‹ Cours de physiologie générale et comparée [electronic resource] (volume 2)Chapitre 19 sur 58 · TOME II. JJ · texte numérisé non relu

TOME II. JJ

l54 COURS DE PHYSIOLOGIE. (34)

au lissu cartilagineux proprement dit. Mais on n’aperçoit aucune trace de fiLro-cartilage dans le système muqueux du canal digestif. Cependant plusieurs faits pathologiques démontrent avec évidence qu’il peut se développer anormalement, soit dans le canal de l’urèthre, soit sur les divers points du tube digestif, ainsi que nous allons le dire.

Telles sont donc , Messieurs , les différences que présente le tissu que nous étudions , selon les diverses parties du corps où on l’examine.

Différences dans les maladies. Laënnec et la plupart des anatomo-pathologistes ont démontré que les deux espèces de tissus fibro-cartilagineux dont nous avons parlé, sont susceptibles de se développer anormalement. En effet, il est bien connu que le tissu fibro-cartilagineux des tendons se produit de lui -même dans certaines maladies des os. Ainsi, lorsqu’un os a été fracturé , si ses deux fragmens sont restés écartés l’un de l’autre , des bourgeons charnus se développent à leur extrémité, il se produit une matière plastique , qui n’est autre que la substance gélatino-albumineuse que nous avons signalée à plusieurs i-eprises; et si, par des eirconstauces dans le détail desquelles il est inutile d’entrer, mais qui sont bien connues des pathologistes, il arrive que la matière calcaire ne puisse se déposer dans cette substance, elle reste à l’état mou; le tissu fibreux y devient alors permanent, d’où ré-

su] te une espèce de ligament intermediaire, dans les mailles duquel il ne se déposera jamais de matière calcaire. Ce ligament inlermcdiaire est très-dense , très-serré ; on peut meme le tordre sans le briser. Il peut encore arriver qua la suite d’une certaine modification de l’organisme, les deux bouts d’un os fracturé ne se solidifient point au moment où la cicatrisation de l’os est sur le point de s’effectuer. Dans ce cas , il y a complète séparation entre les deux fragmens de l’os, bien que le tissu fibreux extérieur ou le périoste se continue de l’un à l’autre; le tissu fibreux sejcondense de plus en plus , il devient très-serré , il s’y développe une certaine quantité de substance cartilagineuse, et il se forme ce qu’on appelle une fausse articulation. On a dit que , dans ce cas , il se développait aussi une membrane séreuse. Mais on aurait peine à en démontrer l’existence , bien qu’on ne puisse révoquer en doute l’exhalation d’une matière analogue à celle qui constitue ces sortes de membranes. Lorsqu’à la suite d’une maladie quelconque, la tête du fémur est sortie de sa cavité articiJaire , il y a ce que les pathologistes appellent une Luxation spontanée. Dans ce cas, la tête du fémur, déplacée par le gonflement de la cavité cotyloïde, va se loger au-dessus de cette cavité, à une hauteur variable, entraînant avec elle les capsules articulaires. Alors se forme une véritable capsule

fibreuse , qui avec le temps se condense, et reçoit une certaine quantité de matière albumineuse dans son tissu; il résulte de cette condensation un bom’relet plus ou moins considérable, qui ne tarde pas à revêtir la forme d’une véritable articulation, sur laquelle la tête du fémur prend son point d’appui, comme elle le faisait auparavant dans la première cavité.

Le tissu fibro-cartilagineux est susceptible de s’hypertropbier sous l’influenee d’une surexcita- ' tion prolongée du tissu cellulaire , et alors sa substance se ramollit, devient comme lardacée, beaucoup de matière albumineuse venant s’accumuler entre ses fibres. 11 est aussi sujet à s’atrophier. Ainsi dans le cas d’ankylose , tous les tissus qui entrent dans la composition de l’articulation, tels que les ligamens , les surfaces articulaires et surtout les fibro-cartilages s’affaissent de plus en plus, et tendent à s’anéantir.

Dijférences selon les âges. Chez les jeunes animaux , le tissu fibro-cartilagineux est très-peu fibreux, presqu’entièrement muqueux, tandis que déjà l’on aperçoit d’une manière très-distincte le tissu fibreux proprement dit. A mesure que l’animal avance en âge , ce tissu se condense de plus en plus , et lorsque la vie est près de s’éteindre , il nous présente presque tous les caractères des cartilages proprement dits.

Quant aux cUJférences qui tiennent aux sexesj

(37) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. l’j']

aux tempéramens , aux races et à quelques circonstances hygiéniques , nous les ignorons. Cependant il est à présumer que, chez les animaux placés dans des milieux humides, ces tissus sont susceptibles de se gonfler, de passer à l’élat d’hypertrophie: c’est ce qui constitue les tumeurs blanches. Originairement cette hypertrophie est le résultat de la surabondance du système lymphatique. Mais vous n’ignorez pas que , chez les individus affectés de ce tempérament, la disposition à la dégénération squirrheuse résulte de circonstances hygiéniques qui exercent aussi leur action sur les animaux que nous tenons à l’état de domesticité. Ainsi, tout le monde sait que, lorsque l’air n’est pas suffisamment renouvelé , que le soleil et la lumière n’ont pas assez d’intensité, les animaux s’étiolent. Si vous joignez à cela l’humidité de l’atmosphère, une nourriture peu excitante , la réunion de toutes ces circonstances amènera dans le tissu fibro-cartilagineux des modifications particulières, inconnues jusqu’à présent.

