TOME II
COUIIS ÜE PHYSIOLOGIE.
Messieurs ,
Nous avons aujourd’hui à achever l’histoire du système fibreux, en faisant la revue des différences qu’il a offertes jusqu’à ce jour à ceux qui Font étudié.
Les différences selon les parties' du corps tiennent soit à la disposition des fibres , soit à quelque modification plus profonde dans la nature de ce tissu : c’est ici qu’on peut établir la distinction du tissu fibreux élastique , et du tissu fibreux non élastique.
Les tendons peuvent revêtir des formes trèsvariables, selon les muscles qu’ils terminent, et les usages de ces muscles. Lorsqu’un muscle doit agir énergiquement sur un point déterminé , le tissu fibreux prend la forme d’un cordon plus ou rnoins arrondi , aplati , ou triangulaire , qui , en se prolongeant dans la masse du muscle , reçoit les fibres charnues disposées comme les barbes d’une plume à écrire, et formant une multitude de puissances qui agissent toutes dans une direction déterminée. Mais lorsque le muscle doit opérer un effet plus général , et maintenir une masse d’autres muscles dans une situation fixe , de manière à rendre leur
action aussi complète que possible, le tissu fibreux qui le termine s’étale en membrane , et s’applique immédiatement à cette masse. C’est ce qu’on voit au fascia-lata de la cuisse , où un feuillet fibreux très-étendu, et qui se prolonge jusque sur la jambe obéit à un petit faisceau de fibres musculaires , qui sert à le tendre.
La même disposition existe au bras, quoique là il n’y ait pas démuselé fascia-lata proprement dit; mais il s’en trouve un à l’aile chez les oiseaux , et il offre ceci desingulier, que son tendon est élastique. Voilà les différences de forme qui se rencontrent dans le tissu fibreux attenant aux muscles.
Quant à la différence entre un tendon et un ligament , elle ne consiste qu’en ce que le premier se trouve aux deux extrémités d’une masse de ce tissu que nous connaîtrons sous le nom de tissu contractile , à travers laquelle il se continue , tandis que , dans le ligament , ce faisceau moyen de fibre contractile n’existe pas. En effet dans les animaux chez lesquels la locomotion ne s’exécute pas entre telle et telle partie du squelette , il ne reste que le ligament, comme témoignage de l’existence du muscle qu’on trouve dans les animaux où cette fonction a lieu. La même chose s’observe dans les atrophies des muscles : la fibre contractile disparaît, mais jamais le tissu fibreux qui sert à établir la connexion entre
I y-4 COUIVS DE PHYSIOLOGIE. (4)
deux pièces osseuses du scjuclette. Il n’y a d’ailleurs entre les tendons et lesligamens, aucune différence anatomique^ physiologique ou chimique.
De meme que nous venons de voir des tendons sans muscles , et qui prenaient alors le nom de ligamens, de même on trouve des aponévroses sans muscles tenseurs, etpar cette transition, nous arrivons tout naturellement aux memhranes proprement dites que constitue le tissu fihreux. Ces memhranes sont immédiates ou médiates à des organes. Ainsi , par exemple , toutes les fois qu’il y a un mouvement constant dans une partie quelconque du corps, ou toutes les fois qu’un organe est séparé , en partie , du reste de l’organisme , c’est-à-dire qu’il y a une solution de continuité entre lui et la cavité qui le contient , on voit se former une memhrane particulière que l’on connaît sous le nom de séreuse , qui n’est autre chose qu’une modification du tissu celluleux, et qui souvent est doublée en dehors par une memhrane de nature fibreuse. En examinant avec attention ces membranes fibreuses, et en les comparant avec le tissu fibreux qui forme les tendons et les aponévroses, on n’aperçoit aucune différence J ce sont toujours des fibres blanches, placées les unes sur les autres. Nous avons un exemple de cela dans les membranes du cœur
Tune d’elles , celle qui isole l’organe de lous les tissus euvironnans, est se'reuse; et celle qui forme elle-même la cavité dans laquelle le cœur est contenu, est fiLreusc, et se nomme le péricarde. On peut également concevoir des mem- Lranes de cette nature dans d’autres organes , quoiqu’on ne les voie pas Lien distinctement. D’autres fois la membrane fibreuse fait partie constituante de l’organe , en envoyant dans son intérieur des productions cellulo-fibreuses, qui forment des mailles. Un grand nombre d’organes des sens ou des sécrétions présente ce caractère. Lorsqu’on étudie les pbanères en général, on trouve extérieurement à l’organe une membrane fibreuse, quelquefois cartilagineuse ou osseuse. Lorsqu’on analyse cette enveloppe, ou lui reconnaît tous les caractères du tissu fibreux en général , à tel point qu’en suivant la sclérotique sur le nerf optique, on pénètre dans l’intérieur du crâne, où on la trouve en communication avec la dure-mère; quelques anatomistes l’ont même regardée comme une continuation de cette dernière; les phénomènes pathologiques ne s’opposent nullement , au reste , à cette supposition , car on sait combien est facile, par continuité de tissu , le passage d’une irritation du globe de l’œil dans l’intérieur delà cavité crânienne.
