tome II. Q
7^ (.OUJ\S DE PHYSIOLOGIE. (i8)
affecler le tissu celluleux qui entre dans la composition du derme, mais que le plus ordinairement c est le tissu vasculaire de Tune ou de l’autre de ses surfaces qu’atteint cet état morbide; et que, dans une foule de cas où il semble exister dans ï épaisseur du corion, il n’intéresse pas cette couche elle-même, mais seulement les cryptes(i) qui s’y trouvent logés. Les cicatrisations des plaies du derme ont lieu exactement comme celles du tissu cellulaire; la rapidité de leur marche est en rapport avec la densité et avec le degré d’énergie nutritive.
Quant aux maladies qui ont un caractère asthénique , nous ne concevons guère comment elles pourraient atteindre dans la peau autre chose que les vaisseaux et les nerfs, qui jouissent seuls d’une activité un peu prononcée ; et l’on se fait difficilement une idée de ce que peut être, pour le derme lui -même, une maladie de ce genre, tant sa vitalité est latente. Au reste, l’expé-
(i) Si l’on ne consultait que l’apparence, on attribuerait au derme une foule de maladies qui appartiennent aux autres parties tant essentielles que de perfectionnement des membranes tegumentaires, maladies qui d’ailleurs ne sont pas en rapport avec la vitalité si faible dont jouit ce tissu ; il ne faut jamais oublier que le rôle du derme cutané est celui d’organe de protection , et qu’il est organisé de manière à pouvoir, dans beaucoup de cas, acquérir une solidité très-grande, dont il ne serait pas susceptible , s’il était plus vivant.
(a3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. OÔ
pèces d’oiseaux ont même la propriété d’être si rapidement modifiés par les circonstances extérieures , qu’on voit en un temps fort court 1 absorption amener chez eux , sous l’influence de ces circonstances, des changemens notables : cest ainsi que le^ ortolans^ et quelques autres petits animaux du même genre , parviennent en une nuit à un état graisseux très- remarquable ; phénomène qui est indubitablement en rapport avec l’état du derme , c’est-à-dire avec l’extrême ténuité que présente ici cet élément de la peau.
En descendant l’échelle des oiseaux, vous trouverez qu’à mesure que ces êtres deviennent davantage aquatiques , leur derme subit des modifications assez considérables dans son épaisseur et dans sa densité.
Comparez en effetla peau d’un oiseau marcheur, comme l’autruche ou le casoar, avec celle d’un oiseau qui vole habituellement. Celui-ci, couvert d’un duvet de plumes très-abondant , qui lui était nécessaire pour pouvoir passer sans danger de la température plus ou moins élevée qu’il trouve à la surface de la terre, à la température toujours beaucoup plus basse qui règne dans les régions supérieures de l’air ; cet animal, dis-je, n’a qu’un derme assez mince , parce (jue ce n’est pas cette couche qui sert alors à la protection : mais dans l’oiseau marcheur, chez qui les plumes sont bien
moins aLondantes à cause de son mode de locomotion , le derme a dû prendre une épaisseur remaripiable et beaucoup de densité. Les oiseaux essentiellement acjuaticpies, comme les plongeons, les manchots et même les canards, ont encorde corio-derme plus épais et plus dense; mais si vous observez cette couche sur le tarse et surtout sous le pied , où elle se trouve constamment en rapport avec des corps résistans , vous remarquerez qu’elle arrive au summum d’épaisseur, d,e résistance dont elle est susceptible dans les oiseaux ; aussi est-elle encore bien plus épaisse et bien plus résistante? et la trouve-t-on incapable d’absorption et d’exhalation.
Chez les reptiles, le dei’me devient de moins en moins distinct du tissu cellulaire sous-posé. Quoique fort mince , il est en général très-sec , d’une texture très-serrée et fort peu susceptible d’absorption. Celui de quelques animaux de cette classe, tel que le jecko , fait exception à cette règle , et absorbe assez facilement. Mais voyez les tortues, les crocodiles, les lézards, les couleuvres et les vipères ; leur derme est solidifié extérieurement pour la protection par une sorte d’épiderme corné qui se dispose en écailles, en suivant constamment la forme squameuse du derme lui-même.