Différences dans la série. Les différences relatives aux espèces animales sont bien Iranchéçs. On l’encontre le tissu fibro-cartilagineux dans tous les animaux supérieurs.

Chez les oiseaux, il manque dans certaines parties. Ainsi , ces derniers sont dépourvus de narines et de conque auditive , et par conséquent

l58 COURS DE PHYSIOLOGIE. (38)

cla fibro-cartilage qui appartient à ces parties. Mais ils possèdent le libro-cartilage membraneux des paupières. Du reste , on rencontre chez eux le fibr o-cartilage tendineux dans toutes ses localités.

Les reptiles et les amphibiens présentent d’autres différences. Chez eux, ce tissu va en décroissant. Ils ont les fibro-cartilages inter-vertéhraux ; mais les deux pièces du pubis et les clavicules ne s’articulent point à l’aide de ligamens. Dans les amphibiens , tels que les grenouilles et les salamandres, on trouve encore le tissu fibrocartilagineux des vertèbres.

Chez les poissons , le tissu que nous étudions devient encore moins appréciable. Cependant il peut se développer dans ces animaux sur des parties où. nous ne l’avons point rencontré dans les classes précédentes > les écailles dont leur peau est ariïiée tenant jusqu’à un certain point de la substance fibro-cartilagineuse. Enefifet, M. Cbevreul a fait voir que les écailles de poisson ne contiennent qu’une très -petite quantité de phosphate de chaux , tandis qu’on y découvre une assez grande quantité de mucus analogue à la substance que ce chimiste a trouvée dans les vertèbres des poissons. Ainsi , le tégument cutané, que nous avions déjà reconnu susceptible de passer à l’état fibreux et à l’état osseux, peut encore, comme vous le voyez, devenir fibro-cartilagi lieux. Si vous examinez la peau d’un poisson.

(3<j) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. l5()

d’une anguille, par exemple, vous apercevrez sur les parties latérales du corps une grande quantité de pores, qu’on a appelés les pores muqueux des poissons. C’est dans ces parties du tissu dermien, et au-dessous du réseau vasculaire, que se développe une série de petites pièces , ajoutées les unes aux autres , et qui représentent des espèces de tuyaux fiLro-cartilagineux, parfois tout-à-fait cartilagineux, et même osseux, comme ' nous verrons que les écailles sont aussi susceptibles de l’élre. La sclérotiquede quelques poissons, des squales, par exemple , peut être aussi considérée, jusqu’à un certain point, comme composée de tissu fibro-cartilagineux de la seconde variété.

Dans les animaux inférieurs, tels que les entomozoaires et les malacozoaires , nous trouvons un tissu fibreux assez dense , assez serré ; mais il est rare de rencontrer un véritable tissu fibrocartilagineux. Cependant j’insisterai un instant sur la disposition que présentent les dents des sangsues. Vous savez que la plaie qui résulte de la morsure d’une sangsue forme une espèce de triangle , par lequel s’échappe le sang. L’instrument à l’aide duquel cette plaie a été faite, consiste en trois tubercules composés d’un tissu fibreux très-dense, réunissant jusqu’à un certain point les propriétés du tissu fibro-cartilagineux. Ces tubercules sont susceptibles d’une sorte d’érection par suite de la contraction du système mus-

l6o COURS DE PHYSIOLOGIE. (4o)

culaire qui vient s’y implanter. C’est sur les bords de ces mamelons dentiformes, que se trouve une série de crocbeis très-fins , placés ordinairement sur deux rangs , quelquefois sur un seul , selon les espèces ; crocbeis qui scient la peau , et qui produisent cette plaie triangulaire dont j’ai parlé. Il était nécessaire que les tubercules fibro-cartilagineux fussent assez solides pour prêter aux crochets dentaires un point d’appui ; autrement ils seraient rentrés dans l’intérieur ’du mamelon , et n’auraient point scié la peau.

En somme , à mesure que nous descendons l’échelle des êtres , nous voyons les organes devenir de moins en moins distincts, les actions qui leur sont dévolues dp moins en moins manifestes, le tissu fibreux et le tissu cartilagineux s’amoindrir et finir par disparaître , ainsi que le tissu osseux , comme nous le verrons plus tard.

Voilà , Messieurs, tout ce que j’avais à dire sur le tissu fibro-cartilagineux. Dans la prochaine séance, nous passerons à l’étude des cartilages.

(i) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX.

iGl

Page 1