Dans plusieurs cas, l’enveloppe fibreuse sc
lyX) COURS DE PHYSIOLOGIE. (fi)
continue dans le tissu de Forgane : c’est ce qu’on voit dans les tissus caverneux, qui présentent des ramifications et des anatomoses d’un tissu fibreux, dans les mailles duquel se développe la membrane interne des veines et des artères. Mais ce tissu fibreux a un caractère partieulier ; c’est qu’il commence à présenter un degré d’élasticité, bien inférieur, sans doute, à celui que nous trouverons au tissu jaune élastique, mais qui permet néanmoins aux organes caverneux d’être distendus par le sang , et de revenir ensuite à leur premier volume , dès que la turgescence a cessé. Aussi le tissu dont je parle est-il déjà moins blanc et plus jaune que le tissu fibreux ordinaire.
La disposition du tissu fibreux dans les os est tout à fait analogue. Ainsi , en étudiant l’os d’un jeune sujet, on voit que le périoste (qui n’est autre chose que du tissu cellulaire plus ou moins condensé et passant à l’état fibreux) envoie des mailles dans le tissu réticulé, de telle sorte que l’os offre une masse de tissu cellulo-fibreux, qui devient d’autant plus fibreux , que l’on approche davantage de la surface extérieure. C’est ce périoste que Bichât regardait comme le centre du tissu fibreux , ce qui tient à ce qu’il ne considérait que le système de la locomotion , et ce qui au reste , sous ce dernier rapport , ne manque pas de justesse. Une disposition analogue du tissu
fibreux se rencontre dans les testicules et les ovaires.
D’autres organes présentent une enveloppe fibreuse, à mesure qu’ils sont limités d’une manière plus nette. En général , on peut dire que plus les organes sont distincts et spéciaux , et plus le système fibreux est développé , et vice versâ. C’est ce dont ou peut s’assurer en suivant les organes à mesure qu’ils deviennent moins distincts, c’est-à-dire, en descendant l’échelle animale.
Il est une espèce de membranes qui n’est pas encore expliquée dans ma manière de voir, je veux parler des membranes du fœtus , qu’on connaît sous les noms de chorion et A’ajnnios ; cependant, comme elles sont formées d’un tissu assez analogue à celui que nous venons de décrire , on ne peut douter que ce ne soient des membranes fibreuses , et alors il faut les ranger dans la catégorie de celles qui servent d’enveloppe médiate. Voilà une partie des modifications que présente le tissu fibreux dans l’organisme, en y comprenant une espèce un peu différente de celui que nous venons de décrire, et qui entre dans la composition du canal déférent, et des canaux excréteurs en général. C’est de tout le tissu fibreux celui qui présente le moins le caractère de fibrosité , il semble uniforme dans sa contex-
128 COURS DK PHYSIOLOGIE. (8)
ture. Ou l’a considéré comme étant, du tissu élastique; mais je n’ai rien vu qui puisse m’y faire soupçonner l’élaslieité : c’est quelque chose d’intermédiaire au tissu fdjreux ordinaire, et à celui qui constitue les organes caverneux. Il en est de même du canal hépatique et de l’oviducte des mammifères. En effet , si l’on examine avec attention la trompe de Fallope, avant qu’elleentre dans la matrice , on voit quelle présente une disposition tout-à-fait analogue à celle du canal déférent.
Ce serait peut-être iei le lieu de parler du tissu fibreux jaune ou élastique, mais nous préférons en traiter à part plutôt que de le confondre avec le tissu blanc, que nous devons considérer comme le type des tissus fibreux : nous reviendrons done plus tard sur ce sujet.