Dans les amphibiens , le derme cutané prend
(ai> COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 8l
assez mou, et fort bien disposé, par cela méme^ pour l’absorption et pour l’exhalation, mais fort mal pour la protection.
Quelquefois, pour mieux servir à la défense, Je derme des mammifères s’encroûte d’une matière inorganique qui se dépose dans l’intérieur de son tissu, et qui lui donne le caractère que nous lui trouverons chez les crus lacées et chez quelques autres animaux inférieurs ; c’est ce que nous voyons dans le tatou , petit animal de l’Amérique méridionale, que vous avez là sous vos yeux. Vous voyez que son tégument, grâce à la matière calcaire qui entre dans sa composition, vous présente la dureté du tissu osseux , et constitue sur la plus grande partie du corps un têt très-dur, composé de pièces nombreuses qu’unissent entre elles des portions non encroûtées. Ce têt , sous lequel ce petit mammifère peut se retirer tout entier au moment du danger, le défend parfaitement contre les atteintes de ses ennemis (i).
Vous trouvez chez l’éléphant et chez le rhinocéros , en un mot chez tous les pachydermes , un tissu derraeux très-épais , très-dense , et tout-
(i) Cette organisation aussi exclusivement protectrice du te'gument externe , si commune dans les classes infe'rieures , est toutà-fait digne de remarque chez un mammifère ; car, en ge'ne'ral , au degre' supe'rieur de l’animalité' , c’est surtout pour la sensation que le tégument se modifie.
COUKS DE PHYSIOLOGIE. , (aï) à-fail propre à la protection de l’animal , mais en échange , très-mal organisé pour la transmission des fluides. Quand la peau doit servir à avertir l’animal du contact des corps extérieurs, le derme s’amincit, et le système nerveux devient la partie prédominante de cette membrane. Vous enavez un exemple dans l’aile de la chauve-souris. La peau de cet appendice est d’une finesse presque arachnoïdienne , et en même temps sa sensibilité est arrivée au point, qu’elle permet à l’animal d’apprécier les moindres modifications de l’air dans let[uel il vole, et par ce moyeu l’approche des corps contre lesquels il ne manquerait pas', sans cela J de se heurter pendant la nuit. Il y aurait encore bien des choses à vous dire sur le derme des mammifères, mais je me bornerai à ce petit nombre de considérations générales, parce que plus de détails nous entraîneraient dans le champ de l’anatomie proprement dite.
Dans les oiseaux, le tissu dermeux est constamment plus mince et plus perméable que dans les mammifères. Il en résulte que ces animaux jouissent d’une sensibilité tactile plus développée que la plupart des précédens , qu’ils sentent mieux toutes les influences atmosphériques , et qu’ils sont par cela même en état de nous annoncer les tempêtes, les changemens de température, et ceux de la direction des vents. Quelques es-
(a7) COMPOSITION INTIMK DKS ANIMAUX. 87
])ariies reslees molles , qui forment par cela même des articulations. Cette modification est exactement celle que nous avons signalée chez le tatou, dans la classe des mammifères ; elle est seulement plus générale chez les entomozoaires et s’étend à toute la surface du corps , tandis que, chez les vertébrés, elle n’intéresse que le tégument du tronc. La matière dure qui encroûte le derme est tantôt calcaire et tantôt cernée. Dans les scolopendres par exemple , le derme se compose d’anneaux suh-calcaires, articulés à l’aide de portions molles, tandis que, chez la très-grande partie des autres insectes , les anneaux sont cornés.
Chez les crustacées , le derme se compose de plusieurs couches, dont la plus interne , restée nienbraneuse, et qui est le moyen d’articulation des pièces solides du têt, constitue le derme proprement dit: les autres, placées à la partie externe, mais toutefois au-dessous du pigmentum et de l’épiderme, sont l’une cornée et l’autre calcaire. G es dernières couches se détachent à certaines époques pendant la période d’accroissement de l’animal , et sont remplacées par des couches nouvelles. La couche interne ou le véritable derme est fort mince, comme on le conçoit parfaitement. La même disposition se retrouve dans quelques insectes; seulement les couches qui tombent sont de matière cornée.
