, avoir égard aux moyens thérapeutiques qui ont été employés, au temps pendant lequel ils l’ont été , et aux circonstances hygiéniques dans lesquelles l’individu vivait. Ainsi, l’estomac d’un homme qui fait un grand usage de substances fermentées, celui d’un sujet qui abuse des infusions théiformes , celui d’une personne qui a contracté l’iiabitude de boire du café très-fort , enfin celui de quelqu’un qui a été mis pendant long-temps à l’usage du quinquina en poudre, présentent des modifications qui résultent de l’action prolongée de ces divers agens. Ces modifications portent non-seulement sur la dilatation de l’organe et sur son élasticité , qui l’une et l’autre sont
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diminuées , mais encore sur la texture de ses membranes. qui s’éloigne quelquefois à un haut degré de son état normal. Ainsi la muqueuse est dans certains cas comme tannée, et le réseau vasculaire semble avoir complètement disparu. C’est ce que j’ai eu l’occasion d’observer chez un individu qui avait pris du quinquina en poudre pendant longtemps et à haute dose; l’intérieur de son estomac était solide, résistant, et , ainsi que je viens de le dire, en quelque sorte tanné. Des faits de cette nature ont sans doute plus d’une fois induit en erreur les anatomo-pathologistes, faute d’avoir été rapprochés des circonstances hygiéniques ou thérapeutiques qui en rendaient raison. Ils ont donné lieu à des comparaisons de choses qui n’étaient pas comparables, à des rapprochemens non moins malheureux que celui qu’a proposé Bichat, lorsqu’il a comparé le corps réticulaire de Malpighi (dénomination qui désigne collectivement les réseaux vasculaire , nerveux et le pigmentum) avec lechorion de la peau , tandis que l’analogue de celui - ci dans les tégumens internes, est ce qu’il a nommé le tissu cellulaire sous - muqueux. La remarque que je fais ici relativement à la justesse des comparaisons, ou, en d’autres termes, à la nécessité de rapports réels entrcles choses qu’on compare, est très-importante; car c’est pour avoir mal analysé l’état des tissus et
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(les organes, que les auteurs qui se sont occupés d’anatomie pathologicjue ont posé leurs (questions concernant les états cancéreux, encéplialoïde, mélani(jue,etc., altérations qui dépendent également des systèmes vasculaire, nerveux, musculaire, dermoïde^ et celluleux. Un pathologiste dont la réputation est très-grande, nous dit , par exemple , que l’état lardacé est du à une masse de substance graisseuse. Eh bien ! jamais le derme modifié d’un éléphantiasis , jamais les altérations scpiirrheuses que présente souvent le pylore chez l’homme, n’offrent autre chose qu’un tissu spongieux , blanchâtre , plus ou moins condensé , mais qui ne contient point de graisse j il se dépose quelquefois dans ses mailles du sang , qui donne lieu ensuite au mélanisme. Cette erreur, dont je ne veux pas exagérer l’importance, suffit du moins pour démontrer combien peu d’attention l’on apporte souvent dans l’analyse des tissus altérés par suite d’irritation et d’autres états morbides.
Ceci nous conduit naturellement à parler des différences que présente le muco-derme dans les maladies. Ce tissu est sujet à s’hypertrophier, et passe assez facilement à l’état d’induration et de squirrhe. Il participe souvent aux ulcérations cancéreuses ou autres, qui résultent des irritations prolongées ou spéciales du réseau vasculaire.
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Le derme muqueux est-il susceptible de s’atrophier? On ne saurait avoir de doutes à cet égard. Il est d’abord bien connu qu’un canal intestinal qui cesse complètement d’être employé, ou qui ne l’est que peu, diminue de calibre, et alors sa couche dermoïde est nécessairement en perte. Mais je ne sais pas s’il arrive que cette couche, non plus que celles qui composent avec elle ce canal, s’atrophient jamais isolément.
Vous savez parfaitement. Messieurs, par votre propre expérience , que le muco-derme est fréquemment atteint de phlogose , que les états cancéreux et lardacés et le mélanisme n’y sont pas rares, qu’il lui arrive souvent de suppurer, et qu’enfm ses idcérations se terminent dans beaucoup de cas par des cicatrices de bonne nature , et s’entourent d’aiitrefois d’indurations squirrheuses. On dit avoir trouvé des boutons de variole sur le dermenlère ; c’est un fait qui mérite confirmation. Ce n’est pas ici le lieu de faire mention des aphtes, parce qu’ils n’intéressent généralement que la couche superficielle des membranes muqueuses; et je ne parlerai pas davantage de certaines ulcérations particulières, non plus que de quelques autres maladies propres à ces membranes, et qui intéressent plutôt leurs cryptes , ou leur réseau vasculaire que leur derme; je dois
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nie borner ici à ce qui concerne spécialement le tissu dernicux.
Différences dans la série animale» Les variations que subit le système dermoïde muqueux dans les divers groupes d’animaux, ne sont pas très-considérables , ou du moins n’ont pas été étudiées d’une manière assez complète pour que nous les trouvions telles. On peut dire qu’en général les parties qui entrent dans la composition du canal alimentaire tendent à se confondre de plus en plus, et à être dominées par la couche contractile à mesure qu’on descend la série.
Plusieurs circonstances , dont il faut bien tenir compte, introduisent des différences plus ou moins grandes dans le muco-derme des divers animaux; telles sont plus particulièrement leur genre de nourriture , et la nature du milieu dans lequel ils vivent.
Chez les mammifères, par exemple, les carnassiei's different , sous le point de vue qui nous occupe, de ceux qui ne se nourrissent pas de chair. Comparez dans cette classe le chien , le chat , avec un animal qui se nourrit d’écorce, comme le castor, ou. d’herbes grossières, comme le bœuf; vous trouverez le derme du canal intestinal , et surtout de l’estomac , mou, très-fm, et très-perméable dans les pre-
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micrs, et au contraire Lien plus e'pais dans les derniers. En général , l’épaisseur du muco-derme dans les diverses parties du canal intestinal et dans les espèces d’animaux est en raison inverse de la dureté, delà grossièreté de l’aliment, ou meme des féeès; vous pourrez vous en convaincre en étudiant comparativement le muco-derme de l’estomac et des intestins chez les animaux ruminans , dans la panse , dans le bonnet , ou bien dans le duodénum et dans l’intestin grêle.
Chez les oiseaux , le derme muqueux est encore assez distinct, il l’est surtout dans le gésier des espèces qui se nourrissent de grains , par exemple dans les gallinacées, au contraire de ce qu’on peut remarquer dans l’estomac des vautours ou des oiseaux éminemment carnassiers.
Chez les reptiles, les eoucbes du canal alimentaire sont déjà plus confondues; le muco-derme est très-fin et très-mou; c’est dans une famille de cette classe, dans les serpens qui peuvent avaler une proie beaucoup plus grosse que leur corps, que le muco-derme offre la particularité d’être élastique dans une partie de l’étendue de l’intestin, dans l’œsopbage, comme nous avons vu que l’était le derme lui-même.
Chez les amphibiens , il devient très-diffieile de séparer le muco-derme des autres couches. Les intestins de ces animaux se décomposent avec la