Différences suivant les âges. Quant aux différenees que ce tissu doit présenter suivant les âges, il vous est facile de prévoir ee que nous allons dire , en vous rappelant ce que nous vous avons exposé relativement au tissu eellulaire proprement dit. Si l’on prend deux fragmens de tissu fibreux, soit d’une membrane, d’un canal ou d’une enveloppe, appartenant l’un à un jeune sujet, l’autre à un homme adulte , on voit que dans le jeune sujet , le tissu fibreux est presque muqueux ou albumineux , qu’il est épais, qu’il contient
(g) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. I HQ
une gi’ande quantité de fluide, qu’il a une mollesse. une flexibilité particulière, et plus d’extensibilité. Au contraire, à mesure qu’on avance dans la série des âges , ce tissu devient plus sec , plus solide, plus résistant, plus élastique; la disposition fibreuse se prononce de plus en plus; il acquiert une rigidité particulière, qui fait que chez les vieillards une entorse est difficile à produire, ou tout au moins de peu d’importance^ tandis que chez les jeunes sujets elle ne manque pas de laisser des traces de longue durée. Enfin le tissu fibreux finit par s’encroûter de matières calcaires, ce qui le fait passer à cet état d’immobilité, prélude de la destruction de l’organisme vivant.
Différences suivant les sexes. Il y a à faire, relativement au sexe, à peu près les mêmes observations que relativement à l’âge : en effet, on conçoit facilement que dans le sexe femelle, qui est plus gélatineux, plus muqueux que ne l’est le sexe mâle , on doit rencontrer dans le tissu fibreux une disposition analogue à celle que nous avons reconnue pour le jeune âge. M. Glievreul , en analysant le tissu fibreux d’une femme, a observé qu’il contenait une plus grande quantité deau, ce qui est en harmonie avec ce que je viens de dire. Le même chimiste a fait des recherches sur la quantité d’eau que pouvait absorlicr le tissu fibreux de divers animaux et à divers
l3o COURS DE PHYSIOLOGIE. (lo)
ûges , et il a vu que ce tissu reprenait toujours la même quantité d’eau qu’il avait perdue dans une dessication complète.
Différences suivant les tempéramens. Les différences que les tempéramens apportent dans le tissu fibreux doivent avoir aussi beaucoup d’analogie avec celles que nous venons d’étudier. Ainsi, chez les individus lymphatiques , ces tissus doivent être plus mous , moins secs que chez les individus d’un tempérament bilieux , où la fibre est sèche. Parmi les causes déterminantes de ces différences, les circonstances hygiéniques sont certainement les plus importantes ; la ditférence de constitution des individus qui habitent la Hollande, et de ceux qui habitent des pays chauds, est connue de tout le monde. On n’a qu’à comparer le pied d’un cheval napolitain, andaloux ou arabe, avec celui d’un cheval de la Hollande ou duHolsteln, et l’on verra, combien dans ces derniers , tous les tissus , et surtout les tissus fibreux, qui tiennent à l’articulation, sont gonflés , combien les tendons sont épais et considérables, tandis que dans les chevaux des pays secs, les tendons des jambes se détachent sous le tégument des articulations minces et sèches de ces animaux.
Différences pathologiques . Les maladies du tissu fibreux n’ont pas encore été étudiées d’une manière assez complète pour nous donner des
(il) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. l3l résultats bien satisfaisans. Nous savons seulement que les altérations de ce tissu sont beaucoup moins considérables que celles de tous les autres, sauf toutefois celles du tissu osseux, qui est, de tout le système scléreux, ce qu’il y a de moins organisé. Le tissu fibreux est cependant susceptible d’hypertrophie dans un assez grand nombre de cas , non pas dans les tendons , dans les organes qui servent à la locomotion, mais dans les enveloppes fibreuses qui entourent la rate, le foie, ainsi que dans les testicules, où il est très-commun de voir une induration plus ou moins considérable du tissu fibreux succéder à une simple inflammation; dans ces cas, les capsules deviennent très-épaisses. Quant à l’atrophie , on ne peut pas dire qu’elle se montre jamais complète dans le tissu fibreux ; mais celui-ci tend à s’amincir beaucoup lorsque les muscles n’agissent plus, et que les articulations restent immobiles.