COURS DE l'/lYSlOLOQlE. (^8)
Chez les mollusques , le tégument présente une grande mollesse et se confond presque partout avec le tissu contractile sous-jacent, qui lui-mémeest de ^moins en moins spécialisé , et se ^approche toujours plus du tissu générateur. On peut cependant très-bien distinguer, dans certaines espèces, le derme, le réseau vasculaire et un pigmentuna à la surface de celui-ci. Dans la plupart des mollusques, on trouve, entre la couche coriodermienne et le réseau vasculaire de la peau, un dépôt de matière calcaire et de mucosité qui tient cette matière en dissolution. Le dépôt dont je parle est ce qui constitue la coquille des malacozoajres. On conçoit très-bien que lorsque celle-ci existe, le derme est moins épais et conserve davantage son caractère muqueux que lorsqu’il n’est pas protégé, et qu’il est lui-même en rapport avec les circonstances extérieures ; c’est en effet ce qu’on observe. Ainsi l’élat.muqueux, de sou tissu, sa confusion presque totale avec le tissu contractile sous-jacent, et dans un b’ès-grand nombre de cas , la présence d’un dépôt calcaire à, sa surface , tels sont les trois caractère,s que présente le derme des mollusques.
Dans les actinozoaires , nous retrouvons bien , en général , la tendance progressive du derme à se confondre]avec la couche contractile sous-jacente; mais nous trouvons aussi quelques espèces dans lesquelles le derme revêt un caractère distinct;
(îj) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX, 85
tous les caraclères tlu derme muqueux , que nous trouverons dans le canal alimentaire. Il est mou, assez lâche], ettout-à-faithicn disposé pour l’exhalation et pour l’absorption ; aussi cxhale-t-il habituellement un liquide particulier, et ahsorhei-il avec beaucoup de facilité les fluides amhians, tant pour la nutrition que pour la respii’ation. M. Edwards a confirmé, dansçes derniers temps> une observation déjà faite, et qui prouve bien toute l’activité et toute l’importance de l’absorption chez ces animaux ; c’est que les grenouilles et les salaniandres qu’on prive de leurs poumons , vivent encore fort long-temps à l’aide de la respiration des gaz amhians qui se fait par leur peau.
Le derme des protées, animaux très-inférieurs du même groupe, présente au plus haut degré la consistance muqueuse. Il fournit ici une telle abondance de matière visqueuse par ses interstices ou pores, qu’on est obligé de changer plusieurs fois l’eau dans laquelle' on place ces êtres, de peur que la putréfaction ne s’empare de cette eau , qui deviendrait alors pernicieuse pour l’animal.
Nous avons déjà eu l’occasion de vous faire observer que ce derme , tout-à-fait libre du tissu sous-jacent dans les batraciens proprement dits, devient au contraire très-adhérent dans les salamandres et dans les genres voisins ; ce qui les
8G COURS DE PHYSIOLOGIE. (iG)
rapproche des animaux de la dernière classe du type des osléozoaires.
Dans les poissons, le derme tend , comme nous l’avons vu , à se confondre avec le tissu sous-jacent, et perd entièrement sa mobilité. Il est donc, en général , peu ou point distinct ; son tissu est cependant quelquefois assez serré , comme dans les anguilles , par exemple. Vous savez que sa surface est recouverte, dans cette classe, de petites parties inucoso-calcaires, auxquelles on donne le nom d’ecaillesj ici, ce n’est plus, comme dans les reptiles, au derme lui-même et surtout à l’épiderme qu^appartiennent ces petits corps ; ce ne sont plus des espèces de replis solidifiés de ces deux couches , ce sont des concrétions de matières mucoso-calcaires qui se déposent dans de petites poches fournies par le réseau vasculaire sus-dermien. Quelques espèces de poissons, telles que les anguilles, les lamproies , ont un derme mou , très-perméable et sensible , quoique d’une certaine épaisseur , et sont dépourvues d’écailles ; mais toujours cette couche est intimement unie à la couche musculaire .
Si nous passons maintenant aux animaux articulés extérieurement, ou aux enlomozo aires , nous verrons le derme prendre un caractère particulier , c’est-à-dire qu’il s’encroûte de matièi’e dure, et forme des pièces solides, réunies par des
' . *,'^ t;, fl
' ' -iii r^'. , •.■
• ’-ir" 'n‘ ^ . >•
Sf .':î;Ar i:ïa‘ •.■■ ••!'! ''
Tl't
^ .'Vc" ■ ■'• "■'■'■ ■ ■ -s -■•
’.lMf ■ •‘i'' y:
".. IV;;-. ’•,*.*•■. ' '. ■•'■'«t^.r^f-*
t-'fft' •■ •■•rd- ,vjV|.î-'.^î^
■’'.T^''!'' '■ jjT^;. i.*»î | .'0> ’f>V >.
^ ‘fr^ij ** \ vf ■* " ' • '* *iV** * ‘
R . ; ■ '* , ' ^n . S-jü- •iV.'V
jf v irti'‘
Çsfi-^ fn^r’'oAî<- • P'*5t*èi V Ci'lt'Sjîv. tjv’îi tc'rïj'i'j
‘f .r-v'C ■?•'” (■’;>îf‘r 3 itr <iç.« <f« tilf^-rCtû' -r.
gts^- lU.'-.ifTr'.r.;.'*'?. ■'■•' ' • .• ' ' -
^ Jpùr ru; îv'vu^- r - ^iuidisi r»/;
^ ruwvnj.-’J. é,'>!tfcw Ttîîff*air«oVi
,.- ' , , ■ ,.J- ’■ Sï -'‘i \;.
txc:
. ^ V,. V -r^iïV'!^ . "^ 'v.
■> ,■ -Al . é J ' , ^ w » •»*.•••»•• ^
- V ». - jp » «. if*:>
. -•* ’ -•■-i’. • s*;\jîe ■
« - i i\, . '-U Jtî^i^U.-Tt.
.;, ;-'r ^ I {..,.-h ' rl.v-vau^,.*-.
- , ■ •■ v ..-* v ; . vü
■ip’.
(ag) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 89
c’est ce qui a lieu surtout chez les holothuries, chez les oursins et chez les astéries.
Le derme, chez les holothuries, est assez épais, flexible, bien que d’une texture assez serrée, blanc, . et se distingue delà couche musculaire sous-poséO; il s’en exhale une grande quantité de mucosité, qui indique en lui des vacuoles très-nomhreuses.
Dans les oursins, le derme naturellement trèsmince , peu résistant , et d’une consistance gélatineuse s’encroûte d’uné matière caloaire qui forme une couche assez épaisse, et que l’ecôuvre le pigmentum. Cette matière se dépose en petits cristaux très-rapprochés , non dans les mailles mêmes du derme, mais à sa surface, et l’ensemble de ces cristaux forme un véritable têt fort solide, à la superficie duquel s’élèvent des tubercules et des épines également calcaires , qui ont mérité à l'animal dont je parle le nom de hérisson de mer.
Chez les astéries , ou étoiles de mer , le derme est encore plus distinct que chez les oursins; il est aussi encroûte d’une matière calcaire, qui forme à sa surface des épines et des espèces de tubercules très-diversifiés.
Enfin dansles animaux tout-à-fait inférieurs, on finit par ne pouvoir plus distinguer de tégumens, la surface de l’animal, comme tout le reste de son corps, ne formant plus qu’une masse homogène de matière gélatini forme contractile. Quelques-uns
QO COURS DK PHYSIOLOGIF. (3o)
d’entre eux semblent au premier abord offrir un tégument solide ; mais on est bientôt détrompé par un examen plus attentif, et l’on reconnaît que les dépôts de matière calcaire qui se retrouvent encore chez les coraux et chez les polypes, sont tout-à-fait compris dans les mailles du tissu même de l’animal, et ne servent qu’à lui fournir un moyen de sustentation.
Je terminerai donc ici l’histoire du corio-derme, et je passerai à celle du muco-derme. C’est par elle que je commencerai ma prochaine leçon.
(i) I.OMPOSITION INTIiMK 1)KS ANIMAUX. <)l