Le tissu fibreux est-il susceptible d’altérations anatomiques? C’est une chose qui peut être mise en doute : pour mon compte, je ne l’ai jamais vu faire partie des tissus lardacés, squirrheux ou cancéreux; mais, comme des auteurs prétendent le contraire, je ne puis nier la possibilité de ce fait , et je me contenterai de le considérer comme fort douteux. Ce tissu est tellement susceptible d’hy{)ertrophie, que l’on trouve
i32 cours de physiologie. ■ (13)
souvent des tumeurs fibreuses à la surface des membranes, ou dans l’intérieur même des organes; c’est ce qu’on voit sur la dure-mère, au cœur, aux testicules, et jusque sur l’amnios, où l’on rencontre quelquefois des espèces de loupes. En disséquant ces productions , on les voit toujours en contact plus ou moins immédiat avec le tissu fibreux, et à l’intérieur, on trouve plutôt une disposition cellulo-fibreuse. Quant aux tumeurs qui se développent dans l’intérieur de l’utérus, je ne puis les regarder comme fibreuses. Je les crois seulement susceptibles de passer à l’état squirrheux, cancéreux et encéphaloïde. J’ai eu souvent l’occasion d’examiner de ces tumeurs , qui acquièrent quelquefois le volume de la tête d’un enfant, et je n’y ai jamais rien vu qui ressemblât à la disposition du tissu fibreux proprement dit; j’ai seulement reconnu un tissu cellulaire, prenant le caractère fibreux, et tirant son origine du derme, et non du réseau muqueux de l’intérieur de l’utérus. Il n’en est pas de même des loupes que l’on rencontre dans l’amnios de la vache. En les examinant, on voit qu’elles sont formées par de véritable tissu fibreux , dont les fibres s’entrecroisent dans différentes directions. Dans ces derniers temps, des observateurs ont voulu considérer ces tumeurs comme des vers ; mais ce n’est réellement qu’une loupe qui se développe à la
(i3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. l33 surface interne de lamnios .C e qu’on a appelé les villosi tés du chorion du fœ tus, n’es t vraimen t q ue quelque chose d’analogue à ce dont je viens de vous parler; c’est un développement, une continuation de la surface du chorion, où il est impossible d’apercevoir aucune trace de vaisseaux, du moins jusqu’à une certaine époque de la vie fœtale, car plus tard, c’est, comme je m’en suis assuré, le long de ces villosités que se développe le tissu vasculaire qui constitue le placenta. Voilà quelles sont les altérations du tissu fibreux, quant à sa disposition anatomique et à ses propriétés physiques : je ne sache pas qu’on en ait constaté dans ses propriétés chimiques. Si nous abordons les affeetions qui intéressent sa vitalité, nous voyons que ce tissu est suscepti ble d’inflammation simple ; onditmêmey avoir trouvé de la suppuration; mais je crois qu’on s’est trompé, en prenant pour du pus l’exudation albumineuse qui se dépose dans les interstices des muscles, chez les individus atteints de rhumatisme. Au reste, nous reviendrons sur ce sujet, lorsque nous parlerons des produits normaux et anormaux de l’organisme vivant , et que nous discuterons la nature du pus.
Différences dans la série. Nous avons déjà vu qu’une des principales fonctions du tissu fibreux était de limiter les organes, de les séparer les uns des autres, et d’isoler leurs fonctions. Il
l34 COURS DE PHYSIOLOGIE. (14)
empêche, pour ainsi dire, l’almosphère de chaque organe, suivant l’expression de Bordeu, d’être trop prononcée ; nous verrons donc ce tissu disparaître à mesure que nous descendrons vers des classes d’animaux où les organes sont moins nettement déterminés.
Déjà dans les mammifères , il se confond souvent avec le tissu cellulaire : ainsi, chez l’homme, où les muscles des extrémités inférieures sont trèsnombreux et très-prononcés , la membrane aponévrotique du fascia-lata est très-marquée, et envoie à chaque muscle une espèce d’enveloppe, tandis que chez un animal, comme le cheval, par exemple , où il ne se trouve à la jambe que deux ou trois muscles, l’enveloppe fibreuse est bien moins importante , et par cela même bien moins forte.
Toutes les fois qu’une portion du tissu fibreux sert à un mouvement , ou qu’elle éprouve un frottement habituel et plus ou moins considérable , ce tissu devient plus dur , plus dense , et il se dépose même quelquefois dans ses mailles une grande quantité de phosphate de chaux. C’est ainsi que se forment ces os particuliers que nous connaîtrons sous le nom cV ostéides , expression que j’emprunte à M. Dutrochet. On trouve de ces ostéides dans différens points du corps , en suivant la série animale. Ainsi , chez les chevaux, et en général
(i5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX.
chez les animaux qui ont de grands efforts à faire , le tendon d u bi ceps présente quel quefo i s un osté i de analogue à celui qu’on connaît au genou, sous le nom de rotule. M. Isidore Geoffroy-Saint- Hilaire en a aussi trouvé un dans le tendon de l’cxlenseur de l’avant-bras , chez la chauvesouris. On rencontre aussi souvent de ces petits ostéides dans les tendons des fléchisseurs des doigts, chez les quadrupèdes, et surtout chez les oiseaux.
Chez les reptiles, le tissu fibreux est encore fort distinct; dans un assez grand nombre de cas, on le rencontre meme à l’état élastique.
Dans les poissons , ce tissu devient beaucoup moins remarquable ; la colonne vertébrale n’ayant que deux mouvemens, celui d’extension et celui de flexion, les faisceaux musculaires sont trèsnombreux, mais tous séparés les uns des autres, et les aponévroses ont disparu. Mais ces animaux ont un organe particulier, où le tissu fibreux acquiert un développement remarquable ; c’est la vessie natatoire. Ainsi , si l’on examine cet organe , chez une carpe , par exemple, on le trouve complètement garni de tissu fibreux. C’est même de là qu’on retire cette substance essentiellement gélatineuse, connue sous le nom d’icbtyocolle. La formation de cette vessie par le tissu fibreux nous est une
l3G COURS DE PHYSIOLOGIE. (i6)
preuve qu’il peut entrer dans la composition de toutes les parties de l’organisme, puisque le voilà qui se rencontre dans un organe qu’on peut regarder comme le dernier terme d’un appareil de respiration aérienne.
Chez les entomozo aires , où les organes sont de moins en moins séparés , le tissu fibreux n’existe pas. Il ne fait pas partie non plus de l’appareil de la locomotion , puisque la partie passive de cet appareil consiste dans des portions du derme, qui ont passé à l’état corné, cartilagineux ou calcaire, de telle sorte que pour en réunir les pièces , il a suffi de la peau qui se trouvait placée entre elles . Quant aux autres appareils , rien ne nécessite non plus la présence du tissu fibreux ; ainsi , par exemple, le foie, les organes testiculaires, au lieu de former une masse , un parenchyme enveloppé par une membrane fibreuse , séreuse ou de toute autre nature, ne sont autre chose que de longs Loyaux repliés dans l’intérieur de l’animal , et y formant des circonvolutions plus ou moins nombreuses. Il en est de même du cœur : comme il n’a pas de mouvemens indépendans du reste des tissus, il n’a pas eu besoin d’être isolé. Le système nerveux n’est pas non plus séparé de la cavité abdominale, et ne présente aucune enveloppe fibreuse autre que le nevritême. Ceci est une preuve contre ceux qui prétendent que l’enveloppe de
(ly) COMPOSITION INT15IK DES ANIMAUX. 1 37
l’animal n’ost autre chose que Je canal vertébral des ostéozoaires ; il est évident que celte analogie est cri’onnée.
Si le tissu libretîx manque dans les entomozoaires , à plus forte raison ne le trouverons-nous pas dans les mnlacozoaires. On ne rencontre ce tissu , ni dans le système musculaire , ni autour des organes , qui sont bien limités , mais non séparés , non mobiles dans la cavité qui les contient ; ainsi, le foie est uni à l’estomac; le cœur n’a pas de péricarde proprement dit ; le cerveau est plongé dans le tissu cellulaire. 11 y a cependant chez les mollusques bivalves un organe particidier, appelé le ligament, qui sert à réunir les deux valves , et qui paraît appartenir au tissu fibreux proprement dit , mais qui , en réalité, est peut-être plutôt du tissu fibreux élastique.
Dans les actinozoaires , il n’y a pas trace de ce tissu , si ce n’est peut-être dans les astéries.
Tissu fibreux élastique. J’avais d’abord cru ne pas devoir séparer le tissu fibreux élastique du tissu fibreux proprement dit : mais, en lisant les derniers travaux qui ont été faits à ce sujet en France et en Allemagne, j’ai pensé qu’il fallait distinguer ces deux tissus l’un de l’autre. Le tissu jaune élastique avait été entrevu par Hunter. Il avait cm y voir une fibre ordinaire, dont la disposition serait analogue à celle des ceintuies par